Retour sur Paréidolie 2016

Quelques mots pour témoigner de cette troisième édition de Paréidolie, le salon international du dessin contemporain de Marseille qui se déroulait les 27 et 28 août 2016 à la Galerie du Château de Servières.

Paréidolie 2016, une organisation remarquée et remarquable…

Comme chaque année, on a retrouvé l’ambiance chaleureuse de ce salon, qui a su en trois ans devenir incontournable. La fin de la période estivale explique en partie le caractère convivial et détendu de cette manifestation. Mais, c’est surtout la qualité de l’accueil de l’équipe organisatrice, son savoir faire et sa disponibilité qui fait de Paréidolie un moment rare, partagé par les galeristes, les artistes, les collectionneurs et le public. Félicitations donc au comité de pilotage de cette édition 2016 (Françoise Aubert, Lydie Marchi, Martine Robin, Michèle Sylvander)

Rafael Pérez Hernando Galeria, Madrid - Paréidolie 2016 - vue de l'exposition
Martine Robin sur le stand de la galerie Rafael Pérez Hernando de Madrid – Paréidolie 2016 – Preview press

Tous s’accordent pour souligner la qualité et la cohérence de la sélection réalisée par un comité présidé cette année par Paul Ardenne et composé de Nadine Gandy, directrice Gandy Gallery (Bratislava), Josée Gensollen, collectionneuse, Pascal Neveux, directeur Frac Provence-Alpes-Côtes d’Azur, Marine Pagès, artiste, co-fondatrice et co-rédactrice en chef de le revue « Roven », Barbara Polla directrice de la galerie Analix Forever (Genève), Michèle Sylvander, artiste et Gérard Traquandi, artiste.

Une cinquantaine de candidatures ont été examinées. Parmi les 14 dossiers retenus, cinq galeries ont participé aux deux éditions précédentes. Les prix des œuvres exposées commençaient à une quarantaine d’euros pour atteindre les 25 000 € pour les pièces les plus prisées.

Le bilan de cette troisième édition apparaît comme très satisfaisant. Plus de 1 800 visiteurs ont fréquenté les allées du salon pendant ce week-end. Sans annoncer de chiffres, les galeristes se déclarent satisfaits des ventes réalisées et des contacts pris lors de cette troisième édition de Paréidolie.

Il ne saurait être question ici de rendre compte de toutes les propositions artistiques présentées par les 14 galeries françaises et européennes et des 6 invités du salon.
Dans la logique « éditoriale » de « En revenant de l’expo ! », les impressions de visite qui suivent, portent un regard sur l’organisation de Paréidolie, sur les choix d’exposition par les galeristes et évoquent quelques accrochages ont particulièrement attiré mon attention.

Paréidolie 2016, les expositions des galeries

Les espaces d’exposition occupent tout le premier niveau de l’immeuble, au 19 Boulevard Boisson, dans le quatrième arrondissement de Marseille, que par l’association Château de Servières partage avec les ateliers d’artistes de la Ville de Marseille.

Les stands mis à la disposition des galeristes sont des classiques « bôites » généralement ouvertes sur un de leur petit côté. Au centre du salon, quelques-uns disposent de quatre cimaises percées par deux ou trois passages. Ces aménagements n’offrent guère de possibilités pour développer une scénographie très originale.

Très rares sont les galeries qui ont choisi de s’éloigner du classique « White Cube ». Seule la galerie Sémiose a fait le choix de valoriser, sur des fonds gris-beige, les dessins de Hippolyte Hentgen. L’accrochage combine subtilement les formats et utilise avec à-propos l’espace disponible.

Bien qu’il ne soit pas annoncé au programme du salon, la galerie présente un très beau lavis d’encre sur papier de Françoise Pétrovitch, de la série Étendu, 2015. Ce probable clin d’œil à l’exposition présentée au FRAC PACA a certainement été estimé par son directeur Pascal Neveux, membre du comité de sélection. Toutefois pour apprécier ce grand format (160 x 240 cm), il fallait attendre que le stand de Sémiose soit déserté…

Globalement, les accrochages restent assez conventionnels. Ils sont construits avec efficacité pour valoriser au mieux les œuvres et les artistes exposés, dans le cadre d’un salon.

Atelier-KSR, Berlin - Paréidolie 2016 - vue de l'exposition
Atelier-KSR, Berlin – Paréidolie 2016 – vue de l’exposition

Parmi les galeries qui ont fait des choix un peu plus audacieux, l’Atelier-KSR de Berlin a bâti une scénographie autour d’une installation de Renata Har. L’ensemble offre une valorisation réussie des œuvres de cette artiste et du travail de Nicolas Puyjalon.

La proposition de etHALL (Barcelone) réussit à montrer habilement trois propositions très différentes (Julia Spinola, Ignacio Saez, Martin Vitaliti). L’accrochage, à la fois dense et dynamique, consacré au travail Ignacio Saez est assez hardi et plutôt réussi.

La galerie Rafael Pérez Hernando (Madrid) valorise le travail très coloré de Sabine Finkenauer dans un accrochage très rythmé qui joue intelligemment avec la lumière et l’espace, ce qui correspond à une « fascination » affirmée par la galerie.

Chez Maubert (Paris), la confrontation du travail de Nicolas Muller et de Nicolas Daubanes est une des très belles réussite du Salon.

Galerie Maubert, Paris - Paréidolie 2016 - vue de l'exposition
Galerie Maubert, Paris – Paréidolie 2016 – vue de l’exposition

On retrouve toujours avec intérêt les œuvres de Nicolas Daubanes, souvent vues à Montpellier. Le thème de la prison reste ici toujours dominant. On a particulièrement remarqué un grand walldrawing éphémère, caractéristique de son « dessin » à la limaille de fer… Si les pratiques et les univers des deux artistes sont très différentes, la proposition de la galerie Maubert est à la fois très cohérente et respectueuses de leur originalité. Un accrochage sobre et très efficace !

Paréidolie ne pouvait ignorer Laurent Godin, ancien assistant de Roger Pailhas. Sa galerie expose, en fin de parcours, une sélection fortement dominée par des œuvres d’Alain Séchas et de Scoli Acosta.

Les équipements d’éclairage artificiels sont assez élémentaires. Quelques fois, combiné avec la lumière naturelle venant du boulevard ou du jardin, ces dispositifs produisent malheureusement des reflets très désagréables qui nuisent aux œuvres de grand format, protégées par du verre.

C’est malheureusement le cas pour les grands fusains de Thomas Lévy-Lasne présentés par Backslash Gallery (Paris). Lors de la preview press, il était difficile de trouver une position pour voir ses dessins sans admirer son propre reflet, ou celui du jardin, dans le vitrage de protection…

Dans une moindre mesure, les galeries Laurence Bernard et PA / Plateforme de création contemporaine souffraient du même problème de lumière.

Musée d’art contemporain Arteum de Chateauneuf Le Rouge invite Lionel Sabatté - Paréidolie 2016 - Carte blanche
Musée d’art contemporain Arteum de Chateauneuf Le Rouge invite Lionel Sabatté – Paréidolie 2016 – Carte blanche

Ces reflets étaient particulièrement incommodants, le samedi matin, pour une très belle série de Lionel Sabatté présentée dans le cadre d’une carte blanche offerte à Christiane Courbon du Musée d’art contemporain Arteum de Chateauneuf Le Rouge. Quels regrets de voir se refléter les silhouettes des regardeurs et le décor du Boulevard Boisson !

Ces remarques sur la lumière sont peut-être liées à l’heure de la preview press, le samedi matin… L’agenda très chargé de ce week-end de Rentrée de l’art contemporain à Marseille, ne m’a pas laissé la possibilité d’une deuxième visite l’après-midi, ce que je regrette.

Programmation vidéo de Léa Bismuth

Au cœur du salon un espace particulier était réservé à une très belle proposition vidéo de Léa Bismuth qui proposait « Brumes, Un conte d’aujourd’hui en sept tableaux » avec les œuvres de Juliette Agnel, Hicham Berrada, Anaïs Boudot, Charlotte Charbonnel, Jennifer Douzenel, Caroline Duchatelet et Elise Vandewalle. Un moment de poésie, une respiration délicate et bienvenue dans les bruissements et les bavardages du salon.

Caroline Duchatelet mercredi 4 novembre, 2009, 9’40
Caroline Duchatelet mercredi 4 novembre, 2009, 9’40

Léa Bismuth proposait également « Hôte de passage » une exposition d’ Hiraki Sawa au Musée Grobet-Labadié, qui ouvrait exceptionnellement pendant Pareidolie. Ce choix de présenter le travail d’ Hiraki Sawa est particulièrement pertinent. Ses vidéos en noir et blanc conjuguent avec bonheur animations graphiques et séquences filmées.

Les ambiances mystérieuses et oniriques des six vidéos s’accordaient parfaitement au décor raffiné et un peu théâtral de cet hôtel particulier du XIXème siècle qui abrite les collections éclectiques d’une riche famille de négociants de la bourgeoisie marseillaise.
Ces deux jours d’ouverture exceptionnelle de Grobet-Labadié font regretter sa fermeture sine die ! L’exposition « Hôte de passage » était une cinglante démonstration que contrairement à ce qu’affirme J.C. Gaudin, cela ne sent pas la naphtaline dans ce musée ! En effet, c’est ainsi que le maire de Marseille qualifiait cet hôtel particulier et ses collections dans un commentaire inqualifiable qui se voulait une réponse à une interrogation sur l’avenir du musée, peu avant le vernissage, lors de la conférence de presse annonçant Manifesta, en 2020.

Reportage de Marc Voiry pour WebTV Zibeline

Ilana Salama Ortar, artiste invitée de Pareidolie 2016

Quelques mots pour terminer sur l’exposition de l’artiste invitée, Ilana Salama Ortar. En face à face, elle pressentait deux séries de Berlin Diary, un ensemble de photogrammes, carnet intime de son exploration de Berlin. La technique employée est à la fois complexe et aléatoire. Elle combine l’action d’acide et de la lumière sur du papier photographique noir et blanc, dans une chambre noire. Le résultat est parfois rehaussé d’encres de chine.
Son travail, qu ‘elle présente avec passion, est assez captivant et intrigant, suggérant ou évoquant d’éventuelles traces de mémoires urbaines…

Entre ces deux ensembles, une œuvre plus ancienne (1986) appartenant à la série UrbanTraces où se mêlent crayon noir, encre de chine, feutre, gouache et térébenthine. À propos de cette série, l’artiste se palit à citer Jacques Derrida a écrit : « J’admirais déjà, je vous l’avais dit, vos premiers Urban Traces. Aujourd’hui, je tombe en arrêt devant cette nouvelle série. En arrêt devant le mouvement pourtant, emporté sur place dans le tourbillon de cette cellule mélodique (une sorte de Zim-Zum qui n’engendre, couche sur couche, sur sa propre archive, non pas sa mémoire, mais la trace archivale de son effacement. »

En savoir plus :
Sur le site de Paréidolie
Sur la page Facebook de Paréidolie
Le site l’Agenda du dessin contemporain a publié plusieurs entretiens avec des acteurs de Paréidolie 2016

Reportage lors du montage de Paréidolie par Marc Voiry pour WebTV Zibeline

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