Retour… sur la nouvelle Panacée à Montpellier : Tala Madani et Yohann Gozard

Cette chronique s’intéresse au solo show offert à Tala Madani et au projet photographique réalisé par Yohann Gozard dans le cadre d’une commande pour ce premier cycle d’exposition.
« Retour sur Mulholland Drive » et « Intérims (Art contre emploi) » feront l’objet d’autres billets.
Mais avant quelques mots sur cette nouvelle version de La Panacée à Montpellier.
Sans surprise, le changement est radical.

Les espaces d’exposition ont été légèrement réaménagés. Le plus sensible pour le visiteur est certainement la couche de peinture blanche qui est venue recouvrir les coursives. La luminosité de l’ensemble est notablement augmentée. On jugera à l’usage de la pertinence de cette nouvelle lumière, en particulier les jours où l’ensoleillement du patio sera très généreux…


Un nouvel accueil sépare clairement l’entrée des salles d’exposition et l’accès au Café.
Le vestiaire a disparu au profit d’un petit espace de documentation.
Plus intrigante est la disparition du centre de ressources, fermé depuis plusieurs mois, probablement par manque de moyens. La nouvelle destination de ces locaux n’est pour le moment pas identifiable…

Suivra, dans les prochains mois, un changement de l’identité visuelle de La Panacée et en particulier de son site internet… Les documents qui accompagnent les trois expositions inaugurales annoncent probablement l’esprit de ce nouveau visage graphique… qui annoncera celui du futur MoCo.
Le renforcement d’une ambiance très « White Cube », blanche, propre, artificielle, froide, distante et commune à beaucoup d’espaces d’exposition d’art contemporain était assez prévisible.

Pour le premier cycle d’exposition de cette nouvelle Panacée, Nicolas Bourriaud a choisi de présenter trois expositions indépendantes, pour dit-il : « respecter l’architecture du lieu, construit autour d’un déambulatoire avec trois blocs d’espaces assez distincts ». Il justifie surtout ce choix en affirmant la volonté d’offrir une diversité de propositions : « L’art d’aujourd’hui ne relève pas d’une esthétique unique… c’est la singularité des artistes et des problématiques qui est importante aujourd’hui… et la programmation de La Panacée va refléter cette diversité ».

Nicolas Bourriaud propose donc de découvrir « trois fragments d’univers extrêmement différents », sans point commun entre les uns : Un solo show de Tala Madani, « Intérims (Art contre emploi) », une exposition collective sur le monde du travail et « Retour sur Mulholland Drive », proposition majeure de ce premier cycle.

Projet photographique de Yohann Gozard pour l’exposition

Pour ce cycle inaugural, une commande photographique a été faite à Yohann Gozard, dont certains ont pu découvrir le travail chez Vasistas l’an dernier. Pour réaliser l’affiche de l’exposition, le photographe s’est immergé dans la métropole pour retrouver une atmosphère nocturne « à la David Lynch ».

Yohann Gozard, 16092016, 03h11-03h13 © Yohann Gozard production La Panacée
Yohann Gozard, 16092016, 03h11-03h13 © Yohann Gozard production La Panacée

En dehors de l’affiche, dont la superbe photographie (16092016, 03h11/03h13) est exposée dans le café, une sélection de la série réalisée par Yohann Gozard est présentée dans le petit salon de lecture, après les salles occupées par Tala Madani.
Il faut souligner l’ambiance très particulière de ces « nocturnes », sans présence humaine apparente, mais d’où suinte une étrange inquiétude… Yohann Gozard a magistralement réussi à construire, pour les espaces de la métropole qu’il a photographiés, un univers qui évoque le climat des films de Lynch…

On comprend mal pourquoi ces 6 tirages jet d’encre, contrecollés sur Didond, ont été éloignées des espaces d’exposition de « Retour sur Mulholland Drive »…

Tala Madani, Solo Show

Les trois espaces de la galerie à droite du patio sont consacrés à cette artiste iranienne, installée à Los Angeles. C’est sa première exposition personnelle en France. L’essentiel des œuvres est prêté par la Pilar Corrias Gallery de Londres qui représente l’artiste. À l’exception d’une animation en sill-motion, l’ensemble des toiles ont été réalisées en 2016.

Lumière et fluides corporels, caricature et provocation, figures masculines grotesques sont les thèmes majeurs qui animent la sélection d’œuvres qui sont exposées.

Dans la vaste salle centrale, l’accrochage commence, sur la gauche, par un ensemble de quatre tableaux d’une série intitulée « Talisman ». Pour chaque toile, dans une ambiance un peu glauque où les teintes terreuses dominent, une lumière étrange et vive traverse une porte entre-ouverte… jusqu’à ce que surgisse une matière indéfinie, noirâtre qui semble vouloir pénétrer dans l’espace de l’exposition…

Deux œuvres aux formats identiques sont ensuite rapprochées (Double suicide, 2016 et TBC, 2016 – Collection Yuz Foundation). On y voit des faisceaux de lumières colorées projetées depuis les anus d’hommes ventripotents…

Elles précèdent deux toiles monochromes et plus petites (Dripping flowers, 2016 et TBC, 2016) où des flots de matières laiteuses et luminescentes sont projetés depuis les abdomens d’hommes, arc-boutés vers le « ciel »…

Les sujets des autres toiles sont du même acabit avec une forte dominante scatologique qui mêle trou du cul, merde et lumière.

Tala Madani Lumen, 2016 Collection of Yuz Foundation © Tala Madani
Tala Madani Lumen, 2016 Collection of Yuz Foundation © Tala Madani

À droite, une salle rassemble des toiles où l’écran semble jouer un rôle essentiel dans la composition… Pour deux d’entre elles, le titre est assez explicite (Rear projection (Village), 2016 et Triple rear projection, 2016). Chacun choisira de donner le sens qu’il voudra à ces « retro-projections »… et de relier éventuellement ces écrans à… Mulholland Drive.
Pour les deux autres, on retrouve comme titre le fréquent « TBC » dont on laisse de plaisir de l’interprétation au regardeur…

Sur la gauche, une (vraie) salle de projection présente une animation en stop-motion. Dans cette œuvre un peu plus ancienne (Eye Stabber, 2013), il semble être question de stabiliser le regard ou plutôt les regards… mais lesquels ? Ceux des visiteurs ?
À cette période et pour cette œuvre, un autre fluide corporel intéressait alors l’artiste…

Humour, provocation… Faut-il relier le travail de Madani à la question du sexe et du genre dans l’art contemporain ? Chacun trouvera (ou pas) ce qu’il voudra dans les toiles de Tala Madani
Dans le texte d’accompagnement, elle confie :
« Si la peinture suscite l’humour chez le regardeur, cela jouera sur son métabolisme, ce qui est aussi très intéressant »…
« Les personnages dans les peintures se servent de leur corps ou jouent avec, comme peuvent le faire les enfants (…) Mais ces personnages n’ont rien d’autre avec quoi jouer, alors ils utilisent ce qu’ils ont »…
« Les gens sont libres d’interpréter mon travail comme ils le souhaitent ». On l’en remercie…

Ni émus, ni intrigué, ni séduit, le travail de Tala Madani ne nous a pas vraiment convaincus… Mais les chroniques de ce blog n’ont pas la prétention de relever de la critique d’art. On laisse le soin à d’autres d’en faire une analyse pertinente et on attend avec intérêt le texte de Nicolas Bourriaud dans le catalogue à paraître.

Quelques mots sur l’exposition et l’accrochage.
La scénographie se réduit à l’esthétique du White Cube… L’accrochage sur une ligne rapproche classiquement les toiles par séries, dominantes de couleurs, formats ou éléments récurrents dans la composition… Une lumière uniforme de type « lèche mur » assure un éclairage homogène des cimaises…
L’ensemble un peu froid, clinique est assez conventionnel… Conforme à ce que l’on voit usuellement dans les galeries et dans les centres d’art contemporain.
Un livret rassemble en quatre pages une interview un peu convenue avec l’artiste.

À suivre deux chroniques consacrées à « Retour sur Mulholland Drive » et « Intérims (Art contre emploi) ».
À lire, ci-dessous, un texte de Yohann Gozard issu de sa page Facebook et a présentation du solo show de Tala Madani extraite du dossier de presse..

En savoir plus :
Sur le site de La Panacée
Suivre l’actualité de La Panacée sur Facebook et Twitter
Sur le site de Yohann Gozard
Tala Madani sur le site de la Pilar Corrias Gallery à Londres
« Men Without Women », un article de Aram Moshayedi à propos de Tala Madani dans Frieze (2013)

Yohann Gozard à propos de la commande pour « Retour sur Mulholland Drive »

En septembre 2016 je lisais un texte dans lequel Nicolas Bourriaud formulait l’intuition que l’univers de David Lynch avait profondément marqué l’art contemporain, au point de susciter une tendance émergente chez les artistes de la dernière décennie : le minimalisme fantastique.
De cette intuition il désirait construire une exposition, essai, rêverie, portrait de ville, et il me proposait à cette occasion de réaliser des prises de vues dans le Los Angeles parallèle que constituent Montpellier et ses alentours.
En termes limpides, alors que je ne me l’étais jamais moi-même formulé, il m’expliquait avoir perçu cette inquiétante étrangeté dans mes images et m’invitait à la recherche de zones de rencontre avec le monde de Lynch, que je connaissais mal.

À la faveur des nuits étouffantes de septembre, je hantais la ville et ses confins, pour continuer, enrichir, bousculer mon travail et débusquer des points de frottement lynchéens.
Un mois plus tard, avec un recul tout relatif car sonné par l’ivresse de la fatigue, je rapportais un ensemble d’images témoignant de cette rencontre feutrée et jubilatoire.

L’exposition « Retour sur Mulholland Drive » se construisait au loin des semaines durant, et pendant ce temps-là je découvrais enfin, à rebours, boite bleue et chevaux blancs. Sans même en avoir conscience, j’avais depuis longtemps pénétré le sombre corral de Beachwood Canyon et le halo tremblant de son unique lampadaire avait favorablement éclairé mes images.

Yohann Gozard, 16092016, 03h11-03h13 © Yohann Gozard production La Panacée
Yohann Gozard, 16092016, 03h11-03h13 © Yohann Gozard production La Panacée

Tala Madani première exposition personnelle en France

La Panacée présente la première exposition personnelle en France de Tala Madani, artiste iranienne née en 1981 et vivant à Los Angeles. L’exposition, qui rassemble une sélection de ses tableaux ainsi qu’un film d’animation, touche à l’essence du désir, de l’autorité et de la frustration.

Les peintures et les films d’animation de Tala Madani sont centrés sur la représentation de la figure masculine. Elle créé des univers grotesques et inquiétants dans lesquels l’abrutissement des hommes atteint un degré extrême. Décervelés, éventrés, humiliés, pathétiques, ils s’engagent dans de curieux rites de passage homosociaux.
En mettant en scène ces figures masculines dans des jeux liés à un imaginaire féminin, l’artiste irano-américaine décrit une société patriarcale à travers des formes humoristiques et ambiguës qui questionnent nos identités culturelles et sexuelles.

Interview de Tala Madani à l’occasion de son exposition « First Light » au List Visual Arts Center (MIT) en 2016.

Tala Madani, un théâtre de la cruauté

Née à Téhéran en 1981, Tala Madani vit désormais et travaille à Los Angeles. C’est en 2006 qu’elle débute sa carrière après des études à la Yale University School of Art. Depuis, son travail s’est vu récompensé par de nombreux prix : le Catherine Doctorow Prize for Contemporary Painting en 2013, et avant cela, le De Volkskrant Art Award en 2012, le Van den Berch van Heemstede Stichting Fellowship en 2008 et le Kees Verwey Fellowship en 2007. Entre-temps, Tala Madani Elle a également été artiste en résidence à la British School of Rome en 2010 et à la The Rijksakademie van beeldende kunsten à Amsterdam en 2007.

Parmi ses monographies récentes en 2016, on peut citer Shitty Disco, Pilar Corrias, à Londres, First Light, Contemporary Art Museum St Louis, St Louis aux Etats- Unis ou encore MIT Visual Arts Center à Cambridge, toujours aux Etats-Unis. Elle participera à la prochaine Whitney Biennial à New York de mars à juin 2017.

Tala Madani fut également actrice de nombreuses expositions de groupe. Parmi elles et récemment, Powers Seen and Unseen II, MACZUL, Maracaibo (2017); Invisible Adversaries, The Hessel Museum of Art, Bard College, Annandale-on-Hudson (2016); ou encore Inside Out, Galerie Eva Presenhuber, Zurich (2016).

Tala Madani - Photo © oh nena
Tala Madani – Photo © oh nena

 

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