Abdelkader Benchamma – Fata Bromosa – au MRAC -Sérignan

Du 23 novembre 2019 au 19 avril 2020, le MRAC (Musée régional d’art contemporain Occitanie/Pyrénées-Méditerranée) accueille Abdelkader Benchamma pour « Fata Bromosa » une proposition qui « opére un réseau d’échos et de résonances avec sa résidence à la Villa Médicis, réalisée à l’automne 2018 dans le cadre du premier Prix Occitanie – Médicis ».

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan

On reviendra ultérieurement sur le Prix Occitanie – Médicis dans un billet qui ouvrira une série d’articles consacrés aux résidences entre Sète/Sérignan et Marseille, en passant par Montpellier, Nîmes, Arles, Avignon et Aix.

Le texte de présentation du projet évoque à propos du séjour de Benchamma à Rome « le moment où il se plonge dans la lecture de l’œuvre d’un ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Georges Didi-Huberman (1984-86). Dans son ouvrage “Dissemblance et Figuration”, l’historien philosophe analyse la peinture de l’artiste italien du Quattrocento Fra Angelico, et particulièrement son utilisation des faux marbres »…

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan - Vue de l'exposition Salle 1
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan – Vue de l’exposition Salle 1

Pour « Fata Bromosa » (littéralement Fée des brumes), Abdelkader Benchamma présente une installation qui se développe dans trois salles du MRAC.

À lire le propos de Sandra Patron & Clément Nouet, commissaires de l’exposition, ce projet « renvoie de manière lacunaire à ce brouillage de la perception cher à Fra Angelico ». Quant à son titre, il « évoque un phénomène optique observé par les navigateurs au Moyen-Âge et se matérialise par une superposition de mirages qui donne l’impression d’un brouillard aux bords lumineux ».

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan - Vue de l'exposition Salle 1
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan – Vue de l’exposition Salle 1

Dans un premier espace, on découvre une série de peintures sur papier inspirées par ces marbres symétriques qu’il relie au test de Rorschach…

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan - Vue de l'exposition Salle 1
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan – Vue de l’exposition Salle 1

Dans une alchimie dont il a le secret, Abdelkader Benchamma y mêlerait « une grande variété de techniques et de médiums : la bombe aérosol côtoie le feutre délicat, et les peintures à base de cuivre, d’argent ou d’aluminium ».

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan - Vue de l'exposition Salle 1 Détail
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan – Vue de l’exposition Salle 1 Détail

Une seconde séquence (Salle 2 et 3) rassemble des œuvres anciennes et nouvelles « autour de la notion de miracles et de prodiges inspirés des mythes et légendes trouvés dans des gravures anciennes, mais aussi sur internet ».

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan - Vue de l'exposition Salle 2
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan – Vue de l’exposition Salle 2
Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan - Vue de l'exposition Salle 3
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan – Vue de l’exposition Salle 3

Le dernier espace plongé dans la pénombre montre « un dessin monumental au sol, débordant sur les murs, oscillant entre une installation d’étranges tapis et une constellation de mosaïques, tel un paysage minéral en ruine »…

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan - Vue de l'exposition - Salle 4
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan – Vue de l’exposition – Salle 4

Chronique et compte rendu à suivre après ces premières impressions.

Artiste internationalement reconnu, Abdelkader Benchamma a exposé son travail à de multiples occasions dans la région dont certaines ont fait l’objet de chroniques ici.

Abdelkader Benchamma - Fata Bormosa au MRAC à Sérignan
Abdelkader Benchamma – Fata Bormosa au MRAC à Sérignan

À lire, ci-dessous, le texte de présentation du projet extrait du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site du MRAC
Suivre l’actualité du MRAC sur Facebook, Twitter et Instagram
Abdelkader Benchamma sur le site de la Galerie Templon et sur celui de la Galerie Chantiers BoîteNoire

Abdelkader Benchamma « Fata Bromosa » : Présentation par Sandra Patron & Clément Nouet

Pour sa première exposition personnelle dans un musée français, Abdelkader Benchamma investit trois salles du Mrac Occitanie dans une installation immersive qui opère un réseau d’échos et de résonances avec sa résidence à la Villa Médicis, réalisée à l’automne 2018 dans le cadre du premier Prix Occitanie – Médicis.

Depuis une dizaine d’années, Abdelkader Benchamma s’est fait connaitre en développant une pratique virtuose du dessin, dans une conception élargie qui se déploie à l’échelle des lieux qui l’accueillent. Inspirés autant par la littérature et l’astrophysique que par la philosophie et l’ésotérisme, les dessins d’Abdelkader Benchamma donnent formes à l’informel, créant le doute sur la réalité de nos perceptions. Des univers instables, faits de tourbillons, de collisions et de sédimentation, évoquent tour à tour un vortex, une grotte en transformation ou un cosmos que l’on tenterait de déchiffrer à la manière d’un test de Rorschach. L’exposition devient le terrain de matières en tension, empruntant au champ de la physique son lexique et son réseau de forces : mouvement, conflit, résolution, évaporation, solidification, disparition.

Un des enjeux de son travail semble alors de rendre le visible invisible, le figuratif abstrait et l’évidence énigmatique. Mais ce qui frappe de prime abord dans son travail, c’est la puissance avec laquelle il convoque le spectateur, sa rétine, son corps et ses émotions. Ce travail nous happe littéralement, l’oscillation du dessin devient partie intégrante de notre relation à elle, alors même que, bousculés, emportés, on ne sait si nous sommes plongés dans l’infiniment grand ou l’infiniment petit. Ce trouble est matériellement rejoué par l’artiste dans un rapport très spécifique à l’espace d’exposition. Il est en cela inspiré par la théorie de la genèse des formes d’Albert le Grand au XIIIe siècle, dans laquelle le philosophe fait le postulat que les formes ne se contentent pas d’habiter un lieu mais qu’elles sont produites par lui. C’est dans le lieu que se manifeste la puissance de la matière, son appétit à se déterminer comme forme. Les dessins muraux d’Abdelkader Benchamma jouent avec cette puissance, ce génie du lieu et dans la mesure où ils sont amenés à disparaitre à l’issue de l’exposition, ils créent également une analogie avec le caractère fugace et insaisissable de l’existant.

Dès lors, on ne peut s’étonner que le séjour romain de l’artiste à la Villa Médicis fut particulièrement prolifique et inspirant pour lui. À Rome, Abdelkader Benchamma est fasciné par la variété et la richesse des décors des églises, et notamment par l’utilisation de certains marbres, qui par un jeu de mise en symétrie de veinures, créent des formes abstraites qui sont néanmoins chargées symboliquement et spirituellement. C’est le moment où il se plonge dans la lecture de l’oeuvre d’un ancien pensionnaire de la Villa Médicis, Georges Didi-Huberman (1984-86). Dans son ouvrage « Dissemblance et Figuration », l’historien philosophe analyse la peinture de l’artiste italien du Quattrocento Fra Angelico, et particulièrement son utilisation des faux marbres. Ces figures indéterminées et abstraites qui se dévoilent dans certaines fresques de Fra Angelico seraient une manière pour l’artiste de faire apparaître l’irreprésentable et l’invisible. Le divin se dévoile par des stigmates, autant de taches et de traces que Fra Angelico appose à la surface même des faux marbres.

Figurer sans représenter, voilà ce qui semble être l’ambition que ce sont donnés certains peintres de la Renaissance, dont s’est inspiré Abdelkader Benchamma : que le dessin devienne l’empreinte d’un au-delà, qu’il soit une émanation de la nature, mais une nature autre, intérieure et infigurable.

Le titre de l’exposition, Fata Bromosa, (littéralement Fée des brumes) renvoie de manière lacunaire à ce brouillage de la perception cher à Fra Angelico. Le terme évoque un phénomène optique observé par les navigateurs au Moyen-Âge et se matérialise par une superposition de mirages qui donne l’impression d’un brouillard aux bords lumineux. Les images observées sont ainsi amplifiées et déformées de manière spectaculaire, des formes étranges deviennent perceptibles au niveau de l’horizon.

Au Mrac Occitanie, Abdelkader Benchamma convoque tous ces enjeux et établit un dialogue entre pièces récentes et nouvelles productions, toutes reconfigurées à l’échelle du lieu. Dans un premier espace, l’artiste réalise une série de peintures sur papier inspirées par ces marbres symétriques. Pour l’artiste, ces formes qui apparaissent dans ces compositions ne sont ni plus ni moins que l’ancêtre du test de Rorschach, mais appliqué à un espace dévoué à la croyance qui plongeait le croyant dans un état réceptif, où des perceptions altérées pourraient survenir. Dans un rapport jubilatoire à la matière qui lui est coutumier, Abdelkader Benchamma crée ses dessins dans une grande variété de techniques et de médiums : la bombe aérosol côtoie le feutre délicat, et les peintures à base de cuivre, d’argent ou d’aluminium créent un jeu de correspondances avec les matériaux utilisés par les alchimistes du Moyen-Âge. Dans un deuxième espace plus intime, l’artiste propose un ensemble d’œuvres anciennes et nouvelles autour de la notion de miracles et de prodiges. Ces dessins, inspirés des mythes et légendes trouvés dans des gravures anciennes mais aussi sur internet, nous interrogent sur ces images symboliques qui ont façonné un imaginaire collectif qui tend à disparaître. Leurs persistances et leurs survivances se déclinent aujourd’hui sous d’autres formes, particulièrement sur internet, où elles donnent lieu à de nombreuses rumeurs et théories du complot. Dans un dernier espace, Abdelkader Benchamma propose un dessin monumental au sol, débordant sur les murs, oscillant entre une installation d’étranges tapis et une constellation de mosaïques, tel un paysage minéral en ruine. Jouant sur la révélation des formes et des images des lieux de cultes, il convoque ici une autre relation physique au dessin, plus immersive, avec toujours en filigrane cette interrogation sur le rapport entre les images et nos régimes de croyance.

Sandra Patron & Clément Nouet, commissaires de l’exposition.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.