Sur Terre – Image, technologies & monde naturel aux Rencontres Arles 2019

Jusqu’au 22 septembre, Les Forges au Parc des Ateliers accueillent « Sur Terre – Image, technologies & monde naturel » une passionnante exposition coproduite par le FOAM, Fotografiemuseum d’Amsterdam et les Rencontres d’Arles. C’est sans aucun doute un des projets les plus intéressants et des plus aboutis de cette cinquantième édition du festival.

Matthew Brandt et Guillaume Simoneau - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Matthew Brandt et Guillaume Simoneau – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Les deux commissaires (Marcel Feil et Hinde Haest) ont réuni avec intelligence et intuition « le travail de vingt-cinq artistes contemporains qui utilisent des stratégies d’imagerie innovantes pour mettre en lumière la relation changeante de l’homme a la nature ». Dans leur texte d’introduction, ils soulignent :

« À de rares exceptions près, les fabricants d’images ne parcourent plus la nature, appareil en main, pour donner à voir le monde qui les entoure. Au lieu de cela, ils se servent des médias sociaux, des moteurs de recherche d’images, de Google Maps, de la réalité virtuelle et d’autres outils visuels pour décortiquer notre expérience du monde naturel qui se fait de plus en plus par le truchement d’écrans et de moins en moins de manière directe. »

Dans une scénographie sobre et élégante, le parcours très bien construit propose comme annoncé « différentes approches visuelles (…) montrant comment les artistes cherchent à la fois à décortiquer et à réconcilier une approche technologique, socio-économique, spirituelle et politique d’une part, et ce qu’on appelle la “photographie de paysage” de l’autre ».

Le texte d’intention de Marcel Feil et Hinde Haest affirmait l’ambition que « tous les travaux de Sur Terre témoignent, aussi bien matériellement que conceptuellement, de l’influence fondamentale de la technologie (de I’image) sur la relation paradoxale et en perpétuelle évolution entre les humains et la nature ». Ils annonçaient aussi la volonté de montrer qu’« aujourd’hui, l’image photographique n’a plus seulement une fonction documentaire [et qu’] elle est devenue un agent actif et complice de l’âge de l’anthropocène ».

Leur démonstration est particulièrement éloquente et concluante.

Broersen et Lukàcs - Forest on Location, 2018 et Schwayg Main Hartz, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Broersen et Lukàcs – Forest on Location, 2018 et Schwayg Main Hartz, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Dans une architecture simple et efficace, « Sur Terre – Image, technologies & monde naturel » se développe au premier étage des Forges.

D’habiles perspectives construisent des espaces de dimensions variables qui valorisent avec élégance les photographies, installations, sculptures, captures d’écrans de jeux vidéo ainsi que les vidéos sélectionnées par les commissaires.

Melanie Bonajo - Progress vs. Sunsets - Re-formulating the Nature Documentary, 2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019

L’accrochage est particulièrement soigné. Sans jamais forcer son attention, il sait relancer avec adresse la curiosité du visiteur. En jouant astucieusement avec les angles de vue, il réussit à proposer quelques effets de surprise utiles et opportuns.

Thomas Albdorf et Jeremy Ayer - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019

Les tirages réalisés par Kleurgamma Fine Art, Amsterdam sont exemplaires, ainsi que les encadrements qui emploient presque toujours du verre antireflet. L’ensemble est servi par un éclairage irréprochable.

Mark Dorf - Paysage 15 et 14, Série Transposition, 2016-2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Mark Dorf – Paysage 15 et 14, Série Transposition, 2016-2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

« Sur Terre – Image, technologies & monde naturel » s’organise en quatre séquences cohérentes et équilibrées, mais aux frontières opportunément poreuses et floues :

Le parcours très fluide est ponctué de textes d’introduction qui définissent avec clarté les enjeux de chaque section et la logique qui a conduit au choix des œuvres exposées.
De la même manière, un cartel enrichi résume simplement les techniques et les pratiques de chaque artiste et sa relation singulière à la nature.

Troika - Segment of a sunrise, Double image et Borrowed Light, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Troika – Segment of a sunrise, Double image et Borrowed Light, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Ce remarquable travail n’est malheureusement pas accompagné par une publication. Assez curieusement, cette proposition ne semble pas bénéficier d’une couverture médiatique à la hauteur de sa qualité. On souhaite que « Sur Terre – Image, technologies & monde naturel » trouve l’écho du public qu’elle mérite et que cette production soit accueillie par d’autres institutions après la clôture des Rencontres…

À ne pas manquer !

Avec :
Thomas Albdorf, Jonathas de Andrade, Jeremy Ayer, Fabio Barile, Melanie Bonajo, Matthew Brandt, Persijn Broersen & Margit Lukács, Mark Dorf, Rafael Dallaporta, Lucas Foglia, Noémie Goudal, Mishka Henner, Femke Herregraven, Benoît Jeannet, Adam Jeppesen, Wang Juyan, Anouk Kruithof, Mårten Lange, Awoiska Van der Molen, Drew Nikonowicz, Mehrali Razaghmanesh, Guillaume Simoneau, Troika (Eva Rucki ; Conny Freyer ; Sebastien Noel), Maya Watanabe, Guido Van der Werve.

Guido van der Werve et Lucas Foglia - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Guido van der Werve et Lucas Foglia – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

À propos des commissaires :

Marcel Feil est directeur adjoint et responsable artistique du Foam, Amsterdam. Après avoir étudié l’histoire de l’art à l’université d’Amsterdam, il a travaillé pour la Fondation néerlandaise pour les Arts visuels, le Design et l’Architecture ainsi que pour le Centre pour la Photographie d’Amsterdam. Depuis 2002, il est conservateur au Foam où il a organisé un grand nombre d’expositions de photographies historiques et contemporaines. Il est l’un des éditeurs d’origine de Foam Magazine, le périodique international consacré à la photographie édité par le musée. Depuis 2010, il est responsable du programme d’expositions du musée, des expositions internationales, du Foam Magazine ainsi que de l’ensemble des autres activités artistiques de l’établissement.

Hinde Haest est commissaire d’exposition au Foam, où elle a monté plusieurs expositions, dont Masahisa Fukase, Scènes intimes et William Eggleston, Los Alamos. Avant cela, elle a organisé des expositions photographiques au Rijksmuseum, au Huis Marseille, au Victoria and Albert Museum et à la galerie d’art Barbican. En 2013, elle a été récipiendaire de la bourse de recherche Manfred Heiting, puis, en 2015, chercheuse associée au New Museum. Elle est auteure d’ouvrages et de beaux livres sur les collections de photographies du Rijksmuseum et du Nederlands Fotomuseum et a contribué à des périodiques tels que Aperture, Metropolis M et Foam Magazine.

À lire ci-dessous, un compte-rendu photographique de l’exposition accompagné des textes de salle. L’enchaînement des images et des textes respecte la chronologie du parcours de visite et ses frontières poreuses.

En savoir plus :
Sur le site des Rencontres Arles 2019
Sur le site du FOAM, Fotografiemuseum d’Amsterdam

Matthew Brandt et Guillaume Simoneau - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Matthew Brandt et Guillaume Simoneau – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019


https://matthewbrandt.com/

En 2014, la ville de Flint, dans le Michigan, a été déclarée en état d’urgence après l’empoisonnement au plomb de ses habitants suite à l’ingestion d’eau polluée. Le lieu en est venu à symboliser la négligence généralisée des institutions, puisque la rentabilité a prévalu sur les principes élémentaires de santé et de sécurité. En réponse à cet événement, Brandt a réalisé un triptyque représentant le Stepping Stone Falls, le barrage qui détourne l’eau du fleuve Flint pour former le lac Mott, d’une superficie de 600 acres.

Matthew Brandt - River and Sky, 2016 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Matthew Brandt – River and Sky, 2016 – Épreuves multicouches de DuraClear développées puis lavées avec de l’eau tirée du fleuve Flint. Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Yossi Milo Gallery.

Pour produire ses tirages, l’artiste a utilisé l’eau polluée du fleuve pour laver les différents calques de couleur de façon à obtenir une réaction permanente d’altération, puis il a superposé les films de cyan, de magenta et de jaune dans une boite lumineuse LED, créant un tableau inquiétant aux couleurs éclatantes. L’esthétique visuelle de l’œuvre est le résultat de l’interaction physique entre l’image et l’imaginé, et représente le processus chimique qui est à l’origine de la photographie.


http://www.simoneauguillaume.com/

Lac expérimental s’articule autour d’une structure de recherche internationale étudiant l’impact humain sur la nature. Les locaux de cet organisme se situent dans le cadre naturel sauvage de l’Experimental Lakes Area (ELA), dans le nord-ouest de l’Ontario, Canada. L’ELA est un laboratoire naturel composé de cinquante-huit lacs dans lequel une communauté de scientifiques du monde entier teste les effets de nouvelles substances chimiques et autres inventions humaines sur l’environnement.

Guillaume Simoneau - Lac expérimental, 2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Guillaume Simoneau – Lac expérimental, 2017 – Impression jet d’encre Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la Mack and Stephen Bulger Gallery.

Simoneau suit ses activités quotidiennes comme celles d’un écosystème complexe en soi, à la façon dont un savant étudie un échantillon. Les résultats obtenus dans les études de cas réalisées dans l’ELA inspirent les politiques environnementales sur toute la planète. À leur niveau, les petites études de Simoneau parlent d’une interconnexion entre l’être humain et la nature qui passe de plus en plus par la science — et la photographie.

La prétendue objectivité de la photographie a longtemps étayé l’observation scientifique de la nature. Très tôt, les botanistes ont enregistré leurs spécimens par des procédés photoreproductifs ; au XIXe siècle, des relevés photographiques minutieux ont permis de suivre les transformations du paysage au fil du temps. Des artistes tels que Guillaume Simoneau et Fabio Barile illustrent combien la photographie est toujours au cœur des procédés scientifiques par lesquels nous observons le monde. Dans leur travail, l’être humain apparaît comme un facteur géomorphologique de plus en plus décisif, devenant son propre sujet d’étude. Des artistes tels que Matthew Brandt, Mishka Henner et Mehrali Razaghmanesh usent du pouvoir de l’image pour témoigner des effets dévastateurs de l’interaction humaine avec la terre. Leurs travaux montrent les conséquences de décennies de négligence institutionnelle généralisée – publique comme privée.

Le format et les procédés matériels par lesquels les artistes traitent des questions environnementales confèrent à la photographie une nouvelle acception, celle de témoignage. Avec l’avancée des technologies de surveillance et de la vision par ordinateur, le rôle du photographe en tant que lanceur d’alerte a fondamentalement changé. En 1967, la première image satellite en couleur de la planète Terre inspira, comme on le sait, un important activisme écologique. Elle fut publiée en une du premier numéro de Whole Earth Catatog, un magazine américain de contre-culture qui militait pour une écologie fondée sur l’autosuffisance et le do it yourself. Depuis lors, des artistes tels que Femke Herregraven et Anouk Kruithof s’intéressent moins à la façon dont la photographie peut confirmer ou infirmer des arguments dans les débats environnementaux qu’à la manière dont l’image peut être mobilisée comme un agent et un complice actif dans un monde transmis par l’image.


https://www.anoukkruithof.nl/

Anouk Kruithof - Ice Cry Baby, Snug Fit (Bien ajusté), Squabble (Brouille) et Flat Head (Tête plate), 2017 - Sur Terre - Rencontres Arles 2019
Anouk Kruithof – Ice Cry Baby, Snug Fit (Bien ajusté), Squabble (Brouille) et Flat Head (Tête plate), 2017 – Sur Terre – Rencontres Arles 2019

Anouk Kruithof pose un regard critique sur la culture contemporaine du spectacle et sur notre relation à la nature via le numérique. L’artiste reprend des photographies aériennes de catastrophes environnementales (marées noires ou abandon de déchets chimiques) et les imprime sur du latex, du plastique ou du caoutchouc.

Anouk Kruithof - Snug Fit (Bien ajusté), Squabble (Brouille) et Flat Head (Tête plate), 2017 - Sur Terre - Rencontres Arles 2019
Anouk Kruithof – Snug Fit (Bien ajusté), Squabble (Brouille) et Flat Head (Tête plate), 2017 – Sur Terre – Rencontres Arles 2019

Elle les accroche ensuite à des compositions qui incorporent des appendices artificiels du corps humain comme des béquilles et des masques à oxygène. Les objets célèbrent et questionnent à la fois les réalisations technologiques de l’homme ainsi que le factice, l’insensibilité et l’infirmité métaphorique qui en résultent.

Avec son installation apocalyptique, Kruithof souligne la façon dont une réalité catastrophique est esthétisée et souvent partagée sans réfléchir. Dans Ice Cry Baby, qui consiste en une compilation de vidéos trouvées sur YouTube où l’on assiste à la fonte des glaces et à l’effondrement des glaciers, elle confronte le spectateur à une catastrophe en cours.

L’œuvre est un commentaire sur le processus par lequel la consommation excessive peut conduire à une sursaturation et, à terme, à de l’indifférence ; de fait, les clips originaux ont été postés avant tout pour leur côté spectaculaire. Dans l’œuvre de Kruithof, l’effondrement de la glace en vient à symboliser le déséquilibre entre l’homme et la nature – de même que la dégradation morale collective.


http://www.fabiobarile.com/

Fabio Barile - Série An investigation of the laws(...) - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Fabio Barile – Série An investigation of the laws(…) – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Fabio Barile – Granite de Sardaigne – Série An investigation of the laws observable in the composition, dissolution and restoration of land, 2014-2018

Fabio Barile – Simulations and Studies

L’apparente sérénité des paysages de Fabio Barile est illusoire : ils sont sans cesse remodelés par la compression, l’érosion, la fonte et autres processus géologiques. S’inspirant des relevés géologiques anciens de photographes tels que Timothy H. O’Sullivan (1840-1882), Barile utilise la photographie pour étudier les forces qui ont modelé la surface de la Terre au cours de ses 4,5 milliards d’années d’existence.

Fabio Barile - Granite de Sardaigne - Série An investigation of the laws(...) - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Fabio Barile – Granite de Sardaigne – Série An investigation of the laws(…) – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

L’artiste s’est servi d’un appareil photo grand format pour rendre compte des traces du temps laissées sur le paysage par les forces naturelles, en simulant le processus géologique dans son studio au moyen d’assiettes en plastique, de biscuits, des produits de la chambre noire et d’appareils électroménagers.

Fabio Barile - Simulations and Studies - Série An investigation of the laws(...) - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Fabio Barile – Simulations and Studies – Série An investigation of the laws(…) – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Sa méthode de bricolage avec les moyens du bord, de même que le titre de sa série, rend hommage au géologue pionnier James Hutton (1726-1797), qui le premier observa la Terre comme une entité vivante, en mutation et vieillissante, prouvant qu’elle était bien plus ancienne qu’on ne l’avait cru jusqu’à présent.


https://mishkahenner.com/

Mishka Henner - Randall County Feedyard, Amarillo, Texas et Tascosa Feedyard, Bushland, Texas - Série Feedlots, 2012-2013 - Sur Terre - Rencontres Arles 2019
Mishka Henner – Randall County Feedyard, Amarillo, Texas et Tascosa Feedyard, Bushland, Texas – Série Feedlots, 2012-2013 – Sur Terre – Rencontres Arles 2019

Les images de Henner constituent un témoignage alarmant sur des pratiques destructrices dues à la maximisation du rendement dans l’industrie de la viande.
Les parcs d’engraissement, qui portent la dénomination officielle d’« opérations concentrées pour nourrir les animaux », constituent d’immenses bandes de terres encloses où on élève le bétail jusqu’à ce qu’il devienne énorme avant de l’abattre.
Le photographe a découvert ces pratiques en recherchant des images satellite de champs pétrolifères sur Google Earth. Des centaines de milliers de taches presque imperceptibles qui ponctuaient le paysage se révélèrent être des têtes de bétail ; les bassins adjacents étaient des étangs utilisés pour la collecte et la décomposition des déjections animales. Leur vive couleur provient des déchets chimiques qui s’infiltrent dans le sol, entraînant de sérieux risques sanitaires.

Les images de Henner sont des composites de centaines d’images satellites à la portée de tout un chacun. Tandis que l’artiste bénéficie d’un libre accès à son matériau source, dans certains États, l’institutionnalisation des lois dites « ag-gag » criminalise la production d’images montrant des rejets massifs de déchets dans l’environnement et la maltraitance animale.
Pour l’artiste, les images ne sont pas seulement un moyen de visualiser et de saisir l’énorme impact de notre surconsommation ; elles dénoncent une attitude fondamentalement biaisée envers notre environnement.


https://www.pmpmpm.com/

Broersen et Lukàcs - Forest on Location, 2018 et Schwayg Main Hartz, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Broersen et Lukàcs – Forest on Location, 2018 et Schwayg Main Hartz, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

La forêt de Biatowieia, située dans la région frontalière entre la Pologne et la Biélorussie, est la dernière forêt primaire d’Europe. L’écosystème vieux de 11 800 ans a nourri l’imaginaire européen durant des siècles, constituant la toile de fond pour toutes sortes de légendes, de mythes et de contes de fées. Tout au long de son histoire, la forêt s’est vu assigner divers rôles : celui de construction culturelle et historique, de ressource économique âprement disputée ou encore de patate chaude politique. Bien qu’elle soit inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, elle a tout au long de son existence été menacée par un abattage massif.

Broersen & Lukács, Forest on Location at FOAM, photo Gert Jan van Rooij, 2018
Broersen & Lukács, Forest on Location at FOAM, photo Gert Jan van Rooij, 2018

Broersen et Lukàcs ont créé pour elle une campagne de soutien sur Internet, où la documentation photographique en deux dimensions est convertie en un environnement en trois dimensions.

La forêt virtuelle sert de décor à une performance du chanteur d’opéra iranien Shahram Yazdani. Celui-ci a proposé une réinterprétation persane de Nature Boy, le grand succès de Nat King Cole de 1948. Dans sa version, un arbre vieux et sage s’adresse à un garçon qui se promène dans la forêt.

L’arbre qui parle – un thème de fiction universel – est entraîné dans le XXIe siècle et matérialisé au moyen de la photogrammétrie et de l’impression 3D. La sculpture a pour nom le titre de la version originale de Nature Boy, une chanson du théâtre yiddish écrite par Herman Yablokoff, un compositeur originaire de la région de la forêt de Bia owie a. Traduite par « Reste calme, mon cœur », la chanson de l’arbre révèle la plainte d’une souffrance silencieuse.


https://unseenplatform.com/artist/mehrali-razaghmanesh

Mehrali Razaghmanesh – Sans titre

L’ancienne forêt hyrcanienne s’étend sur des territoires qui appartiennent à la fois à I’Azerbaijian et à l’Iran. Elle ne peut bénéficier du statut de patrimoine mondial de l’Unesco en raison d’un contentieux bureaucratique non résolu entre les deux pays concernant le nom qui devrait apparaître en premier dans son enregistrement. En conséquence, le manque de mesures légales pour protéger la forêt de la déforestation, du braconnage et de l’exploitation agricole, entraîne sa rapide diminution.

Mehrali Razaghmanesh - Sans titre - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Mehrali Razaghmanesh – Sans titre – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Razaghmanesh attire notre attention sur le fait que la nature est souvent instrumentalisée comme un pion en politique, otage des conflits et soumise aux structures du pouvoir. Cependant, les images montrent simplement la beauté saisissante et éternelle de la forêt, en apparence non affectée par les événements actuels. Réalisés à la gomme bichromatée — une technique assez contraignante de reproduction pratiquée au XIXe siècle — avec de la résine provenant de la forêt, les tirages sont éphémères et irremplaçables, tout comme le lieu auquel ils doivent leur existence.


http://femkeherregraven.net/

Femke Herregraven - Hinged Collisions, Optical Extraction, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019

Femke Herregraven – Hinged Collisions, Optical Extraction, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Les bas-reliefs en bois de Herregraven sont composés de données sismiques et d’images satellite qui rendent compte de la fréquence des éruptions volcaniques et autres désastres naturels. La vision numérique, qui ne cesse de progresser, aide à prévoir de telles catastrophes et à mesurer leur impact. Cela a permis de développer la spéculation financière sur les phénomènes terrestres à travers les obligations cat’ (abréviation d’« obligations sur catastrophes »). Des traders spéculent sur les catastrophes à venir, comme la probabilité ou la gravité d’un tremblement de terre ou d’un ouragan. Les gains dépendent de paramètres incluant le timing, la situation géographique, l’étendue du désastre et le taux de mortalité.

Femke Herregraven - Hinged Collisions, Corrupted Air, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Femke Herregraven – Hinged Collisions, Corrupted Air, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Herregraven retrace l’histoire des obligations sur catastrophes depuis le XVIIe siècle, juxtaposant une liste de désastres récents et les Bulletins de mortalité de John Graunt, première approximation statistique de l’espérance de vie, publiés trois ans avant le début de la grande épidémie de peste.
L’artiste nous met en garde contre le danger de réduire la vie sur terre à des données et à des calculs de risques financiers. Dans une tentative pour ramener l’abstraction à la réalité qu’elle représente, elle reproduit des visualisations de données en employant des matériaux provenant de régions à haut risque.

Femke Herregraven - Seismic Parallax, 2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Femke Herregraven – Seismic Parallax, 2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Deux épreuves aux sels d’argent montrent des images télescopiques de la dépression du Danakil dans le nord de l’Éthiopie, reproduites avec du sel récolté sur les lieux mêmes. Une photo montre une éruption volcanique qu’un essaim de satellites détecta bien avant les scientifiques. L’autre est une vue de la galaxie Whirlpool prise depuis le point le plus bas sur terre. Bien qu’elles soient le produit d’une avancée technologique, ces œuvres témoignent au final pour l’artiste d’un désir immémorial de contempler le ciel.

Avec Google Earth à portée de main, il est facile d’oublier que les grands photographes du XIX’ siècle transportaient jusqu’au sommet des montagnes appareils très encombrants, plaques de verre et développeurs de manière à rendre compte d’endroits reculés sur lesquels la plupart des gens ne poseraient jamais le regard autrement. Cent cinquante ans plus tard, la photographie permet à quiconque disposant d’une connexion Internet décente d’observer le moindre bout de terre — et au-delà. Dans un monde où chaque centimètre carré semble avoir déjà été enregistré et rendu accessible, le rôle de la photographie de paysage est-il devenu obsolète ou bien est-il simplement en train d’évoluer ?

Les créateurs contemporains d’images sont toujours plus caméléons et prennent diverses formes — du photographe au scientifique en passant par l’analyseur de données, le concepteur de jeux vidéo, le chercheur, l’archiviste, le monteur et le commissaire d’exposition, ou tout cela à la fois. Les photographes dont l’œuvre engage un dialogue avec la nature sont de moins en moins nombreux à sillonner le pays appareil photo à la main pour rendre compte de leur environnement. En lieu et place, ils utilisent les réseaux sociaux, les moteurs de recherche d’images, Google Maps, la réalité virtuelle et d’autres outils visuels pour décortiquer notre expérience du paysage toujours plus indirecte et liée à l’écran. L’artiste Melanie Bonajo passe au crible l’interaction humaine avec la nature dans les médias numériques. D’autres, comme les photographes Persijn Broersen & Margit Lukécs, Drew Nikonowicz et Wang Juyan, se servent de la réalité virtuelle, de l’imagerie générée par ordinateur et de l’in-game photography pour explorer des univers que nous ne serons jamais en mesure d’expérimenter physiquement, mais qui peuvent être éprouvés par la technologie de l’image.


http://www.nikonowicz.com/

Drew Nikonowicz - This World and Others Like It, 2014-2016 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Drew Nikonowicz – This World and Others Like It, 2014-2016 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Drew Nikonowicz – This World and Others Like It, 2014-2016

Pour Drew Nikonowicz, nos vies en ligne et hors ligne sont devenues inséparables. Selon lui, le monde dont nous faisons l’expérience via notre écran est aussi réel que le monde matériel qui nous entoure.
Ses paysages composites consistent en images numériques — distillées par YouTube ou des jeux comme Minecraft — et en photos argentiques prises avec un viseur optique en 4 x 5.

Drew Nikonowicz - This World and Others Like It, 2014-2016 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Drew Nikonowicz – This World and Others Like It, 2014-2016 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Né à l’ère du numérique, l’artiste ne fait pas de distinction entre photographie « conventionnelle » et images numériques, mais les intègre toutes deux comme des manifestations légitimes d’une réalité vécue. L’esthétique hyperréaliste de Nikonowicz emprunte largement à la photographie des premiers temps. Le concept du photographe-explorateur est important dans son œuvre, inspirée par les relevés géologiques des grands pionniers du XIXe siècle comme Timothy H. O’Sullivan (1840-1882). Ce dernier, connu pour avoir constitué une cartographie photographique détaillée de l’Ouest américain, permit ainsi à un vaste public d’avoir pour la première fois accès (au moins visuellement) à ces territoires.

Drew Nikonowicz - This World and Others Like It, 2014-2016 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Drew Nikonowicz – This World and Others Like It, 2014-2016 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

De même, Nikonowicz cherche à explorer et à nous révéler un paysage que nous pourrions bien ne jamais contempler directement, mais qui peut être (rendu) connaissable par les technologies de l’image.


https://akinci.nl/artists/melanie-bonajo/

Melanie Bonajo - Progress vs. Sunsets - Re-formulating the Nature Documentary, 2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Melanie Bonajo – Progress vs. Sunsets – Re-formulating the Nature Documentary, 2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

La prolifération en ligne de photos et de vidéos virales d’animaux a redéfini fondamentalement la façon dont les gens — les enfants en particulier — interagissent avec le monde sauvage. Melanie Bonajo a passé dix ans à réunir et à classer des photos et des vidéos d’animaux mises en ligne. Elle a établi une série de questions philosophiques brûlantes sur la place des animaux dans un monde vu par écran interposé. Puis elle a invité un groupe d’enfants d’école élémentaire à regarder le matériau et a recueilli leurs réponses à des problèmes éthiques tels que les droits des animaux, la souffrance animale et la vie privée animale.

Leurs commentaires trahissent une vision du monde pleine d’empathie et pourtant faussée, qui s’avère inséparable des technologies de l’image qui la façonnent. Progrès vs couchers de soleil est le deuxième élément d’une trilogie qui se concentre sur les effets des avancées technologiques sur des groupes vulnérables.
Avec son esthétique percutante, rompue au Web, Bonajo reformule le modèle condescendant du documentaire sur la nature et propose une alternative aux croyances et aux comportements normatifs qui ont renforcé la domination des humains sur les animaux.


http://thomasalbdorf.com/

Thomas Albdorf - I Know I Will See What I Have Seen Before, 2015 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Thomas Albdorf – I Know I Will See What I Have Seen Before, 2015 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Thomas Albdorf – I Know I Will See What I Have Seen Before, 2015
Thomas Albdorf – Approach, 2015
Thomas Albdorf – Midday at the Klinser Waterfall [3], 2015
Thomas Albdorf – Summit Cross at the Schneeberg, 2015

Peut-on connaître un lieu sans y avoir jamais mis les pieds ? Telle est la question que s’est posée Albdorf. Pour éprouver cette théorie, il a « voyagé » dans des endroits reculés mais abondamment photographiés — les Alpes, le parc national du Yosemite — depuis l’écran de son ordinateur. Pour sa série Je sais que je verrai ce que j’ai déjà vu, l’artiste a repris des images couramment utilisées pour la description ou la promotion de son Autriche natale.

Le titre est une adaptation des paroles de la chanson principale du célèbre film La Mélodie du bonheur (1966), qui se situe dans une campagne autrichienne stéréotypée. Afin de comprendre comment le paysage majestueux de montagnes et de grasses prairies en vient à constituer l’ADN d’un lieu, Albdorf a emprunté des photos à des brochures touristiques et à des films régionalistes dont il a travaillé les éléments les plus représentatifs dans son studio et sur Photoshop.

Thomas Albdorf et Jeremy Ayer - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Thomas Albdorf et Jeremy Ayer – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Bien que très séduisantes, les images d’Albdorf suscitent en même temps une prise de conscience aiguë du danger qu’il y a à faire l’expérience du monde par écran interposé. Alimentant le logiciel de reconnaissance d’image avec ces constructions, l’artiste a découvert que celui-ci pouvait être amené à identifier une chute d’eau là où l’œil humain ne distinguait clairement que quelques grains de poussière sur un chiffon sombre. Lorsque les images nous atteignent — ou échouent à nous atteindre — via des moteurs de recherche et des algorithmes formatés à partir d’images existantes, nous avons tendance à ne voir que ce que nous avons déjà vu un millier de fois.


http://jeremyayer.com/

Jeremy Ayer - Cactus et Palmier, Série Sur les traces, 2017-2019 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Jeremy Ayer – Cactus et Palmier, Série Sur les traces, 2017-2019 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Le travail d’Ayer s’inspire du photographe-explorateur. Depuis son invention, l’appareil photo est utilisé pour collecter des données sur des territoires inconnus. Les gens n’avaient alors souvent d’autre moyen que ces photos pour connaître un lieu. Même aujourd’hui, notre compréhension du monde est largement nourrie par des photos en ligne. Dans son œuvre, Ayer cherche à montrer comment les mécanismes de notre « inconscient optique » ont changé avec les progrès des technologies de l’image. L’expression fut inventée par Walter Benjamin pour décrire ce qui nous est révélé à travers les traits spécifiques d’un média donné : parfois l’objectif capte ce que l’œil humain ne voit pas, et vice versa. Ayer, qui a voyagé dans le monde entier, a recherché sur Internet des photos de lieux qu’il avait visités — en l’occurrence le Maroc —, sélectionnant des motifs revenant sans cesse et qui modèlent ainsi une compréhension visuelle collective du lieu en question. Fusionnant l’expression visuelle en ligne utilisée pour décrire le Maroc avec ses propres observations sur ce pays, l’artiste souligne la divergence entre expérience numérique et expérience réelle. Faisant l’inventaire de ce que l’on gagne et de ce que l’on perd en informations dans le processus de visualisation, l’artiste se demande si le fait de pouvoir visualiser presque tout nous a permis d’y voir vraiment plus clair.

L’interconnexion intrinsèque entre les technologies d’imagerie et notre expérience de la nature est rendue manifeste dans le travail d’artistes tels que Mark Dorf et Noémie Goudal, qui montrent que ce que nous considérons comme la nature est en fait le résultat d’une intervention humaine. Profondément enracinées dans l’histoire de la photographie, leurs œuvres nous révèlent la complicité de la photographie et d’autres inventions humaines dans l’« élaboration » du paysage en tant que construction culturelle. Des artistes tels que Thomas Abdorf, Jeremy Ayer et Benoît Jannet étudient comment notre perception d’un lieu est avant tout modélisée par le média visuel que nous consommons, et attirent l’attention sur le danger de se reposer sur une culture visuelle de plus en plus autoréférentielle.

Notre expérience culturelle du paysage est explorée plus avant par le collectif artistique Troïka, dont les installations représentent un désir aussi vain qu’immémorial de comprendre et de contrôler la nature. Une nouvelle génération d’artistes rejette l’éternelle opposition nature/culture et s’écarte de l’idée que la photographie est un moyen passif peur enregistrer, analyser et contrôler notre environnement. Au contraire, des artistes comme Maya Watanabe, Raphaël Dellaporta et Marten Lange utilisent des stratégies de narration, de fiction et mythologie visuelles pour démontrer que le paysage n’est pas seulement culturellement construit, mais qu’il inspire aussi à son tour le langage, la mémoire et une identité collective.


http://noemiegoudal.com/

Noémie Goudal - Étude sur la perspective ll
Noémie Goudal – Étude sur la perspective ll

Dans son travail, Noémie Goudal combine photographie et installation pour refléter le caractère toujours plus artificiel de la nature. Ses structures explorent jusqu’où notre perception de la nature est culturellement définie ; en particulier, comment notre regard sur le monde est modelé et orienté par l’architecture et l’optique. Goudal s’approprie les principes géométriques qui façonnent à la fois l’environnement naturel et l’environnement artificiel. Étude sur la perspective ll imite l’effet optique de la stéréoscopie : une technique utilisée par des photographes au XIXe siècle pour créer l’illusion spatiale à partir de deux images séparées.

L’artiste crée un espace en forme de triangle isocèle avec un miroir entre deux écrans sur lesquels sont projetés des paysages. A première vue, le miroir reflète les deux scènes sur les yeux du spectateur, créant l’illusion d’une image 3D dans son cerveau. Enfermant les deux images et le spectateur dans une boite noire et les soumettant ainsi aux mécanismes de base de la photographie comme de la nature, Goudal crée une immersion corporelle qui rappelle la préhistoire de l’appareil photo : la camera obscura. Contrairement à l’immobilité d’un tirage photographique, la perception dans les environnements créés par Goudal est continuellement induite et toujours dans le flux – comme la nature elle-même.


http://mdorf.com/

Mark Dorf - Paysage 15 et 14, Série Transposition, 2016-2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Mark Dorf – Paysage 15 et 14, Série Transposition, 2016-2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Mark Dorf explore la façon dont la technologie numérique, le langage visuel et la science déterminent notre relation à la nature. Les images qui constituent la base de ses sculptures et installations ont été prises dans les jardins botaniques du Bronx et de Brooklyn. Elles sont caractérisées par des dégradés laissés volontairement visibles, des outils Photoshop de base comme le tampon de duplication et des matériaux humbles comme le plastique et le contreplaqué.

Mark Dorf - Paysage 16, Série Transposition, 2016-2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Mark Dorf – Paysage 16, Série Transposition, 2016-2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

En révélant la composition artificielle de ses natures mortes, Dorf confirme le principe du jardin (botanique) qui sous-tend de plus en plus notre relation à la nature en général : une structure fabriquée par l’homme, imitant une idée de ce que nous pensons être la nature.

Mark Dorf - Paysage 14, Série Transposition, 2016-2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019_1
Mark Dorf – Paysage 14, Série Transposition, 2016-2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Selon Dorf, il n’existe plus de paysage que l’être humain n’ait pas touché ou modifié. Il voit la nature, l’environnement artificiel et le monde numérique non pas comme des entités séparées et opposées, mais comme un tout englobant.

Mark Dorf - Paysage 15, Série Transposition, 2016-2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Mark Dorf – Paysage 15, Série Transposition, 2016-2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019


http://www.benoitjeannet.ch/

Benoît Jeannet - Série S’enfuir du paradis, 2019 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Benoît Jeannet – Série S’enfuir du paradis, 2019 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Benoît Jeannet – Explorateurs des espaces conquis, Série S’enfuir du paradis, 2019
Benoît Jeannet – Paysages du Pacifique effacés, Série S’enfuir du paradis, 2019
Benoît Jeannet – Sans titres, Série S’enfuir du paradis, 2019

Benoît Jeannet s’intéresse à la façon dont le paysage hawaïen a été culturellement assimilé à une représentation universelle du paradis sur terre. La reproduction à l’infini et la dissémination mondiale via les réseaux sociaux, la publicité et la tristement célèbre chemise hawaïenne ont transformé les palmiers et les soleils couchants d’Hawaï en icônes.

Benoît Jeannet - Explorateurs des espaces conquis, Série S’enfuir du paradis, 2019 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Benoît Jeannet – Explorateurs des espaces conquis, Série S’enfuir du paradis, 2019 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Jeannet se demande comment la trajectoire d’une image itinérante peut charger celle-ci d’une signification -ou l’annihiler en raison d’une surreprésentation. L’artiste a acheté plusieurs posters stéréotypés sur eBay et les a photographiés au flash ce qui, réfléchi sur du papier brillant, a en partie occulté ce mirage trop familier.

Benoît Jeannet - Paysages du Pacifique effacés, Série S’enfuir du paradis, 2019 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Benoît Jeannet – Paysages du Pacifique effacés, Série S’enfuir du paradis, 2019 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

L’éclat qui en résulte forme une tache aveugle qui dénote notre incapacité à voir le revers du paradis sur terre : les conséquences des tests nucléaires dans le Pacifique entre 1946 et 1962. Les photographies d’archives que s’est procuré l’artiste au National Archive and Records Administration (NARA) montrent la pure force destructrice de la bombe et le déplacement subséquent du peuple autochtone.

Benoît Jeannet - Sans titres, Série S’enfuir du paradis, 2019 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Benoît Jeannet – Sans titres, Série S’enfuir du paradis, 2019 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Ces images offrent un puissant contraste avec la représentation commune d’Hawaï comme une destination de vacances idyllique dans les publicités reprises d’un numéro de Life Magazine de 1951. La couverture, qui montre le Président Truman vêtu d’une chemise hawaïenne, rappelle à quel point ce paysage est sans doute le plus visité et le plus culturellement colonisé de l’histoire.


https://troika.uk.com/

Troika - Segment of a sunrise, Double image et Borrowed Light, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Troika – Segment of a sunrise, Double image et Borrowed Light, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Le coucher de soleil est sans doute le phénomène naturel le plus abondamment photographié. C’est aussi l’un des visuels reproduits les plus fréquemment partagés en ligne. L’artiste collectif Troika s’intéresse à notre tendance collective à figer et à capturer ce moment toujours éphémère.

Troika - Segment of a sunrise, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Troika – Segment of a sunrise, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Exposant un rouleau de film DuraClear à la lumière RVB, les artistes ont créé un lever — ou un coucher — de soleil en continu, imitant notre éternelle volonté de contrôler la nature par le biais des technologies. Les bouts de pellicule sont découpés et présentés comme des échantillons dans une boîte de Pétri.

Troika - Borrowed Light, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Troika – Borrowed Light, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Vus de profil, les couleurs disparaissent, démontrant que la forme et la perspective modèlent fondamentalement notre compréhension du monde. Ce rouleau de film que l’on fait défiler renvoie à l’effet d’optique du « panoramique animé » : un accessoire de théâtre employé dans des pièces mélodramatiques pour créer l’illusion d’un décor mouvant – l’ancêtre du cinéma.

Troika - Double image, 2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Troika – Double image, 2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

La technologie du XIXe siècle offrait le paysage comme une distraction paisible ; comme contempler un coucher de soleil en vacances.


https://www.raphaeldallaporta.com/

Raphaël Dallaporta - Chauvet – Pont-d’Arc, L’inappropriable - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Raphaël Dallaporta – Chauvet – Pont-d’Arc, L’inappropriable – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Le site géologique connu sous le nom de grotte Chauvet Pont d’Arc se situe au cœur de l’Ardèche, dans le sud do la France. Le lieu était resté intouché depuis plus de 30 000 ans avant sa découverte, en 1994. Dallaporta a collaboré avec la poignée de chercheurs et do scientifiques auxquels l’accès est strictement réservé. Ses photos panoramiques restituent sur une seule surface plane les vues à 360 degrés de la grotte, révélant les représentations de chevaux, de lions et de bisons remontant à l’époque du Paléolithique. Dallaporta a superposé des figures géométriques sur les photos, utilisant pour les parois une craie rouge rappelant les pigments ayant servi aux peintures de la grotte.

Raphaël Dallaporta - Chauvet – Pont-d’Arc, L’inappropriable - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Raphaël Dallaporta – Chauvet – Pont-d’Arc, L’inappropriable – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Ces figures sont reprises de la carte Dymaxion, conçue par le théoricien Buckminster Fuller (1895 1983). Repliée, la carte montre la terre comme une entité à trois dimensions. Dépliée, elle reproduit le monde entier sur une simple surface plane. La formule réunit la proposition scientifique à celle, philosophique, qui est que le monde est un, et que tout est interconnecté. De même, Dallaporta utilise les limitations du format bidimensionnel de la photographie pour tester l’hypothèse métaphysique que l’espace et le temps sont, on fait, illimités.


https://mayawatanabe.com/

Maya Watanabe - Earthquakes, 2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Maya Watanabe – Earthquakes, 2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Selon un mythe japonais, les tremblements de terre ont lieu lorsque Namazu, un poisson-chat géant vivant dans la vase sous les îles japonaises, parvient à échapper à la vigilance du dieu Kashima, qui d’habitude le retient sous une pierre. Le sursaut du poisson au moment où il se libère est ce qui fait trembler la terre.

Maya Watanabe - Earthquakes, 2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Maya Watanabe – Earthquakes, 2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Watanabe joue sur le mythe ancien en mettant en scène la catastrophe naturelle récurrente dans un aquarium installé dans un théâtre désaffecté au Japon. En enfermant l’indomptable suprématie de la nature sur l’homme, l’artiste dénonce les conséquences perturbatrices et souvent catastrophiques du contrôle humain sur notre environnement.

Maya Watanabe - Earthquakes, 2017 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Maya Watanabe – Earthquakes, 2017 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

L’œuvre commente la façon dont la nature est mythifiée tout en étant de plus en plus artificialisée. L’installation à double niveau reflète l’ambivalence avec laquelle nous faisons l’expérience de notre environnement : au niveau macro — en analysant et en contrôlant ses mécanismes avec détachement — et au niveau micro — de façon fragmentée, chaotique et immersive. Les deux perspectives jouent dans une boucle sans fin une métaphore de la circularité de notre existence sur terre.


https://martenlange.com/

Marten Lange - Chicxulub, 2016 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Marten Lange – Chicxulub, 2016 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Inspiré par la fascination qu’il éprouvait enfant pour les dinosaures, Marten Lange s’est rendu à l’endroit où est tombé l’astéroïde qui a causé leur extinction. La série qui en résulte porte le nom d’un village mexicain qui se dresse aujourd’hui sur ce même site. Le défi que s’est lancé l’artiste était d’utiliser la photographie — un médium visuel — pour parler de quelque chose d’invisible ; les événements dont traitent les images de Lange ont eu lieu il y a si longtemps qu’il n’en reste pas la moindre trace visible.

La méthode de l’artiste peut être comparée à celle d’un scientifique ou d’un archéologue classant ses échantillons pour cartographier des mondes cachés. Selon l’artiste, Chicxulub a connu une double apocalypse : longtemps après l’extinction des dinosaures, les Mayas fondèrent leur civilisation, qui à son tour fut détruite. À présent, la région est l’une des destinations touristiques les plus populaires du Mexique. Chicxulub permet d’invoquer les récits et les mythologies enracinés à la surface de la Terre, ainsi que le passage de mondes différents sur un même lieu.

Notre expérience visuelle du monde circonscrite par nos écrans d’ordinateur a pour corollaire un désir de retourner physiquement à un état de nature pur et inviolé. Ce sentiment a inspiré les paysages solennels et lointains d’Awoiska van der Molen, les glaciers majestueux d’Adam Jeppesen et les angoissantes étendues de glace foulées par Guido van der Werve. Leur travail est le résultat de longues et éprouvantes errances conjuguées à des modes de fabrication complexes des images pour établir une connexion spirituelle avec le paysage. Ce sont des pèlerins modernes dont le travail exprime une interprétation plus contemporaine du « sublime » : un terme employé par les paysagistes romantiques pour décrire la splendeur grandiose et terrifiante de la nature.

Des artistes tels que Jonathas de Andrade et Lucas Foglia enquêtent sur des communautés qui proposent des modes de vie alternatifs en lien avec la nature. Leur travail enregistre une nostalgie collective pour le monde sauvage et le désir de vivre à l’unisson avec l’environnement ; une manière d’être que l’on va typiquement rechercher dans des parties reculées du monde mais que l’on peut trouver même dans les villes les plus densément peuplées. Franchissant la limite entre photographie documentaire et narration visuelle, les artistes déploient toutes sortes de stratégies visuelles pour imaginer d’autres lendemains.


https://www.awoiska.nl/

Awoiska van der Molen - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Awoiska van der Molen – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Parcourant des terres lointaines durant de longues périodes et dans un complet isolement, Awoiska van der Molen se laisse envelopper par ce cadre naturel. Chaque image marque le moment crucial où l’artiste vit la sensation d’être « absorbée, dévorée, mais aussi protégée » par le paysage. Le Lieu ou l’heure exacts de la prise de vue ne sont pas précisés, comme abandonnés au passé. Ce qui reste est un paysage « spirituel » universel, en dehors du temps et de l’espace. Cette recherche d’une fusion entre l’être humain et la nature rappelle la quête romantique du paysage « sublime » et vierge. Un monde sauvage, grandiose et impressionnant qui englobe tout, à la fois physiquement et émotionnellement.

Et pourtant, l’esthétique d’Awoiska van der Molen est très loin du flou vaporeux et des gros grains qui caractérisaient les paysages photographiés par les pictorialistes. L’artiste obtient des tons d’un gris subtil au moyen de la seule lumière du soleil. Son travail lent et méticuleux se poursuit dans la chambre noire, où Van der Molen développe elle-même ses tirages sur papier Baryta. La matérialité et la dimension des tirages invitent le spectateur à aborder ces vues avec une émotion proche de celle qu’éprouvait l’artiste au moment de photographier.


http://www.jonathasdeandrade.com.br/

Dans un village en bordure du fleuve Sào Francisco, dans le nord-est du Brésil, un pécheur étreint sa prise au moment où celle-ci passe de vie à trépas. Dans la vidéo de de Andrade, ce geste plein d’affection est répété par dix pécheurs, au sein d’une nature à la beauté sauvage. Le rituel quelque peu déroutant peut être lu comme une métaphore de notre relation ambivalente à l’environnement – empreinte de cruauté et de tendresse et définie par la domination et la dépendance, l’exploitation et l’alimentation.

En montrant que la pratique de l’étreinte du poisson est en fait le produit de la liberté de l’artiste, l’œuvre se présente comme un commentaire sur l’expression visuelle distincte du documentaire ethnographique et connaît une subtile parodie de la représentation romantique des modes de vie « autochtones ».


http://www.adamjeppesen.com/

Adam Jeppesen – AR Chalten VI et II, série Folden, 2014-2018 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Adam Jeppesen – AR Chalten VI et II, série Folden, 2014-2018 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Adam Jeppesen a fait la traversée du pôle Nord à l’Antarctique par voie de terre en 487 jours. Les images qui sont le fruit de cette quête solitaire, tout en témoignant du caractère éprouvant d’un tel voyage, sont empreintes de sérénité et de recueillement contemplatif. L’artiste a laissé visibles les éraflures, les taches et les grains de poussière à la surface des négatifs comme des traces tangibles de l’expédition. La mobilité et la fugacité d’une existence itinérante se matérialise dans les glaciers majestueux imprimés sur du papier de riz et repliés plusieurs fois, comme une carte. La texture délicate du papier contraste avec l’aspect indestructible des anciennes formations rocheuses.

Adam Jeppesen – Sans titre 14 septembre, série Ghosts, 2013-2014 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Adam Jeppesen – Sans titre 14 septembre, série Ghosts, 2013-2014 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Pour ses Fantômes, l’artiste a fait des expériences avec la photogravure : reprenant un procédé d’impression du XIXe siècle, il encre une plaque de cuivre gravée qu’il presse sur le papier, obtenant ainsi des gris nuancés et un détail exceptionnel. Jeppesen a utilisé la même plaque plusieurs fois de suite, sans réencrer entre les impressions, produisant une image qui s’estompe jusqu’à ne laisser que l’ombre – ou le souvenir – d’un paysage qui disparaît.


http://lucasfoglia.com/

Guido van der Werve et Lucas Foglia - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Guido van der Werve et Lucas Foglia – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Lucas Foglia a parcouru le monde à la recherche de personnes qui imaginent des voies alternatives pour vivre avec la nature. À une époque où l’Américain moyen passe 93 %, de son existence dans un lieu clos, la « nature sauvage » est devenue une réalité de plus en plus abstraite alors que le besoin écologique et spirituel qu’on a d’elle se fait toujours sentir. Foglia a enregistré des programmes gouvernementaux qui reconnectent les gens à la nature, des neuroscientifiques qui évaluent les bienfaits du temps passé dans des lieux sauvages et des climatologues qui mesurent les effets de l’activité humaine sur l’environnement.

Nature humaine est une série d’histoires interconnectées sur notre dépendance à l’environnement et sur la science qui encourage notre relation avec celui-ci. Chaque histoire se situe dans une partie du monde et dans un écosystème différent : ville, forêt, champ cultivé, désert, banquise, océan ou encore coulée de lave. De la forêt équatoriale artificielle dans le Singapour urbain à un centre de recherche à Hawaï qui mesure l’air le plus pur sur terre, les photos examinent notre besoin de lieux « sauvages » — même lorsque ces lieux sont des constructions humaines.


https://roofvogel.org/

Guido van der Werve - Nummer acht , everything is going to be alright, 2007 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Guido van der Werve – Nummer acht , everything is going to be alright, 2007 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

D’un pas lent et régulier, Guido van der Werve marche devant un brise-glace sur le golfe de Botnie, près de la côte finlandaise. L’acte est aussi simple qu’impressionnant. Comme souvent dans l’œuvre de Van der Werve, il faut chercher sa signification quelque part entre le personnel et l’universel. Si l’on peut voir dans cette image un désir d’exploit physique, un voyage spirituel ou simplement un tour de passe-passe colossal, on peut également la lire comme une métaphore du fragile équilibre entre l’homme, la nature et la technologie.

De même que l’énorme engin détruit la glace qui menace d’engloutir l’artiste, c’est aussi le navire qui permet à ce dernier d’accéder à un lieu aussi reculé. La nature et la technologie se montrent tout à la fois impitoyables et grandioses, avec l’homme foulant l’étroite frontière entre les deux. Il avance, ferme et résolu, vers une destination pourtant inconnue. Avec l’espoir que — comme le suggère le titre de l’œuvre — tout se passera bien tant que nous avançons.


https://www.wangjuyan.com/

Wang Juyan - Project 2085 n°8 - Sur Terre - Image, technologies & monde naturel - Rencontres Arles 2019
Wang Juyan – Project 2085 n°8 – Sur Terre – Image, technologies & monde naturel – Rencontres Arles 2019

Lors de ses nombreux trajets entre Londres et Pékin, Wang Juyan a pris des centaines de photos des massifs montagneux chinois. Il a réalisé des compositions numériques avec les photos prises pendant ces deux années afin de constituer un paysage fictif de reliefs escarpés, de vallées et de fleuves. Le collage renvoie à la manière dont les politiques peuvent influer sur le paysage tant dans l’histoire orientale qu’occidentale — que ce soit sous la forme des peintures sur rouleau chinoises, des fresques murales de propagande, de la cartographie ou des clichés pris par des drones. Le titre renvoie au célèbre roman de George Orwell 1984 (en y ajoutant 101 ans) et à l’angoisse sociale persistante envers la surveillance d’État. Pictural et pittoresque au premier abord, l’œuvre constitue au final un questionnement sur le pouvoir et le contrôle exercés d’en haut.

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