Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Du 8 avril au 10 juin 2017, la Galerie du 5e accueille « Beautiful Africa », une exposition de groupe proposée par Lydie Marchi, fondatrice d’Hydrib.

« Beautiful Africa » réunit des œuvres de 9 artistes qui vivent et travaillent entre l’Europe, les États-Unis et l’Afrique : Sammy Baloji, Yona Friedman Et Denise Charvein, Eddy Kamuanga Ilunga, Kapwani Kiwanga, Abdoulaye Konaté, Namsa Leuba, Toufik Medjamia et Otobong Nkanga.

Vue de l'exposition - Otobong Nkanga, Kapwani Kiwanga, Sammy Balogi et Eddy Kamuanga Ilunga - Photo Hybrid
Vue de l’exposition – Otobong Nkanga, Kapwani Kiwanga, Sammy Balogi et Eddy Kamuanga Ilunga – Photo Hybrid

Dans son texte d’intention, la commissaire promet : « une balade sur le continent africain, plus particulièrement au niveau de la zone sub-saharienne, non sans un certain point de vue critique et politique. Il s’agira autant d’une balade où l’on rira aux éclats, où l’on aura autant envie de s’ambiancer et de laisser ses soucis au vestiaire, qu’une balade permettant de poser un regard critique sur l’histoire et sur le présent de cet immense continent et de ses relations aux autres continents ».

Avec élan et enthousiasme, l’accrochage joue adroitement avec les contraintes de la Galerie du 5e.

Le parcours très rythmé est articulé sur des rapprochements ou des oppositions parfois formels, quelquefois conceptuels, sans jamais forcer le trait ou imposer un discours au regardeur. Ce dernier conserve toute liberté et initiative pour construire sa propre expérience de visite. S’il n’y a pas de parcours contraint, le livret d’accompagnement en suggère toutefois un.

Films d'animation de Yona Friedman et Denise Charvein réalisés entre 1960 et 1963 pour l'ORTF - Ed. CNEAI - Photo Hybrid
Films d’animation de Yona Friedman et Denise Charvein réalisés entre 1960 et 1963 pour l’ORTF – Ed. CNEAI – Photo Hybrid

Il commence avec une « confrontation » étonnante, mais plutôt réussie, qui rapproche un ensemble de films d’animation des années 1960 de Yona Friedman et Denise Charvein avec une vidéo enjouée « Happy (we are Happy from Cotonou) » réalisée à partir de la chanson de Pharrel Williams.

Namsa Leuba, Abdoulaye Konaté et Kapwani Kiwanga

Le premier espace rassemble trois superbes et captivants portraits de la photographe helvéto-guinéenne Namsa Leuba, issus de sa série sur les « Khoïsan » d’Afrique du Sud (2014) (« Chunara », « Koos » et « Kokos ») et un splendide panneau de tissu du malien Abdoulaye Konaté (« Triangle de trois couleurs »).

Abdoulaye Konaté, Triange des trois couleurs - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Abdoulaye Konaté, Triange des trois couleurs – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Celui-ci dialogue par sa forme et ses couleurs avec une sculpture composée de glaïeuls rouges et blancs de Kapwani Kiwanga. Intitulé « Flowers for Africa : Algeria ».

Kapwani Kiwanga, Flower for Africa, Algeria - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Kapwani Kiwanga, Flower for Africa, Algeria – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Cette composition, comme la suivante, répond à un protocole mis en place par l’artiste. Une notice du Frac Poitou-Charente en résume ainsi les intentions :

« Il s’agit de rechercher un détail, toujours le même, dans les archives iconographiques de la décolonisation de pays africains : les bouquets de fleurs utilisés lors des événements liés la passation de pouvoir et à la création d’un nouvel État souverain. Une fois le détail isolé, il devient le référent pour reproduire le bouquet d’origine. Les compositions et les variétés des fleurs étant mal définies sur les images sources, chaque réactivation fait appel à l’interprétation du commissaire et/ou du fleuriste. L’archive iconographique n’est jamais exposée, seul le bouquet est présenté et devient ainsi le nouveau document, basé sur la lecture subjective d’un infime détail du processus historique. Rapidement les fleurs coupées se fanent, témoignant une fragilité multiple : celle de l’archive et de sa compréhension, celle du symbole, celle de sa divulgation, celle de la mémoire et de l’histoire, celle de la stabilité même d’un État ».

Kapwani Kiwanga, Turns of phrases - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Kapwani Kiwanga, Turns of phrases – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

L’ensemble est précédé par une énigmatique composition de phrases extraites de kangas tanzaniens et cousues sur bois par Kapwani Kiwanga. Pour cette artiste, « ce geste considère le tissu africain non plus comme un objet décoratif, mais comme l’expression des préoccupations de la population ». On aurait apprécié la traduction de ces quelques mots…

Otobong Nkanga, Eddy Kamuanga Ilunga et Sammy Baloji

Vue de l'exposition - Otobong Nkanga, Kapwani Kiwanga, Sammy Balogi et Eddy Kamuanga Ilunga - Photo Hybrid
Vue de l’exposition – Otobong Nkanga, Kapwani Kiwanga, Sammy Balogi et Eddy Kamuanga Ilunga – Photo Hybrid

La galerie suivante met face à face trois photographies de la nigériane Otobong Nkanga (« Alterscape I II et III », 2005) et deux toiles de grand format d’Eddy Kamuanga Ilunga (« Negbele 2 » et « Lolendo »).

Issues d’une performance, réalisée dans le cadre de la 1ère Biennale Architecture, Art et Paysage des Canaries, les images d’Otobong Nkanga montrent sur un fond complètement blanc, l’artiste assise derrière ou dans une maquette de paysage. Équipée d’un outil de jardinage, sa silhouette apparaît comme une représentation humaine ambiguë : créateur et destructeur de son environnement…

Eddy Kamuanga llunga, Negbele 2 et Lolendo - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Eddy Kamuanga llunga, Negbele 2 et Lolendo – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Les tableaux d’Eddy Kamuanga Ilunga, entremêlent les références à la publicité, à la culture pop et à l’esthétique traditionnelle du peuple Mangbetu. Ses effets de drapé surprennent et s’opposent aux corps traités en aplat. Les couleurs scintillantes de ses tissus contrastent avec la peau des personnages couverts de tatouages (?) représentant des circuits imprimés… Émergence d’un Homo Numericus africain ? Évocation du pillage des ressources naturelles par les intérêts occidentaux et asiatiques pour produire des outils numériques ?
Ces œuvres intriguent et elles renvoient d’une certaine manière aux interrogations que suscitent les photographies d’Otobong Nkanga… mais aussi à celles de Sammy Baloji que l’on voit un peu plus loin.

Au fond de cette galerie, une deuxième sculpture florale de Kapwani Kiwanga « Flowers for Africa : Tanganyika » évoque l’indépendance de ce qui deviendra une partie de l’actuelle Tanzanie.

Sammy Balogi et Kapwani-Kiwanga - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Sammy Balogi et Kapwani-Kiwanga – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Chrysanthèmes et zantedeschias conduisent le regard vers deux photographies panoramiques de Sammy Baloji de sa série « Mémoire ».

Sammy Balogi, Sans titre - série mémoire, 2006
Sammy Balogi, Sans titre – série Mémoire, Untitled #13, 2006

Ces deux photomontages (« Untitled #13 » et « Untitled #22 ») où Sammy Baloji incruste des portraits en noir et blanc dans les ruines industrielles du Katanga renvoient une représentation sans fards et dérangeante sur la colonisation et l’image du Noir.
Dans un texte qui accompagnait l’exposition « No Limit 2 » chez Imane Farès, en 2013, N’Goné Fall résumait ainsi cette série et son origine :

« Dans le cadre d’une mission consistant à photographier l’architecture coloniale et les sites industriels de Lubumbashi, Sammy Baloji accède aux archives photographiques de l’entreprise minière Gécamines qui fut le poumon économique de la province du Katanga sur plusieurs décennies. De cette rencontre naîtra la série Mémoire (2004-2006) qui questionne l’identité de sa province natale et porte un regard cru sur la colonisation belge et l’image du Noir dans l’inconscient collectif occidental.

Sammy Balogi, Sans titre - série mémoire, 2006
Sammy Balogi, Sans titre – série Mémoire, Untitled #22, 2006

(…) En confrontant les époques et les symboles, les photomontages réduisent l’espace-temps et neutralisent tous les discours bien-pensants des protagonistes d’une extinction identitaire planifiée. Les ruines font écho à la destruction culturelle du Katanga et les indigènes qui posent docilement confortent l’idée que l’Occident se fait d’un continent que l’on dit en dehors temps, en dehors du monde. Sammy Baloji détourne le patrimoine colonial industriel et exhume les traumatismes afin d’autopsier l’Histoire.

La série Mémoire est l’histoire de l’agonie de l’idéologie coloniale qui se raccroche à des oripeaux en métal sous le regard cave de bons Nègres résignés. Un travail qui, au-delà du Katanga, à des résonances multiples à travers le monde. La photographie, d’instrument de propagande impérialiste, devient un témoin gênant, dangereux. La RDC, qui a changé cinq fois de nom, est passée du statut de capricieuse propriété privée à celui de néo-colonie cyniquement économique, via une colonisation violente, une dictature humiliante et une guerre fratricide larvée. Qu’est réellement ce territoire, au delà des clichés rabâchés de peuple soumis et de rebelles avinés, de mélodies de Rumba et de cacophonie d’armes lourdes? Sammy Baloji sublime les fantasmes pour mieux casser les icônes préfabriquées et les pseudos vérités aberrantes ».

Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille. Vue de l’exposition
Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille. Vue de l’exposition

Cette cimaise s’achève avec une troisième composition d’Eddy Kamuanga Ilunga « Negbele 1 ».

Abdoulaye Konaté, Plumage ocre, 2012 - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Abdoulaye Konaté, Plumage ocre, 2012 – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Un magnifique et fascinant tissu peint et cousu d’Abdoulaye Konaté « Plumage ocre » marque ce qui nous semble être la fin d’une première partie de l’exposition.

Toufik Medjamia

En effet, la scénographie accorde à Toufik Medjamia un espace très particulier. Murs, sol et poteau sont couverts d’une peinture et d’une moquette noire qui individualise ou plus exactement isole son travail.
On a le sentiment d’être face à un stand dans une foire, de pénétrer dans une autre exposition, dans un autre monde… de basculer de la lumière et de la couleur vers un côté sombre et obscur…

Toufik Medjamia et Abdoulaye Konaté - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Toufik Medjamia et Abdoulaye Konaté – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Techniquement, formellement et esthétiquement, l’univers de Toufik Medjamia apparaît comme assez éloigné de celui des autres artistes sélectionnés… Fallait-il pour autant organiser un espace si singulier ?

Il y a quelque chose d’oppressant et de mystérieux dans ses minutieuses encres sur papier où les visages de personnages sont remplacés par des édifices ou des constructions plus ou moins improbables…

On reste songeur devant ce portrait de famille où madame est une maison, monsieur un bateau de pêche (?) et leur enfant est coiffé d’un casque de scaphandrier.
À la frontière entre la lumière et l’obscurité comment de pas songer à l’évocation d’un Dark Vador ? À l’opposé (entre l’ombre et la clarté), que penser de cet immeuble céphalique qui vole en éclats ?
La sculpture présentée dans la vitrine de la rue Saint-Férréol est-elle l’image de ces visages-maison ?

Toufik Medjamia, Arbre entier rationalisé - Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille
Toufik Medjamia, Arbre entier rationalisé – Beautiful Africa à la Galerie du 5e – Marseille

Quel sens donner à cet « Arbre rationalisé : Olivier (Bonsaï) taillé en carrelet avec restes de racines incrustées dans un socle en Ébène semi-brut » ?

En phase avec les intentions de la commissaire, la première partie de l’exposition permet sans conteste « de poser un regard critique sur l’histoire et sur le présent de cet immense continent et de ses relations aux autres continents ».
Ici, on est à un travail plus introspectif, un monde plus personnel qui certes nous renvoie à nos propres interrogations, mais qui fait hiatus avec les autres propositions.

On reste perplexe sur cette césure dans le parcours de l’exposition…
Pourquoi cette rupture ? Une volonté de l’artiste ? de la commissaire ? Le souhait de valoriser particulièrement le travail du seul artiste de la sélection à vire et à travailler à Marseille ? Faut-il comprendre ce côté « obscur » de l’exposition comme l’expression des tiraillements et les angoisses qui traversent des sociétés au nord de l’Afrique et en partie sur cette rive de la méditerranée ? Faut-il chercher dans le côté un peu surréaliste des images de Toufik Medjamia une connexion bruxelloise qui expliquerait tout ?

Vernissage de l'exposition Beautiful Africa - Marseille © François Moura
Vernissage de l’exposition Beautiful Africa – Marseille © François Moura

Indépendamment de ces interrogations, Lydie Marchi signe avec « Beautiful Africa », une superbe exposition et elle nous offre une sélection remarquable d’œuvres réalisées par des artistes passionnants et dont la reconnaissance internationale s’affirme de jour en jour. On peut souligner qu’Otobong Nkanga vient de recevoir le BelgianArtPrize 2017 qui l’équivalent du Turner Prize au Royaume-Uni ou du Prix Marcel Duchamp en France.
Comme Sammy BalojiOtobong Nkanga est cette année représentée à la documenta 14 (Kassel et Athènes).

À ne pas manquer !

À lire, ci-dessous, le texte d’intention de « Beautiful Africa », une brève présentation de Lydie Marchi, commissaire de l’exposition et quelques repères à propos des artistes, extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur la page Facebook de la Galerie du 5e
Sur le site d’Hydrib
Sur la page Facebook d’Hydrib
À lire cet entretien d’Emmanuelle Oddo avec Lydie Marchi dans la Revue Point contemporain

Beautiful Africa – Présentation par Lydie Marchi, commissaire de l’exposition

« L’exposition Beautiful Africa propose, par une sélection d’œuvres, une balade sur le continent africain, plus particulièrement au niveau de la zone sub-saharienne, non sans un certain point de vue critique et politique. Il s’agira autant d’une balade où l’on rira aux éclats, où l’on aura autant envie de s’ambiancer et de laisser ses soucis au vestiaire, qu’une balade permettant de poser un regard critique sur l’histoire et sur le présent de cet immense continent et de ses relations aux autres continents.

L’Afrique est, pour l’Occident, mystérieuse et fascinante. Vaste continent de plus de 30.000.000 km², de Tanger au Cap. Continent aux traditions séculaires et à l’extrême modernité. Continent aux mille et un visages. Continent meurtri mais plus que jamais debout. En un siècle et demi, on a beaucoup parlé d’art africain comme s’il n’y avait qu’une seule et même forme d’art issu de cet immense continent ce qui est, mais faut-il l’écrire, merveilleusement multiples et varié.

L’Afrique. Fermons les yeux et laissons notre imagination galoper. Nous sommes tantôt au cœur de la savane, tantôt en plein désert, sur les grands plateaux ou dans les immenses mégalopoles, ou encore face à des animaux sauvages. Nous sommes, surtout, fascinés.

Beautiful Africa sera, au final, une invitation au voyage *…»

Lydie Marchi, commissaire

* Référence aux trois premières expositions proposées par le réseau Marseille-Expos au sein de la Galerie du 5e « Luxe », « Calme » et « Volupté » en hommage à Baudelaire.

À propos de Lydie Marchi

Fondatrice de Hydrib, plateforme dédiée aux arts visuels, membre du comité de pilotage de Paréidolie, salon international du dessin contemporain à Marseille, Lydie Marchi a débuté à la Fondation Maeght à St-Paul-de-Vence où elle a assisté son directeur Jean-Louis Prat à la mise en place d’expositions dédiées aux grands maîtres du XXème siècle, de W. Kandinsky à J. Miro.
De cette expérience fondamentale, elle a conservé l’exigence mais, trop attachée à la création contemporaine, elle a souhaité créer sa propre structure où elle défend l’émergence et l’art en train de se faire en axant son travail sur la notion de mobilité, cette dernière lui semblant correspondre particulièrement à l’énergie créatrice contemporaine.
Parallèlement à son activité de commissaire d’exposition, Lydie Marchi est impliquée professionnellement sur le champ social en tant que référente culturelle du centre social et culturel de la cité de la Castellane à Marseille.

À propos des artistes de Beautiful Africa :

Sammy Baloji

Né en 1978 en République Démocratique du Congo, vit et travaille entre Lubumbashi et Bruxelles.

Sammy Balogi, Sans titre - série mémoire, 2006
Sammy Balogi, Sans titre – série mémoire, 2006

Les photographies et vidéos de Sammy Baloji sont profondément ancrées dans les bouleversements qui secouent la République démocratique du Congo : conséquences souvent invisibles de l’extraction des minerais précieux servant aux composants électroniques, investissements économiques gigantesques de la Chine sur tout le continent africain, héritage industriel et culturel du pays.
Sammy Baloji est co-fondateur des Rencontres Picha (image en langue swahili) Biennale de Lubumbsahi, témoignage de son engagement dans le soutien à la création et à la diffusion des arts visuels en Afrique et plus particulièrement au sein de la République Démocratique du Congo.
Les photographies de Sammy Baloji ont été récompensées par de nombreux prix (Prince Claus Award, The Spiegel Prize, Rolex Award) et ont été montrées aux Rencontres d’Arles, au MMK Museum für Moderne Kunst (Francfort), à la Fonda- tion Gulbenkian (Lisbonne – Paris), au Smithsonian National Museum of African Art (Washington), au Wiels et à Bozar (Bruxelles) ou à la 11ème Biennale de Shangaï. En 2017, son travail sera présenté notamment au Smithsonian National Museum of African Art de Washington.

Sammy Baloji est représenté par la galerie Imane Farès à Paris

Yona Friedman

Né en 1923 à Budapest, vit et travaille à Paris.

Yona Friedman - Denise Charvein, Film d’anmation, 1960 - 1963. Edition Cneai 2008 © Yona Friedman et Cneai
Yona Friedman – Denise Charvein, Film d’anmation, 1960 – 1963. Edition Cneai 2008 © Yona Friedman et Cneai

Yona Friedman développe depuis le milieu du XXe siècle le concept d’« architecture mobile », fondement d’une théorie universelle selon laquelle habitat et urbanisme doivent être pensés d’une part directement par leurs utilisateurs, et d’autre part en intégrant l’imprévisibilité du comportement futur de l’usager. Considéré comme l’un des plus grands penseurs de l’architecture aujourd’hui, Yona Friedman ne conçoit l’utopie que comme réalisable.
Yona Friedman– Films d’animation regroupe les films réalisés par l’artiste, entre 1960 et 1963. Il réalise avec son épouse Denise Charvein, monteuse, un premier film d’animation à partir d’un conte africain recueilli par l’ethnologue allemand Frobenius. Il en respecte le phrasé répétitif. Pierre Schaeffer lui commande pour l’ORTF, douze films. Le film Annalya Tou Bari, second épi- sode du cycle Samba Ghana, reçoit un Lion d’Or à la 13ème Mostra internationale du film documentaire de Venise en 1962. Jean Rouch diffusera les films en Afrique où ils ont connu un énorme succès.

Eddy Kamuanga Ilunga

Né en 1991 à Kinshasa en République Démocratique du
Congo. Il vit entre Kinshasa et Bruxelles.

Eddy Kamuanga Ilunga, Oubliez le passé et vous perdez les deux yeux, 2016. Courtesy of October Gallery.
Eddy Kamuanga Ilunga, Oubliez le passé et vous perdez les deux yeux, 2016. Courtesy of October Gallery.

Eddy Kamuanga llunga développe une recherche autour des Mangbetus, un peuple d’Afrique centrale présent dans le nord- est de la République démocratique du Congo. Les portraits photographiques qui émanent de ses voyages témoignent comme des archives vivants d’une histoire d’un peuple en disparition. C’est ainsi que les peintures d’Eddy Kamuanga lLunga évoquent les emblèmes caractéristiques d’une culture en voie d’extinction. Sur ses toiles, les têtes allongées, les outils de forgerons et de sculpteurs, les architectures et les symboles guerriers se mêlent aux signes contemporains de la technologie numérique et au vocabulaire esthétique de la mode – élément central de la culture congolaise urbaine. Le résultat forme un ensemble d’images in- temporelles et élégantes, qui témoignent d’un groupe humain stigmatisé en raison de leur altérité.
Le travail d’Eddy Kamuanga Ilunga a été présenté dernièrement à la Biennale de Kinshasa. En 2015, il a bénéficié d’une résidence à la Cité des Arts à Paris.

Kapwani Kiwanga

Née en 1978 à Hamilton au Canada. Vit et travaille à Paris.

Kipwani Kawnga, Vue de « Fallible witnesses », exposition personnelle à la galerie karima Celestin, Marseille. Courtesy de l’artiste et de la galerie Karima Celestin
Kipwani Kawnga, Vue de « Fallible witnesses », exposition personnelle à la galerie karima Celestin, Marseille. Courtesy de l’artiste et de la galerie Karima Celestin

Dans ses travaux les plus récents, Kapwani Kiwanga met à profit sa formation en sciences sociales afin d’élaborer des projets de recherches dans lesquels elle incarne le rôle d’un chercheur et crée des systèmes et protocoles qui agissent comme des filtres au travers desquels elle observe les cultures et leurs capacités de mutation. Ses projets donnent lieu à des installations, des vidéos, des œuvres sonores ou des performances. De manière générale, sa pratique interroge des notions telles que l’Afro-futurisme, les luttes anticoloniales et leur mémoire, ainsi que les cultures populaires et vernaculaires.
Ses films ont reçu plusieurs récompenses lors de festivals internationaux. Elle a exposé internationalement, notamment au Centre Georges Pompidou (France), au Glasgow Centre of Contemporary Art (Grande-Bretagne), à la Biennale Internacional de Arte Contemporaneo Almer fa (Espagne), au Kassel Documentary Film Festival (Allemagne) et à la Kaleidoscope Arena Rome (Italie).
Les œuvres et dispositifs présentés au sein de l’exposition sont aimablement prêtés par Sébastien Peyret (collection privée) et le Fonds Régional d’Art Contemporain Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Kapwani Kiwanga est représentée par la Galerie Jérome Poggi à Paris galeriepoggi.com
Site : kapwanikiwanga.org

Abdoulaye Konaté

Né en 1953 à Diré au Mali. Vit et travaille à Bamako.

Abdoulaye Konaté, Plumage ocre numéro 2, fév. 2012 255 x 166 cm, tissu teint et cousu _ 224 x 157 cm, tissu teint et cousu COURTESY DE L'ARTISTE ET VIP GALLERY, Marseille
Abdoulaye Konaté, Plumage ocre numéro 2, fév. 2012 255 x 166 cm, tissu teint et cousu _ 224 x 157 cm, tissu teint et cousu COURTESY DE L’ARTISTE ET VIP GALLERY, Marseille

Abdoulaye Konaté tire de ses sculptures textiles une matière inépuisable dans laquelle il inscrit les signes et symboles des sociétés secrètes maliennes. Avec ce matériau, il teint, découpe, recoupe, coud pour obtenir une structure exploitant la sur face plane du tissu, pouvant devenir le support d’excroissances créant des effets d’optiques. Peu à peu l’assemblage de ces corps oblitère la présence de la figure et joue sur les volumes, l’infinité de plis, de rebonds, de creux, d’anfractuosités. La densité de la matière lui permet de faire danser les formes dans une création tendant vers l’abstraction.
Abdoulaye Konaté favorise une collaboration étroite avec les tisserands, les teinturiers et les artisans traditionnels maliens. Il inscrit ses sculptures textiles dans un héritage qu’il souhaite valoriser, cultiver et propager dans et au-delà des frontières de son pays.
De ses études à la Havane, il s’est imprégné de l’art surréaliste sud-américain, et notamment des peintures de Wilfredo Lam. Il s’est ainsi confronté à d’autres cultures, d’autres mouvements, d’autres territoires, qu’il a su allier et associer à sa propre démarche. L’artisanat malien est augmenté, sublimé et politisé.
En 1996, il reçoit le Grand Prix Léopold Senghor de la Biennale de Dakar, il participe à de grandes expositions en Belgique, France, Espagne, aux États-Unis et au Japon… Actuellement, Directeur du Conservatoire National des Arts et Métiers Multimédia de Bamako au Mali, il expérimente de nouvelles pédagogies inédites en Afrique.

Abdoulaye Konaté est représenté par la Blain Southern Gallery (Londres & Berlin)

Namsa Leuba

Née en 1982 en Suisse. Elle vit et travaille à Lausanne.

Namsa Leuba, Khoi San
Namsa Leuba, Khoi San

Namsa Leuba s’inspire du documentaire et de l’univers de la mode pour représenter une ou des identité(s) africaine(s). Elle crée un univers visuel imaginaire explorant les signes du patrimoine culturel africain : cérémonies, statuettes, mascarades, etc.
Namsa Leuba joue avec les codes du studio photo africain et des coutumes vestimentaires traditionnelles combinant ainsi un intérêt anthropologique et un certain esprit de déconstruction de ces deux traditions. Son travail remet en cause la question des représentations du sacré et du profane par une approche théâtrale fictionnelle et un art consommé de la mise en scène.
De père suisse et de mère guinéenne, Namsa Leuba est diplômée de l’École Cantonale d’Art de Lausanne et de l’École des Arts Visuels de New York. Son travail est publié régulièrement dans les magazines Numéro, Kaléidoscope, Mousse, Vice, etc. Elle a gagné de nombreux prix de photographies dont celui du Festival de la mode et de la photographie de Hyères en 2012 et celui de la Fondation Magenta en 2013. Son travail a été présenté récemment au Musée du Quai Branly à Paris et à la Fondation Guggenheim à Bilbao.

Namsa Leuba est représentée par In Camera à Paris
Site : www.namsaleuba.com 

Toufik Medjamia

Né en 1978 à Alger. Vit et travaille à Marseille.

Toufik Medjamia, « Brave new world » [ wearable architecture ] Dessin - Drawing - Ink on paper - 60_40 cm 2016
Toufik Medjamia, « Brave new world » [ wearable architecture ] Dessin – Drawing – Ink on paper – 60_40 cm 2016

Toufik Medjamia quitte l’Algérie pour Marseille en 1994 suite aux événements politiques. Son travail de dessins, d’installations en papiers découpés ou de volumes en papier cousus, tourne autour de questions fondatrices de nos sociétés humaines. Il y est question d’un monde idéal en construction dans lequel nous aurions dépassé nos traumatismes historiques collectifs. Chacune des œuvres qu’il développe place l’homme en son centre de par son intervention sur la nature ou dans la manière dont finalement ses objets prennent attitude.
Toufik Medjamia est diplômé de l’École d’Art d’Aix-en-Provence et participe à de nombreuses expositions, tant en France qu’à l’étranger. Son travail a été vu à Marseille en 2013 à la Galerie Karima Celestin.

Toufik Medjamia réalisera une installation inédite dans la vitrine des galeries Lafayette et présentera de nouvelles pièces à l’étage.

Otobong Nkanga

Née en 1974 à Kano au Nigéria, elle vit à Anvers.

Otobong Edet Nkanga, Alterscape : Alterscape I, 2005 C-print sur papier photographique 50 x 67 cm
Otobong Edet Nkanga, Alterscape : Alterscape I, 2005 C-print sur papier photographique 50 x 67 cm

Les dessins, installations, photographies, performances et sculptures d’Otobong Nkanga interrogent la notion de territoire et la valeur accordée aux ressources naturelles. La dimension performative imprègne les différents médias et génère toutes sortes d’œuvres (peinture, dessin, photographie, sculpture, installation et vidéo), bien qu’elles soient toutes liées aux thèmes du paysage et de l’architecture. Selon ses propres mots, Otobong Nkanga utilise sa voix et son corps comme véhicule de ses idées. Sa présence est paradoxalement le catalyseur de sa propre disparition, une main invisible qui met en mouvement le processus artistique.

Otobong Nkanga a suivi des études d’art à l’Obafemi Awolowo University d’Ile-Ifé, au Nigeria, puis à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Résidente à la Rijksasademie van beeldende kunsten à Amsterdam, elle obtient en 2008 un master en Performing Arts à Dasarts, Amsterdam. Otobong Nkanga a proposé en 2012 une performance à la Tate Modern de Londres dans le cadre du programme de performances Politics of Representation. Elle est présente en 2013 à la Biennale de Sharjah aux Émirats Arabes, en 2014 à la Biennale de Berlin, en 2015 à la Biennale d’art contemporain de Lyon et en 2016 à la Biennale de Sidney. Elle a récemment exposé au MHKA à Anvers et à la Kadist Foundation à Paris en 2015. Elle est finaliste de l’édition 2017 du prestigieux Belgian Art Prize.
Les œuvres présentées au sein de l’exposition sont aimablement prêtées par le
Fonds Régional d’Art Contemporain Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Otobong Nkanga est représentée par la Galerie In Situ Fabienne Leclerc à Paris.
Site : www.otobongnkanga.com

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