Déluge de Barthélémy Toguo au Carré Sainte-Anne

Jusqu’au 6 novembre 2016, le Carré Sainte-Anne accueille à Montpellier une proposition originale, Déluge de Barthélémy Toguo. L’invitation de l’artiste camerounais est une initiative des Amis du Musée Fabre qui assurent le commissariat de cette exposition. On se souvient de l’exposition Vladimir Skoda proposé par la commission d’Art contemporain des Amis du musée Fabre, en 2011, puis de la superbe installation After the Dream de l’artiste japonaise Chiharu Shiota, en 2013.

Barthélémy Toguo, Déluge - Carré Sainte-Anne - Montpellier- vue de l'exposition
Barthélémy Toguo, Déluge – Carré Sainte-Anne – Montpellier- vue de l’exposition

Pour cette exposition inédite, conçue pour le Carré Sainte-AnneBarthélémy Toguo a choisi d’interpeller les visiteurs sur les « nombreuses situations de détresse que notre monde rencontre aujourd’hui ». Dans son texte d’intention, l’artiste rappelle que  « le « déluge » est là presque partout, les ouragans, les tsunamis, le feu, les massacres, la guerre, l’exil, les naufrages, les frontières qui se ferment ». Un peu plus loin, il précise ses ambitions : « Le  » déluge « , l’idée d’anéantissement par un déchaînement des éléments, de punition divine suite à des fautes commises, puis de Renaissance figure dans les mythes fondateurs de quasiment toutes les civilisations humaines. De nombreux artistes s’y sont confrontés à travers les siècles et je pense qu’il est temps pour moi, aujourd’hui, de prendre le risque d’évoquer dans mon art et dans cette exposition les déluges actuels ».

Barthélémy Toguo, Déluge - Carré Sainte-Anne - Montpellier- vue de l'exposition 02
Barthélémy Toguo, Déluge – Carré Sainte-Anne – Montpellier- vue de l’exposition 02

L’exposition s’organise autour d’une installation au centre de l’ancienne église. Au sol, sont alignés 54 cercueils en bois, de taille différente. Si Toguo affirme qu’ils « sont ceux de toutes les victimes des désastres actuels à travers le monde », rappelons que cette œuvre a été créée en 2011, en référence à la situation dramatique des 54 pays d’Afrique et qu’elle avait été montrée à la 11ème Biennale d’Art Contemporain de Lyon, en 2011.
Suspendus aux piliers qui soutiennent la voûte, des fleurs artificielles (?) dans des seaux en plastique évoquent selon l’artiste « la renaissance de la vie après la dévastation ».

Barthélémy Toguo, Déluge - Carré Sainte-Anne - Montpellier- vue de l'exposition
Barthélémy Toguo, Déluge – Carré Sainte-Anne – Montpellier- vue de l’exposition

Sur les murs de l’édifice, la série « Déluge », créée pour le Carré Sainte-Anne, est composée de 12 encres sur papier marouflé sur toile de format carré ( 2m x 2 m). Ces oeuvres sont complétées par deux grands formats ( 2 m x 6 m, dont un a été réalisé in situ. Pour Toguo, ces encres évoquent « la menace, l’approche de la catastrophe, le déchaînement des éléments et des violences, l’épuisement et enfin l’amorce d’un renouveau possible ».

L’ensemble est complété par deux documents vidéo, The Third Hand réalisé en 2009  et un film de Thierry Spitzer de 2014, Barthélémy Toguo, deux mains… le monde.

L’accrochage et l’articulation du parcours de visite sont sans grande surprise. En dehors des cartels, seul un texte accompagne les œuvres. Il est reproduit dans le document mis à la disposition du public. Le catalogue aux éditions Lienart sera disponible en juillet.

Barthélémy Toguo, Déluge - Carré Sainte-Anne - Montpellier- vue de l'exposition
Barthélémy Toguo, Déluge – Carré Sainte-Anne – Montpellier- vue de l’exposition

La mise en scène des cercueils, chapelle ardente « factice », donne le ton. Elle impose au visiteur une présence pathétique, un discours facile, peut-être un peu trop évident.

Comme toujours la lumière très particulière de Sainte-Anne magnifie les œuvres. Il se dégage des encres, une luminosité surprenante, un peu surnaturelle qui donne parfois l’impression d’un rayonnement interne de la toile.
Sans renier l’intérêt plastique et la puissance expressive de ces peintures, il y a dans certains sujets une naïveté, certes sincère et généreuse, qui frise parfois la facilité. On pense en particulier au corps de l’enfant allongé surmonté de barbelés qui ouvre la série « Déluge », sur la gauche, en entrant dans l’exposition.

Barthélémy Toguo, Déluge VIII, Encre sur papier maroulé sur toile, 2016 - Carré Sainte-Anne - Montpellier
Barthélémy Toguo, Déluge VIII, Encre sur papier maroulé sur toile, 2016 – Carré Sainte-Anne – Montpellier

Sa grande proximité avec la photo du corps de l’enfant de trois ans qui avait bouleversé l’Europe en septembre dernier a quelque chose de réellement troublant… Cette composition n’est pas sans rappeler le malaise qu’avait provoqué une photographie d’Ai Weiwei rejouant la mort du petit Aylan, en février dernier.

À l’évidence, Barthélémy Toguo cherche à émouvoir son public, mais ne le fait-il pas parfois avec un peu trop… d’évidence ? Est-il impossible de proposer au visiteur un peu plus d’engagement ? Ne faut-il pas lui laisser un peu plus de place ?

Barthélémy Toguo, Déluge - Carré Sainte-Anne - Montpellier- vue de l'exposition
Barthélémy Toguo, Déluge – Carré Sainte-Anne – Montpellier- vue de l’exposition

Sans vouloir faire injure à l’artiste camerounais, nous avions été plus sensible à la manière dont Carole Benzaken avait fait montré, à Sainte-Anne, il y a quelques semaine, comment l’artiste pouvait « s’inspirer de son temps et travailler avec son temps pour être au coeur de l’Histoire » comme l’affirme si bien Toguo

À lire ci-dessous le texte d’intention de Barthélémy Toguo, extrait du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur la page du Carré Sainte-Anne sur le site de la Ville de Montpellier
Sur la page Facebook du Carré Sainte-Anne
Sur le site de Barthélémy Toguo
Barthélémy Toguo sur le site de la galerie LeLong

Déluge de Barthélémy Toguo

 « Comment pourrais-je ne pas être sensible aux nombreuses situations de détresse que notre monde rencontre aujourd’hui ?

Nous sommes dans une période où le climat est bouleversé, où les catastrophes naturelles se trouvent amplifiées par l’imprévoyance et la désastreuse gestion de l’espace vital, par les risques pris avec les sources d’énergie. La Mère Nature est partout malmenée. En outre, le terrorisme sévit en de nombreuses régions et nous plonge dans les situations de plus en plus tragiques relayées de façon dramatique par les médias du monde entier. Bref, le « déluge » est là presque partout, les ouragans, les tsunamis, le feu, les massacres, la guerre, l’exil, les naufrages, les frontières qui se ferment.

Le « déluge », l’idée d’anéantissement par un déchaînement des éléments, de punition divine suite à des fautes commises, puis de Renaissance figure dans les mythes fondateurs de quasiment toutes les civilisations humaines. De nombreux artistes s’y sont confrontés à travers les siècles et je pense qu’il est temps pour moi, aujourd’hui, de prendre le risque d’évoquer dans mon art et dans cette exposition les déluges actuels.

Les cercueils alignés dans la Chapelle Sainte-Anne sont ceux de toutes les victimes des désastres actuels à travers le monde. Ils sont encadrés sur les deux murs latéraux par douze grandes peintures sur le thème du déluge : la menace, l’approche de la catastrophe, le déchaînement des éléments et des violences, l’épuisement et enfin l’amorce d’un renouveau possible. Enfin, de la voûte descendent des représentations végétales florissantes qui évoquent la renaissance de la vie après la dévastation. »

Barthélémy Toguo, avril 2016.

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