Yann Dumoget, More is not enough au CRAC à Sète

Du 15 Avril au 10 Mai 2016 (prologation jusqu’au 30 mai), le Centre Régional D’art Contemporain Languedoc Roussillon Midi Pyrénées (CRAC) accueille à Sète More is not enough, une exposition de Yann Dumoget pour la Z.A.N gallery.

L’artiste montpelliérain dont nous avions brièvement  évoqué le travail avec Vide aveuglant, Civilisation à vendre et Fin d’émission dans 15 mn présentés lors de Global Snapshot à La Panacée pose un regard aiguisé et très souvent pertinent sur les questions monétaires, sur l’inégalité des échanges, sur la perversité des marchés ou encore sur les crises financières.

Yann Dumoget, More is not enough
Yann Dumoget, More is not enough

Sa démarche singulière, lucide, modeste et profondément humaine est ainsi résumée sur son site web :

« Souvent portées par une idée simple et marquante, ses œuvres prennent des formes variées (changer des dessins de billets de banque contre du vrai argent, repeupler une ville fantôme d’épouvantails à son effigie, transformer des conteneurs poubelles en pochettes-surprises pour SDF). Dans une économie de crise impliquant de nouvelles stratégies créatives, celles-ci ont pour constante une sobriété de réalisation qui contraste avec la minutie de leur préparation.

S’intéressant aux bouleversements d’un monde globalisé et numérisé, l’artiste débute son travail par de longues périodes d’investigations qui le poussent souvent à se rendre au plus près des situations qu’il examine. Associant différentes disciplines, mais également de multiples références stylistiques et symboliques, il procède alors par télescopage, sampling, dans le but d’aboutir à une mise à distance poétique d’une réalité sociale.

Dans la même logique de combinaison, si l’attention de l’artiste se porte sur chacune des étapes de la création de ses œuvres, de leur conception, jusqu’à leur développement dans des circuits spécifiques qui sont rarement les expositions dans « le cube blanc », c’est sans doute dans l’espace médiatique que celles-ci existent véritablement. Leur nature pouvant se comprendre en dernier lieu comme une vibration singulière entrant en résonance avec l’ensemble d’un paysage créatif mondial fonctionnant désormais en peer to peer ».

Avec More is not enough, il propose une « installtion bling bling modeste » sur l’art et l’argent pour cette exposition à la Z.A.N gallery, actuellement au CRAC à Sète.

Au moment où les « Panama Papers » rappellent les rapports ambigus, voire malsains pour ne pas dire nauséabonds de la finance et du monde de l’art,  More is not enough offre par sa dimension  un regard lucide et ironique sur l’art et l’argent, sans jamais sombrer dans la grandiloquence ou l’acrimonie.

Si More is not enough et la Z.A.N Gallery  questionne le statut de l’œuvre d’art, l’installation interroge avec discernement l’implication des lieux d’exposition et en particulier celle de la galerie dans les rapports ambigus de l’art et de l’argent.
On retrouve dans cette proposition  la simplicité, la modestie, la perspicacité mais aussi l’humour et la clairvoyance du travail de Yann Dumoget.

En dire plus serait dévoiler une dimension essentielle de cette installation.
À découvrir au CRAC à Sète, avant le 10 mai !

À lire ci-dessous le texte de présentation de More is not enough par Yann Dumoget.
Pour enrichir la visite de cette exposition, on conseille vivement la consultation du site de l’artiste qui propose de nombreux textes sur sa démarche et  sur ses réalisations récentes.
À propos des « Panama papers », on peut lire cet article récent de Jake Bernstein (Consortium international des journalistes d’investigation, ICIJ), adapté par Harry Bellet : « Panama papers » : une partie du monde de l’art collectionne les comptes offshore, paru dans Le Monde le 8 avril 2016.

Mercredi 27 avril 2016 à 18 h00 : Présentation du projet  Z.A.N gallery  par Florent Lamouroux artiste / commissaire d’exposition et Yann Dumoget.

En savoir plus :
Sur le site du CRAC
Sur le site de Yann Dumoget
Sur le site de la Z.A.N gallery

Yann Dumoget, More is not enough

 » L’art et l’argent.
Pour préparer mon exposition personnelle à la Z.A.N gallery, j’avoue ne pas avoir pensé au faux chèque dessiné en 1919 par Marcel Duchamp pour payer le dentiste Tzanck, tout au plus à la petite souris qui glisse nuitamment une pièce sous l’oreiller des enfants édentés.
Les Zones de sensibilité picturale immatérielle cédées par Yves Klein en 1959 contre un certain poids d’or ne m’ont pas non plus traversé l’esprit, même si je comptais bien utiliser à mon tour ce précieux matériau. J’ajoute pour faire bonne mesure que les travaux plus récents de Miguel Angel Rojas ou de Luz Forero ne me sont pas davantage revenus en mémoire, sans parler de la philosophie du respectable Georg Simmel…
Non, pour être complètement sincère, la pierre angulaire sinon philosophale qui soutien l’édifice conceptuel de ce projet est ma lecture critique des passages importants du magazine Mickey Parade où l’Oncle Picsou plonge avec délectation dans la mer de pièces entassées dans son coffre-fort gigantesque.
A bien y réfléchir, le marché de l’art est composé aujourd’hui d’une infinité de petites succursales mondialisées, de petits cubes blancs qui peuvent très bien s’envisager eux aussi comme de grandes tirelires où les multimillionnaires déverseraient leur trop plein de monnaie.
D’ailleurs, en anglais, tirelire se dit Piggy money, l’argent du cochon. J’ai eu un temps envie d’intituler ainsi l’exposition, mais j’avais trop peur d’outrager la réputation de ce paisible animal tant la pléonexie mortifère de certains dépasse aujourd’hui les limites de la common decency. More is not enough, telle est habituellement la ligne de conduite de ces Midas qui s’ignorent au point d’en oublier l’essentiel. Un jour, trop tard, ils se rendront compte, comme le roi mythologique, que l’or ne nourrit pas son homme. Ainsi va le monde – vers sa faim – tandis que s’entassent dans leurs tirelires géantes de dispendieux et grandiloquent objets de spéculations qui confirment tous les jours que la finance peut très bien prendre les formes de l’art, et qu’il n’y a rien comme le vice qui puisse se faire passer pour de la vertu.
En novembre 2013, le quotidien USA Today osait ce titre provocateur : «L’art est-il devenu une entreprise criminelle? Comment le blanchiment d’argent sale fait atteindre au marché des prix stratosphériques ».
Certains observateurs avisés s’imaginèrent alors que le plus grand crime de l’art était de s’être tué lui-même dans cette overdose financière de douteuse provenance.
Je ne suis pas de cet avis. L’art n’est pas ce grand cadavre à la renverse pourrissant dans ses clinquants oripeaux. Aujourd’hui comme hier, cher Marcel, il est d’une vigoureuse simplicité mise à nue. Et il n’y a pas plus ambitieux, plus difficile que de faire simple. Il suffit parfois pour cela de regarder les choses sous un autre angle. More is not enough, car le trop prétentieux, trop vulgaire, trop blingbling n’est finalement pas assez.
Voilà en définitive à quoi j’ai bien pu penser en investissant la Z.A.N Gallery. « 

Yann Dumoget, 2016.

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