Flore Saunois – « Sweet and Long » pour Le Code a changé #7


Jusqu’en novembre 2026, Flore Saunois présente « Sweet and Long », septième volet du projet Le Code a changé, l’une des plus belles expositions accueillies par Didier Webre dans son appartement au-dessus du Vieux-Port à Marseille. L’artiste y propose un ensemble de pièces qui jouent avec la lumière et le temps. Elle s’appuie sur les caractéristiques intimes du lieu tout en prenant discrètement ses distances avec la vue spectaculaire qu’il offre sur Marseille. « Sweet and Long » est à l’évidence une proposition majeure de cette rentrée de l’art contemporain à Marseille et dans la région.

« Sweet and Long », une exposition guidée par la lumière

Pour ce septième volet du Code a changé, Flore Saunois est partie d’un élément à la fois concret, impalpable et changeant du lieu, la lumière. Dans cet appartement largement ouvert sur le Vieux-Port et sur Marseille, l’artiste considère la lumière comme un élément actif de l’exposition. Elle ne se limite pas à éclairer les œuvres, mais contribue à les inscrire dans le temps.
Sa proposition joue sur la durée, les moments de la journée et les changements de luminosité. Certaines choses apparaissent progressivement, d’autres s’effacent peu à peu. La lumière modifie leur perception au fil des heures et des jours.

Les pièces exposées empruntent à l’univers du quotidien, à des formes familières. Elles semblent modestes, parfois presque dérisoires. Mais elles posent des questions plus larges liées à la mémoire, à l’oubli, à la présence et à la disparition.
Le texte de Bernard Muntaner, reproduit ci-dessous, permet de comprendre comment l’appartement se transforme peu à peu en un espace d’indices. Les œuvres y entretiennent des relations qui ne produisent jamais une lecture unique, mais suggèrent plutôt des rapprochements, des correspondances et des hypothèses.

« Sweet and Long », une infra-dramaturgie des objets

L’ombre joue dès le départ un rôle majeur. Deux cadres en bois reprennent certains éléments du décor et évoquent des caisses américaines. Dans chacun, une photographie représentant une ombre est allongée sur le fond et le côté droit, donnant l’impression d’être au repos. Ces deux Ombres (2026) semblent faire un discret clin d’œil au Module Biface de Jérémie Setton, accroché au fond du vestibule, l’une des rares œuvres restées en place.

Flore SaunoisOmbre, 2026, bois, enduit de lissage, impression pigmentaire sur papier, env. 35 x 35 x 6 cm et env. 12 x 12 x 4 cm. – « Sweet and Long » – Le Code a changé #7

En face, Sans titre (2026) paraît prendre les Ombres à contre-pied. Dans une caisse en bois de faible épaisseur, l’artiste a découpé deux espaces dans lesquels elle met en scène différents objets.

Flore SaunoisSans titre, 2026, bois, verre dépoli, enduit de lissage, grès émaillé, tissu, graines de pavot, env. 58 x 57 x 18 cm. – « Sweet and Long » – Le Code a changé #7

En bas à droite, on découvre le moulage en grès d’un pistil de pavot somnifère.

À gauche de la caisse, un évidement ménagé dans son épaisseur laisse apparaître un rideau de velours qui en tapisse toute la hauteur. Sur le fond, on distingue des graines de pavot. Le côté cour de ce qui ressemble à un petit théâtre est fermé par un verre dépoli, à travers lequel une lumière changeante viendra éclairer la scène.

Flore Saunois conçoit cette pièce comme une sorte d’incipit de son exposition. Elle pose le décor et introduit plusieurs des éléments qui reviendront ensuite dans « Sweet and Long ».

Plus loin, un éphéméride propose une autre façon de percevoir le temps. Sur une plaque en scagliola, composée de plâtre et de pigments, ce calendrier rassemble 365 feuilles réalisées à partir de pigments extraits de pétales de coquelicot selon le procédé photographique ancien de l’anthotype. Chaque page perdra progressivement sa couleur sous l’effet de la lumière et pourra être arrachée lorsqu’elle sera devenue blanche.

Flore SaunoisÉphéméride, 2026, scagliola (plâtre et pigments), préparation pour anthotype (extraction de pigments de pétales de coquelicot) sur papier, env. 31 x 42 x 14 cm. – « Sweet and Long » – Le Code a changé #7

Le processus sera assez long, car la pièce n’est pas exposée à la lumière directe. Il dépendra aussi des conditions météorologiques et de la durée du jour, qui diminuera progressivement avec l’installation de l’automne. Avec Éphéméride (2026), le changement n’est donc pas seulement évoqué. Il devient partie intégrante de l’œuvre, qui interroge également la dilatation du temps.
La scagliola, que l’on retrouve dans plusieurs pièces, occupe une place importante dans le travail de l’artiste. Elle consiste à fabriquer un stuc imitant le marbre et les pierres dures à partir de gypse, de colle animale et de pigments. Mise au point au XVIIe siècle en Italie, la scagliola a notamment été utilisée comme trompe-l’œil pour réaliser des décors architecturaux ou imiter du mobilier luxueux, comme les tables en marqueterie de marbre et de pierres dures.

Dans le salon de Didier Webre, les six mètres du mur face au Vieux-Port sont recouverts sur toute leur hauteur par un rideau de velours grège, sur lequel est posée une plaque de verre. Réalisée pour l’appartement, cette installation appartient à une série intitulée « Fenêtre », dont on avait pu voir des réalisations in situ à art-cade en 2020, puis à Art-O-Rama et au Château de Servières en 2022. Cette vitre verre pose la question du sous-verre et de ce que l’on choisit d’encadrer. Elle attire surtout l’attention sur le rideau lui-même, qui devient ici l’élément à regarder.

L’armure du tissage attrape la lumière et produit d’insaisissables nuances. Le morceau de verre posé au sol reflète imparfaitement l’image du regardeur et celle du paysage. Pour Flore Saunois, ce rideau fait évidemment écho à celui peint par Parrhasios lors de son duel avec Zeuxis, que raconte Pline l’Ancien dans son Histoire naturelle. Une référence qui permet aussi d’interroger la représentation du réel.

À hauteur des yeux, Flore Saunois présente pour la première fois une toile. Accroché sur le rideau, ce tableau appartient à une série de trois acryliques que l’on découvre dans Le Code a changé #7. Si l’artiste avoue avoir très envie, depuis longtemps, d’introduire la peinture dans ses expositions, elle affirme très vite que ce n’est pas réellement de la peinture, parce que « c’est des socles »…

Face au ciel de Marseille, Flore Saunois présente donc un socle vertical sur lequel est installée une petite étagère en bois. Derrière une vitre anti-UV, on découvre un tissu enroulé, plaqué contre un bleu ciel aux nuances délicates. Les marbrures incarnat de l’étoffe indiquent qu’il a servi à écraser les pétales de coquelicot lors de la préparation de l’anthotype. La manière dont les veinures évolueront reste l’une des inconnues du projet « Sweet and Long ».

Sur la très belle commode du salon, Flore Saunois a disposé avec un sens très sûr de la mise en scène les éléments qui composent Sans titre (scènes) .1 (2026). Sur une peinture abstraite aux dimensions du meuble, qui semble encore hésiter avec l’idée de la nappe, l’artiste a installé un insolite et poétique petit théâtre. Ses tonalités douces et veloutées s’accordent parfaitement à celles du mobilier.

Sur la gauche, deux prismes de verre jouent subtilement avec la lumière. À l’arrière-plan, trois cubes de bois, dont l’un en forme de boîte, cachent de petites boules rouge foncé. Il s’agit en réalité de pétales de coquelicot compressés, résidus de l’extraction pigmentaire utilisée pour la préparation de l’anthotype. À leur droite, une boîte verticale contient une curieuse pièce de porcelaine dont la fonction échappe.

Au centre de la scène, le moulage d’une petite cucurbitacée émaillée de blanc accompagne une feuille séchée et torsadée dont l’origine reste mystérieuse.

Sur la droite, une douzaine de graines indéterminées en grès présentent des téguments qui semblent être en porcelaine. L’ensemble se prolonge par deux pièces en équerre, également en porcelaine, dont l’une est posée sur un socle en scagliola.

Cette composition énigmatique soulève plusieurs questions. Pourquoi cette récurrence du coquelicot et du pavot somnifère, ou pavot à opium (Papaver somniferum) ? Que raconte cette mise en scène ?

Peu avant le vernissage, Flore Saunois nous en a dévoilé quelques clés : « En mai, quand je suis venue dans l’appartement de Didier pour commencer à préparer ce projet, la colline en face, du côté de Notre-Dame de la Garde, était couverte de coquelicots. Il m’a semblé intéressant de faire écho à cette impression, à ce moment fugace. J’aime, en fait, le symbole du coquelicot qui est cette fleur éphémère, à la fois très belle et fragile, qui ne dure vraiment qu’un instant. Et puis, pour ce Papaver somniferum, c’est la mémoire, l’oubli, le sommeil. Une plante longtemps considérée comme une plante magique associée à la magie noire. Le pavot à opium n’est pas uniquement cultivé pour fleurir les jardins, c’est aussi celui qui est utilisé pour la production d’opium et des opiacés…
J’aime bien parler d’infradramaturgie dans mon travail, comme des petites mises en scène où on ne sait pas s’il y a quelque chose qui va se passer, qui est en train de se passer ou qui s’est déjà passé… Il y a un peu de la latence…
»

Sur la table du salon, un paysage abstrait à l’acrylique sert de « nappe » à une nature morte de fruits. Sur la peinture, une bande horizontale de lavis gris bleu surmonte une large plage grège qui fait écho au velours de Fenêtre (2026). Cette toile fait-elle également écho à la vue depuis l’appartement, dans les lumières sourdes de l’aube ou celles d’un jour gris où tout disparaît ?

Flore Saunois – « Sweet and Long » - Le Code a changé #7
Flore Saunois – « Sweet and Long » – Le Code a changé #7

Sur un plateau de bois, la composition réunit, dans des tonalités blanches et grises, des moulages de pommes, de poires, d’avocats, de gousses et de capsules indéterminées, récoltées par l’artiste lors de sa résidence à Moly Sabata.

« Je ne me verrais pas, en tout cas en ce moment, faire une peinture des choses, faire une représentation… Tout ça, c’est des moulages. En fait, on a vraiment l’empreinte, la trace de la chose qui a été là. On a encore cette présence.
J’aime bien cet entre-deux. Entre la représentation et la présence des choses. Je crois que j’essaye de chercher une certaine présence, en fait, pas juste une chose qui est représentée… Parce que dans présence, il y a du présent.
»

Au pied du mur qui fait face à Éphéméride, Flore Saunois a délicatement posé sur un socle en scagliola le moulage en grès d’une capsule de pavot. Elle présente ainsi, de manière indicielle, les éléments qui ont permis de réaliser l’œuvre, comme une sorte de pendant.

Sur le mur, qui donne la trompeuse impression d’avoir été récemment enduit pour « Sweet and Long », une tige de pavot reproduite en grès laisse autour d’elle un espace vide. Au point qu’on ne sait plus ce qui appartient à l’appartement et ce qui appartient à l’œuvre. Cette sensation étrange parcourt en fait l’ensemble de l’exposition…

Un peu plus loin, sur une petite étagère en bois, les clés de l’appartement semblent avoir été négligemment posées. Reproduites en porcelaine blanche, elles peuvent être identifiées, mais ne permettent aucune ouverture.

Ces clés s’inscrivent dans une série de pièces uniques. Depuis sa résidence à la Cité internationale en 2023-2024, Flore Saunois réalise des copies en porcelaine des clés des institutions, des collectionneur·euse·s ou des musées dans lesquels elle a présenté son travail. Un exemplaire est présenté dans l’exposition, tandis que l’autre est archivé et conservé par l’artiste.

Il faut enfin retourner dans la salle à manger de l’appartement pour découvrir, avant de rejoindre le vestibule, deux photographies.
L’artiste confie que cela faisait longtemps qu’elle avait envie de s’exprimer plastiquement à travers la photographie. Le projet pour Le Code a changé lui en a donné l’occasion. Ce sont, explique-t-elle, « des moments d’atelier, mais qui sont en fait trop fragiles pour exister en tant que pièce »…

D’un côté, on découvre un bouquet avant qu’il ne fane et un reflet, « ce moment précis de lumière que j’aimais ».
En pendant, Flore Saunois explique avoir « attrapé un moment dans l’atelier lors de la préparation de l’exposition avec ces éléments fragiles qui sont sur le point de tomber… une sorte de carnet de notes ».

« Sweet and Long », une autre temporalité

On retrouve dans « Sweet and Long » l’attention particulière de Flore Saunois pour les situations ordinaires. Son travail entretient depuis longtemps une relation étroite avec les lieux qu’elle investit, sans en nier les caractéristiques. Il ne s’agit pas seulement d’y montrer des œuvres, mais d’en modifier légèrement la perception en déplaçant les relations habituelles entre un objet, son image, son usage et ce qu’il signifie. Le déplacement est parfois presque imperceptible. Pourtant, il suffit à faire vaciller ce que nous pensons reconnaître.
Les pièces réunies fonctionnent comme un mystérieux système de signes. Elles semblent s’associer dans une infra-dramaturgie, sans jamais constituer un récit définitif. Chaque objet conserve son autonomie tout en contribuant à une composition plus vaste, fondée sur des événements presque imperceptibles.

La proposition de Flore Saunois introduit discrètement une autre temporalité dans cet intérieur. Face au paysage visible depuis les baies vitrées, elle attire l’attention sur des phénomènes discrets : une ombre, une empreinte, une couleur qui disparaît ou des clés qui n’ouvrent aucune porte.
Le titre « Sweet and Long » laisse lui aussi la porte ouverte à plusieurs interprétations. Il évoque une durée étirée sans en préciser la nature. Cela semble cohérent avec une exposition où la lumière devient une mesure du temps, où les objets oscillent entre apparition et disparition.

Avec « Sweet and Long » , Flore Saunois construit ainsi une exposition attentive aux transformations les plus discrètes et fait apparaître ce que cet appartement ne montre pas immédiatement.

Visite incontournable !!!
À lire, ci-dessous, Chercher la clé…, le texte de Bernard Muntaner.

    En savoir plus :
    Sur le site Le code a changé
    Suivre l’actualité du projet Le code a changé sur Instagram
    Sur le site de Flore Saunois
    Suivre l’actualité de Flore Saunois sur Instagram
    Lire le dossier de Flore Saunois sur documentsd’artistes.org

    Chercher la clé… par Bernard Muntaner

    En entrant dans l’appartement, sur le mur de droite deux encadrements protègent une bande de papier grisé représentant une ombre, il s‘agit d’une photo.

    L’ombre est un élément inhérent à la lumière, et, dans ce lieu inondé de soleil, la part d‘ombre est un vecteur sensible. Lui faisant face, une boîte se présente comme une construction en bois avec des références que l’on peut trouver dans un appartement : une petite ouverture dont on mesurera les limites de la vision d’un espace où est situé un escalier, une vitre martelée qui transforme le réel en le fracturant en éclats de visions, figurerait l’idée d’une maison-dans-la-maison, un lieu décrit avec une présence expressive éloquente et mystérieuse, ravivant la chanson de Graeme Allwright « Petites boîtes » qui enferment les gens de l’enfance à la mort. Dès l’entrée du salon on est questionné par un calendrier éphéméride mural.

    Un panneau en scagliola, (plâtre et piment), constitué d’un bloc de 365 feuilles de papier sur lesquelles a été passé un jus de pétales de coquelicot compressés à l’aide d’un pilon dans un peu d’alcool. Il se présente d’une couleur légèrement rosée qui disparaîtra avec la lumière à la fin de chaque journée. L’apparition et la disparition sont des thèmes familiers de l’artiste : « L’impermanence des phénomènes et des objets qu’elle manipule avec malice et poésie révèle à la fois leurs possibilités concrètes et leur évanescence » (1) On pressent que les choses sont énoncées et dénoncées comme un jeu de piste à suivre, une énigme à découvrir, comme ça le serait derrière un obstacle, derrière un rideau de toile. Celui-ci justement apparaît sur le mur en face de la baie vitrée.

    C’est un store californien dans lequel Flore Saunois a découpé une forme orthogonale qui laisse apparaître le mur de derrière. Si un rideau cache une réalité possiblement à découvrir, comme une pièce de théâtre, il ouvre ici sur le mur blanc de la pièce qui cache lui aussi un côté inaccessible, un silencieux mystère. Nous sommes alors devant une impossible échappatoire, un devenir bloqué par la contradiction visuelle de l’ouverture emmurée. Ce donné à voir est immédiatement soustrait à l’invitation qu’il vient de nous faire.

    Posée sur le meuble situé au bas du rideau, une étagère en bois est expressive par ce qu’elle nous offre en diversités sémantiques, nichées dans des réalisations elliptiques diversement agencées. Il semble que nous construisions depuis les premières réalisations une sorte de rébus visuel, qui se joue de nous tout en nous attirant dans ses méandres séduisants. Y aurait-il une énigme à rechercher ou à découvrir dans la mise en scène de ces créations ? La présence de ses nombreux « éléments objets » dans cet espace défini pose question de sa relation avec l’espace de l’appartement. Est-elle située entre décor et décoration ? La question deviendrait-elle une réponse induite ? Ambiguïté d’une affirmation. Les événements se suivent et se séparent, l’équivocité des présences formelles tangibles s’ouvre à une énigmatique dramaturgie… Tout ce qui ponctue et rythme l’espace défini du lieu, est un « message qui ne dit rien, il transporte quelque chose seulement d’apparence tangible, il se dérobe à chaque contour des objets (…) Le message ne dit rien, il court seulement. » (2) On se prend à effleurer, et affleurer des intentions de récits tout en acceptant un renoncement à l’univocité d’une narration discursive. Elles deviennent ici un éventuel leurre qui nous conduit à des impasses ouvertes… questionnant éternellement une situation insaisissable… Le Ici et maintenant du projet trouve sa voie dans l’imparfait de sa réponse.

    On soulignera que plusieurs objets sont issus d’empreintes minutieuses, et que celles-ci ont pour but de « reproduire » fidèlement une réalité. Sur le mur suivant, une empreinte en volume d’une tige de pavot, réalisée en grès, dessine un espace vide autour d’elle.

    Elle pourrait receler, si on retient la caractéristique du pavot somnifère, un déterminant de l’appartement qui est celui-ci : « tout en étant totalement fonctionnel, personne n’a encore vécu ni dormi sur place… ! » Clin d’œil poétique, ou réponse de l’inconscient ? Le secret d’une narration proposée, s’il y en a un, on le trouvera sur le dernier pan de mur, dans une empreinte de clés en porcelaine blanche, celles de l’appartement.

    Mais celles-ci ne peuvent ouvrir aucune porte. Aucune issue, comme le mur derrière le rideau. Est-ce là la clé de l’énigme qui trouve sa résolution dans un éloquent oxymore « l’ouverte fermeture ».

    Ces approches de sens offriraient une sorte de dictionnaire ouvert, où chaque mot aurait sa propre détermination sans jamais former de phrase élaborée. Une possible histoire après laquelle on court? Cette organisation sémantique serait-elle philosophique ? Visiblement… Serait-elle poétique ? Assurément. Il me revient en mémoire cette phrase de Mallarmé « Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve ».

    L’action de Flore dans cette réalisation in situ est de proposer dans l’intervalle des mots, un univers inversé, ou tout au moins décroché du lieu, pour déclarer la puissance sémantique forte et résistante d’une opposition à la puissante présence agencée de l’appartement et de sa magnifique vue « wahou » panoramique. Dans une belle expression poétique elle convoque aussi la vanité, qui serait de vouloir circonscrire, d’arrêter, de limiter ou de localiser un sens… Cette symphonie de signes qui animent les murs est autant d’interrogations sur les limites de la perception et de ses représentations. « Un poème est un mystère dont le lecteur doit chercher la clef » (3).

    Bernard Muntaner, juillet 2026

    (1) Extrait du texte de Benjamin Laugier, à l’occasion de l’exposition Le temps d’un ciel bleu, au Nouveau Musée
    National de Monaco NMNM, 2026
    (2) « Le message ne dit rien », exposition : Liminal, MANIFESTA 13 – les Parallèles du Sud, Art-Cade, Galerie des Grands Bains Douche,
    (3) S. Mallarmé

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