Abdessamad El Montassir – Sur les ruines, les pierres fleurissent / تزهر حجارة الأطلال à la Friche, Marseille


À la Friche la Belle de Mai, jusqu’au 27 septembre 2026, Abdessamad El Montassir présente « Sur les ruines, les pierres fleurissent  / تزهر حجارة الأطلال», une exposition produite par Fræme dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026. Réunissant œuvres récentes et nouvelles réalisations sous le commissariat de Gabrielle Camuset, ce projet remarquable invite à parcourir les territoires sahariens à travers leurs mémoires enfouies, leurs silences et les formes de transmission qui persistent au-delà des récits officiels. Une proposition d’une rare cohérence, parmi les rendez-vous les plus marquants de l’été marseillais.

Le Sahara comme territoire de mémoire

Originaire du Sahara au sud du Maroc, Abdessamad El Montassir développe depuis plusieurs années une pratique située à la rencontre de l’art et de la recherche. Ses installations visuelles et sonores explorent les effets du trauma, les formes de violence invisibles et les modalités de leur transmission. Son travail accorde une place essentielle aux témoignages empêchés, aux récits fragmentaires et aux relations qui unissent les êtres humains à leur environnement.

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Frche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

Pour « Sur les ruines, les pierres fleurissent », l’artiste s’appuie sur son vécu intime. « Cette exposition vient d’une expérience personnelle de mon enfance en tant que nomade dans un territoire de 266 000 km² », explique-t-il. Les œuvres présentées composent ainsi une constellation de présences humaines, végétales et minérales qui portent en elles des histoires souvent absentes des récits dominants.
L’enjeu n’est pas de reconstituer une mémoire perdue ni de documenter un territoire. Abdessamad El Montassir s’intéresse plutôt aux formes de persistance. Comment transmettre lorsque les mots manquent ? Comment rendre perceptibles des événements marqués par le silence, l’oubli ou l’effacement ? Son exposition envisage le désert comme un espace vivant où arbres, plantes, pierres et paysages deviennent à leur tour des témoins.

Une traversée sensible du désert

Installée sur le vaste plateau du troisième étage de la Tour, l’exposition se déploie dans une pénombre soigneusement maîtrisée. La scénographie organise une progression lente qui favorise l’attention et l’écoute. Le visiteur est invité à circuler entre des œuvres qui dialoguent discrètement les unes avec les autres.

Abdessamad El Montassir - Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille
Abdessamad El Montassir – Sadra Kodia, 2025. Vidéo installation 2K, cinq écrans. 10 min en boucle. Projet réalisé avec le soutien de la Villa Medici (Rome), le Frac Franche-Comté (Besançon), la DRAC Franche-Comté, la Fondation Louis Roederer, Arts AlUla, et Mécènes du Sud (Aix-Marseille) – Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille

La première séquence possède une force d’attraction immédiate. Sur cinq écrans panoramiques double face disposés en éventail, Sadra Kodia enveloppe le regard dans un paysage d’acacias filmés comme des présences presque fantomatiques. Les arbres apparaissent moins comme des éléments du décor que comme des êtres porteurs de mémoire. Une croyance sahraouie raconte que chaque acacia est lié à une personne et accompagne son existence jusqu’à la mort. Sans illustrer cette tradition, l’installation lui donne une forme sensible. Les mouvements du paysage, les variations de lumière et la lenteur du montage invitent à adopter une autre temporalité.

Abdessamad El Montassir - Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille
Abdessamad El Montassir – Sadra Kodia, 2025. Vidéo installation 2K, cinq écrans. 10 min en boucle. Projet réalisé avec le soutien de la Villa Medici (Rome), le Frac Franche-Comté (Besançon), la DRAC Franche-Comté, la Fondation Louis Roederer, Arts AlUla, et Mécènes du Sud (Aix-Marseille) – Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille

L’expérience est prolongée par Athar Dakira, pièce sonore réalisée avec Matthieu Guillin. Les chants des harātins y rencontrent des sons produits à partir de plantes et d’instruments issus de la flore saharienne. Les voix apparaissent puis disparaissent, laissant place à des silences qui deviennent eux-mêmes porteurs de sens. L’œuvre évite toute démonstration. Elle construit un espace d’écoute où l’histoire se manifeste par fragments.

Cartographier l’absence

Au centre du plateau, les quatre caissons lumineux d’Asserfa constituent l’un des points d’équilibre de l’exposition. Ces paysages naissent de récits décrivant déplacements, conflits et luttes à travers des indications topographiques. Ils évoquent des lieux dont l’existence se maintient principalement dans la mémoire de celles et ceux qui les ont traversés.

Abdessamad El Montassir - Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille
Abdessamad El Montassir – Asserfa, 2025. Installation photographique. 4 caissons lumineux, 165 x 110 x 9 cm chaque. Projet réalisé avec le soutien de la Villa Medici (Rome), le Frac Franche-Comté (Besançon), la Fondation Louis Roederer, et la DRAC Franche-Comté – Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille

La réussite de cette série tient à son refus de toute illusion documentaire. Les images ne prétendent pas restituer fidèlement un territoire disparu. Elles montrent au contraire la distance qui sépare l’événement de sa transmission. Le paysage apparaît comme une construction fragile, façonnée par le souvenir, l’absence et l’imaginaire.

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Frche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

Cette réflexion trouve un prolongement particulièrement intéressant dans Âabide l’kadia, ensemble de sculptures en verre soufflé réalisées avec le Cirva. Inspirées à la fois de graines sahariennes et de perles associées aux communautés harātins, ces formes délicates évoquent d’autres manières de se repérer dans l’espace et de transmettre des trajectoires de résistance. Leur présence discrète enrichit l’exposition sans rompre son équilibre.

  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon
  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon
  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon
  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon
  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon
  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon
  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon
  • Abdessamad El Montassir. Âabide l’kadia (détail), 2025-2026. Cirva-FRÆME. Photo Grégoire d’Ablon


Abdessamad El MontassirÂabide l’kadia (détail), 2025-2026, installation de 10 sculptures en verre soufflé, dimensions variables. Production Cirva / FRÆME, réalisation Cirva, Marseille. Exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir / ADAGP, Paris. Crédit photo : Grégoire d’Ablon

Le silence comme forme de récit

La seconde partie de l’exposition s’organise autour de deux ensembles vidéo qui se répondent.

Avec Galb’Echaouf, Abdessamad El Montassir revient sur un épisode traumatique de l’histoire récente du Sahara au sud du Maroc. Khadija, issue d’une famille nomade, raconte son rapport aux lieux, aux plantes et aux ruines. Son témoignage contourne les récits historiques conventionnels pour faire émerger une autre forme de connaissance. Ici, les paysages deviennent les dépositaires d’événements qui ne peuvent être entièrement formulés.

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Friche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

L’œuvre évite toute posture illustrative. Elle repose sur une attention constante à ce qui échappe au langage. Le silence n’y apparaît jamais comme une absence mais comme une modalité active de transmission.

Cette question traverse également Trab’ssahl, trilogie présentée au fond du plateau. Les trois films suivent Mokhtar, Abnou et Shérif appartenant à différentes générations du Sahara occidental. Tous vivent avec les conséquences d’un conflit qui dure depuis plusieurs décennies et dont les traces demeurent largement invisibles.

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Friche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

Les courts métrages interrogent avec justesse les limites de la représentation. Comment montrer ce qui ne peut être vu ? Comment faire entendre ce qui ne peut être dit ? Abdessamad El Montassir ne cherche pas à résoudre ces questions. Il construit plutôt un dispositif qui permet de les éprouver. Les récits, les paysages et les silences composent alors une expérience de perception particulièrement dense.

Une des expositions majeures de l’été marseillais

Rarement une exposition parvient à maintenir avec autant de cohérence un dialogue entre exigence formelle, profondeur politique et qualité sensible. Sur les ruines, les pierres fleurissent évite les pièges de la démonstration comme ceux de l’esthétisation. Chaque œuvre contribue à une réflexion d’ensemble sur la mémoire, l’effacement et les formes alternatives de transmission.

Dans une programmation estivale particulièrement riche à la Friche la Belle de Mai et dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, cette proposition s’impose comme l’une des plus abouties. Par la qualité de ses œuvres, la précision de son propos et l’intelligence de son dispositif, elle offre une expérience de visite rare. Une exposition à découvrir sans hésitation.

À lire ci-dessous, une présentation des œuvres et quelques repères biographiques à propos de Abdessamad El Montassir. Ces documents sont extraits du dossier de presse.

Production : Fræme, dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, en partenariat avec Kulte (Rabat) et le Cirva (Marseille).
Commissariat : Gabrielle Camuset

En savoir plus :
Sur le site de la Friche et sur celui de Fræme
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Abdessamad El Montassir – Sur les ruines, les pierres fleurissent : Cartels des œuvres

Abdessamad El MontassirSadra Kodia, 2025

Vidéo installation 2K, cinq écrans. 10 min en boucle.
Projet réalisé avec le soutien de la Villa Medici (Rome), le Frac Franche-Comté (Besançon), la DRAC Franche-Comté, la Fondation Louis Roederer, Arts AlUla, et Mécènes du Sud (Aix-Marseille).

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Friche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

Une coutume sahraouie dit que « dans le vaste désert, chaque acacia est lié à un Sahraoui et chaque Sahraoui est lié à un acacia. Quand un Sahraoui meurt, son acacia se figure dans son oeil, permettant à ses proches d’enterrer le corps au pied de son arbre ».

Dans le Sahara, la vie est perçue comme une créolisation entre humain et non-humains. Chaque entité est considérée comme un témoin et un narrateur à part entière, qui s’exprime dans sa propre temporalité.
Sadra Kodia propose une immersion dans un paysage d’acacias qui, entre la présence et le spectre, nous enveloppent par leur rythme. En prenant le temps de l’observation, l’installation offre la possibilité d’approcher leur temporalité et les récits qu’ils propagent. Une manière de conserver le témoignage lorsque les mots sont retenus et que les histoires ne sont pas transmises.

https://vimeo.com/1099099178/b481f9e81c?fl=pl&fe=sh

Abdessamad El Montassir en collaboration avec Matthieu GuillinAthar Dakira, 2025

Pièce sonore 5.1.2. 22 minutes.
Projet réalisé avec le soutien de la Villa Medici (Rome), le Frac Franche-Comté (Besançon), la Fondation Louis Roederer et Mécènes du Sud (Aix-Marseille)

Athar Dakira propose une plongée dans les chants des harātins, littéralement « les autres libres », nom donné aux esclaves et affranchis dans le Sahara au Nord et à l’Ouest de l’Afrique, où des formes de domination restent aujourd’hui très répandues bien qu’elles soient officiellement abolies. Avec ces chants, les harratines ouvrent des intervalles pour la récupération de leurs droits, de leurs identités et de leurs histoires confisquées.
La pièce sonore Athar Dakira nous plonge dans ces récits, dont les lignes rencontrent des sons tirés de plantes et d’instruments façonnés à partir de la flore saharienne. Dans cet échange entre l’humain et la plante, la terre et la voix se prolongent l’une l’autre. La composition se déploie par vagues, dans un voyage archipélique où les silences forment le récit et où les phrases dissimulent autant qu’elles révèlent.

Abdessamad El MontassirAsserfa, 2025

Installation photographique. 4 caissons lumineux, 165 x 110 x 9 cm chaque.
Projet réalisé avec le soutien de la Villa Medici (Rome), le Frac Franche-Comté (Besançon), la Fondation Louis Roederer, et la DRAC Franche-Comté

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Friche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

Asserfa propose une série de paysages façonnés à partir de récits de Sahraouis racontant leurs déplacements, leurs conflits et leurs luttes à travers des descriptions topographiques. Ces paysages portent en eux un mode de vie perdu à jamais et une histoire traumatique intransmise, qui ne persiste que dans les souvenirs de celles et ceux qui les ont jadis parcourus.

Cependant, l’œuvre ne représente pas le paysage en tant que tel, mais sa transmission. Une image façonnée par la distance, véhiculée par le mythe et marquée par l’absence. Chaque représentation reconnaît sa propre fiction, son incapacité à restaurer ce qui a été perdu, tout en ouvrant un espace pour que les réminiscences individuelles ou collectives de ce qui n’a pas d’existence officielle puissent servir une forme d’historicisation.

Abdessamad El MontassirÂabide l’kadia, 2025-2026

Installation de 10 sculptures en verre soufflé. Dimensions variables.
Production Cirva / FRÆME Réalisation Cirva, Marseille (avec la collaboration de Alexandre Mouillet, Cyrille Rocherieux, Maxime Rosseel, David Veis, Thomas Paynel, Noëlie Thinon) Projet réalisé avec le soutien du Frac Franche-Comté (Besançon)

Âabide l’kadia connecte des formes de graines du Sahara, à celles de perles autrefois tressées dans les coiffures Harātins. Ces perles fonctionnaient comme autant d’indices territoriaux, renvoyant à des constructions archipéliques du paysage. Ainsi, elles participaient à la composition de cartographies fugitives qui permettaient de s’orienter, de se retrouver, et de transmettre des trajectoires de résistance.

L’installation propose une résonance à ces modes de cartographie alternative. Elle convoque les luttes sociales menées par les communautés harātins et leurs lieux de marronnage, en portant une attention particulière aux méthodologies de résistance liées aux mots et aux paysages qu’elles ont développées, ainsi qu’aux formes de revendication qu’elles expriment.

Abdessamad El MontassirGalb’Echaouf, 2021

Vidéo full HD, son stéréo. 18 min.
Projet réalisé avec le soutien de AFAC – The Arab Fund for Arts and Culture, l’Institut français du Maroc, Pro Helvetia Cairo, Embassy of Foreign Artists, Le Cube independent art room, La Maison Salvan.
Image: Stephanos Mangriotis
Montage: Fatima Bianchi
Composition et mixage: Matthieu Guillin
Étalonnage: Raphaël Frauenfelder

Galb’Echaouf évoque un événement qui a bouleversé le paysage du Sahara au sud du Maroc, dont l’histoire est largement méconnue, marquée par le traumatisme et transmise au-delà des mots.

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Friche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

Khadija, née dans une famille nomade, s’est installée en ville pour échapper au conflit. Elle nous invite à être à l’écoute des ruines et des plantes pour retracer des événements que les mots ne peuvent exprimer. Son témoignage définit une éthique de la transmission dans laquelle le silence est synonyme d’action, de présence et d’attention. Le refus de Dah de parler a le même poids, redirigeant l’attention vers le droit à l’oubli. Le Daghmous est un témoin central, un conteur parmi les conteurs. À ses côtés, des éléments et des poèmes répondent à leur manière. Il en ressort une pratique d’historicisation qui naît de l’intervalle entre le dire et le taire, invitant le spectateur à aborder l’histoire du Sahara comme une relation vivante avec toute vie, dans laquelle les témoignages et les mémoires naissent du lien entre les individus, les plantes et les lieux.

Abdessamad El MontassirTrab’ssahl, 2023

Trilogie de films : Mokhtar, film couleur, son stéréo, 10 min; Abnou, film couleur, son stéréo, 13 min, ; Sherif, film couleur, silencieux, 8 min.
Projet réalisé avec le soutien de la Maison Salvan, Labège, the Akademie Schloss Solitude, Stuttgart, ADAGP, Paris, Bétonsalon – centre for contemporary art and research, Paris

Abdessamad El Montassir - Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille
Abdessamad El Montassir – Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille

Le silence comme témoignage, l’écoute comme éthique qui confère à l’opacité le pouvoir de transmettre une histoire à part entière. C’est à partir de cette position que la trilogie Trab’ssahl se construit.

Trab’ssahl signifie en hassanya, la « terre de l’ouest » et désigne une large part du territoire sahraoui. C’est là, sur cette terre, dans cette langue, dans l’histoire largement ignorée d’un conflit ininterrompu depuis près de 50 ans, que s’ancre le projet. Il suit trois protagonistes à travers les générations et le territoire, dont les vies sont façonnées par la distance et la discipline du silence. Tous vivent en suspens et portent en eux une demande de réparation.

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Friche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

En confrontant l’amnésie qui plane sur le Sahara au sud du Maroc, Trab’ssahl questionne comment montrer ce qui ne peut se voir, comment écouter ce qui ne peut se dire ? Qu’advient-il des mémoires empêchées, confisquées ? Quelle forme donner à l’oubli ?

Abdessamad El Montassir. Sur les ruines, les pierres fleurissent. Friche le Belle de Mai. Photo Grégoire d’Ablon
Abdessamad El Montassir. Vues d’exposition Sur les ruines, les pierres fleurissent, présentée par Fræme en partenariat avec le Cirva, à la Friche la Belle de Mai, 2026 © Abdessamad El Montassir – ADAGP, Paris. Crédit photos Grégoire d’Ablon

Les films proposent une réponse en écoutant les présences qui persistent : le grain de la parole, la poétique de la résistance et le désert qui, en tant que témoin actif, réserve des histoires à ceux qui prennent le temps d’y prêter attention et d’écouter attentivement.

À propos d’Abdessamad El Montassir

Abdessamad El Montassir est un artiste-chercheur. Ses projets se déploient dans des installations visuelles et sonores immersives qui explorent la notion de trauma et examinent comment les formes de violence vécues, (in)transmises ou anticipées s’incarnent dans les corps et les paysages. L’approche d’El Montassir est interdisciplinaire et prend forme dans des collaborations avec des scientifiques, des poètes et des citoyens-témoins.

Abdessamad El Montassir - Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille
Abdessamad El Montassir et Jérôme Pantalacci – Sur les ruines, les pierres fleurissent à la Friche la Belle de Mai, Marseille

Ancien pensionnaire de la Villa Médicis à Rome, du Smith College à Northampton et de l’IMéRA – Institut d’Études Avancées à Marseille et des Ateliers de la ville de Marseille, son travail a fait l’objet d’expositions personnelles et collectives, notamment à Bétonsalon à Paris, au Centre Pompidou-Metz, au MAXXI à Rome, au Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris, à La Maison Salvan à Labège et plus récemment au FRAC Franche-Comté à Besançon.