Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique


Jusqu’au 31 octobre 2026, le Musée départemental Arles antique accueille « Le Passage de Vénus », une exposition d’une ampleur et d’une ambition remarquables, réalisée en coproduction avec le Musée du Louvre. Autour de la Vénus d’Arles, exceptionnellement prêtée par le Louvre et de retour sur son lieu de découverte, se déploie un ensemble d’une trentaine d’œuvres antiques de premier plan, mises en dialogue avec des créations modernes et contemporaines. Cette proposition audacieuse, portée par trois commissaires, interroge avec intelligence la puissance du mythe de Vénus, de l’Antiquité à nos jours.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Aphrodite dite « Vénus d’Arles ». Musée du Louvre

Les enjeux du projet

L’exposition s’est construite à partir de nombreuses conversations, de multiples échanges et de trois regards complémentaires. Un commissariat d’exception réunit Romy Wyche, directrice du Musée départemental Arles antique, Ludovic Laugier, conservateur en chef au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre, et Jean de Loisy, historien d’art et directeur artistique de la Fondantion Vincent van Gogh Arles.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Ludovic Laugier, conservateur en chef des sculptures grecques au Louvre, Romy Wyche, directrice du musée départemental Arles antique et Jean de Loisy, historien d’art et directeur artistique de la Fondantion Vincent van Gogh Arles

Romy Wyche explique que ce projet s’est élaboré autour de la notion de vénusté et que l’exposition « s’appuie aussi sur l’ensemble des représentations associées aujourd’hui à Vénus, figure largement connue, dont tout le monde a entendu parler, mais que les gens connaissent peu ».

Jean de Loisy souligne le caractère exceptionnel du retour de la statue à Arles : « L’histoire extraordinaire de cette Vénus, découverte ici, transférée au château de Versailles, puis conservée au Louvre pendant plus de deux siècles et qui passe à nouveau ici, c’est quelque chose de merveilleux. Elle nous touche que l’on soit passionné par l’art grec, par la Rome antique, par l’art de Louis XIV, par le monde provençal des félibres ou encore pour la compréhension de la société d’aujourd’hui ». Il ajoute : « Le projet repose sur le regard et les connaissances extraordinaires de Romy Wyche et Ludovic Laugier, mais aussi sur le soutien d’une grande institution comme le Louvre qui nous a permis de choisir tous les trois un cortège de 38 œuvres admirables ».

Ludovic Laugier précise l’ambition du projet : « Nous nous sommes dit, tant qu’à faire les choses, autant les faire véritablement bien et avec le plus d’audace et d’inspiration possible ». Il insiste sur l’exigence de la sélection : « Du côté du Louvre, j’ai tout de suite indiqué que ce serait bien, même si la Vénus d’Arles est une magnifique statue, qu’elle soit accompagnée d’œuvres de premier rang. Pas quelques petites Vénus ou autres nymphettes pour faire un discours périphérique autour de la Vénus d’Arles, mais vraiment adresser cette question de la vénusté dont parlait Romy et que nous avait proposé Jean : Qu’est-ce que c’est Vénus… »

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Tête Kaufmann, tête d’Aphrodite du type de l’Aphrodite de Cnide. D’après Praxitèle. Marbre de Thasos Ier siècle apr. J.-C., d’après un original grec du milieu du ive siècle av. J.-C

Il cite comme exemple « la tête Kaufman, qui est la plus belle réplique de l’Aphrodite de Praxitèle, le premier nu de la sculpture occidentale. La plus belle manière de montrer cette œuvre, ou de la faire comprendre, c’est le marbre du Louvre ». L’exposition réunit également « des statuettes en bronze, parmi les plus raffinés des collections nationales, pour montrer un regard, un geste, une Vénus qui se pare, qui se change, qui se « bijoute »… »

Aphrodite détachant sa sandale. Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Paris, musée du Louvre © Musée du Louvre, GrandPalaisRmn - Hervé Lewandowski
Aphrodite détachant sa sandale. Département des Antiquités grecques, étrusques et romaines. Paris, musée du Louvre © Musée du Louvre, GrandPalaisRmn – Hervé Lewandowski

L’ensemble vise à restituer les différentes dimensions d’Aphrodite. Ludovic Laugier précise : « Il ne s’agit pas seulement de beauté ou d’amour, mais de la force de la beauté, de la puissance de l’amour qui permet le cycle des générations, qui permet la vie… Qui fait que quand Ouranos est émasculé par Kronos, donc quand le ciel a été émasculé par le temps, il se détache de Gaïa et que l’espace de la vie est possible. Vénus qui naît des flots, c’est le possible de la vie ».

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Auguste Rodin – Torse féminin agenouillé dans une coupe. Assemblage plâtre, terre cuite, Vers 1900-1910

Le commissaire souligne également la portée contemporaine du projet : « Ce dialogue constitue un aspect central du projet. Parce qu’il ne s’agissait pas de faire simplement de l’histoire des religions, de l’anthropologie, de la sociologie… On en fait bien sûr. Nous souhaitons montrer ce que ça veut dire aussi aujourd’hui. Qu’est-ce que c’est que regarder le corps d’une femme ? Qu’est-ce que c’est que l’injonction à la beauté ? Qu’est-ce que c’est que la condition féminine, pas dans de petits résumés de débats microscopiques, mais fondamentalement… » Il conclut : « Alors est-ce qu’on réussit à adresser tous ces sujets ? C’est assez ambitieux. On espère y arriver en partie ».
On peut sans conteste assurer que ces objectifs sont très largement atteints.

Trois séquences pour comprendre la persistance du mythe de Vénus dans l’histoire de l’art et la culture européenne.

L’exposition s’articule en trois sections.
La première partie « Le triomphe de Vénus » se développe dans les espaces d’expositions temporaires au rez-de-chaussée et constitue le cœur du propos. Elle se développe en huit étapes dans un scénographie toute en courbes imaginée par l’agence Nathalie Crinière. L’alternance entre espaces ouverts et zones plus resserrées crée un rythme qui ménage des moments de concentration autour des pièces majeures. La palette chromatique, inspirée de la chair et de l’eau, renforce la cohérence de l’ensemble. La dernière salle propose une présentation circulaire qui favorise une appréhension globale de la Vénus d’Arles.

Au cœur des collections, une dizaine d’œuvres contemporaines, « Les métamorphoses de Vénus » prolongent, détournent ou contestent l’héritage d’Aphrodite/Vénus.

À l’étage, « Moi, la Vénus d’Arles » revient sur l’histoire de la statue, depuis sa découverte à Arles en 1651 en tant que Diane, jusqu’à son passage à Versailles où elle devient Vénus sous le regard de Louis XIV, suivi de son installation au Louvre en qualité d’Aphrodite.  


Le catalogue aux Éditions Silvana Editoriale réunit des contributions de Vinciane Pirenne-Delforge, historienne des religions au Collège de France, et de Dominique Séréna, qui consacra un ouvrage à la Vénus d’Arles en 2013, et des textes des trois commissaires. Il constitue un outil utile pour approfondir les questions soulevées dans le parcours.

Artistes contemporains :
Chantal Akerman – Bianca Bondi – Serena Carone – Ali Cherri – Lucien Clergue – Wim Delvoye – Rineke Dijkstra – Gloria Friedman – Arthur Gillet – Les Guerrilla Girls – François Halard – Laure Prouvost – Annette Messager – ORLAN – Pistoletto – Man Ray – Martial Raysse – Niki de Saint Phalle – Françoise Vergier – Andy Warhol.

Prêteurs publics :
Paris : Musée du Louvre ; Musée Rodin ; Mobilier National – Manufactures des Gobelins ; Musée Gustave Moreau ; Centre national des arts-plastiques
Lyon : Musée des Beaux-Arts ; Lugdunum – musée et théâtres romains
Nîmes : Carré d’Art
Arles : Musée départemental Arles antique ; Museon Arlaten
Marseille : Musée Cantini ; Musée d’archéologie méditerranéenne, Centre de la Vieille Charité
Nice : Musée d ’Art Moderne et d ’Art Contemporain
Berlin : Altes Museum

« Le Passage de Vénus » s’impose comme un événement majeur de la saison culturelle en région Sud. Par l’audace de son propos, la qualité exceptionnelle des œuvres réunies et l’intelligence de sa mise en espace et la clarté de son propos, l’exposition propose une relecture exigeante du mythe de Vénus. Elle parvient à articuler avec une rare finesse l’approche savante et la dimension sensible, l’érudition archéologique et les questions contemporaines. Le dialogue entre les œuvres antiques de premier plan et les créations modernes et contemporaines produit une réflexion stimulante sur la beauté, le désir et la condition féminine. Cette proposition, fruit d’une collaboration exceptionnelle entre les trois commissaires, honore autant la Vénus d’Arles que le public qui vient à sa rencontre.

Ci-dessous quelques regards photographiques sur le parcours de l’exposition. Il sont accompagnés par les textes de salle. L’ensemble sera complété par un compte rendu de visite complet dans les prochaines semaines.

En savoir plus :
Sur le site du musée départemental Arles antique
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« Le Passage de Vénus » – Regards sur le parcours d’exposition

Le triomphe de Vénus

Naissance de Venus

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Bianca Bondi – Ex-Voto, 2027. Installation

Issue du mouvement de la mer sur laquelle flottent le sang et la semence d’Ouranos, émasculé par son fils Kronos, Aphrodite naît dans la blancheur de l’écume, ce que rappelle son nom, dont la racine aphrós signifie en grec ancien « écume ». C’est ainsi qu’apparut la déesse « qui aime les sourires » et qui soumet les dieux, les Hommes et tout ce qui vit à la douce loi du désir, assurant la perpétuelle régénération de la création.

Lors de sa naissance dans les vagues, un cortège l’accompagne: Éros, l’Amour, et Himeros, le Désir. Auprès d’elle, un groupe de divinités s’empresse de la parer d’ornements divins : couronne d’or, bracelets, bandeau brodé et colliers. Puis le peuple de la mer, les Néréides, divinités marines, chantent autour de la déesse, tandis qu’un dauphin la porte sur son dos.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Vénus marine. Marbre. Ie-IIIe siècle apr. J.-C. H. 55 ; L. 33 cm. Découverte en 1971 au théâtre antique de Lyon

Cet épisode a, depuis l’Antiquité, continuellement inspiré les poètes et les artistes, qui la représentent au moment où elle émerge de l’eau, situation qu’aimèrent imaginer les sculpteurs antiques et qu’Auguste Rodin reprend à son tour; ou encore nue, debout sur une conque, alors qu’elle va aborder l’île de Chypre, telle qu’elle apparaît sur le tableau de Gustave Moreau.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Gustave Moreau – La Naissance de Vénus. Huile sur toile, 1870. H. 45 ; L. 64 cm

Les créateurs ont aimé considérer sa nudité native comme l’expression de la puissance étourdissante de la déesse de l’amour et ont fait de sa beauté un défi pour leur virtuosité.

Sous le regard d’Aphrodite

Pour les Anciens, le regard d’Aphrodite paraît certes magnifique mais il se révèle avant tout captivant, voire terrifiant, comme dans le cas de toute épiphanie. Constituant un principe efficace, il subjugue celui qui le rencontre.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Aphrodite avait-elle dans l’art grec les yeux revolver, le regard qui tue? En tous cas, un trait particulier des œuvres de Praxitèle, actif à Athènes au ive siècle avant J.-C. retient l’attention : la douceur du regard de sa statue d’Aphrodite visible à Cnide. Lucien de Samosate en célèbre «l’humidité (ὑγρός) des yeux ainsi que leur éclat et leur bienveillance ».

Vingt siècles plus tard, les dieux ne sont plus sacrés. Man Ray réalise une série de photographies publicitaires en maquillant les yeux de différentes copies de Vénus célèbres dont le regard se trouve transfiguré et tout à la fois plus familier. François Halard appose quant à lui des couleurs à une image de la Vénus de Milo pour en troubler la vue. Et Serena Carone de renverser la situation tout en flirtant comme Man Ray avec le surréalisme pour nous placer cette fois face à ces/ses yeux.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Serena Carone – Ce que je vois. Plâtre, peinture, 2010. H. 10 ; L. 15 cm

Puissance de la déesse

Aphrodite, loin des lieux communs au sujet de sa beauté, gratuite ou liée à de simples amours galantes, s’impose comme une déesse primordiale pour les Anciens, garante du cycle de la vie par les unions qu’elle suscite irrésistiblement.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Mais à la différence d’autres dieux comme Zeus ou Poséidon, l’instrument de son empire sur tous les êtres n’est pas un foudre, un trident. Tout au plus une ceinture magique démultiplie-t-elle ses pouvoirs. Non, ses attributs les plus importants sont son corps, son regard clair, sa chevelure, ses seins, ses fesses, son pubis… Aussi, ce n’est pas gratuitement que l’art grec, puis l’art romain, la représente dénudée. Voir Aphrodite nue, c’est se confronter à son épiphanie la plus essentielle. Praxitèle ouvre la voie en proposant le premier des statues de la déesse à demi nue dévêtue ou entièrement nue: l’Aphrodite de Cnide, ou celle de Thespies, dont la Vénus d’Arles serait le reflet.

À partir de l’époque hellénistique (III° siècle – Ier siècle avant J.-C.), les Aphrodite qui jalonnent l’histoire de la sculpture gréco-romaine, anadyomènes, pudiques ou triomphantes, la montrent adoptant diverses attitudes pour mettre en valeur diversement ce corps divin, sur toutes les gammes d’une beauté souveraine.

Parer Aphrodite

Dans L’Iliade Aphrodite portait une ceinture magique qui rendait son pouvoir de séduction irrésistible. La déesse connaissait bien des ressorts pour ajouter au pouvoir suggestif de son anatomie sacrée : parfums, fards, bijoux, étoffes précieuses.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Les arts les mettent aussi en valeur. À partir de la fin du Ve siècle avant J.-C., les sculpteurs et les peintres la revêtent d’étoffes fluides et diaphanes, des « drapés mouillés » qui révèlent ses formes autant qu’ils les couvrent. Et Aphrodite paraît souvent chargée de bijoux raffinés : diadème, colliers, pendants d’oreille, bracelet aux poignets ou aux bras.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Dans le secret du gynécée, les femmes se parent aussi à l’instar de la déesse, manière d’implicitement s’approprier un peu de ses pouvoirs de séduction. Ainsi miroirs et bijoux peuvent symboliquement faire écho aux siens. Épingles à cheveux et bagues à intaille montrent même la déesse à sa toilette dans un jeu de mise en abîme plus explicite.

Les cultes d’Aphrodite

Aphrodite préside à des champs qui dépassent de loin la beauté et la séduction, pour concerner tout ce qui touche à la fécondité, à la fertilité, aux mélange des corps, jusqu’à la mêlée guerrière, et encore les voyages en mer, elle naît des flots.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Aussi reçoit-elle des cultes qui recouvrent la multiplicité de ses attributions au sein de la cité. Particulièrement révérée à Athènes, Chypres, Cythère, Cnide, elle est plus largement honorée par des rites dans tout le monde grec. Au cœur de ces rituels, le sacrifice assure un lien central, quasiment tangible entre les hommes et les dieux; ils nourrissent littéralement ces derniers.

Pour Aphrodite : lait, miel, animaux le plus souvent féminins, oiseaux, caprinés, et pommes, myrrhe ou encore grenades. Dans un autre contexte, celui du banquet, certains vases grecs l’honorent, pieusement inscrits à son nom en lettre d’or.

À L’époque moderne, son empire, son charisme sont célébrés par les uns, qui la montrent rayonnante, héros tombés à genoux à sa vue, d’autres comme Hubert Robert imaginent ses temples en cultivant une esthétique des ruines qui dit le temps passé du paganisme.

Aphrodite ardente

Aphrodite incarne une puissance. Elle met en branle, trouble, fait céder les résistances. Dans la pensée grecque, le désir agit comme une force spécifique, nommée l’éros, capable de plier dieux et mortels et de les mener à la mixis des corps. La déesse n’en est pas l’image mais le moteur, la cause efficace. Elle enflamme, elle décide, elle précipite l’union.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Statuette d’Aphrodite Vulgaris. Marbre Rome, IIe siècle apr. J.-C. H. 102 ; L. 56 ; Ép. 33 cm

Les œuvres rassemblées ici se répondent autour de ce principe. Epitragia (sur un bouc), vulgivaga (vagabonde), Aphrodite règne souveraine sur les passages à l’acte, les élans, et les franchissements voire les débordements. Derrière ces formes se concentre une énergie ardente, vitale, parfois dangereuse. L’art en saisit l’instant de tension, lorsque le désir devient puissance agissante et que les corps cèdent à la force qui les traverse.

Aphrodite fertile

Aphrodite est la force qui fait circuler la vie. Dans l’Antiquité, désir et génération ne s’opposaient pas : les gestes du corps, les unions et les plaisirs participaient à autant d’élans féconds. La déesse n’est pas simplement une image ou un symbole dans les nuées, elle agit, elle provoque l’émergence de la vie. Elle assure ainsi le cycle des générations de tous les règnes, animal, végétal et humain.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Le rôle primordial d’Aphrodite se lit de vases grecs en fragments de statues de la déesse, de créations métaphoriques de Niki de Saint Phalle à Martial Raysse et Annette Messager. Ces œuvres montrent la coexistence de la fécondité et du désir, la manière dont la sensualité s’accorde à l’expansion vitale.

Derrière les formes, se lit une énergie qui traverse les corps et le temps, du geste intime aux filiations, des mythes fondateurs aux chambres nuptiales. L’art antique ou moderne saisit l’instant où la vie jaillit, où le désir devient puissance agissante, où Aphrodite révèle sa souveraineté sur le vivant.

Le triomphe de Vénus

Surgit la Vénus d’Arles : Aphrodite, déesse grecque du désir et de la beauté, entre autres, devient Vénus, triomphante et souveraine, traduisant dans le marbre la puissance d’un mythe réinventé par Rome. Sur le mur de scène du théâtre antique d’Arles, près de la niche royale accueillant la statue d’Auguste, elle dialogue avec le spectateur, imposant sa force et sa présence. Découverte au XVIIe siècle, elle devient rapidement pour les Arlésiens déesse tutélaire et emblème de la ville, symbole d’un passé antique glorieux. Transférée et magnifiée à Versailles puis au Louvre, Vénus traverse les siècles et les formes de présentation.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Annette Messager – À mon désir (To my Desire). Acrylique sur papier, 2017 – Vénus d’Arles. D’après Praxitèle. Marbre de Thasos. Fin du Ier siècle av. J.-C., d’après un original grec daté vers 360 av. J.-C. H. 220 cm – Andy Warhol – Birth of Venus (After Botticelli). Encre sérigraphique sur papier, tirage encadré, Vers 1984. H. 152,1 ; L. 208,3 cm

À Versailles, Nicolas Coypel transpose le triomphe de la déesse en tapisserie monumentale pour le mobilier de la couronne: dans ce geste artistique, elle s’élève dans un espace visuel qui célèbre sa gloire et sa beauté, inscrivant son rayonnement dans la mémoire classique et dans l’histoire du pouvoir royal. De Warhol à Dijkstra, de Coypel à la photographie contemporaine, sa silhouette continue de voyager, se réinventant, oscillant entre beauté, puissance et mystère.

Les métamorphoses de Vénus

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique. Guerrilla Girls – Do women have to be naked to get into the Met Museum? Poster, tirage papier. Extrait de “The Compleat Portfolio”, 1985-2016, 1989

Au cœur des collections, une dizaine d’œuvres contemporaines dialoguent avec le parcours précédent. Elles prolongent, détournent ou contestent l’héritage d’Aphrodite/Vénus, révélant la richesse et la complexité de ses métamorphoses à travers les siècles.

Avec des œuvres remarquables des Guerilla Girls, Ali Cherri, Gloria Friedman, Françoise Vergier, Wim Delvoye, ORLAN, Arthur Gillet, Michelangelo Pistoletto et Laure Prouvost,

Moi, la Vénus d’Arles

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Cette section est consacrée à l’histoire de la Vénus d’Arles, depuis sa découverte à Arles en 1651 en tant que Diane, jusqu’à son passage à Versailles où elle devient Vénus sous le regard de Louis XIV, suivi de son installation au Louvre en qualité d’Aphrodite. Au XIX siècle, elle devient l’Arlésienne par excellence mais n’en demeure pas moins la Romaine, installée à l’origine au cœur de la cité antique d’Arelate.

Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique
Le Passage de Vénus au Musée de l’Arles antique

Tel un fil rouge tendu à travers les siècles, le parcours vous plonge dans l’histoire mouvementée de cette œuvre emblématique, grâce à des reproductions d’archives, des jeux, des bornes sonores, des dispositifs interactifs et accessibles à tous.

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