Ernest Pignon-Ernest cet été au Palais des Papes en Avignon avec « Ecce Homo »

Du 29 juin 2019 au 29 février 2020, Ernest Pignon-Ernest investira la Grande chapelle du Palais des Papes pour « Ecce Homo ». À n’en pas douter, ce sera un des éventements majeurs de l’été prochain.

Pasolini Scampia-Naples 2015 © Ernest Pignon-Ernest
Pasolini Scampia-Naples 2015 © Ernest Pignon-Ernest

Le communiqué de presse annonce près de 400 œuvres (photographies, collages, dessins au fusain pierre et encre noire, documents) pour évoquer ses interventions de 1966 à nos jours.
L’ambition de « Ecce Homo » est de retracer le parcours de l’artiste et d’expliquer sa démarche artistique, intellectuelle, politique depuis plus de 60 ans…

Les relations entre l’artsite, Avignon et la région ont été multiples depuis ses premières interventions en 1966 sur le plateau d’Albion, en réponse à l’implantation des missiles nucléaires. Rares sont ceux qui se souviennent de sa première exposition au théâtre des Carmes en 1969.

Immigrés Avignon 1974 © Ernest Pignon-Ernest
Immigrés Avignon 1974 © Ernest Pignon-Ernest

Plus nombreux sont les passants qui ont croisé les regards de ses « Immigrés » au ras du sol dans certaines rues de la ville en 1974. En 1996, le Festival lui confiait la réalisation de son affiche.

Extases © Ernest Pignon-Ernest
Extases, 2008 © Ernest Pignon-Ernest

Les « Extases » de Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation et Madame Guyon à la chapelle Saint-Charles, en 2008, restent dans de nombreuses mémoires…

On attend avec beaucoup d’intérêt la découverte de cet « Ecce Homo » par Ernest Pignon-Ernest à la Grande chapelle du Palais des Papes. On espère que ce projet saura renouer avec les moments d’exception que ce lieu nous a offerts et qu’il nous fera oublier l’ennuyeux et misérable Mirabilis qui l’encombrait l’an dernier…

À suivre.

L’exposition « Ecce Homo » est une production de la Ville d’Avignon et Avignon Tourisme.
Les œuvres devraient provenir de la galerie Lelong & Co, de collections privées et du musée de Montauban.

Ernest Pignon-Ernest a l’intention de créer « in situ » une œuvre pour Avignon dans l’espace du trésor bas du Palais des Papes, en janvier 2020.

À lire, ci-dessous, un texte d’André Velter extrait du communiqué de presse.

En savoir plus :
Sur le site du Palais des Papes
Sur le site de Ernest Pignon-Ernest
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Ernest Pignon-Ernest en action © Ernest Pignon-Ernest
Ernest Pignon-Ernest en action © Ernest Pignon-Ernest

Ne pas perdre de vue par André Velter

« On dit malentendu, tandis que malregardé ne se dit pas. Il y a pourtant beaucoup de méprise, de quiproquo, d’équivoque dans les yeux qui regardent et n’y voient pas.
Partout, en tous lieux, jusqu’aux ruelles, impasses, oasis, ermitages les plus reculés de la terre, le raz de marée des images mouvantes submerge, sature la vue, réduit le champ du visible à un écran, cadre et encadre la réalité autant que l’imaginaire.

Face à cela, dessiner s’impose comme un choix éthique qui veut d’un même geste lier la pensée et la main, garder l’élan des origines, préserver l’ensemble du parcours qui de traits en empreintes, d’ébauches en croquis, esquisses, fresques, multiplie, décline et amplifie le signe d’une connivence humaine. Car, contrairement à la peinture, le dessin est de tous les temps, nullement tributaire des chronologies, des synopsis, des hiérarchies de l’histoire de l’art.

En dessinant, pour Ernest Pignon-Ernest, il ne s’agit pas tant de représenter que de rendre présent. Au point que cette action, en quelque sorte libertaire, s’apparente à une effraction, à un surgis-sement qui articule les références les plus précises avec l’approche la plus subjective, la plus intuitive, capable de saisir comme à bras-le-corps, par grands pans de mémoire ou d’histoire, ce qui d’ordinaire ne peut être capté.

Mais ici le recours aux dessins, hautement revendiqué, ne va pas sans incompréhensions quand on prétend leur donner toute la place alors qu’ils fonctionnent comme médiums, comme outils, comme agents perturbateurs. Ils font partie de l’œuvre sans être jamais l’œuvre tout entière. Leur construction, leur écriture, leur échelle, ce qu’ils figurent et comment cela est figuré ne s’élaborent que dans la perspective des relations et interactions avec les lieux, soigneusement repérés, auxquels ils sont destinés.

Ce qui est ainsi proposé, c’est à la fois une intervention plastique dans le réel et les résonances symboliques, mythologiques, sacrées, anthropologiques, politiques, événementielles qu’elle suscite. Avec son espace, son passé, ses zones d’ombre, son potentiel suggestif soudainement
activé, déstabilisée par l’insertion d’un élément de fiction, c’est la rue qui se trouve exposée. Non pas en devenant « la plus grande galerie du monde », mais en étant comme dévoilée, révélée à elle-même, par l’entremise, en l’occurrence l’intercession artistique, d’Ernest Pignon-Ernest.

Là réside la singularité radicale de celui qui est reconnu, à juste titre, mais parfois assez confusément, pour avoir été l’initiateur du « street art ». À l’évidence, il est avant tout l’inventeur, le metteur en scène et l’acteur d’une création inédite qui, servie par une fastueuse maîtrise technique, conjugue remémoration, engagement existentiel et happening poétique. »

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