Vingt ans après l’ouverture du Musée régional d’art contemporain Occitanie, Daniel Buren revient à Sérignan avec De l’Horizontale à la Verticale, une installation conçue spécifiquement pour l’architecture du Mrac et en relation avec son intervention de 2006. Cette nouvelle œuvre in situ constitue l’un des temps forts du vingtième anniversaire de l’établissement.
En 2006, l’artiste avait participé, aux côtés de Lawrence Weiner, à l’exposition inaugurale du musée. Son intervention sur les parois vitrées, intitulée Rotation, est toujours en place. Désormais indissociable de l’identité du bâtiment, elle témoigne des liens durables que le musée entretient avec les artistes qui ont marqué son histoire.
Avec De l’Horizontale à la Verticale, Daniel Buren signe sa troisième intervention in situ à Sérignan. Pour une commune de cette taille, la présence de ces trois œuvres conçues par un artiste de renommée internationale est exceptionnelle. Elle témoigne du lien particulier qui s’est noué au fil des années entre Daniel Buren et Sérignan.
De Rayonnant à Rotation, les premières interventions de Daniel Buren à Sérignan
Rayonnant, 1999-2002
L’histoire de Daniel Buren à Sérignan commence au tournant du siècle avec Rayonnant, une installation réalisée entre octobre 1999 et mars 2002 aux abords de la salle de spectacles La Cigalière. Elle se compose de 170 pylônes métalliques rétroéclairés par fibre optique.
Dans un entretien avec Emmanuelle Lequeux, publié dans un hors-série de Beaux Arts Magazine, André Gélis, ancien maire de Sérignan et fondateur du Mrac, raconte sa rencontre avec Daniel Buren et la genèse de cette première intervention in situ :
« Je pense que j’ai rencontré Daniel Buren en 1999, par un ami. En 2000, je prends la décision de créer une salle de spectacle. On organise un concours d’architecture. Mais, pour les abords, qui représentent deux hectares à peu près, aucune proposition ne nous convainquait. Alors, un peu comme une boutade, j’ai fini par lancer : “Bon, je vais téléphoner à Daniel Buren, il va nous faire un projet merveilleux.” Personne ne m’a cru, bien sûr. Mais il est venu, il a vu les lieux, il a compris et, peu de temps après, il nous a adressé le premier projet, et tout le monde l’a trouvé génial ».
Dans la même publication, Daniel Buren revient sur sa rencontre avec André Gélis :
« J’ai été séduit par son enthousiasme et sa grande curiosité pour l’art contemporain. C’était une figure originale, dans une petite ville comme ça ; il savait ce qu’il voulait, et son projet m’a semblé très ambitieux. Avec l’architecte Nicolas Guillot, nous avons imaginé le projet Rayonnant ».

L’artiste déplore aujourd’hui le mauvais état de conservation de l’installation et souligne l’urgence d’une intervention : « Mais, aujourd’hui, je regrette que l’œuvre soit mal conservée et n’ait pas encore bénéficié des restaurations nécessaires. C’est le dernier carat pour intervenir ! »
Les collections du Mrac conservent Étude pour Rayonnant (1999), un ensemble de dix dessins et collages donné par l’artiste au musée en 2002.
Rotation, travail in situ, 2006
Quinze ans après la fondation de l’Espace d’art contemporain Gustave Fayet, le lieu devient un musée en 2006. André Gélis et Hélène Audiffren, première directrice de l’établissement, invitent Daniel Buren, devenu le « parrain des lieux », et l’artiste américain Lawrence Weiner à intervenir pour la première exposition temporaire. Le musée souhaite alors réunir ces deux artistes conceptuels, qui interrogent les modalités de conception et de présentation de l’œuvre, ainsi que les conditions de sa perception. Tous deux choisissent d’intervenir dans l’ensemble du musée, en faisant dialoguer leurs propositions avec les œuvres de la collection et l’architecture des espaces, réaménagés par les architectes François Moget et Anne Gaubert.
Lors du vernissage, le 22 septembre 2006, Daniel Buren présente ainsi son installation :
« Rotation est une utilisation, en l’occurrence systématique, de tout ce qui est fenêtres, à l’exclusion des vasistas. Cela aurait pu concerner une seule salle, mais cela ne m’a pas semblé intéressant dans cette configuration. Toutes les ouvertures ne sont pas utilisées, mais les fenêtres verticales, baies vitrées, portes d’entrée, fenêtres de bureau, fenêtres de salles d’exposition sont touchées. En partant de l’entrée, chaque fenêtre est coupée en quatre par des diagonales ; puis sont posées quatre couleurs plus ou moins basiques : les trois primaires et le vert, qui ne l’est pas.
À chaque fois, un quart de cette surface est touchée par une alternance de bandes blanches et de bandes transparentes. Et celles-ci tournent dans le sens des aiguilles d’une montre, de fenêtre en fenêtre, constamment. C’est pourquoi le titre est Rotation. À chaque fois, la couleur qui manque est remplacée par ces bandes blanches formant un ensemble triangulaire qui se découvre. Les ouvertures traitées sont toutes assez différentes les unes des autres. Certaines sont très grandes, d’autres sont très petites… mais toutes sont touchées de la même façon. Avec, à chaque fois, des formes différentes, un aspect différent, donné simplement et toujours à partir du même principe de rotation, pour la surface considérée ».







Daniel Buren – Rotation, travail in situ, 2006. Œuvre en 3 dimensions, Installation. Vinyles colorés auto-adhésifs sur 46 fenêtres. Dimensions variables. Collection Mrac Occitanie, Sérignan. Achat à l’artiste en 2007. Inv. : MS.2009.0.297. Photo Jean-Paul Planchon
Avec Rotation, Daniel Buren joue de la transparence et des rapports entre couleurs et formes, que la lumière naturelle met en mouvement dans l’espace. Au fil des heures, des saisons et des conditions atmosphériques, l’installation se transforme. Les projections colorées sur les murs et le sol en multiplient les reflets et les images, donnant l’impression que l’œuvre se déploie au-delà des fenêtres qui la composent. Cette dispersion visuelle invite les visiteur·euses à déplacer leur regard, mais aussi à parcourir l’espace et à s’immerger dans un véritable bain de couleurs.
De l’Horizontale à la Verticale, 2026
Vingt ans après Rotation, Daniel Buren revient au Mrac Occitanie avec De l’Horizontale à la Verticale. Cette nouvelle installation in situ, conçue en relation avec son intervention de 2006, se déploie dans le hall et accompagne le public vers l’accueil. « Une sorte de tapis rayé de bandes blanches et noires, qui aboutit en ligne droite au mur du fond du hall d’entrée et se plie alors à 90° et monte, le long de ce mur jusqu’à la limite formée par le plafond du hall et l’atrium », explique l’artiste.
Au-dessus du hall, l’intervention se prolonge sur les poutres du puits de lumière. C’est à cet endroit que Lawrence Weiner avait réalisé, en 2006, une œuvre alors annoncée comme permanente.


Lawrence Weiner – A means to an end / un moyen une finalité, 2006. Mrac, Sérignan. Photo Jean-Paul Planchon
Les différentes faces des poutres sont mises en couleur selon un principe précis. Chaque poutre présente deux couleurs, disposées symétriquement sur ses faces opposées. Le rouge, le bleu, le vert et le jaune composent une structure colorée suspendue, dont la perception varie selon la position du regard et les déplacements du public. La lumière naturelle intervient également dans cette composition, en faisant évoluer les couleurs au fil de la journée. Entre le parcours rayé qui relie le sol au sommet du mur et les poutres colorées, Daniel Buren invite ainsi le public, comme avec Rotation, à découvrir l’œuvre en se déplaçant dans l’espace.


Daniel Buren – De l’horizontale à la verticale, travail in situ, 2026. Poutres colorées bleues, jaunes, rouges et vertes pour 4 vasistas. Mrac Occitanie à Sérignan. Photo Aurélien Mole
L’artiste précise le principe de cette composition :
« En dessous de cet atrium, les quatre mêmes couleurs employées en 2006 pour les vitrages semblent tomber des vasistas, recouvrant une à une chacune des poutres. Celles-ci, soutenant le toit, ont leurs deux faces opposées colorées de manière identique. Chaque poutre est d’une épaisseur différente, mais toutes ont une base carrée. La lumière naturelle provenant des vasistas vient illuminer ces quatre couleurs pendant la journée ».
Les couleurs des poutres du puits de lumière font ainsi écho à celles de l’intervention réalisée il y a vingt ans sur les parois vitrées du musée. Cette continuité chromatique relie les deux interventions et inscrit la nouvelle installation dans l’histoire du bâtiment.
De l’Horizontale à la Verticale constitue également une introduction à l’exposition « Stop The Machine ! », imaginée par Fabrice Bousteau pour célébrer les vingt ans du Mrac. Son accrochage et son parcours s’inspirent des couleurs de Rotation. La nouvelle installation de Buren établit ainsi un lien entre l’histoire du musée, son architecture et cette exposition anniversaire.
Avec De l’Horizontale à la Verticale, Daniel Buren signe une intervention exceptionnelle qui renouvelle notre perception de l’architecture du Mrac tout en prolongeant une œuvre réalisée vingt ans plus tôt. Du tapis rayé qui traverse le hall aux poutres colorées baignées dans le puits de lumière, l’artiste transforme l’entrée du musée. Dès leur arrivée, les visiteur·euses découvrent cette installation qui relie le sol, les murs et le puits de lumière, tout en faisant écho à Rotation. Une nouvelle occasion de se rendre à Sérignan pour découvrir cette installation et redécouvrir l’intervention de 2006 sous un nouveau jour.
En savoir plus :
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Photo-souvenir : esquisse graphique pour De l’Horizontale à la Verticale, travail in situ, Mrac Occitanie, Sérignan, 2026.
© DB-ADAGP Paris, 2026.





