mercredi 2 décembre 2020

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély à Marseille


Jusqu’au 27 septembre 2020, le Musée des Arts décoratifs de la Faïence et de la Mode présente « L’héritage surréaliste dans la mode. 30 modèles des collections du musée » au Château Borély à Marseille.

Dans le contexte très singulier que traversent actuellement les musées, Marie-José Linou, conservatrice en chef du patrimoine et directrice du pôle arts décoratifs des musées de Marseille (Borély et Grobet Labadié) et son équipe propose une rencontre entre l’art et la mode à travers 30 pièces issues de ses collections.

Le texte de salle qui introduit le parcours souligne le caractère particulier du projet en affirmant :
« Accessoires hybrides et vêtements importables, motifs en trompe-l’œil ou anthropomorphiques, entre illusion et décalage, le château Borély s’amuse avec la grammaire surréaliste et prolonge le plaisir de l’exposition “Man Ray et la Mode”… »
Un peu plus loin, il précise :
« Les œuvres très personnelles et souvent mystiques des artistes surréalistes, en cherchant à atteindre l’inconscient, permettent leur libre interprétation. Une même liberté a guidé le musée Borély dans le choix des vêtements et accessoires en toute subjectivité ».

Le visiteur est clairement informé que « L’héritage surréaliste dans la mode » est une exposition construite avec les contraintes du moment. Le plaisir, la liberté et la subjectivité dans la relecture avec la grammaire surréaliste des collections sont déterminants dans sa conception. Il est donc inutile d’y rechercher l’expression d’une longue et minutieuse étude historique. Dans ces conditions, on ne sera pas surpris de l’absence de publication ou d’un catalogue.

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Grand Salon
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Grand Salon

L’exposition reprend le dispositif scénographique qui était en place pour « Man Ray et la Mode ». « L’héritage surréaliste dans la mode » se développe dans trois salles à l’étage du Château Borély : Le Grand Salon ou salle de billard, la chambre dite de Monsieur (salle Art nouveau/Art déco) et dans la Chambre de L.J.D. Borély. Les conditions sanitaires interdisent pour le moment l’accès aux galeries du département de la Mode dans les appartements de Mlles Borély.

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur - Trompe-l’œil et Bijoux
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Chambre dite de Monsieur – Trompe-l’œil et Bijoux

Le parcours s’articule en trois séquences :

Le corps écorché et Le corps morcelé occupent les deux podiums du Grand Salon et présentent 14 vêtements sur des mannequins posés sur un damier noir et blanc. On y remarque les créations de Bernard Perris, Popy Moreni, Franck Sorbier, Pierre Balmain par Erik Mortensen, Isabelle Ballu, Jean-Paul Gaultier, Issey Miyake, Carven avec Carmen de Tomasso

Dans la chambre dite de Monsieur, la thématique du Trompe-l’œil rassemble des robes de Mary Katrantzou, Hermès, Élisabeth de Senneville, Gilles Rosier, Jean-Remy Daumas, Jean-Charles de Castelbajac.

Bijoux et Accessoires enrichissent notablement cette sélection de vêtements.

Les deux vitrines de la Salle de billard présentent de nombreux accessoires aussi improbables qu’importables : bonnet-théière, chaussettes, bottes-escarpins, perruque-bonnet de bain, bikini en fourrure…


Une magnifique vanité de Jan Fabre (Oisillon de Dieu, 2000), prêtée par le [mac] – Musée d’art contemporain, dialogue subtilement avec les pièces exposées dans la vitrine de droite.

Dans la salle Art nouveau/Art déco, une très belle œuvre de Jean-Michel Alberola (le seul état de mes idées, 2000) issue également des collections du [mac] fait face à une vitrine où l’on découvre Layers of Pink (2012) un imposant collier de cuir et de porcelaine de Yasar Aydin et celui de Jean-Rémy Daumas, miroir brisé créé pour sa collection Prêt-à-porter Automne-Hiver 1985-1986…

Dans cette salle, l’exposition est complétée par une projection vidéo et par quelques publications rassemblées dans deux vitrines.

Le parcours se termine par l’étroite Chambre de L.J.D. Borély où dans l’alcôve une robe du soir en satin de soie de Pierre Balmain par Erik Mortensen accompagne un ensemble de Jean-Rémy Daumas (Robe du soir, gants et sac-coussin ovesize).

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre de LJD Borély
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Chambre de LJD Borély

Cette création a évidemment été choisie pour le motif du téléphone qui était avec le homard une des métaphores sexuelles favorites de Salvador Dali indique le cartel… L’image du homard que partageaient Dali et Elsa Schiaparelli a par ailleurs motivé le choix d’une robe crustacé de Balmain au début de « L’héritage surréaliste dans la mode ».

Le visiteur attentif remarquera l’importante présence des pièces de Jean-Rémy Daumas, une des étoiles filantes de la mode des années 1980 aujourd’hui passée aux oubliettes…
Faut-il y voir l’envie d’une réhabilitation ou l’esquisse d’une prochaine exposition ?

À lire, ci-dessous, un compte rendu de visite photographique accompagné des textes de salle.

En savoir plus :
Sur le site Musées de Marseille
Suivre l’actualité du Château Borély sur sa page Facebook et sur la chaîne Youtube des Musées de Marseille
À voir cette présentation par Marie-José Linou de « L’héritage surréaliste dans la mode » sur la chaîne YouTube de Provence Azur dans sa série « Ça se visite » :

L’héritage surréaliste dans la mode – Regards sur l’exposition et textes de salles

Accessoires hybrides et vêtements importables, motifs en trompe-l’œil ou anthropomorphiques, entre illusion et décalage, le château Borély s’amuse avec la grammaire surréaliste et prolonge le plaisir de l’exposition « Man Ray et la Mode », présentée à Marseille puis à Paris, au musée du Luxembourg.

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Grand Salon
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Grand Salon

Le musée des Arts décoratifs a choisi de faire se rencontrer l’art et la mode à travers 30 pièces issues de ses collections mais également d’œuvres du musée d’art contemporain de Marseille , signées d’artistes dont les références se situent du côté du Surréalisme : Jean-Michel Albérola et Jan Fabre. Les œuvres très personnelles et souvent mystiques des artistes surréalistes, en cherchant à atteindre l’inconscient, permettent leur libre interprétation. Une même liberté a guidé le musée Borély dans le choix des vêtements et accessoires en toute subjectivité.

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Grand Salon
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Grand Salon

Héritiers d’Elsa Schiaparelli, Issey Miyake, Castelbajac, Hermès ou Jean-Rémy Daumas bouleversent les codes et laissent libre court à l’imaginaire, démontrant, si besoin est, que la mode est un véritable moyen d’expression artistique, de « l’art à porter ».

Le corps écorché

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Grand Salon
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Grand Salon

Le corps, son animalité, son étrangeté ou sa folie, est pour les surréalistes, le laboratoire de cette «beauté convulsive», telle qu’ils la nomment. Chez les couturiers, il ne deviendra sujet d’inspiration qu’à partir des années 1930. Entier ou morcelé, figuré par l’impression ou la broderie, il s’affichera dès les années 60/70, dans un contexte de libération sexuelle, dénué désormais de toute symbolique surréaliste, pur prétexte créatif. Jouant sur le trouble du corps habillé ou dévêtu, les créateurs soulignent les paradoxes du vêtement : dissimiler le corps tout en le sublimant, le dévoiler sans le mettre à nu.

Isabelle BalluRobe courte et Matières (Robe Gabardine de coton, organza), Prêt-à-Porter Automne-Hiver 1998-1999

Intégrant à ses recherches vestimentaires un vocabulaire né de l’art contemporain, Isabelle Ballu se démarque par des collections hybrides où l’intérieur du corps a autant d’importance que son apparence extérieure.
Le motif d’écorché rappelle la beauté morbide qu’André Breton et les surréalistes accordaient à « l’Ange anatomique », gravure de 1745 signée Jacques-Fabien Gautier d’Agoty, représentant une femme vue de dos, disséquée de la nuque au sacrum. Cette thématique trouvera un écho dans la mode en 1938 avec le tandem Schiaparelli-Dalí et l’audacieuse robe Larmes, imprimée d’un motif donnant l’illusion de lambeaux de chair.

Anne-Marie BerettaRobe longue « Astre », Prêt-à-Porter Automne-Hiver 1984-1985

Issey MiyakeRobe longue débardeur « Eye globe », Prêt-à-Porter Printemps-Eté 1998 et Tim Hawkinson, Robe longue « Bathtub Generated Contour Lace », Prêt-à-Porter Printemps-Eté 1998.

Ces deux robes sont issues d’une série limitée inaugurée par Issey Miyake en 1997 proposant à des artistes différents (Yasumasa Morimura, Nobuyoshi Araki, Tim Hawkinson et Cai Guo-Qiang) d’intervenir par le motif sur les vêtements de la ligne « Pleats please ».

Le motif de la robe « Eye globe » est lui tiré d’une sculpture du même nom (1992) composée d’un globe recouvert d’une « peau » texturée dans laquelle viennent s’intégrer des yeux de poupée. Un moteur, relié à l’œuvre la faisant tourner, permet aux yeux de s’ouvrir et se fermer dans un cliquetis sonore, certains restant entrouverts comme dans un demi-sommeil.

Les créations d’Hawkinson, souvent des sculptures créées à partir d’objets trouvés ou de matériaux communs et dont l’échelle varie de minuscule à énorme, sont des méditations sur la nature, les machines, la vie, la mort, le corps. Sur le thème de l’autoportrait, « Bathtub Generated Contour Lace » (1995) révèle une silhouette composée d’un dense entrelacement de lignes. Allongé dans une baignoire se remplissant lentement de peinture noire, l’artiste a photographié à quelques minutes d’intervalle les parties de son corps restant à la surface. Superposées, ces images ont créé ensuite une carte topographique de lui-même.

Jean-Paul GaultierTee Shirt manches longues, entre 1998-1994 et Carven – Carmen de TomassoRobe de mariée et son voile, Haute Couture Printemps-Eté 1995

Couturière des jeunes filles et des femmes petites et menues, Carmen de Tomasso signe toutes les collections Haute Couture jusqu’en 1993, date à laquelle la création est confiée pour deux saisons à Maguy Muzy qui introduit dans le style de la maison une poésie salve et onirique. Le rêve, sa toute-puissance, comme sa poétique, est un véritable puits d’inspiration pour les artistes surréalistes. Chez Magritte, la présence d’un ciel azur pommelé de nuages blancs, où se juxtaposent images et objets réels, participe de l’atmosphère fantastique qui se dégage de ses toiles.

Le corps morcelé

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Grand Salon
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Grand Salon

Le motif des lèvres rouge vif fait partie des sujets de prédilection chez les couturiers et créateurs. Évocation de sensualité ou simplement du baiser, la thématique de la bouche peut être également rapprochée de l’iconographie surréaliste . À l’Heure de l’observatoire – les amoureux (1932-1934), tableau monumental de Man Ray, figure parmi les plus célèbres œuvres du XXᵉ siècle. Représentant les lèvres de sa compagne Lee Miller flottant dans un ciel, il a été peint en réponse à la fin de leur relation en 1932. Man Ray a accentué la popularité de cette image en la photographiant.

Bernard PerrisRobe ventriloque, 1990 et Pierre Balmain par Erik MortensenRobe du soir Coquillage, Printemps-été 1986.

« Robe ventriloque » créée spécialement pour l’inauguration du musée Dalí à Montmartre en 1990. Toute sa vie, Dalí porta un grand intérêt au monde de la mode. De sa rencontre avec Chanel viendra l’idée de créer des costumes de théâtre avant de participer avec Schiaparelli et Dior à la création de vêtements, motifs et accessoires : chapeau-soulier, veston aphrodisiaque, robe Homard…Une fructueuse collaboration qui se poursuivra au-delà du vêtement par la conception de flacons de parfum ou de mobilier, tel le fameux canapé-lèvres imaginé en 1937 pour la maison de la couturière italienne, place Vendôme, inspiré de la bouche de l’actrice « glamour » américaine Mae West.

Franck Sorbier - Veste surréaliste, entre 1987-1989 - L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Grand Salon
Franck Sorbier – Veste surréaliste, entre 1987-1989 – L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Grand Salon

Les années 80 ont le culte du corps. Bodybuilding, stretching, « gym’tonique » modèlent un corps sublimé par ajout d’éléments (paddings, épaulettes) ou « retrait » (guêpière). Certains créateurs vont jusqu’à revendiquer un corps « monstrueux » où les excroissances et contraintes du vêtement dressent une silhouette surnaturelle.

Trompe-l’oeil

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur - Trompe-l’œil et Bijoux
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Chambre dite de Monsieur – Trompe-l’œil et Bijoux

Dans leur volonté de rompre avec une certaine façon de voir et saisir le monde, les surréalistes ont mêlé le rêve au fantastique, la symbolique au merveilleux.
Le trompe-l’oeil, très utilisé par Man Ray, en est un moyen.
Ce jeu d’illusion, cher également aux arts décoratifs, s’appliquera notamment à l’impression textile : aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, motifs chinés, moirés, marbrés imitent les tissus les plus précieux, les effets de drapés. Depuis le début du XXᵉ siècle, l’impression au cadre plat offre la possibilité de reproduire des détails précis : éléments d’architecture, matériaux, ornements d’usage comme les boutons, les poches, le col. Aujourd’hui, l’impression couleur numérique HD ouvre le champ des possibles quel que soit le support textile.

Mary Katrantzou - « Woman in a Bottle », 2009 - L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur

Mary Katrantzou – « Woman in a Bottle », Automne-Hiver 2009

Diplômée de Central Saint Martins de Londres, Marie Katrantzou se fait vite remarquer par ses imprimés numériques et son style mêlant art, design et technologie. Bijoux géants, vues d’intérieurs historiques, flacons…autant d’éléments habituellement impossibles à porter qui se muent en robes flattant la silhouette féminine, au cœur du travail de la créatrice. Alors qu’Elsa Schiaparelli, Givenchy, Gaultier choisissent des formes anthropomorphiques pour emprisonner leurs parfums couture, Marie Katrantzou structure le corps de la femme selon les contours d’un flacon, objet iconique de l’univers du luxe.

Gilles Rosier, Jean-Remy Daumas, Jean-Charles de Castelbajac - L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur
Gilles Rosier, Jean-Remy Daumas, Jean-Charles de Castelbajac

Jean-Rémy DaumasRobe-pull, Prêt-à-Porter Automne-Hiver 1985-1986

Les mains peintes par Picasso, imitant des gants en trompe-l’œil et photographiées par Man Ray en 1935, ont inspiré à Elsa Schiaparelli ses célèbres gants noirs à ongles en python rouge. Une idée qu’elle déclina ensuite dans des modèles à griffes d’or ou avec des fronces formant des cicatrices en trompe-l’œil. Aujourd’hui, débarrassée de sa symbolique surréaliste, la main, tout comme l’œil, constitue, pour les créateurs de mode, un élément décoratif qui attire le regard immédiatement.

Hermès et Élisabeth de Senneville - L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur
Hermès et Élisabeth de Senneville

Hermès Robe de jour  » Hermeselle », Prêt-à-Porter 1952 et Élisabeth de SennevilleRobe droite, Prêt-à-Porter 1985

L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur - Trompe-l’œil et Bijoux
L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély – Chambre dite de Monsieur – Trompe-l’œil et Bijoux

Bijoux

À l’instar du vêtement, les bijoux constituent pour certains artistes un nouveau médium d’expression et d’expérimentation. Dalí crée en 1949 l’Œil du temps, paupière de diamants à l’iris orné d’un cadran, bientôt suivi des Lèvres de rubis aux dents de perles. Elsa Triolet, compagne d’André Breton, imagine pour Schiaparelli le célèbre collier « Aspirine », composé de petits éléments en porcelaine. Procédant en partie du bijou fantaisie comme l’ambre ou le corail, les bijoux en céramique, longtemps relégués au rang de succédanés, avaient suscité, dès le début du XXᵉ siècle, l’enthousiasme de la bonne société. De nos jours, créateurs et artistes revisitent de manière inédite plastique, métal ou porcelaine, naviguant entre stylisme, art et design, et nous interrogent sur l’objet lui-même et son usage.

Yasar Aydin - collier « layers of pink », 2012 et Jean-Rémy Daumas, 1985-1986 - L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur

Yasar Aydincollier « layers of pink », 2012 et Jean-Rémy Daumas, 1985-1986

Inspirées par l’anatomie, le monde minéral et les fossiles, les pièces aux formes organiques de Yasar Aydin « blanches et lisses, comme prises sous la lumière d’un éclairage de dissection, sont autant de rêves ou de promesses virtuelles pour nos corps, dont la rédemption passe par l’artifice » (Un peu de terre sur la peau, musée des Arts décoratifs de Paris, 2012.)

Comme le vêtement, les bijoux sont devenus un nouveau médium d’expression et d’expérimentation. Les bijoux en céramique, longtemps relégués au rang de succédanés, suscitent, dès le début du XXᵉ siècle, l’enthousiasme de la bonne société qui apprécient leur effet décoratif.
De nos jours, créateurs et artistes revisitent le plastique, le métal ou la porcelaine, naviguant entre stylisme, art et design, et nous interrogent sur l’objet lui-même et son usage.

Titulaire d’un master en bijouterie, Yasar Aydin expose ses créations à travers le monde. Son œuvre commente la vie, la société, la sexualité. L’artiste porte un soin particulier à la forme, aux détails et au choix des matériaux : autant d’éléments qui, dans un dialogue équilibré et pertinent, lui permettent de raconter ses histoires.
Cette pièce, inspirée du boa, est issue de la série « Layers of Pink » traitant des préjugés au sein de la communauté gay.

Accessoires

Utilisés dans des ready-made, les accessoires féminins étaient très prisés des surréalistes pour leur symbolique fétichiste et leur pouvoir fantasmagorique (jupons encadrés de Breton, escarpins déguisés en dinde prêts à passer au four de Meret Oppenheim)

« À double emploi », volontairement importables, bonnet-théière, chaussettes ou bottes-escarpins, perruque-bonnet de bain ou bikini en fourrure… jouent dans de libres associations la carte de l’humour, du décalage ou de l’absurde. Tandis que certaines pièces font référence à la poésie du rêve, d’autres invoquent ce goût de l’étrange qui inspira tant les compagnons d’André Breton et leur amie Elsa Schiaparelli.

L’esprit surréaliste chez Jan Fabre et Jean-Michel Alberola – Deux oeuvres du musée d’art contemporain de Marseille

Près d’un siècle après la création du surréalisme, ces deux œuvres, qui datent de
2000, continuent d’ébranler les codes figuratifs traditionnels. Leur principe repose sur
l’association d’objets qui exercent sur le spectateur un sentiment d’une inquiétante
étrangeté.

Jan Fabre – Oisillon de Dieu, 2000. Technique mixte, crâne, scarabées, oiseau naturalisé. Inv.C.02.04

Jan Fabre - Oisillon de Dieu, 2000 - L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Grand Salon

L’esprit surréaliste des artistes wallons de l’entre-deux-guerres (Dotremont, Magritte) domine dans cette oeuvre de Jan Fabre qui développe depuis 40 ans une oeuvre plastique explorant la question de la métamorphose, le rapport de l’homme à la nature et le dialogue entre les arts et les sciences.

Dans «Oisillon de Dieu», l’artiste recouvre entièrement de carapaces de scarabées une tête de mort qui a pris dans ses crocs une petite perruche jaune. Le scarabée sacré auquel Jan Fabre s’identifie depuis la fin des années 1970, deviendra son insecte fétiche comme en témoigne le nombre important de pièces anthropomorphes produites, son oeuvre la plus spectaculaire restant le plafond de la salle des glaces du Palais Royal de Bruxelles, composé de 1,4 millions de carapaces de scarabées aux reflets d’émeraude, réalisé en 2002.

Artiste provocateur, Jan Fabre reprend à son compte le vocabulaire des vanités et des memento mori de la peinture occidentale et du baroque flamand, dont les têtes de mort sont l’élément central.

Jean-Michel Alberola« Le seul état de mes idées », 2000. Vitrine en bois doré à la feuille d’or, verre, œufs d’autruche suspendus, papier mâché, pierres, ficelle. Inv.C.00.3

Jean-Michel Alberola - « Le seul état de mes idées », 2000 - L’héritage surréaliste dans la mode au Château Borély - Chambre dite de Monsieur

Jean-Michel Alberola se situe clairement ici du côté du surréalisme belge hérité de Magritte et de Marcel Broodthaers ( Table blanche avec oeufs 1965).
Comme des idées se bousculant dans la tête de l’artiste, des oeufs d’autruche, blancs et dorés suspendus à des fils, certains cassés, enserrent une tête en papier mâché , au rictus un brin inquiétant.

Le travail d’Alberola croise la peinture, la gravure, le cinéma, la poésie et même, comme ici, les arts décoratifs avec une oeuvre d’aspect précieux qui fait référence au mobilier en bois doré à la feuille d’or du XVIIIᵉ siècle et aux reliquaires. Alberola s’est également essayé à la céramique en 2013 avec Bernardaud pour son service Détails.
À l’instar d’André Breton et de ses «poèmes-objet», ses oeuvres associent textes et images ou textes et objets; l’ensemble formant une sorte de rébus, riche en citations littéraires et esthétiques. Le seul état de mes idées donne également son titre à une monographie du peintre, publiée par les éditions Ereme, en 2006.

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