Art-o-rama 2026 : Déjà vingt ans…


En cet fin d’été caniculaire, Marseille redevient le point de convergence de la scène artistique internationale. Du 28 au 30 août 2025, la Friche la Belle de Mai accueille une nouvelle édition d’Art-o-rama, le salon qui en vingt ans s’est imposé comme l’un des rendez-vous les plus singuliers, exigeants de l’art contemporain en Europe.

Un non-anniversaire

L’édition précédente avait rendu hommage à Roger Pailhas, figure majeure du monde de l’art et fondateur d’Art Dealers, disparu en 2005. Le salon aurait pu célébrer cette année son vingtième anniversaire. Mais comme l’explique l’équipe de Fræme dans son communiqué de presse : « Si 2026 marque la 20ème édition, un chiffre rond qui demanderait à être célébrée, nous célèbrerons nos 20 ans l’année prochaine, en 2027. L’édition de 2020 ne s’étant pas tenue dans sa forme habituelle, même si des propositions en ligne et à Marseille ont eu lieu ». Il faudra donc attendre 2027 pour fêter un vingtième non-anniversaire d’Art-o-rama…

39 galeries venus de 18 pays au cœur du salon

Dans la continuité des éditions précédentes, la sélection réunit cette année 39 galeries venant de 18 pays, dont cinq présenteront des projets communs portés par deux structures. Dix-neuf d’entre elles participent pour la première fois à l’événement. La sélection reste internationale mais laisse une place importante aux jeunes galeries : plus de la moitié ont ouvert dans les cinq dernières années.

Plusieurs expositions personnelles suscitent une attention particulière :

Nicolas Daubanes à la Galerie Maubert (Paris) propose un projet qui rassemble de nouvelles sculptures et dessins autour de l’architecture, de la contrainte et de la mémoire. Au centre du dispositif se trouve une reproduction grandeur nature d’un bassin de fontaine du XVIe siècle de la Villa Médicis, façonnée à partir de portes en bois prélevées dans des cellules de la prison des Baumettes avec la participation de détenus en réinsertion. Des dessins à la limaille de fer ainsi qu’un photogramme réalisé à partir d’étincelles d’acier représentent des bunkers des calanques et un fragment des casernes Rochambeau, poursuivant cette réflexion sur les architectures façonnées par l’histoire militaire. Des peintures en béton sucré rappellent, elles, le sabotage du Mur de l’Atlantique par des résistants.

Chez aaaa nordhavn (Copenhague), Leo Elia présente Coppice & Pollard, deuxième chapitre de son Cycle des compagnons entamé en 2025. L’œuvre prend la forme d’un théâtre semi-animatronique où un Homme de fer rouillé, tiré du Magicien d’Oz et de son adaptation soviétique, interroge le travail, l’héritage et l’obsolescence à travers trois versions successives de sa propre figure.

Liz Elton, présentée par Cable Depot (Sofia), construit ses œuvres à partir de sacs de compost biodégradables et de pigments issus de ses propres déchets de cuisine. Sa pratique, entre peinture de paysage et sculpture, questionne l’alimentation, le gaspillage et la régénération, et une partie des ventes est reversée à des banques alimentaires. Black and Blue, œuvre éphémère réalisée avec des sacs compostables, des colorants végétaux et des graines, sera présentée aux côtés de photographies et d’autres travaux consacrés aux cycles de la matière.

Liz Elton  Black and Blue, 2026 environ 260x260cm amidon de maïs compostable (sacs de recyclage des déchets alimentaires) coloré avec des colorants végétaux et des colorants à base de fruits issus de déchets alimentaires, teints au fer, graines de plantes comestibles à vertus médicinales, soie Courtesy de l'artiste et Cable Depot
Liz Elton Black and Blue, 2026 environ 260x260cm amidon de maïs compostable (sacs de recyclage des déchets alimentaires) coloré avec des colorants végétaux et des colorants à base de fruits issus de déchets alimentaires, teints au fer, graines de plantes comestibles à vertus médicinales, soie Courtesy de l’artiste et Cable Depot. Art-o-rama 2026

À la Galerie 22,48 m² (Romainville), Jonathan Bréchignac poursuit un projet initié lors d’une résidence à Pékin en 2024. Le pollen de pin, matériau archaïque et résistant, y devient pigment de peintures minimalistes, matière de sculptures ovoïdes et point de départ d’un volet olfactif conçu avec un parfumeur.

Chez Bombon Projects (Barcelone), Enric Farrés Duran place au centre de son projet la performance El feedback francés. Présentée les 28 et 29 août dans l’espace Films & Conversations, elle prendra la forme d’une session de travail autour d’un long métrage en cours de postproduction. Le stand réunit des œuvres et installations qui gravitent autour du cinéma, de l’amitié et des mécanismes de production de la valeur.

Enric Farrés Duran  An ant for us, Photographie couleur 20cm x 26cm Tirage giclée sur GGB Gloss Baryta. Courtesy of the the artist and Bombon Projects
Enric Farrés Duran An ant for us, Photographie couleur 20cm x 26cm Tirage giclée sur GGB Gloss Baryta. Courtesy of the the artist and Bombon Projects. Art-o-rama 2026

La galerie américaine Good Weather (Chicago et Little Rock) présente Raque Ford, dont l’écriture puise dans la musique pop et la culture numérique. Son travail, entre sculptures, peintures et installations, emprunte aux stratégies du Fluxus et à une esthétique punk qui détourne les grands courants artistiques du XXe siècle.

Parmi les duos, celui de Julia Gault et Amandine Guruceaga, présenté par la galerie Clara Darrason (Paris), transforme l’espace en diorama d’un territoire frappé par la sécheresse ou l’incendie. Les tubes de cuivre percés de Gault, remplis de fragments d’un texte d’Emmanuelle Pagano, dialoguent avec les sculptures de Guruceaga inspirées des plantes pyrophytes, capables de résister au feu ou d’en tirer profit pour se reproduire.

Julia GaultC’est la manière dont ces vagues pénètrent dans l’immeuble, 2023
 Tube de cuivre perforés
 Dimensions variables Courtesy Julia Gault © Photo: Béatrice Cafiéri
Amanding GuruceagaVulnerable Flowers – Bouquet 3, 2024 Tissus teints, cuivre brûlé, PVC recyclé 120 x 70 x 70 cm Courtesy Amandine Guruceaga © Photo: Jean-Christophe Lett
Art-o-rama 2026

Tout aussi attendu, le duo d’Alice Guittard et Thomas Mailaender que présente la galerie marseillaise Double V Gallery explore la circulation et la mémoire des surfaces. Mailaender consacre un nouveau corpus à l’imagerie du voilier tandis que Guittard compose, par incrustation de marbre, des vitraux évoquant des paysages méditerranéens suspendus entre solidité et fragilité.

Alice Guittard La clé, 2026. Incrustation de marbre 40 x 30 x 3 cm © J-C Lett Courtesy the artist & Double V Gallery
Thomas MailaenderRothmans King Size, 2026. Voilier pour bassin Impression à l’encre UV sur voiles en toile de coton 51 x 37 x 10 cm © J-C Lett Courtesy the artist & Double V Gallery
Art-o-rama 2026

On regardera également la proposition de la galerie TATSURO KISHIMOTO (Tokyo), qui réunit Mika Kasai, Maoya Kishi et Hideyo Ohtsuki autour de l’indétermination comme condition productive. Kasai recompose, depuis un point de vue oblique, les espaces et structures qui entourent les phénomènes plutôt que de représenter des figures ou des récits. Kishi brouille la frontière entre œuvre et matériau à partir de matériaux de construction ordinaires, transformés par une intervention minimale. Ohtsuki peint méticuleusement le ruban de masquage, un outil habituellement jeté après usage, rendant l’achèvement de l’œuvre lui-même ambigu.

Le projet curatorial que présentent ensemble Spiaggia Libera (Marseille) et Punta Gallery (Sofia) prolonge une collaboration engagée entre scènes française et bulgare, après des expositions à Varna puis à Sofia. Les pratiques d’Elvire Ménétrier, Slava George et Veronika Desova s’y répondent autour du corps, du mythe et de l’architecture, entre narration symbolique et imaginaires archaïques.

Édition et design : Une forte présence marseillaise

Si la section Galeries reste majoritairement internationale, les sections Édition et Design rappelleront l’importance de Marseille comme lieu de création.
Du côté des éditeurs, le public retrouvera Tchikebe et Atelier Vis-à-Vis, tous deux implantés à Marseille, ainsi qu’une proposition du Château La Coste avec des travaux de Marie et Mathieu Jouve, céramistes et créateurs de mobilier d’art installés à Aix-en-Provence.

Marc-Antoine Garnier et Jennifer HugotSuspension, 2024. estampe originale, sérigraphie rehaussée sur Velin d’Arches 60x40cm, 15 exemplaires Courtesy Atelier Vis-à-Vis.
Marie & Mathieu JouveLa Corne, 2025. Faïence émaillée (édition limitée à 30 exemplaires). 41 x 36 x 11 cm. Courtesy of the artists and Château La Coste
Art-o-rama 2026

À leurs côtés figure la première participation à Art-o-rama de l’Atelier Michael Woolworth (Paris). Le salon accueille également des projets venus de Londres (Pâme), de Paris (Atelier Arcay, MORE PROJECTS et Éditions du Lavoir) et la sélection présentée par Keijiban et Royal Book Lodge.

Brecht Evens – Sept terreurs, 2022. Lithographie sur papier vélin BFK Rives 250g 38 x 28 cm 50 copies Copyright Atelier Woolworth
Aïda BruyèreREQUIEM 4 a Monster, 2025. Morsure à l’acide 38,5 x 49,5 // 50 x 66 cm Courtesy of the editor. Editions du lavoir, Paris
Carole MoussetDripped out. Huile sur toile marouflée sur bois, 19 x 27 cm Reproduite en édition limitée de 50 exemplaires sur cartes postales en soie 100 % (14 x 19 cm) Courtesy of Pâme and the artist.
Jonathan MeeseSchule Geil, 2010. Livre d’artiste, céramique 28 x 20 cm Courtesy of the gallery and the artist. Royal Book Lodge, Montreuil, Grand Paris
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La section Design réunit cette année les studios et designers locaux tels que Grog, Maison Mode Méditerranée, Mamali Shafahi & Domenico Gutknecht, Substance et Vaisseaux.

Parmi les cinq projets associés parmi lesquels on retrouvera avec plaisir Moly-Sabata qui abandonne le Moly shop au profit de « Fromage et dessert » avec des peintures et céramiques d’Héloïse Bariol, Patrick Crulis, Jean-Jacques Dubernard, Jean-Jacques Gentil, Carlos Kusnir, Flora Moscovici, Caroline Nussbaumer, Mairead O’hEocha, René Pascal et Octave Rimbert-Rivière sous le commissariat de Joël Riff.

Seront également présent Mécènes du Sud avec une proposition de Frédérique Lagny, l’atelier des artistes en exil, le lauréat du prix François Bret des Beaux-Arts de Marseille et Documents d’artistes PACA qui présentera le travail de Sandra Hauser.

Émergence et transmission

Art-o-rama 2026 continue de soutenir la jeune création à travers les Prix Région Sud.

L’artiste invitée, Juliette George, lauréate du Prix Région Sud Art 2025, disposera d’un espace dans le salon. On attend avec intérêt cette nouvelle proposition, après une année particulièrement remarquée.
Lors de la précédente édition, Feria & Foria, « une bibliothèque de l’échec, sur un podium inversé avec une assise douce », s’était imposée comme l’une des propositions les plus marquantes de la 19ᵉ édition d’Art-o-rama. Le projet renouait avec l’esprit d’Art Dealers et constituait sans doute l’un des plus beaux hommages à la mémoire de Roger Pailhas.

Au printemps, Juliette George a présenté avec le duo blankett, qu’elle forme avec Rodrigue de Ferluc, une remarquable installation intitulée half-rest dans la chapelle blanche du Couvent, à la Belle de Mai.
En quelques années, Juliette George s’est imposée comme l’une des artistes les plus remarquées de la jeune scène artistique. Son parcours mérite désormais l’attention des collectionneur·euses, des institutions et des galeristes.

Edda Rabold, lauréate du Prix Région Sud Design 2025, présentera ses dernières productions.

Alibrahimi MaïssaneBreak the Sweet Sugar, 2025. Sucre, perle, diamant, dentelle, henné, laque, rose, ruban, diamant, sfifa, seringue, aiguille, sirop à la rose. Dimension variable. © Bahia Ourahou. Courtesy of the artist
Louise BelinDimanche 2 octobre, 9h To see any part of me series, 2022. oil painting on wood. 27 × 39 cm. TWNBABS, Pal Project, Paris, 2022. Courtesy of the artist
Marine PistienTentative d’envol (autoportrait), 2023. Dos bleu, tirage jet d’encre sur papier. dimensions variables, image : 6 × 7 cm. © Marine Pistien. Courtesy of the artist
Nina BoughanimJ’ai toujours rêvé d’être blonde, 2022. Faïence, verre soufflé, faux cheveux, malle, dimensions variables. © mihail novakow. Courtesy of the artist
Art-o-rama 2026

Les Showrooms confiés cette année à Pierre-Antoine Lalande pour l’art, et à Justinien Tribillon pour le design rassemblent une sélection de jeunes artistes et designers : Louise Belin, Maïssane Alibrahimi, Marine Pistien et Nina Boughanim pour l’Art. Andrea Moreno, Cassandre Thévenier, Emma Faury–Graziani et Manon Garcia del Barrio pour le Design.

Emma Faury GrazianiWSI, 2025/26. Collection autour des concepts de Wabi, Sabi et Iki. Chêne, sciure réemployée et jesmonite recyclée. Courtesy of the designer
Andrea MorenoEnsemble de bougeoirs à trois bougies, 2023. Grès, émail, déchets d’émail. © Photo: Marion Ellena. Courtesy of the designer
Cassandre ThévenierTénèbres, 2025. White stoneware pieces, glazed. 30 x 20 cm. Courtesy of the designer
Manon Garcia del BarrioPassages Tissés, 2022. 200 x 180 cm. Voile de bateau, tissage traditionnel nigérian et technique de sellerie de voile. Jacinthe d’eau, sac de riz, polyester. Courtesy of the designer
Art-o-rama 2026

En mêlant artistes confirmés et émergents, pratiques locales et propositions internationales, Art-o-rama s’annonce une nouvelle fois un événement incontournable qui marque la rentrée de l’art contemporain à Marseille, fidèle à son histoire et ouvert aux formes artistiques les plus actuelles. Héritier d’Art Dealers, le salon avait su faire preuve de beaucoup d’audaces jusqu’au réaménagement de la Cartonnerie. Les présentations ont depuis montré plus de sagesse et de normalité. À chaque édition, on espère retrouver des accrochages novateurs, des scénographies originales et téméraires…
Chroniques à suivre après l’ouverture d’Art-o-rama 2026

En savoir plus :
Sur le site d’Art-o-rama 2026
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Le Salon immatériel, plateforme dédiée aux œuvres dont on peut faire l’expérience en ligne est accessible depuis plusieurs semaines

Art-o-rama est produit par Fræme, association résidente de La Friche la Belle de Mai.

Comité artistique pour les Galeries et le Salon immatériel :
Frédéric de Goldschmidt, collectionneur, Bruxelles
Cédric Fauq, commissaire d’exposition, Bordeaux
Haynes Riley, galeriste, Good Weather, Chicago / Little Rock / North Little Rock
Joana Roda, galeriste, Bombon Projects, Barcelone
Sophie Tappeiner, galeriste, galerie Sophie Tappeiner, Vienne
Élise Poitevin & Anne Vimeux, galeristes, sissi club, Marseille

Comité artistique pour la section Édition & Design :
Jérôme Arcay, directeur de l’Atelier Arcay, Paris
Olivier Ludwig-Legardez, directeur de Tchikebe, Marseille

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