Bientôt : Gilles Barbier – Tels des Vaisseaux Fantômes pour Le code a changé #6 à Marseille


Du 13 mars au 18 juillet 2026, Gilles Barbier présente « Tels des Vaisseaux Fantômes » dans le cadre du sixième volet du projet Le code a changé. Après les propositions de Mayura Torii, Nico Maria Moscatelli, Christian Jaccard, Mickaël Doucet et Claude Como, l’artiste est invité à investir l’appartement de Didier Webre avec sa vue panoramique sur le Vieux-Port de Marseille. Il y déploie un ensemble inédit d’œuvres qui ouvrent un nouveau chapitre de son cycle des « Naufrages ». Cette exposition inaugure un important parcours d’expositions consacrées à Gilles Barbier dans différents lieux à Marseille au printemps et à l’été 2026.

Lorsque le collectionneur propose à l’artiste de participer au projet, Gilles Barbier travaille depuis quelque temps à une nouvelle série de grandes peintures à l’acrylique et au Posca sur calque polyester. Cette série, intitulée « Naufrages », développe un thème récurrent dans son œuvre. Elle convoque dérives, radeaux, houles et tempêtes. L’artiste y dépeint l’instabilité du monde telle qu’il la perçoit.

Dans un texte de Catherine Pinatel, reproduit sur le site de l’artiste on peut lire : « Cette thématique, réactivée fin 2023, ouvre un nouveau chapitre dans l’œuvre de l’artiste. En effet, s’inspirant de l’Odyssée d’Homère, voyage initiatique sans but désigné, la série “Naufrages” peint les désarrois comme les émerveillements d’une sortie de route existentielle. Elle structure ce récit en énonçant des étapes ou des épreuves, autant d’îlots où vont s’imaginer les soifs, les peurs, les chants, les signes, les rivages, les hallucinations, les rencontres… L’archipel qui se dessine au fil de la progression de cette série semble révéler un espace tout aussi esthétique que politique ».

On a pu en voir ici ou là plusieurs séquences telles que « Naufrages – Le premier puis le second chant », « Naufrages – La chute des astres », « Naufrages – Le vent se lève » ou encore « Naufrages – Hallucination (je pisse de l’or) ». L’exposition « Depuis sous la Terre jusqu’au ciel» présentée fin 2024 à Istres montrait cinq de ces compositions accompagnées d’une sculpture en bronze issue de la série « Les Cauchemars de la Fondue au Chester ».

Pour « Tels des Vaisseaux Fantômes », Gilles Barbier présente un ensemble inédit de peintures, dessins et sculptures « Naufrages – Les Cauchemars de l’Amateur de Fondue au Chester ». 

Le texte de Bernard Muntaner qui accompagne l’exposition suggère que ces vaisseaux fantômes pourraient faire écho à des « photographies nostalgiques d’un Vieux-Port marchand, et de ses promesses de grand large ». Le critique évoque au passage celles de la collection Detaille, conservée par les Musées de Marseille et actuellement exposée au Musée d’Histoire de Marseille… Un paysage bien différent de celui que l’on peut aujourd’hui voir depuis le salon de Didier Webre.

« Tels des Vaisseaux Fantômes » ouvre un ensemble de rendez-vous consacrés aux œuvres de Gilles Barbier dans plusieurs lieux marseillais. Certaines toiles de la série « Naufrages » y seront également présentées.
« Polyfocus» propose un ensemble de quatre à cinq Pions chez Digitale Zone/Volume, du 13 mars au 13 juin 2026.
La Galerie du Tableau accueille « Dessins préparatoires, une rencontre inattendue», une sélection de dessins exposée du 23 mars au 4 avril 2026.
Le Musée Regards de Provence présente « Habiter », importante exposition personnelle de Gilles Barbier, à partir du 1er avril 2026, avec sans doute plusieurs œuvres de la série « Naufrages » dont Les Mouches.
Gilles Barbier et ses « Naufrages » et notamment Les Anges Désarticulés (Armaros), sont également présents dans « La Vie climatique, Histoires sensibles des collections privées -Triennale De leur temps #8 » au [mac], Musée d’Art Contemporain, dans une exposition collective co-organisée par la Ville de Marseille et l’ADIAF du 4 avril au 20 septembre 2026.

Gilles Barbier« PIOM », 2024 ; Une rencontre inattendue, « Dessin Préparatoire pour Naufrages », 2024. Encre sur papier. 29 x 42 cm ; « Naufrages – Les Mouches» #1, 2024. Acrylique, gouache et Posca® sur polyester. 170 x 152 cm ; « Naufrages – Ils sont partis » #3, 2025, 152 x 375 cm. Acrylique et Posca® sur polyester et « Naufrages – les Anges Désarticulés, “Baraqiel” », 2025, acrylique, gouache et Posca sur polyester, 152 x 250 cm. Photos ©JCLett

Celles et ceux qui connaissent l’œuvre prolifique de Gilles Barbier savent combien ses expositions peuvent dérouter et surprendre. Les récits qu’il déploie oscillent entre ironie et désenchantement, entre noirceur et lyrisme débordant. On en ressort légèrement chancelant·e, mais aussi stimulé·e par son humour décalé et impressionné·e par son inventivité comme par sa maîtrise technique.
On demeure à la fois étonné·e, saisi·e et séduit·e, parfois même agacé·e par tant de précision et de minutie dans l’exécution. Tout semble d’abord clair et limpide, presque évident, avant de glisser progressivement vers l’incertain, sans que l’on sache vraiment sur quel registre se situer.
Gilles Barbier possède une capacité singulière à élaborer des fictions multiples aux scénarios instables, qui s’entrecroisent, bifurquent et semblent se disperser pour mieux se rejoindre. De cette exubérance et de cette profusion émerge pourtant une forme de cohérence, aussi inattendue que troublante.

Portrait d’atelier, Gilles Barbier, 2026 ©JudieMontaudon
Portrait d’atelier, Gilles Barbier, 2026 ©JudieMontaudon

La découverte de ces cinq expositions sera l’occasion de plonger à nouveau dans l’univers vertigineux et indispensable de Gilles Barbier. Les chroniques suivront après les vernissages de ces manifestations. Le texte de Bernard Muntaner à propos de « Tels des Vaisseaux Fantômes » est reproduit ci-dessous.

En savoir plus :
Sur le site Le code a changé
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Bernard Muntaner – Tels des Vaisseaux Fantômes. Le Code a Changé, 2026

Depuis le 8e étage de l’appartement, notre vue plonge sur le plan d’eau du port, celui qui accueillit les Grecs venus de Phocée qui fondèrent Massalia il y a 2600 ans. Avant d’être le Vieux-Port cher aux marseillais, il fut un accueil pour navires, lové dans une calanque qui favorisa ensuite les échanges maritimes, les commerces divers et bien d’autres voyages… J’ai en mémoire une photo de la fin du XIXe qui représentait une épaisse forêt de mas de navires à quai.

La photographie réalisée à la chambre favorisait un raccourcissement dans la profondeur de champ qui donnait l’impression qu’il n’y avait aucun espace pour la coque des embarcations. Des mâts serrés contre des mâts serrés, un inextricable enchevêtrement de troncs d’arbres collés dans l’espace.
L’activité fébrile du port se trouvait exprimée dans ces espaces resserrés. Aujourd’hui les navires de commerces ont laissé place aux voiliers de plaisance et aux bateaux à moteur. On ne peut pas penser Marseille, sans convoquer la Grèce et l’arrivée des fondateurs de la ville, ainsi que l’activité maritime de ce creuset naturel qu’a été le port jusqu’au milieu du XXe siècle, avant la création du grand port maritime de Marseille-Fos.
Dès l’origine, flottaient les grandes voiles, se dressaient les hauts mâts, s’affirmaient les puissantes galères de bois. Les mâts pointaient le ciel, les voiles flottaient fébrilement au vent, séchaient au soleil accrochées à la mâture, ou posées sur le pont.

On avance l’idée, qui ne serait qu‘une légende urbaine, qu’à l’occasion de la fermeture de l’arsenal des galères par Louis XV au XVIIIème siècle, on se serait retrouvé avec une profusion de mâts de 7 mètres de long, ce qui aurait décidé de la largeur des immeubles 3 fenêtres, ces mâts devenant des poutres de soutènement du plancher des étages. De la verticale à l’horizontale, ainsi aurait été le destin « funeste » de la vie agitée d’un mât devenu un secours immobile du bâti. Vrai ou faux ? À l’évidence des poutres apparentes dans certains logements montrent qu’elles sont arrondies, ce qui questionne l’utilité de ce façonnage alors qu’il serait pourtant moins adapté qu’une poutre carrée comme support.

C’est un arrêt sur le temps que la peinture de Gilles Barbier semble nous indiquer à travers ses réalisations. Mais aussi une fin d’histoire qu’on pense connaître, un drame résumé dans une image peu loquace, bien qu’expressive, image proche de la BD – univers qui a nourri l’artiste – mais sans phylactères narratifs. Des images seulement entrouvertes à l’interprétation. Que voit-on ? Une sorte de catastrophe visualisée, des vestiges d’un monde antérieur. Des mâts décorés de voiles pendantes, comme des coulures de fromages trop mâtures (motif récurrent chez l’artiste), des tissus usés par le temps et les intempéries, tels des bateaux fantômes qui activent l’imaginaire des enfants, mais pas qu’eux. Le mystère est un vecteur de curiosité, une sollicitation de l’esprit. Qu’a-t-on devant soi ? L’expression d’un naufrage antérieur que l’on peut associer aux humeurs du temps et à son déroulement inexorable. Le mauvais temps réussit les naufrages, les voilent se montrent comme des lambeaux d’existence, faisant une dernière fois l’amour, enroulée ou blottie sur la vergue de bois. Une peinture regroupe une imbrication de mâts formant une sorte de toile d’araignée qui aurait capturé des fragments de voiles.

L’araignée tisse sa toile dans des lieux abandonnés, inhabités où rien ne bouge. C’est la capture immobilisée, un point d’orgue à l’infini. La mort. Dans une autre peinture, un mât, comme le signe d’une croix apparaît telle une citation religieuse où s’est formé un agglomérat de fromage fondu qui a reçu la couleur rose qui se voudrait chair, qui n’est pas sans rappeler que le Christ est justement l’alpha et l’oméga, soit le début et la fin d’un temps pensé spirituellement.

Les oeuvres de Barbier racontent un temps trépassé, où la mort, la disparition, la décomposition des objets ont cependant réchappé à la tragédie finale, car elles ont été sauvées par une écriture esthétique venue de la bande dessinée et d’un clin d’œil à Winsor McCay, auteur du célèbre Little Nemo. Cette écriture référencée dédramatise le sujet sans lui enlever sa dimension caustique et ironique que sous-tendent les images. L’humour, jamais très loin, en embuscade, réduit également l’impact de la démesure… Le projet Le Code a Changé invite un artiste à créer une œuvre en relation avec le fort attrait visuel que provoque la vue extérieure du paysage et du Vieux-Port. On peut penser que la réponse de Gilles Barbier juxtapose à la beauté du paysage une vision complémentaire, comme celle du yin et du yang, comme une quelconque dualité d’une même chose. Il n’y a pas de mort sans vie. Les arrêts sur image de ces peintures rappellent que les voilent ont claqué aux vents, même s’il y a longtemps, très longtemps… Et que c’est le temps de l’effacement, dans une présence…
Un propos qui s’ouvre sur les vanités…