Se souvenir des Belles Choses au MRAC

Jusqu’au 17 avril 2016, Sandra Patron directrice du MRAC (Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées) nous invite à Sérignan pour Se souvenir des Belles Choses 

Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016 (Hall d'accueil - Simone Decker, Ghosts, 2004). Photo : JC Lett
Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Hall d’accueil – Simone Decker, Ghosts, 2004). Photo : JC Lett

Dans un moment de transformations importantes pour le musée (voir ci-dessous), elle convoque artistes et œuvres d’art pour s’interroger et nous questionner sur la place du musée dans la construction et l’activation de la mémoire :

  • « Que reste-t-il dans nos mémoires de nos expériences passées, qu’elles soient collectives ou individuelles, et comment notre mémoire peut-elle s’activer dans le futur ?
  • Comment notre relation au présent se forge-t-elle en partie de l’expérience ou de la connaissance d’un passé révolu ?
  • Par quels moyens l’histoire de l’art active-t-elle des strates successives du passé pour se constituer et se renouveler ? 
  • Comment le musée, en tant qu’espace identifié et construit, organise-t-il dans le temps et l’espace cet accès au voir et au savoir ? »

Naturellement, on pouvait imaginer que le regard de Sandra Patron se porterait vers la collection de son musée pour construire son exposition…. Il n’en est rien, c’est dans le fonds du Frac Languedoc-Roussillon qu’elle a choisi une soixantaine d’œuvres « autour de l’idée de mémoire active, celle du spectateur comme celle des œuvres elles-mêmes et des artistes qui les créent ».

Simone Decker, Ghosts, 2004, 12 sculptures photoluminescentes, bande plâtrée thermoplastique en polyester, resine époxy, pigments photoluminescents. © Adagp, Paris 2016 ; Collection Frac Languedoc-Roussillon. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo : JC Lett
Simone Decker, Ghosts, 2004, 12 sculptures photoluminescentes, bande plâtrée thermoplastique en polyester, resine époxy, pigments photoluminescents. © Adagp, Paris 2016 ; Collection Frac Languedoc-Roussillon. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo : JC Lett

Pourquoi ce choix ? Simplement une envie revendiquée et assumée  de travailler à partir de cette collection…
Pourquoi ce titre Se souvenir des Belles Choses ? En souvenir du film émouvant de Zabou Breitman  dans lequel il était question de mémoire perdue et d’un centre de mémoire… Ce que pourrait être le musée.

Se souvenir des Belles Choses… Le parcours

C’est avec la complicité d’Emanuel Latreille que  Sandra Patron a sélectionné un ensemble d’œuvres pour construire le parcours de Se souvenir des Belles Choses  avec la volonté d’offrir plusieurs angles de vue sur l’art, la mémoire et le musée ( voir son texte de présentation, reproduit ci-dessous).

Christian Robert-Tissot, Sans titre, 2005 et Man Ray, Photographies, 1921 à 1936. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Christian Robert-Tissot, Sans titre, 2005 et Man Ray, Photographies, 1921 à 1936. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

On pouvait craindre une problématique un peu attrape-tout et un parcours fourre-tout.
À l’inverse, en évitant un discours rigide et didactique, Se souvenir des Belles Choses  entrecroise et superpose les perspectives souhaitées par la commissaire, sans jamais tomber dans la confusion, la dispersion ou la stérilité.

Philippe Decrauzat, Melancolia, 2003 - Rafael Navarro, Diptyque n°9, 1978, Diptyque n°39, 1980, Diptyque n°54, 1982 - August Sander, Kon[rmandin,Westerwald, 1911 - Joan Fontcuberta, Orogenèse : Man Ray / Duchamp, 2006. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Philippe Decrauzat, Melancolia, 2003 – Rafael Navarro, Diptyque n°9, 1978, Diptyque n°39, 1980, Diptyque n°54, 1982 – August Sander, Kon[rmandin,Westerwald, 1911 – Joan Fontcuberta, Orogenèse : Man Ray / Duchamp, 2006. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Le parcours laisse le temps et l’espace pour que les souvenirs et les émotions  puissent émerger,  pour que les associations et interrogations puissent se construire. En même temps, d’habiles ruptures de rythme et quelques perspectives heureuses relancent, avec tact et élégance, l’attention du visiteur.

Se souvenir des Belles Choses… L’accrochage

La mise en espace offre tout l’espace nécessaire aux œuvres qui en ont besoin pour se confronter au regard et à la mémoire du visiteur. Les pièces sonores, lumineuses ou volumineuses sont judicieusement isolées.

Omer Fast, Talk Show, 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Omer Fast, Talk Show, 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Très réussi, l’accrochage laisse les œuvres s’accorder et dialoguer avec le bâtiment et les lumières changeantes  diffusées par le dispositif in situ de Buren.
Il propose ou plus exactement suggère quelques échanges entre les œuvres qu’il rapproche.

Surtout, il sait accorder toute sa place au visiteur, à ses émotions et ses souvenirs, lui laisser le soin de « faire couture », comme le disait si justement Michèle Moutashar.

Une boîte à souvenirs qui fonctionne à merveille…  

Bien entendu,  chacun trouvera dans Se souvenir des Belles Choses, ce qu’il aura apporté…  « Les œuvres d’art sont des coins à pique-nique, des auberges espagnoles où l’on consomme ce que l’on apporte soi-même » disait avec son humour incomparable François Morellet.

Zilvinas Kempinas, Flying Tape, 2004. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Zilvinas Kempinas, Flying Tape, 2004. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Mais Se souvenir des Belles Choses fonctionne aussi comme un album des souvenirs liés à ces œuvres du Frac LR et à leur présence dans divers lieux, expositions et événements dans la région ou ailleurs… Naturellement, plusieurs pièces rappellent les expositions au Frac à Montpellier. Plus rarement on pense au musée archéologique de Lattes ou encore à une chapelle perdue lors d’un parcours estival proposé par  In Situ… Quelquefois, c’est leur présence dans une galerie, avant leur acquisition par le Frac qui remonte à la surface… Au détour d’une salle, on se souvient de la Dégelée Rabelais ou de Chauffe Marcel … Ailleurs, c’est le récent FOMO proposé par Sextant &+ à la Friche le Belle de Mai qui revient en mémoire…

Fred Eerdekens, Forever, 2005. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Fred Eerdekens, Forever, 2005. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

La médiation

Il faut aussi mentionner la pertinence de la médiation en salle, la discrétion et la courtoisie des personnes qui en ont la charge.
Le document d’accompagnement  remis au visiteur ((en français ou en anglais) propose des fiches de salle claires et concises sur des œuvres présentées et sur les raisons de leur sélection.
Un dossier pédagogique, téléchargeable sur le site du MRAC, illustre chaque angle de vue de Se souvenir des Belles Choses avec une œuvre. À partir de celle-ci, il propose des prolongements dans l’exposition et dans l’histoire de l’art et il suggère quelques pistes pédagogiques et activité en classe.

Emmanuelle Étienne, Véra d’Or, 2010 et Benoît Broisat, Les Témoins, 2009-201. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Emmanuelle Étienne, Véra d’Or, 2010 et Benoît Broisat, Les Témoins, 2009-201. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Un seul petit bémol dans ce travail de médiation de qualité, un site internet qui pourrait offrir plus d’outils pour préparer, enrichir et échanger autour de son expérience de visite.

L’exposition s’accompagne d’une programmation  dont on trouve le détail sur le site du musée ou en suivant sa page Facebook.

Dans Se souvenir des Belles Choses, chacun (re)trouvera selon sa propre histoire et selon son humeur ses madeleines de Proust, ses chimères, ses peurs, ses colères, ses moments de bonheur ou de tristesse, ses interrogations.  L’expérience montre que renouveler sa visite ne fait pas émerger les mêmes souvenirs, ni les mêmes questions…

Avec élégance, Sandra Patron atteint l’objectif de nous interroger sur la place du musée dans la construction et l’activation de la mémoire…  mais l’exposition ouvre aussi bien d’autres perspectives. Une belle réussite !

Avec des œuvres de :
Matthew Antezzo • Cécile Bart  • Abdelkader Benchamma  • Benoît Broisat  • Julien Crépieux  • Simone Decker  • Philippe Decrauzat  • Erik Dietman  • Fred Eerdekens  • Emmanuelle Etienne  • Omer Fast  • Joan Fontcuberta  • Ross Hansen  • Pierre Joseph  • Véronique Joumard  • Zilvinas Kempinas  • Suzanne Lafont  • Perrine Lievens  • Rafael Navarro  • Douglas Gordon/ Rirkrit Tiravanija  • Walid Raad  • Man Ray  • Samuel Richardot  • Christian Robert-Tissot  • Yvan Salomone  • August Sander  • Patrick Van Caeckenbergh.

Commissariat: Sandra Patron

En savoir plus :
Sur le site du MRAC
Sur la page Facebook du MRAC

Se souvenir des Belles Choses
(Texte de présentation de Sandra Patron)

À travers la sélection d’une soixantaine d’œuvres du Frac LR, l’exposition Se souvenir des Belles Choses envisage l’art sous l’angle de la mémoire. De nombreux artistes de l’exposition manipulent ainsi d’autres temps et d’autres œuvres, cinématographiques ou plastiques, où s’observe un jeu de négociation entre la mémoire d’un passé reconnu comme une autorité et l’ouverture d’un futur, d’un espace de création.

Emmanuelle Etienne, Véra d’Or, (détail) 2010, métal, verre, film sans tain, 291 x 180 x 360 cm. © Emmanuelle Etienne ; Photo Luc Jennepin / FRAC Languedoc-Roussillon
Emmanuelle Etienne, Véra d’Or, (détail) 2010, métal, verre, film sans tain, 291 x 180 x 360 cm. © Emmanuelle Etienne ; Photo Luc Jennepin / FRAC Languedoc-Roussillon

Deux œuvres de l’exposition évoquent ces images rémanentes : avec Véra d’Or (2010) d’Emmanuelle Etienne, le spectateur pénètre dans une maison de verre dont l’intérieur est invisible depuis l’extérieur, la structure étant recouverte d’un film sans tain qui reflète son environnement immédiat. Les parois intérieures quant à elles révèlent le dessin d’un palais italien qui évoque les relevés de plans des bâtiments baroques, ces tracés se superposant avec la réalité existante, en une fulgurante métaphore de ces temps brouillés, entre passé et présent.

Simone Decker, Ghosts, 2004, 12 sculptures photoluminescentes, bande plâtrée thermoplastique en polyester, resine époxy, pigments photoluminescents. © Adagp, Paris 2016 ; Photo © Christian Perez / Frac Languedoc-Roussillon
Simone Decker, Ghosts, 2004, 12 sculptures photoluminescentes, bande plâtrée thermoplastique en polyester, resine époxy, pigments photoluminescents. © Adagp, Paris 2016 ; Photo © Christian Perez / Frac Languedoc-Roussillon

Ghosts (2004) de Simone Decker, œuvre majeure de l’artiste, consiste en douze répliques phosphorescentes de sculptures originales issues de l’espace public. Ces archétypes de sculptures évoquent celles croisées, lors de nos voyages, de Paris à Londres en passant par Berlin. Ils nous apparaissent ici comme des souvenirs fantomatiques sortis de réserves d’un musée imaginaire, perdant en singularité ce qu’ils gagnent en aura et en puissance de séduction.
Mais là où Simone Decker joue avec malice de nos attentes et de nos schémas préétablis, d’autres artistes utilisent la réinterprétation d’œuvres du passé comme un moteur de leur création, entre hommage revendiqué et volonté de leur donner une seconde vie : ainsi Matthew Antezzo redessine inlassablement des portraits d’artistes et de scientifiques qui l’ont marqué et influencé, comme pour inscrire son panthéon personnel dans une histoire collective et déjouer ainsi une histoire officielle.

Julien Crépieux, Re:Wind Blows Up, 2010, vidéo couleur sonore, HDV (16:9), durée : 105 minutes. Vidéo still © Galerie Jérôme Poggi, Julien Crépieux
Julien Crépieux, Re:Wind Blows Up, 2010, vidéo couleur sonore, HDV (16:9), durée : 105 minutes. Vidéo still © Galerie Jérôme Poggi, Julien Crépieux

Avec Re:Wind Blows Up (2011), Julien Crépieux quant à lui reproduit et démultiplie des images du film Blow up d’Antonioni et met ainsi en place un processus de déconstruction du film autant qu’il en éclaire ses enjeux dans son rapport ambigu au réel et à la fiction.

Walid Raad, I only Wish That I Could Weep, 2001, DVD, durée: 7’36’’. © Droits réservés ; Photo © FRAC Languedoc-Roussillon
Walid Raad, I only Wish That I Could Weep, 2001, DVD, durée: 7’36’’. © Droits réservés ; Photo © FRAC Languedoc-Roussillon

Car la mémoire peut aussi être un leurre, aussi bien individuel que collectif, qui enjolive le réel pour le rendre supportable, ou qui est manipulée par un pouvoir en place pour occulter certains faits : avec I only Wish That I Could Weep (2001), Walid Raad nous propose une archive, dont on ne sait si elle est fictive ou réelle, d’un agent secret filmant par caméra de surveillance les couchers de soleil en lieu et place des gens qu’il est censé surveiller et nous propose ainsi un magnifique plaidoyer sur la liberté d’un homme qui choisit de désobéir et de fixer dans sa mémoire la beauté du monde.

Omer Fast, Talk Show, 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Omer Fast, Talk Show, 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Avec Talk Show (2009), Omer Fast explore cette relation à notre mémoire défaillante et analyse comment les médias reconstruisent le réel en permanence : partant de l’histoire vraie d’une femme dont le mari journaliste est mort en Irak, Omer Fast fait rejouer de mémoire cette histoire par six acteurs, le récit se déformant et s’altérant au fil de leurs interprétations. Par ce biais, l’artiste questionne tout autant le pouvoir des médias à tordre le réel que leur capacité à introduire dans nos mémoires collectives des fictions revendiquées comme des vérités.

Douglas Gordon, Rirkrit Tiravanija, Cinéma Liberté & Bar Lounge, 1996, tissu, polystyrène, bois. Vidéos de films ayant été censurés et peinture en bombe, bar : 138 x 457 x 74 cm. © Rirkrit Tiravanija, courtesy Gavin Brown’s Enterprise, New York © Adagp, Paris 2016 ; Photo © Jean-Luc Fournier
Douglas Gordon, Rirkrit Tiravanija, Cinéma Liberté & Bar Lounge, 1996, tissu, polystyrène, bois. Vidéos de films ayant été censurés et peinture en bombe, bar : 138 x 457 x 74 cm. © Rirkrit Tiravanija, courtesy Gavin Brown’s Enterprise, New York © Adagp, Paris 2016 ; Photo © Jean-Luc Fournier

Dans la même lignée, Cinéma Liberté est une collaboration de Douglas Gordon et Rirkrit Tiravanija qui propose, dans un dispositif convivial offrant café et pop-corn, une sélection de films qui ont pour point commun d’avoir été censurés un jour dans leur pays d’origine. Qui doit décider de ce qui est oblitéré ou non de notre mémoire collective? De la censure étatique à l’autocensure liée à des groupes de pression, Cinéma Liberté revendique une mise en lumière de ces moments occultés mis en scène par un dispositif qui invite au dialogue.

Pierre Joseph, MNEP 1.2.3., 2014 et Benoît Broisat, Les Témoins, 2009-2011 - Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Pierre Joseph, MNEP 1.2.3., 2014 et Benoît Broisat, Les Témoins, 2009-2011 – Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Cette bascule entre mémoire individuelle et mémoire collective est à l’oeuvre dans le travail pictural de Samuel Richardot. Par l’apparition d’objets isolés sur la blancheur de la toile, par ce silence qu’induit le blanc et qui force le regard à s’attarder et à s’interroger sur des formes à la fois familières et énigmatiques, Richardot évoque la société de consommation ou le travail de la terre, entre histoire personnelle et héritage collectif. De famille, il est encore question chez Pierre Joseph qui nous livre avec MNEP 1,2,3 (2014) une réflexion toute en finesse sur la question de l’héritage familial et culturel, et au-delà, sur la question de la transmission. Si la question de la mémoire individuelle et collective est un point central de l’exposition, Se souvenir des Belles Choses est également une invitation à la déambulation rêveuse, la mémoire peut aussi tout simplement être le souvenir d’un souffle chaud sur la nuque un après-midi d’été ou l’émotion ressentie à collectionner les coquillages sur une plage de Normandie : les oeuvres de Patrick Van Caeckenbergh, Zilvinas Kempinas, Fred Eerdekens ou encore celles de Abdelkader Benchamma nous invitent à faire l’expérience de ces émotions non contenues.

Zilvinas Kempinas, Flying Tape, 2004. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Zilvinas Kempinas, Flying Tape, 2004. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Avec Distance variable (2007) de Perrine Lievens, la mémoire se métamorphose en promesse,  lorsqu’une des cimaises de la maquette du futur Mrac, portée par un ballon gonflé à l’hélium, ondule et flotte, comme à la recherche de son devenir.

Perrine Lievens, Distance variable, 2007 - 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Perrine Lievens, Distance variable, 2007 – 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Ce que deviennent les images et les objets qu’elles représentent est au coeur du projet fou de Benoit Broisat : avec Les Témoins (2009-2011), l’artiste s’attarde sur une image de presse qui l’a marqué puis part en quête de l’un des objets la composant. La mémoire devient ici le déclencheur d’une véritable chasse au trésor dans laquelle le corps s’engage, et qui permet à l’artiste de sonder et d’activer le réel à partir de sa représentation figée dans le temps.

Benoît Broisat, Témoin n°1 Gant d'un Cow-Boy du Colorado, 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d'art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett
Benoît Broisat, Témoin n°1 Gant d’un Cow-Boy du Colorado, 2009. Se souvenir des Belles Choses, vue de l’exposition, Musée régional d’art contemporain, Sérignan, 2016. Photo JC Lett

Commissariat: Sandra Patron

À propos de l’extension du MRAC :
(extraits du dossier de presse)

Le Musée régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon entame une nouvelle phase importante de son développement.

Au printemps 2016, le MRAC inaugurera une extension qui augmente ses surfaces d’expositions de 25%, de nouvelles réserves qui permettront d’accueillir un dépôt exceptionnel du Centre national des arts plastiques (Cnap) ainsi qu’un espace libraire repensé par le designer Erwan Mevel.

Ce renouvellement va s’accompagner d’une exposition personnelle de Bruno Peinado et d’une commande pérenne de l’artiste intitulée Il faut reconstruire l’Hacienda ou comment moins par moins égal à plus.

Extension et renouvellement architectural du MRAC LR

Ce projet d’extension, initié par le Conseil régional en 2011 et concrétisé en 2013 par l’achat à la ville de Sérignan du bâtiment adjacent au musée, au premier étage de la Poste, augmente ainsi les surfaces d’expositions du musée d’environ 430 m2. Avec ce nouvel espace, le déploiement de la librairie au rez-de-chaussée du bâtiment existant et la création de nouvelles réserves, le Mrac a pour ambition de développer son attractivité à l’échelle de la nouvelle grande région et d’améliorer la mise en valeur de ses collections et le dynamisme de sa programmation temporaire.

Il faut reconstruire l’Hacienda ou comment moins par moins égal à plus

(Titre de l’oeuvre pérenne de Bruno Peinado sur la façade du bâtiment)

Bruno Peinado, artiste français emblématique de sa génération, a été invité à concevoir une oeuvre pérenne sur la façade de l’extension, l’enjeu étant de créer un signe fort dans l’espace public et de lier conceptuellement et esthétiquement les deux bâtiments.

Bruno Peinado a imaginé un projet qui propose un aller-retour entre l’histoire de l’art et l’histoire des formes populaires ainsi qu’entre l’intérieur et l’extérieur du musée.

L’artiste a conçu deux gestes forts pour ce projet : le premier consiste à lier symboliquement les deux anciens chais en empruntant la couleur grise des plaques du musée existant pour l’appliquer sur la totalité de la façade de l’extension. Le deuxième consiste à faire dialoguer la forte présence d’enseignes et de signalétiques (notamment de par la présence de la Poste) avec l’imaginaire lié à l’art abstrait et aux avant-gardes artistiques que les collections du musée convoquent.

Son intervention va consister à apposer sur la façade, une série d’«enseignes-tableaux» colorées, vidées de tous contenus publicitaires, relevant alors du champ formel de l’art minimal, tout en gardant, de par les techniques utilisées (celles des panneaux publicitaires) son ancrage dans un vocabulaire vernaculaire. Chaque enseignes-tableaux, produite avec les techniques et les matériaux de la signalétique (panneaux luminescents, caissons lumineux rétroéclairés, panneaux trivision etc..) tissera un lien avec l’histoire de l’art en général et de la collection du Mrac en particulier, offrant pour le visiteur une collection à ciel ouvert de nos avant-gardes européennes.

Ce jeu entre intérieur et extérieur, histoire de l’art et culture populaire sera rejoué à l’intérieur du bâtiment, l’ensemble des espaces d’expositions temporaires ayant été offert à l’artiste pour produire une exposition d’envergure au moment de l’inauguration de l’extension.

Dépôt du Centre national des arts plastiques (Cnap)

Parallèlement à la présentation des œuvres de Bruno Peinado, une exposition viendra habiter les espaces dédiés à la collection du musée grâce à un dépôt d’oeuvres du Fonds national d’art contemporain, l’une des collections les plus importantes en Europe, gérée par le Centre national des arts plastiques (Cnap). A l’aube du développement architectural du lieu, ce dépôt à long terme d’un nombre important d’oeuvres vient renforcer sa politique de développement de son fonds, rendu possible par l’agrandissement des espaces de réserves du musée. Ce partenariat a pour double objectif de densifier la collection et établir des correspondances avec la collection déjà existante afin de développer un nouveau projet scientifique pour le musée.

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