Dora Maar – Vaste Horizon chez la marchande des 4 saisons à Arles

Du 21 mars au 24 juin 2019, la galerie la marchande des 4 saisons à Arles propose « Vaste Horizon », un projet consacré à une Dora Maar inconnue, celle qui vécut recluse à Ménerbres après sa séparation avec Picasso.

Dora Maar - Dessin à la plume - Vaste Horizon chez la marchande des 4 saisons à Arles
Dora Maar – Dessin à la plume – Vaste Horizon chez la marchande des 4 saisons à Arles

L’exposition présente une série inédite de 20 dessins de paysage par Dora Maar et 5 photographies de la maison de Dora Maar par Jérôme de Staël.

Jérôme de Staël - Maison de Dora Maar - Atelier
Jérôme de Staël – Maison de Dora Maar – Atelier

Ces œuvres seront accompagnées par un objet insolite, la mobylette de l’artiste, prêt exceptionnel de la Dora Maar House.

La mobylette de Dora Maar
La mobylette de Dora Maar

Chronique à suivre après un passage par la galerie dirigée par Anne Carpentier.

À lire, ci-dessous, une présentation de cette exposition extraite du dossier de presse.

En savoir plus :
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Dora Maar – Vaste Horizon : une présentation par la marchande des 4 saisons

Dora Maar

© RMN-Grand Palais (Musée Picasso de Paris) - Franck Raux
© RMN-Grand Palais (Musée Picasso de Paris) – Franck Raux

L’artiste Dora Maar (1907-1997) est considérée comme l’une des grandes figures artistiques du Xxème siècle. Connue pour sa relation avec Picasso (entre 1936 et 1945), sa réputation ne saurait être réduite à cette période.

Avant, elle fut photographe surréaliste, rivalisant avec Brassaï et Man Ray, jouant avec virtuosité du photomontage, explorant aussi la photographie humaniste.

Pendant, elle fit ce que Picasso ne permit à personne : composer des oeuvres à 4 mains (qu’ils appelèrent les « Picamaar »), collectionner les plus minimes de ses créations (papiers découpés, fils de fer, capsules aujourd’hui dans les collections du musée Picasso, Paris), photographier chaque étape de sa création (Guernica).

Après, elle choisit une vie de peintre recluse, entre la rue de Savoie à Paris et la maison de Ménerbes (le dernier cadeau de Picasso). Muse devenant muette, sourde au monde, n’ayant d’yeux que pour l’art et Dieu. De ce fait, on ne sait quasiment rien de cette longue période d’enfermement (près de 50 ans).

Jérôme de Staël - Maison de Dora Maar - Atelier
Jérôme de Staël – Maison de Dora Maar – Atelier

Sa mort en 1997 ouvrit les portes jusque-là verrouillées sur une manne inédite de Picasso et sur une vie de création. L’absence de testament conduit à une grande vente de ses biens l’année suivante (octobre-décembre 1998 par Piasa et Mathias) : sa collection de Picasso et ses propres œuvres, estampillées du tampon oblong « DM 1998 ».

Aujourd’hui, petit à petit, ces oeuvres sortent de l’ombre des collections et réapparaissent sur le marché de l’art, comme la série inédite de dessins exposés. Ils nous permettent d’éclairer des pans de vie jusqu’ici inconnus, balises chronologiques et témoins d’une création artistique qui n’a jamais faibli.

L’exposition

Vaste Horizon est le nom de l’hôtel de Mougins qui abrita les amours de Dora Maar et de Picasso, durant les étés 1936, 1937 et 1938. Un établissement modeste mais avec vue sur la Méditerranée surplombant les vignes et illustrant une période heureuse. Ils y reçurent la visite de leurs amis, comme en témoignent les photographies de Dora Maar sur lesquelles jouent de poses joyeuses Nush et Paul Eluard, Roland Penrose et Lee Miller, Man Ray et Ady Fidelin. C’est là que Dora Maar a commencé à peindre, délaissant son appareil photo…

Dora Maar - Dessin à la plume - Vaste Horizon chez la marchande des 4 saisons à Arles
Dora Maar – Dessin à la plume – Vaste Horizon chez la marchande des 4 saisons à Arles

C’est aussi le titre tout indiqué pour cette exposition de 20 dessins de paysage de Dora Maar, probablement réalisés dans les années 1950-80. Ils sont les témoins rares et précieux de la période de création artistique inconnue, volontairement confidentielle, de la Dora Maar « après Picasso ». Car dès les années 1950, elle décide de mener une vie solitaire. Hormis quelques exceptions mondaines les premières années (1946-1958), elle vivra seule pendant près de 50 ans, soit la moitié de sa vie.

L’inverse de la première partie qui ne fut que faste et mondanités, tout ne sera plus que silence et austérité.

Que l’exposition se tienne à Arles, capitale mondiale de la photographie, peut être vu comme un hommage à l’artiste photographe. Et particulièrement dans cette galerie, vestige de l’ancien couvent des Carmes, où les religieuses ont vécu en réclusion jusqu’à la Révolution, reflet de son choix de (deuxième) vie si particulier.

Les dessins seront accompagnés d’un objet exceptionnel ayant appartenu à Dora Maar, sa mobylette, et 5 photographies de Jérôme de Staël, animés par la sortie du livre sur Dora Maar de Brigitte Benkemoun en mai, de la découverte d’un graffiti étonnant à Arles et d’autres événements encore au fil de la saison.

Les Dessins

De 1950 à sa mort en 1997, les seules activités de Dora Maar sont religieuses et artistiques. Dans son atelier de Ménerbes, au premier étage de la maison, avec un prodigieux panorama surplombant la vallée jusqu’au Mont Ventoux, et une croix faite de châssis de tableau pour seuls décors, elle peint, colorie, dessine. Ses moyens sont sommaires.

Tant qu’elle le peut elle parcourt la campagne alentour avec sa mobylette, s’arrêtant pour noircir sur le vif ses carnets de paysages, les monts et merveilles de sa nouvelle vie.

Dora Maar - Dessin à la plume - Vaste Horizon chez la marchande des 4 saisons à Arles
Dora Maar – Dessin à la plume – Vaste Horizon chez la marchande des 4 saisons à Arles

Les dessins présentés sont tirés de ces carnets, dont les feuilles ont été dispersées au gré des ventes. On peut toutefois les catégoriser comme suit :

  • Les dessins à la mine de plomb, au nombre de 6. Ils ne sont ni signés, ni estampillés du cachet de la vente de 1998, dont ils sont pourtant issus. Ils portent cependant la mention de sites : les Baux (qu’elle écrit « Beaux »), Fontaine de Vaucluse, Roussillon. Le trait est lâche, sommaire mais précis. Ainsi, on reconnaît aisément la ligne d’horizon des Baux. On peut penser que ces dessins sont préparatoires à des oeuvres magistrales, comme des toiles peintes.
  • Les dessins à la plume. Le trait est vif, agité mais toujours précis. Les compositions restent simples, aussi dépouillées d’artifice que son style de vie et aussi brutes que les paysages qu’elles représentent. Il s’y passe cependant quelque chose. Les nuages balayés par le vent ou la pluie rythment les dessins. 11 sur 14 sont signés.

Il est émouvant de penser que ce travail, Dora Maar ne le montrera à personne. Pourtant, elle signa la plupart d’entre eux comme si elle patientait son entrée dans la légende.

La mobylette

La mobylette de Dora Maar

Rare vestige du quotidien de Dora Maar, sa mobylette est la pièce emblématique de sa vie à Ménerbes, la petite histoire dans la grande histoire. « Cette monture de métal était son fil rouge avec le monde extérieur, le prolongement de son esprit. Il lui permettait d’avaler les litres de vent, de voler sur la terre ferme » imagine justement Stéphan Lévy-Kuentz (« Sans Picasso », éditions Manucius, 2018).

Elle est aujourd’hui la propriété de la Dora Maar House, la résidence d’artiste du Museum of Fine Arts de Houston qui la prête exceptionnellement et généreusement pour la durée de l’exposition – c’est sa première sortie de la maison de Ménerbes depuis Dora Maar !

Placée au centre de la galerie, encadrée des paysages dessinés qu’elle a probablement transportés dans ses sacoches, cette mobylette, star de métal, sera la pièce emblématique, de l’exposition.

Jérôme de Staël

Lorsque l’opportunité de pénétrer, enfin, chez Dora Maar se présenta, le photographe Jérôme de Staël était le mieux placé : Dora Maar vient de décéder et la maison n’est pas encore en vente. Il occupe le château nommé Le Castellet, que son père Nicolas acquit en 1953, à quelques centaines de mètres de la maison de Dora Maar.

Rien n’avait bougé depuis le dernier départ de Dora. Et Jérôme tient à préciser qu’il n’a touché à rien, n’a déplacé aucun objet dans un souci de parfaire sa composition. Il raconte cependant une maison très humide, où tout confort est exclu et tout décor banni. Il a juste ouvert les fenêtres pour aérer, laissant déverser les rayons de lumière.

Ses photographies nous permettent de deviner le style de vie de Dora Maar, et le fait qu’elle n’investit qu’une partie de la grande maison : la cuisine au rez-de-chaussée, son atelier et sa chambre au premier étage, attenante à un dressing et une salle de bain. On ne saurait dire si Dora Maar est partie il y a peu ou il y a longtemps, tant on découvre la précarité dans laquelle elle vivait. Aussi on comprend le choix de l’atelier à l’étage : les grandes fenêtres XVIIIème sont comme des écrans, ouvrant sur un vaste paysage alentour, la vallée de vignes jusqu’au Mont Ventoux. Cet atelier est probablement la seule pièce qui semble concentrer son activité : tas de tubes de peinture, pinceaux et couteaux, essence de térébenthine, toiles et châssis. Alors qu’ailleurs, toute vie semble être arrêtée depuis des années, au regard par exemple des pneus crevés de la mobylette, sous l’escalier.

Le noir et blanc utilisé, exclusivement, par Jérôme de Staël ajoute un voile d’intemporalité à cet intérieur décharné. 5 photographies de cette série seront exposées à la vente.

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