Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Du 19 mars au 15 mai 2016, le Château Borély, musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode à Marseille accueille le premier volet de l’exposition collective Les Possédés, dans le cadre du festival Mars en Baroque.

Cette première co-production de  Sextant et plus et ART-O-RAMA a pour ambition de montrer « la place de première importance des collectionneurs de la région dans la vitalité de la création contemporaine française et internationale».

Carl André, Aluminum Square Seven, 2003, Collection Francis Solet - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Carl André, Aluminum Square Seven, 2003, Collection Francis Solet – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Le texte de présentation précise ainsi la nature de ce projet :

« Orientée sur leurs passions et leurs engagements en faveur de l’art contemporain et des artistes, l’exposition au sein du musée est un parcours où l’harmonie du décorum et des collections muséales est tempérée par l’inscription d’œuvres issues notamment du minimalisme, créant des ruptures et des silences au sein des excès du baroque et du décoratif. Ce premier opus joue ainsi par confrontations et mises en regard au cœur du Château et de ses collections permanentes. La distribution des salles, le parcours domestique du musée où le visiteur déambule de la chambre au salon, de la salle de réception à la chapelle, sont autant d’occasions de faire se côtoyer les créations contemporaines majeures… »

Avant de rendre compte de la visite de cette exposition, saluons le rapprochement de Sextant et plus et ART-O-RAMA dont la première manifestation publique se matérialise avec ce projet d’exposition autour des collections et des collectionneurs. Ces deux structures, qui ont su créer de multiples interfaces entre créateurs et publics, mesurent toute l’importance des collectionneurs dans le processus de reconnaissance des artistes dont ils sont les contemporains. Souvent leurs collections rejoignent les musées et participent à l’enrichissement des collections publiques. Plus d’une fois, elles ont été à l’origine de très importantes institutions muséales.

Indépendamment de la qualité des œuvres exposées, il faut souligner  le travail des deux commissaires Véronique Collard-Bovy et Jérôme Pantalacci qui valorise avec ce projet le rôle essentiel des collectionneurs dans la vie artistique contemporaine.

Le château Borély conserve et expose des objets d’art donnés à la ville par des collectionneurs marseillais : les Borély, évidemment, mais aussi bien d’autres comme Jules Cantini, Nicolas Zarifi ou encore Pierre Jourdan-Barry. Très logiquement, la urellement ais, les Borély ,bastide s’imposait pour accueillir ce premier chapitre des Possédés.

Il faut saluer l’engagement de Christine Germain-Donnat, directrice du Château Borély, musée des Arts décoratifs, de la Faïence et de la Mode pour son ouverture d’esprit et la place qu’elle a su faire à la création contemporaine. Son départ pour Cité de la céramique à Sèvres est l’occasion de rappeler l’exceptionnel chantier de rénovation qu’elle a conduit et la programmation audacieuse et pertinente qu’elle a ensuite engagée. On souhaite que son remplacement soit très rapidement annoncé et que les orientations et le dynamisme qu’elle a su donner à cette institution soient confirmés…

Les Possédés – chapitre 1 : Parcours de visite

Dans ces collections où les objets décoratifs riches et nombreux multiplient des conversations et où parfois quelques « bavardages » se superposent, les commissaires ont sélectionné des œuvres minimalistes et conceptuelles qui s’installent avec souvent sobriété dans les salles du Château Borély.

Des cartels enrichis accompagnent les œuvres. Au public venu visiter un musée d’arts décoratifs, ils offrent quelques clés indispensables à leur compréhension.

Au rez-de-chaussée : Carl André, François Morellet et Herman de Vries

Les 49 carrés d’aluminium d’Aluminum Square Seven, 2003 de Carl André (Collection Francis Solet) accueillent avec discrétion le visiteur dans le vestibule.
Au pied du sombre cabinet d’ébène du XVIIème siècle, ils viennent rompre la régularité du dallage noir et blanc et reflètent sobrement le décor de la cage d’escalier et les cordes lumineuses de Mathieu Lehanneur. Sculpture plate sur laquelle on peut marcher presque sans la voir, cette pièce renvoie le regard du visiteur vers le décor environnant.

Carl André, Aluminum Square Seven, 2003, Collection Francis Solet - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Carl André, Aluminum Square Seven, 2003, Collection Francis Solet – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Dans le somptueux Salon Doré, une deuxième œuvre de Carl André (Sans Titre, 1994 – Collection Josée et Marc Gensollen) aligne 36 plaques de cuivre de 20 x 20 cm entre sièges et tables à jeu du XVIIIème. Le cuivre, s’il s’harmonise avec l’ensemble du décor et en particulier avec les tomettes du sol, fait toutefois contraste avec la richesse des bois et des bronzes dorés…

Carl André, Sans Titre, 1994. Collection Josée et Marc Gensollen - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Carl André, Sans Titre, 1994. Collection Josée et Marc Gensollen – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Face au vaste miroir qui surmonte la cheminée, une cimaise a été installée devant les volets fermés de la fenêtre, au centre de la galerie Parrocel ou galerie des céramiques. Elle permet l’accrochage de Troquons n°5, 2005 de François Morellet et Herman de Vries (Collection Jeanine et Yves Le Goff).
Ces deux œuvres montrent la complicité, la malice et l’humour des deux hommes, amis de longue date qui expérimentaient la réalisation d’œuvres à partir d’un échange de matières premières à l’occasion d’une exposition à la galerie Aline Vidal, en 2005. Herman de Vries a utilisé de la terre de vignoble que François Morellet a ramassé chez des amis producteurs. François Morellet a réalisé des œuvres avec des végétaux qu’Herman de Vries a récoltés dans sa région.

François Morellet et Herman de Vries, Troquons n°5, 2005. Collection Jeanine et Yves LeGoff - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
François Morellet et Herman de Vries, Troquons n°5, 2005. Collection Jeanine et Yves LeGoff – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

L’idée de ce «troc» a naturellement conduit les artistes à nommer leurs créations «Troquons».
La simplicité et l’évidence de la ligne qui unit les deux œuvres contrastent avec l’exubérance du décor produit par les faïenciers marseillais du XVIIIème siècle. Cependant, on peut regretter un accrochage un peu trop en hauteur et l’absence de projecteurs qui pourraient mieux mettre en valeur les deux œuvres…

François Morellet et Herman de Vries, Troquons n°5, 2005. Collection Jeanine et Yves LeGoff - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
François Morellet et Herman de Vries, Troquons n°5, 2005. Collection Jeanine et Yves LeGoff – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

À l’étage :  De Ian Wilson à  François Morellet en passant par  Carl André, Martin Creed, Claude Rutault, Jean-Luc Moulène, Robert Ryman et Roman Ondák.

Le parcours se poursuit à l’étage avec un énigmatique cercle de craie blanche tracé sur le sol de tomettes de la bibliothèque… Cette installation de Ian Wilson (Chalk Circle, 1968 – Collection Josée et Marc Gensollen) témoigne de l’orientation de son travail vers une dématérialisation de l’œuvre et une pratique conceptuelle. La pièce existe sous la forme d’un énoncé puis d’un certificat  qui formalise son protocole de production, à partir duquel l’acquéreur peut la réaliser.

Ian Wilson, Chalk Circle, 1968 - Collection Josée et Marc Gensollen - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Ian Wilson, Chalk Circle, 1968 – Collection Josée et Marc Gensollen – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Un peu plus loin, les 12 madriers de cèdre rouge qui composent Four Hollow Square, 2009 de Carl André (Collection Francis Solet) imposent leur présence dans un dialogue inattendu avec une commode à la marqueterie géométrique…

Carl André, Four Hollow Square, 2009. Collection Francis Solet - Chateau Borély, Marseille - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Carl André, Four Hollow Square, 2009. Collection Francis Solet – Chateau Borély, Marseille – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Dans la chambre au couchant, salle dite des Théodore Deck, au milieu d’une collection foisonnante de céramique où le bleu « deck » domine, les commissaires ont choisi d’accrocher un petit dessin de Martin Creed (Sans titre, 2006 – Collection Monique et Claude Chaix). Si les bleus délicats du dessin font écho à ceux des céramiques de Deck et d’Iznik  comme à celui du pavage, ce petit format a un peu de mal à « exister »…
La cimaise sur laquelle il est accroché est placé devant une fenêtre au couchant dont les volets ne sont pas fermés. Lors de notre visite, aucun éclairage particulier assurait sa mise en valeur et neutralisait un contre-jour gênant…

Martin Creed, Sans titre, 2006 - Collection Monique et Claude Chaix - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Martin Creed, Sans titre, 2006 – Collection Monique et Claude Chaix – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Avec la présentation du Ryman, un peu plus loin, c’est « la maladresse» de l’exposition… Mais pouvait-il en être autrement, compte tenu des contraintes imposées par le lieu ?
En tous les cas, c’est regrettable pour ces deux œuvres qui méritaient une meilleure présentation !

Martin Creed, Sans titre, 2006 - Collection Monique et Claude Chaix - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Martin Creed, Sans titre, 2006 – Collection Monique et Claude Chaix – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Par sa taille (100 x 200 cm) et par son protocole ( les toiles, lorsqu’elles sont accrochées au mur, auront la même couleur que celui-ci), la peinture conceptuelle de Claude Rutault (Interchangeable généralisé. Définition méthode n° 49, 1973-1979 –  Collection Josée et Marc Gensollen) s’impose sans difficultés dans la salle Art nouveau / Art déco.

Claude Rutault, Interchangeable généralisé. Définition méthode n° 49, 1973-1979 - Collection Josée et Marc Gensollen - - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Claude Rutault, Interchangeable généralisé. Définition méthode n° 49, 1973-1979 – Collection Josée et Marc Gensollen – – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

Dans la chambre d’apparat, la pièce de Jean-Luc Moulène, Monochrome Samples, 2015 (Collection Monique et Claude Chaix) est installée en pied de lit. Dans ce décor d’indiennes, de bronzes dorés et de marqueterie, elle ne passe pas inaperçue… Un réel contre-pied à ce qu’avait proposé Hubert Le Gall l’an dernier.

Jean-Luc Moulène, Monochrome Samples, 2015. Collection Monique et Claude Chaix - Collection Josée et Marc Gensollen - - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille
Jean-Luc Moulène, Monochrome Samples, 2015. Collection Monique et Claude Chaix – Collection Josée et Marc Gensollen – – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille

On ne s’attardera pas sur l’accrochage raté de la délicate peinture sur papier de Robert Ryman, pratiquement invisible au milieu des reflets, dans une des vitrines où sont exposées des peintures sous verre de la collection Nicolas Zarifi…

Le parcours se termine avec une spectaculaire installation de  François Morellet ( Lamentable, 2006 – Collection Féraud Fonds M-Arco). Tel le foudre divin, depuis l’oculus du plafond en trompe-l’œil, ses huit tubes de néon bleu viennent frapper le sol de la chapelle…

François Morellet, Lamentable, 2006. Collection Féraud Fonds M-Arco - Les Possédés - chapitre 1 au Château Borély, Marseille.  Courtesy Collection Féraud/Fonds M-Arco
François Morellet, Lamentable, 2006. Collection Féraud Fonds M-Arco – Les Possédés – chapitre 1 au Château Borély, Marseille. Courtesy Collection Féraud/Fonds M-Arco

Une dernière installation, dans le département de la mode : More Silence Ever, 2006 de Roman Ondàk (Collection Patrick Lelu). Une vitrine vide accompagnée d’un cartel qui indique un dispositif caché de mise sous surveillance… Existe-t-il vraiment ? Évidemment non ! Ici, c’est le cartel qui fait l’œuvre.

En savoir plus :
Sur le site de Sextant &+
Sur le site de Château Borély

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.