Alexandre Hollan – l’invisible est le visible au Musée Fabre

Jusqu’au 10 mars 2019, le musée Fabre rend hommage à Alexandre Hollan, suite à la donation de quatre-vingts œuvres faite par l’artiste.

Annoncée comme une « véritable rétrospective », l’exposition « raconte la relation tissée depuis plus d’une dizaine d’années entre le musée et l’artiste ».

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre

L’accrochage conjugue peinture et œuvres graphiques. Il se développe dans les espaces de la collection contemporaine du musée (salles voûtées, de 49 à 52).

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 1 - En quête du sujet
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 1 – En quête du sujet

Après « Le chemin de l’arbre­ à Fa útja » que le musée Fabre avait organisée avec le Musée des Beaux-Arts de Budapest en 2012 et « Questions aux arbres d’ici », la carte blanche que le musée de Lodève lui avait offerte à l’été 2016, « L’invisible est le visible » affirme l’ambition de « mettre en lumière le parcours d’Alexandre Hollan sur près de sept décennies de création ».

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre

Le parcours s’articule en quatre séquences, « quatre périodes clés de la quête artistique du peintre » :

L’accrochage est particulièrement soigné. Il laisse au visiteur la latitude de pénétrer dans le monde singulier et poétique d’Alexandre Hollan, de prendre le temps pour le développement de sa perception et voir le chêne danser…

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre

Au risque de paraître obsédé et maniaque, on regrette les « méchants » reflets sur les verres de protection. Ils imposent un peu plus de concentration pour lâcher prise et se laisser aspirer par « La Grande Roue », par la spirale et le trait vibrant de Hollan, pour « communiquer » avec « Le Déchêné », « Le Grand Chêne de Viols-le-Fort »…

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre

Un catalogue présentant notamment l’ensemble de l’œuvre de l’artiste entrée au musée Fabre accompagne l’exposition.

Un livret de visite à l’entrée de l’exposition rassemble une compilation de citations sélectionnées avec soin par Alexandre Hollan. Elles offrent ainsi d’autres regards sur ces instants où « L’invisible est le visible »…

Enfin, un film réalisé dans le cadre de l’exposition complète cet ensemble riche autour de la donation de l’artiste au Musée Fabre.

© Marnie Production pour Les Films d’Ici Méditerranée.
© Marnie Production pour Les Films d’Ici Méditerranée.

Ces premières impressions seront prochainement complétées par un compte rendu détaillé et par quelques propos enregistrés lors de la visite de presse.

À lire, ci-dessous, une présentation du parcours et quelques repères biographiques extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site du musée Fabre
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Alexandre Hollan sur le site de la Galerie La Forest Divonne. Du 06 décembre 2018 au 16 Février 2019, la galerie consacre une exposition à l’artiste.

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 1 - En quête du sujet
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 1 – En quête du sujet

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 2 - Immanence du motif
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 2 – Immanence du motif

Cette section retrace la première période artistique d’Alexandre Hollan. Deux étapes principales dans la quête de son inspiration sont à noter. D’une part, son voyage en Italie (1962) se caractérise par des rencontres émotionnelles marquantes avec les oeuvres de Giotto, Fra Angelico et Piero della Francesca dans lesquelles il dit se retrouver. D’autre part, l’envie profonde de se confronter à la perception du paysage et au mystère de la nature qui le tient depuis son enfance, lui fait choisir une forme de vie nomade : pendant près de vingt ans, il sillonne, chaque année plusieurs mois durant, l’Europe et plus particulièrement la France, au volant de sa voiture transformée en atelier ambulant.

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 1 - En quête du sujet
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 1 – En quête du sujet

De cet épisode, fondateur dans la vie de l’artiste, date son approche philosophique de la relation entre la Nature et l’Homme qu’il ne va cesser d’interroger à travers la peinture et le dessin, comme les poètes le font à travers les mots. Tantôt coloré, tantôt sombre, l’arbre, archétype depuis la Renaissance du rapport entre la terre et le ciel, devient progressivement le sujet principal de son oeuvre.

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 1 - En quête du sujet
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 1 – En quête du sujet

Cette vie, faite de multiples voyages et de multiples visions, lui permet de déchiffrer les secrets des paysages en s’attardant sur ses impressions afin de restituer au mieux des sensations naturelles dans sa peinture.

« Ma recherche se situe aux endroits où la nature est vivante, où le contact que j’ai eu pendant près de 80 ans avec la nature peut être revisité autrement. »
Alexandre Hollan, octobre 2018

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 2 - Immanence du motif
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 2 – Immanence du motif

En 1984, le peintre achète un mazet près de Gignac (Hérault) et y prend chaque année désormais ses quartiers d’été. Cette installation dans le Midi languedocien, près de Montpellier, marque la fin de la période d’errance. C’est dans son atelier organisé en plein air, entre vignes et garrigues, qu’il commence la réalisation des Vies silencieuses (« vie silencieuse » est une autre traduction du mot hongrois « csendélet », ou nature morte que l’artiste privilégie en raison de sa meilleure correspondance avec sa recherche).

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 2 - Immanence du motif
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 2 – Immanence du motif

Pour la réalisation de ces natures mortes, il puise son inspiration dans des objets abandonnés qu’il recueille dans la nature. Sa perception l’amène à déconstruire le sens premier des objets pour leur attribuer une nouvelle dimension. C’est tout un univers intime et coloré que l’artiste façonne alors.

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 2 - Immanence du motif
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 2 – Immanence du motif

Il interroge la façon dont ses prédécesseurs (Franz Kline, Georgio Morandi) traitent la couleur et tente, dans une situation d’une grande concentration, de restituer la sensation physique de celle-ci. C’est une véritable expérience qui propose de saisir la présence de l’objet à travers une juxtaposition de couleurs primaires.

« […] il se dégage des objets, une mystérieuse présence qui nous plonge dans la contemplation où ils perdent leur fonction habituelle (la cruche n’est pas ici pour contenir du lait, le fruit pour être mangé). À une faible distance, émane de tout objet – surtout vieilli par le temps, le travail, l’usure –, une présence qui peut être reconnue comme intérieure tout en permettant par son poids, sa matière, sa couleur, une possibilité très sensuelle, très matérielle, de l’éprouver.»
Alexandre Hollan, 1993

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 3 - Dans le motif
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 3 – Dans le motif

Alexandre Hollan trouve dans la garrigue languedocienne une attache certaine à tel point que chaque année, à la belle saison, il poursuit ses recherches auprès de quelques arbres auxquels il donne un nom (« Le Descendant, Le Poussin, le Derviche »…). Au milieu de ses arbres et de manière quasi-fusionnelle, il travaille l’expression du lien presque perdu, dans notre monde moderne, entre l’Homme et la Nature.

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 3 - Dans le motif
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 3 – Dans le motif

Durant cette période, il s’intéresse avant tout à la captation de la furie dans l’énergie de l’arbre, son mouvement, son rythme. Il travaille alors le motif pour tenter de voir, par-delà notre regard qui renvoie une simple image, ce qui serait l’essence profonde de l’arbre, son être vivant : c’est ce qu’il attend de l’impression, instant de connexion entre monde extérieur et monde intérieur. Son geste d’artiste alors se libère, et l’invisible devient visible. Gorgées de sensibilité, ses peintures traduisent une expérience à la fois spirituelle et affective qui nous font entrer en résonance avec une vision qui lui est propre.

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 3 - Dans le motif
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 3 – Dans le motif

Dans cette quête qui fonde toute sa vie d’artiste, le dessin au fusain occupe une place importante : ce medium, issu de la carbonisation d’un bâton, très souple et pratique d’usage y compris en plein air, lui permet d’accomplir son travail avec un outil au plus près du prolongement du geste de sa main. En 2005, l’artiste débute la création sur grands formats dans son atelier à Ivry. Ces œuvres, proches de l’abstraction, nous plongent au cœur du motif de l’arbre, dans une expérience physique de l’arbre, au plus près de la sensation éprouvée par l’artiste, à la fois sur le moment puis retravaillée en atelier.

Chênes près du mas de Bonniol 2010, acrylique sur toile 80 x 140 cm
Chênes près du mas de Bonniol 2010, acrylique sur toile 80 x 140 cm

« Entre le visible et l’invisible, le connu et le secret, l’image apparaît »
Alexandre Hollan, 1994

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 4 - Le motif des couleurs
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 4 – Le motif des couleurs

Cette section est consacrée plus particulièrement aux œuvres « multicolorées » de l’artiste qui constituent un élément nouveau dans la collection du musée. A partir de 1980, il se concentre sur ce qu’il nomme « les écritures d’arbres ». Les premières recherches sur ce travail se situent dans la période 1980-85 : il s’agit de saisir, lorsqu’ils se manifestent, les états de l’arbre pris sur le vif, le temps d’une séance de travail.

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 4 - Le motif des couleurs
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 4 – Le motif des couleurs

Le résultat évoque d’une certaine manière l’art de la calligraphie d’Extrême-Orient, dans le déroulement vertical des divers états successifs de l’arbre et dans leur rendu graphique, traits extrêmement nerveux qui traduisent l’intensité du contact visuel et gestuel. En parallèle, l’artiste intègre la couleur au travail du motif de l’arbre, dans une pratique différente de celle des aplats qui concernent les Vies silencieuses. D’un geste souple, il fait se rencontrer trois couleurs primaires pour faire naître sur sa toile ce qu’il nomme « une vibration colorée et lumineuse ».

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre - Salle 4 - Le motif des couleurs
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre – Salle 4 – Le motif des couleurs

L’effet produit est remarquable, presque magique, même si ce dernier mot n’appartient pas au vocabulaire du peintre il nous convie à la contemplation d’un arbre peint et dessiné, dans toutes ses dimensions, physique et vivante.

Pour arriver à « produire » ses arbres, l’artiste les travaille diversement, envisageant la lumière de deux façons différentes : il se positionne à contre-jour pour appréhender la masse de l’arbre, ses mouvements d’ensemble. La lumière traversant les branches et le feuillage permet également de capter l’énergie par le trait. L’ensemble de cette salle restitue dans sa légèreté colorée le bonheur et l’allégresse de l’artiste, au cœur de la nature retrouvée.

« Le Déchêné », grand chêne 2014, acrylique sur papier 57 x 76 cm

« Le Déchêné », grand chêne 2014, acrylique sur papier 57 x 76 cm

« Le trait et les couleurs appartiennent à deux mondes. Le trait voyage sur la surface du papier. Il vibre, il s’accélère ou se ralentit, il cache en lui une spirale. Tout cela indique sa manière de manifester les rythmes de la vie. Quand différentes couleurs apparaissent à l’intérieur du trait, apparaît aussi un effet lumineux qui donne au trait une profondeur. La surface du papier s’ouvre, l’espace arrive par vagues. Qu’apporte cette “découverte”?
Une grande force inconnue. »
Alexandre Hollan, août 2014

Alexandre Hollan - L’invisible est le visible  au Musée Fabre
Alexandre Hollan – L’invisible est le visible  au Musée Fabre

Alexandre Hollan est un artiste né à Budapest (Hongrie) en 1933 qui, après le soulèvement contre le régime, décide de quitter sa terre natale.

1956 : Réfugié politique à Paris, il entre à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts puis poursuit ses études à l’École nationale supérieure des arts décoratifs. Dès cette époque, il prend l’habitude de s’isoler une partie de l’année dans le Sud de la France, en contact intime avec la nature.

1958-62 : Pendant près de vingt ans, il sillonne l’Europe à bord de son « atelier-voiture » afin de puiser le vrai sens de la nature vivante. En 1962, son voyage en Italie est une vraie révélation qui fait naître en lui une fascination pour le motif de l’arbre. Ceci constituera par la suite (1971) l’essentiel de son parcours artistique.

1978 : Première exposition particulière chez Maria Marghescu à Grafing.

1984 : Il achète dans l’Hérault un petit mas et met fin à sa période nomade. Depuis, il passe les mois d’été dans cette région et approfondit sa recherche. Il commence la réalisation des Vies silencieuses, autre nom donné à ses natures mortes.

1984 -1993 : Il enseigne à l’Académie Charpentier à Paris. Au cours de cette période, il se lie d’amitié avec le poète Yves Bonnefoy avec qui il rédige de nombreux écrits sur l’art.

1993 : Première exposition en Hongrie, au musée Vasarely.

1994 : Il est représenté par la galerie Vieille du Temple à Paris. À partir de cette période, ses expositions se multiplient tant en France qu’à l’étranger : Suisse, Canada, Italie, Espagne, etc.

2000 : Lauréat du concours de la bibliothèque de l’École normale supérieure de Lyon.

2010 : Il reçoit deux prix de l’Académie des beaux-arts, Institut de France.

2011 : Il présente ses Vies silencieuses au musée Morandi de Bologne. Il bénéficie d’une exposition au musée des Beaux-Arts de Budapest et au musée Fabre de Montpellier. Commence alors une relation durable avec ces deux musées, qui se poursuit à travers des donations jusqu’à aujourd’hui.

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