Du 15 au 25 octobre, Re-Lighthouse, une installation de l’artiste palestinien Shareef Sarhan, prend place sur le parvis du Corum à Montpellier. Présentée dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, l’œuvre reconstruit Lighthouse (Le Phare), une installation créée entre 2015 et 2016 sur le rond-point du port de Gaza, puis détruite par l’armée israélienne. Conçu comme un dispositif itinérant et « indestructible », Re-Lighthouse a été présenté pour la première fois à Marseille, sur le parvis du Mucem, puis à Bordeaux, sur le quai Richelieu. À l’initiative de L’Atelline, cette nouvelle étape montpelliéraine s’inscrit dans un parcours qui se poursuivra à travers la France et l’Europe.
Plusieurs rendez-vous accompagnent la présentation de Re-Lighthouse dans l’espace public. Le vendredi 16 octobre à 18 h 30, le Frac Occitanie Montpellier propose une rencontre avec Shareef Sarhan autour de sa démarche artistique et de son parcours. Chaque après-midi jusqu’au 21 octobre, l’artiste et l’équipe de L’Atelline seront également présents au pied du phare pour échanger avec le public.
Shareef Sarhan, né à Gaza en 1976, est artiste plasticien et photographe qui vit et travaille aujourd’hui à Marseille. Membre fondateur de Shababeek pour l’art contemporain et membre de l’Association des artistes palestiniens, il est diplômé en art et a également étudié à l’académie Darat Al Funun, en Jordanie. Il est l’auteur du livre de photographies Gaza Live. Son travail a été exposé à Gaza, Ramallah, Jérusalem et Amman, ainsi qu’aux États-Unis et dans plusieurs pays européens.
De Lighthouse à Re-Lighthouse, de Gaza à Marseille
Entre 2015 et 2016, Shareef Sarhan réalise Lighthouse, une installation d’envergure dans l’espace public à Gaza. Construite sur le rond-point du port, cette œuvre lumineuse utilise des matériaux recyclés et des débris récupérés après les destructions liées à la guerre. Interactive et conçue à partir de matériaux de récupération, elle remporte un concours de la Fondation AM Qattan. Sa réalisation repose sur des techniques de ré-assemblage et de construction à partir de gravats, matériau que l’artiste utilise dans plusieurs de ses travaux.


Shareef Sarhan – Gaza Lighthouse, 2015-2016. Photo Shareef Sarhan
Conçue avec des ingénieurs et de jeunes artistes de Gaza, l’installation transforme les vestiges de la destruction en une œuvre publique et une source de lumière. Pendant plusieurs années, le phare illumine les abords du port. Il devient un repère visuel et un symbole reliant la ville, la mer et ses habitants. En 2023, la sculpture est détruite par un char de l’armée israélienne.
Installé à Marseille, Shareef Sarhan effectue une résidence à la Cité des arts de la rue. Cet environnement consacré à la production artistique dans l’espace public lui permet de développer de nouveaux échanges avec des artistes, des institutions et des publics. Cette résidence aboutit à une nouvelle version de Gaza Lighthouse, intitulée Re-Lighthouse.



Conçue comme un lien symbolique et visuel entre Gaza et le paysage urbain français, l’installation prolonge la réflexion de l’artiste sur la mémoire, le dialogue, le lieu et l’identité. Elle affirme, selon ses termes, « l’art comme vecteur de mémoire, de dialogue et de réflexion sur les notions de lieu et d’identité ».


Re-Lighthouse de Shareef Sarhan à Marseille et à Bordeaux
Présentée à Marseille du 16 mai au 11 juin 2026, dans le cadre du programme d’ouverture de la Saison Méditerranée 2026, Re-Lighthouse poursuit désormais son parcours en France et en Europe. De Gaza à Marseille, puis vers d’autres villes, l’installation transporte les traces d’un lieu marqué par la guerre, les déplacements de population et la destruction. Son itinérance donne une nouvelle visibilité à cette œuvre, conçue comme un témoignage de la mémoire de Gaza et de la capacité à reconstruire.
De Marseille à Montpellier…
On retrouve donc Shareef Sarhan à Montpellier pour quelques jours. Sa présence remarquée à Art-o-rama, sur le stand de l’atelier Tchikébé, avait permis de découvrir un autre aspect de son travail. Il y présentait une pièce de « Dear Gaza… I Love You », une série issue d’une archive photographique constituée à Gaza entre 2005 et 2023. Les images documentent la vie quotidienne dans les rues, les camps de réfugiés, les ruelles et au bord de la mer. Elles s’éloignent des représentations directement associées à la guerre. Imprimées sur un blocs de béton provenant des décombres d’immeubles bombardés et détruits, ces œuvres appartienne à un projet plus vaste intitulé « Gaza Concrete ».



Shareef Sarhan – Gaza Concrete – Dear Gaza… I Love You, 2005–2023 et Concrete Remembers. Photo Shareef Sarhan
À Art-o-rama, elles étaient présentées devant six assiettes en béton coulées à la main, appartenant à la série « Concrete Remembers ». Ces pièces reproduisent des photographies de la mer, des poissons et du travail quotidien des pêcheurs à Gaza. Pour l’artiste, l’assiette revêt « une signification qui dépasse sa fonction première, évoquant la table comme espace de rassemblement, de mémoire et de partage. Autour d’une table, on se souvient du passé, on parle du présent et on imagine l’avenir ».
Dans cette série, Shareef Sarhan recourt au kintsugi, une technique japonaise qui consiste à souligner les fissures d’un objet avec de l’or plutôt qu’à les dissimuler. Les fissures du béton évoquent ainsi les destructions et la possibilité d’une réparation. L’or donne une nouvelle valeur à la surface abîmée.
Espérons que le passage de Re-Lighthouse à Montpellier contribuera à faire connaître davantage le travail de Shareef Sarhan dans la région et ouvrira la voie à une exposition personnelle qui lui serait consacrée.
En savoir plus :
Sur le site de Shareef Sarhan et sur son compte Instagram
Sur le site de L’Atelline et sur Instagram



