Du 13 juin au 4 octobre 2026, Jeanne Vicerial présente « Incarnation », un parcours conçu pour quatre lieux patrimoniaux d’Aix-en-Provence : le Musée du Pavillon de Vendôme, le Musée des Tapisseries, la Chapelle de la Visitation et le Musée Granet. Plus qu’une exposition répartie sur plusieurs sites, l’artiste imagine une traversée où chaque étape propose une approche particulière de sa recherche.
En 2024, la Biennale d’Aix invitait Chiharu Shiota à investir plusieurs lieux de la ville avec Beyond Consciousness. L’artiste japonaise déployait ses réseaux de fils comme autant de cartographies de la mémoire, de l’absence et de la relation aux lieux. Deux ans plus tard, la manifestation confie sa nouvelle carte blanche à Jeanne Vicerial. Si les univers des deux artistes sont très différents, un même intérêt pour le fil, pour le corps et pour les formes de présence traverse leurs œuvres.
Cette invitation intervient à un moment important de son parcours. Depuis sa résidence à la Villa Médicis en 2019-2020, Jeanne Vicerial développe une œuvre qui associe sculpture textile, performance, musique, photographie et film dans une démarche volontiers collaborative. Ses expositions récentes à Arles, Rodez, Nîmes ou Nantes ont contribué à faire connaître un travail singulier qui occupe aujourd’hui une place à part dans le paysage artistique français.
Le titre de l’exposition renvoie à une notion centrale dans sa pratique.
L’incarnation désigne le moment où quelque chose prend corps, devient présence. Jeanne Vicerial élargit cependant cette définition pour s’intéresser à toutes les formes de manifestation du vivant. Ses sculptures ne cherchent pas à représenter le corps. Elles en conservent plutôt l’empreinte, la mémoire ou la possibilité.
Le textile constitue le matériau privilégié de cette recherche. Chez elle, le fil n’est jamais seulement un élément de construction. Il agit comme un vecteur de transformation. Souple ou tendu, dense ou presque immatériel, il dessine des volumes qui évoquent tour à tour des organes, des peaux, des enveloppes protectrices ou des chrysalides. L’artiste parle souvent de métamorphose, de passage et d’états intermédiaires. Ses œuvres semblent précisément habiter cet espace où une forme est en train de devenir autre chose.

Cette attention aux processus de transformation trouve son origine dans une trajectoire qui mêle création et recherche. Diplômée de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris, Jeanne Vicerial est devenue en 2019 la première titulaire en France d’un doctorat SACRe. Ses recherches sur le vêtement sur mesure et les technologies textiles l’ont conduite à développer le « tricotissage », une technique qui demeure aujourd’hui au fondement de son travail sculptural.



Jeanne Vicerial – Vénus ouverte #2, 2020. Textile, fils tricotissés (technique déposée), fleurs séchées de la Villa Médicis. 180 × 80 cm ; Armor n°5, 2016-2021. Textile, fils, cordes, tricotissage. 180 × 55 × 45 cm. Photo © Laurent Edeline et Gisante (Amnios), 2022. Cordes, fils, roses vernies – travail à la main. 197 × 57 × 35 cm. Photo © Adrien Millot. Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York.
Les figures qui peuplent son œuvre appartiennent à un répertoire désormais bien identifié. Les Vénus ouvertes, les Sex Votos, les Puppa, les Boucliers Greffe ou les Gisantes entretiennent des liens avec les traditions votives, les récits mythologiques ou les représentations funéraires. Elles apparaissent comme des corps en devenir, situés dans un temps incertain où passé et futur se rencontrent.
À Aix, le parcours se déploie selon plusieurs registres. Le Pavillon de Vendôme est envisagé comme un atelier ouvert où dialoguent œuvres en cours, expérimentations et collections d’histoire naturelle. Le Musée des Tapisseries rassemble sculptures, costumes, dessins et photographies autour des métiers de la couture et des collaborations menées avec le spectacle vivant, notamment avec Angelin Preljocaj pour Atys. La Chapelle de la Visitation accueille une installation immersive constituée d’une communauté de figures textiles accompagnées d’un texte de Claire Marin. Au Musée Granet enfin, l’artiste intervient au sein même des collections en introduisant notamment plusieurs bustes féminins dans la galerie des Illustres.




Jeanne Vicerial – Gisante de cœur, 2022 Cordes, fils, fils en dégradé, fleurs vernies (amovible) – travail à la main. 231 × 60 × 50 cm. Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York. © ADAGP, Paris, 2026 Photo © Laurent Edeline ; Sex voto orné n°19, 2025 Cordes, cuivre et laiton doré à l’or fin – travail à la main. 25 × 13 × 2 cm. Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York. © ADAGP, Paris, 2026 Photo © Laurent Edeline ; Jeanne Vicerial & Hubert Barrère avec la maison Lesage, le19M – Gisante n°4 « Eléa », Ce qui n’existe pas existe, 2024. Fils et cordes. L’assemblage à la main de fils et cordes a représenté un travail exigeant de près de 1 600 heures de travail. 34 × 242 × 80,5 cm. Collection le19m. Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York. © ADAGP, Paris, 2026 Photo © Laurent Edeline et Leslie Moquin– Tiédeur du marbre, 2020 Tirage sur papier japonais awagami kozo thick white 110g. 40 x 60 cm. © ADAGP, Paris, 2026 Photo © Leslie Moquin
L’un des aspects les plus intéressants du projet réside dans le dialogue établi avec les lieux. Dans un entretien accordé à Flaix, Jeanne Vicerial souligne combien l’histoire et l’architecture de chacun des sites ont nourri sa réflexion. Les œuvres ne sont pas simplement installées dans des espaces patrimoniaux. Elles cherchent à activer d’autres récits, à faire émerger des présences discrètes et à révéler des zones de tension parfois invisibles.
Les lecteurs et lectrices d’En revenant de l’expo ! ont déjà croisé le travail de Jeanne Vicerial à plusieurs reprises, notamment à la Fondation Thalie d’Arles, au musée Soulages de Rodez ou encore au musée du Vieux Nîmes. Cette carte blanche permet d’en découvrir une nouvelle dimension. En investissant plusieurs lieux à l’échelle d’une ville, l’artiste poursuit une réflexion engagée depuis plusieurs années sur les métamorphoses du corps, la mémoire des matières et les formes contemporaines de l’incarnation.
Commissariat : Christel Pélissier-Roy.
L’exposition « Incarnation » réunit des œuvres prêtées par des collections publiques et privées ainsi qu’un ensemble de créations réalisées par Jeanne Vicerial spécialement pour cette carte blanche.
Le projet s’appuie également sur plusieurs collaborations développées par l’artiste avec la réalisatrice Louise Ernandez, la photographe Leslie Moquin, les chorégraphes Hervé Robbe et Angelin Preljocaj, la choréologue Dany Lévêque, le directeur artistique de la Maison Lesage – le19M Hubert Barrère, le sculpteur Ivan Le Pays, l’écrivaine Fanny Taillandier, la philosophe Claire Marin ainsi que le musicien et compositeur Louis Vicerial.
Chronique à suivre après le vernissage.
On trouvera ci-dessous quelques repères sur le parcours proposé dans les différents lieux aixois. Les informations qui suivent sont reprises du dossier de presse.
En savoir plus :
Sur le site de la Biennale d’Aix
Suivre l’actualité de la Biennale d’Aix sur Facebook et Instagram
Jeanne Vicerial sur le site de la Galerie Templon et sur Instagram
Lire l’entretien de Jeanne Vicerial avec Clara Hebert publié par le magazine en ligne Flaix
Repères sur le parcours annoncé pour « Incarnation » de Jeanne Vicerial
Musée du Pavillon de Vendôme
Pour cette exposition exceptionnelle, le Musée du Pavillon de Vendôme est pensé tel un atelier, un espace de travail, de recherche et d’expérimentation que l’on visite comme une maison habitée par le processus de création.


Jeanne Vicerial – Sex voto orné n°19, 2025 Cordes, cuivre et laiton doré à l’or fin – travail à la main. 25 × 13 × 2 cm et Persephone n°3, 2025 Bronze, cordes, fils. 45 × 36 × 22 cm. Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris – Bruxelles – New York. © ADAGP, Paris, 2026 Photo © Laurent Edeline
On y découvre des oeuvres en cours, tel un cabinet de curiosités, en résonance avec les collections entomologiques (papillons), de conchyliologie (coquillages) ou d’herbiers du Muséum d’histoire naturelle, sources d’inspiration, des expérimentations, des ex-voto ainsi qu’un travail autour des fleurs.
Cet espace accueille également des collaborations avec la vidéaste Louise Ernandez, la photographe Leslie Moquin et le sculpteur Ivan Le Pays, prolongeant l’idée d’un lieu vivant, en transformation.
Musée des Tapisseries
Le Musée des Tapisseries sera le lieu dédié aux métiers de la couture, explorant comment les techniques de couture peuvent permettre la création de sculptures, de costumes de danse, dessins et de photographies.

L’ensemble interroge la dimension textile et performative du corps. Ici, l’incarnation peut aussi être pensée comme le costume que l’on porte pour devenir un personnage, pour habiter un rôle. Le textile devient alors un moyen de transformation, permettant au corps de se réinventer.

Cet espace accueille également différentes collaborations : avec le chorégraphe Angelin Preljocaj autour de l’opéra-ballet Atys, tragédie lyrique de Jean-Baptiste Lully pour laquelle Jeanne Vicerial a créé les costumes, ainsi qu’avec la photographe Leslie Moquin.
Dessins de maquettes de costumes présentés pour la première fois, partitions, extraits de captation, photographies et costumes seront exposés.
Chapelle de la Visitation
La Chapelle de la Visitation, ouverte spécifiquement pour la Biennale, devient un espace immersif où les oeuvres se rassemblent dans une forme de procession.

Une série de sculptures y compose une communauté de figures, presque rituelle, incarnant des présences et créant une atmosphère entre apparition et mise en scène accompagnée d’un texte de Claire Marin.
Musée Granet
Dans la galerie des sculptures du Musée Granet, l’intervention se manifeste ici plus discrètement par touches, quelques sculptures installées dans la galerie des sculptures, ainsi que des bustes féminins en bronze placés dans la galerie des Illustres, où seuls les hommes sont présentés.
La blancheur des marbres contraste avec le bronze patiné noir. L’anonymat de ces représentations féminines rend hommage à toutes ces femmes invisibilisées. Ce geste vise aussi à introduire une forme de parité et de questionnement dans un espace historiquement dominé par des représentations masculines.

Un travail photographique réalisé avec la photographe Leslie Moquin à la Villa Médicis viendra également interroger les relations entre les corps et les sculptures, en explorant notamment la question de l’agalmatophilie, c’est-à-dire l’attraction pour les statues comme nous pouvons apercevoir les traces de main qui ont caressé les fesses de la sculpture « La Nature s’éveille » sans son consentement.