Jusqu’au 20 décembre, la galerie AL/MA présente Figures Libres, une exposition de François Bouillon.
Un récent passage par la galerie de la rue Aristide Ollivier a été l’occasion de découvrir le travail de cet artiste. Comme toujours, un accueil simple et chaleureux, une conversation cordiale et attentive offrent, si nécessaire, quelques clés pour pénétrer dans l’univers des artistes que la galerie expose.
En entrant, on découvre des compositions sur altuglass montrées récemment par la galerie Bernard Jordan qui représente l’artiste.

À Gauche,sept formats carrés combinent des formes simples et des signes universels, mais ce ne sont pas des œuvres abstraites.
On reconnaît ici une croix noire surmontée d’un voile taché de rouge, là une silhouette jaune d’une tête de lapin ou peut être celle d’un évêque, oblitérée par cinq spirales terminées par une croix (escargots ou crosse d’évêque ?). Suivent ensuite des oreilles d’âne ou de lapin qui sortent d’une boîte carrée… Une pâtisserie rose et verte (une tour de Babel ?) dans laquelle sont plantés des Y noirs… Un parchemin accompagné de cierges… Un entonnoir surmonté d’un soleil et d’une lune… Un empilement de couvertures (?)

En face, une composition de même dimension, sept formes caoutchouteuses ovales et flasques évoquent un peu des chambres à air de vélo… Une sculpture surmontée d’un gourdin de bois peint précède une énigmatique installation qui tapisse le coin de la salle. Un ensemble de petites figures rouges dessinées sur altuglass entourent sur un mur deux fourches de bois opposées et peintes en rouge et en vert et sur l’autre mur le dessin de ce qui semble être un visage ou un masque.
Dans la petite salle, au fond de la galerie, l’accrochage propose un ensemble d’aquarelles sur papier, très récentes.
Entre ces deux espaces d’exposition, plusieurs ouvrages récents, édités par les Éditions La Pionnière, sont présentés, dont « L’imagination est un pays où il pleut » publié à l’occasion de l’exposition parisienne avec le poète Camille Saint-Jacques.
Une vidéo réalisée à l’occasion de l’exposition Être Tas / Et Astre, au musée des Tapisseries d’Aix-en-Provence, en 2009, permet de découvrir l’étonnant personnage qu’est François Bouillon et d’appréhender quelques éléments récurrents dans sa démarche.
On comprend le mélange de sérieux et de jeu qui à l’œuvre dans son travail et la gymnastique de l’esprit qu’il nous propose.
L’OuLiPo n’est pas très éloigné de son travail… François Bouillon joue avec un « ouvroir » à dessin qui lui bien est particulier… une sorte d’OuDePo .

Ses œuvres sont construites à partir d’un vocabulaire de formes simples, de signes et de traces avec lequel il travaille depuis le début des années 70. Ce matériel est partagé par nombreuses cultures. François Bouillon combine des formes géométriques (cercle, spirale, carré, triangle, ou trapèze) et des signes pourvus de pouvoirs d’évocation symbolique, croix, serpent, vagues… et ce Y que l’on retrouve souvent dans son travail… Inversé, il désigne l’être humain chez les Inuits et les Dogons, mais il peut aussi être perçu comme un symbole pubien, ou plus simplement comme une fourche ou un lance-pierre, un chromosome, un objet céleste, l’ordonnée d’un point, la croisée des chemins ou encore le symbole de la secte pythagoricienne.…
Collectionneur d’Arts premiers, François Bouillon utilise des signes qui traduisent son intérêt pour les cultures africaines et océaniennes, mais aussi pour l’imaginaire humain, ses singularités et ses contradictions. Dans le catalogue de l’exposition aixoise, il soulignait l’intérêt de travailler avec des signes : « … ils permettent un travail plus souterrain et plus subtil qu’une figuration laborieusement narrative » et ils montrent une permanence chez tous les hommes…
Signes et formes se combinent souvent en ensemble de trois, cinq ou sept éléments. Ces chiffres semblent appartenir à son univers : les séries sont souvent composées de sept dessins, l’accrochage, auquel François Bouillon est très attentif, utilise fréquemment des combinaisons autour de ces chiffres impairs.
Par ailleurs, c’est avec malice qu’il explique son intérêt pour l’altuglass : « C’est peint de ce côté, mais c’est montré celui-là, c’est-à-dire que je me présente au spectateur, comme si j’étais derrière le verre… »
On l’a compris… les compositions de François Bouillon laissent place à un jeu de reconnaissance… Mais l’identification des signes et des formes qu’il pose sur l’altuglass ou sur le papier conduit le regardeur à résoudre un rébus dont le sens, au bout du compte, est celui qu’il y met …
Si François Bouillon aime combiner signes et formes, il adore aussi jouer avec les mots, leurs formes et leurs sens. Les titres qu’il donne à ces séries et à ses expositions en témoignent : « Mantique de tact », « Inouï inuit », « ok ko », « Me-le », «Être Tas / Et Astre », « Y cônes »…
Pour le numéro d’été 2013, il conviait les lecteurs d’Art Absolument à jouer autour du titre de neuf de ses Altuglass, dont cinq sont présentés à la galerie AL/MA. Sept personnalités et amis amorçaient le jeu dans la revue et proposaient…
Pour Mami Watta : Avec deux doigts et par la queue – Etoile serpentine, Imposture frontale – Comment se voiler la forme – La veuve coquelicot – Rencontre au sommet – Instronisation…
Pour l’Agneau mystique : Déjection épiscopales – Escar-bite – Papille Pipliotti Rist menu du soir – Après la pluie, le beau temps – Rosse – Foi de trilobite – Crosses d’amour…
Et pour Autoportrait : Kippâne – L’illusioniste – Franchise de ton – Le beau nez d’Anne – Janus – Vraiement têtu – Autoprtrait en homme écoutant…
On vous laisse le soin de poursuivre le jeu…
Oulipiens ou non, rendez visite à la galerie AL/MA… Regardez ces œuvres étonnantes, et « participatives »… Recherchez la solution de votre propre rébus et posez quelques mots sur ces images…
En savoir plus :
Sur le site de la galerie AL/MA
Sur la page Facebook de la galerie AL/MA
Sur le site de la galerie Bernard Jordan
Lire « Figures d’une constellation oubliée », l’article d’et.c (etienne cornevin) sur le site de la revue Nouvelles-hybrides et des éditions du Céphalophore entêté. On lira aussi avec intérêt « Ascenseurs pour le septième ciel », un article plus ancien (2010) à propos de l’exposition de François Bouillon au cabinet des dessins Jean Bonna de l’École des Beaux Arts de Paris.
La Vidéo « atelier d’artiste François Bouillon », de Franck Galmiche, sur le site d’Art Absolument (2009).
Lire « François Bouillon en rôle-titre » dans le n° 54 d’Art Absolument (2013)
Lire « Fou rire », un article de Céline Leturcq, publié dans le n°7 de la revue Roven (2012) et disponible sur son blog.
Lire « Sur les traces de François Bouillon », une chronique du chapeau noir
Ouvrages et estampes de François Bouillon sur le site des Éditions La Pionnière