Une exposition illisible : Des images comme des oiseaux à la Friche de la Belle de Mai, Marseille

À en croire la présentation de la carte blanche offerte à Patrick Tosani et à Pierre Giner par la Friche de la Belle de Mai, le dispositif scénographique imaginé pour l’exposition « des images comme des oiseaux » doit permettre de proposer au public « une expérience de lecture des différents registres de gestes photographiques […] en une sorte de pacte ludique… » (texte de présentation, document à disposition des visiteurs).

Malheureusement, il y a un fossé entre l’intention déclarée et la mise en œuvre de ce dispositif.

Les cimaises inclinées installées dans les 750 m² du plateau au 2ème niveau de la tour panorama rendent illisible une grande partie des œuvres présentées.

Pour une personne dont la taille est de 1,80 mètre, il est très difficile de voir correctement les photographies accrochées au niveau supérieur de ces cimaises, la distance est trop importante.
La vision devient quasi impossible pour les épreuves protégées par un verre, tant la perturbation par  des reflets parasites est grande.  On n’ose imaginer le niveau de confort pour les personnes de petite taille et les visiteurs en fauteuil !

Au registre inférieur des mêmes cimaises, le visiteur a le plaisir de voir son reflet et celui des tubes de néon se mêler aux photographies présentées…

Il faut donc en permanence se tordre le cou, se mettre sur la pointe des pieds et faire de multiples contorsions pour essayer d’apprécier les images qui nous sont proposées ! Est-ce la le « pacte ludique » imaginé par Tosani et Giner ?

En bref,il est très difficile de voir confortablement  30 à 50 % des photographies présentées sur ces cimaises inclinées .

Malheureusement, pour les épreuves accrochées sur des cimaises verticales, l’éclairage est aussi calamiteux. Les reflets des tubes au néon se multiplient et transforment la visite de l’exposition en une véritable épreuve.

Dans de telles conditions, il est difficile de juger  le travail de Patrick Tosani… dont on ne retient au final qu’un accrochage construit sur le tri par ordre alphabétique du nom des 181 artistes sélectionnés ! Certes, le modèle pratique de  cette exposition est inspiré par l’Atlas Mnémosyne d’Aby Warburg, mais les conditions d’éclairage ne permettent pas d’en apprécier la pertinence…

On ne peut que s’interroger sur les raisons qui ont conduit  le  Centre National des Arts Plastiques (CNAP) et la Friche de la Belle de Mai à valider une exposition qui, de fait, « méprise » complètement le public et les artistes…

Il y a, c’est évident, un fossé entre le concept initial, étayé par une maquette et la mise en place à l’échelle 1 dans l’environnement final de l’exposition.

3 Vues de l'exposition Des images comme des oiseaux_1
Vues de l’exposition Des images comme des oiseaux, une traversée dans la collection photographique du centre national des arts palstiques.
Carte blanche à Patrick Tosani et Pierre Giner, La Friche La Belle de Mai, Marseille ©JC Lett

Il est regrettable que l’interdiction de prendre des photos de la scénographie ne nous permette pas de rendre compte visuellement de notre propos !

On n’aura pas l’effronterie de conseiller à Pierre Giner de regarder le travail des galeristes et de nombreux espaces publics dédiés à la photographie qui s’honorent de présenter le travail des photographes dans les meilleures conditions de confort visuel pour leur public.

Curieusement, le livre d’or de cette exposition n’est disponible que sur demande auprès des hôtesses de l’accueil. La lecture des quelques remarques qui y sont consignées indique que notre avis négatif n’est pas isolé. Quelques échanges avec le personnel d’accueil montrent que les avis du public semblent pour le moins très tempérés sur la scénographie…

Espérons que l’ENSP (École Nationale Supérieure de la Photographie) d’Arles qui est associée à cette manifestation saura mettre à profit cette expérience d’accrochage et de mise en lumière pour monter à ses étudiants, ce qu’il convient de ne pas faire…

L’exposition présente au 3eme niveau, une application informatique Image Atlas qui propose selon le document d’accompagnement offert au  visiteur « un générateur d’accrochage qui prolonge pour le spectateur et dans l’exposition, l’expérience du commissariat original ». L’application est également disponible pour les smartphones et  tablettes sous iOs et Android.
L’utilisation de cet outil laisse perplexe… Malgré les citations de Karl Sierek puis de Sergueï Eisenstein, que peut-on y voir de plus qu’un outil qui permet de faire un tri par ordre alphabétique  (A à Z ou Z à A), ou par la plus grande dimension (croissant ou décroissant), ou de l’ordonner de manière aléatoire les 360 images  choisies par Patrick Tosani ? Les propositions d’accrochage virtuel sont assez primaires : présentation verticale avec alignement des images sur la gauche, présentation horizontale avec alignement des visuels au milieu ou présentation des photographies en mosaïque.

En 2011, Pierre Giner  avait déjà produit une application Cnap-n (Cnap puissance n) pour « naviguer » dans la collection du Centre National des Arts Plastiques. Cette appli a droit à une citation de Theodor w. Adorno, mais que propose t elle d’autres qu’un générateur aléatoire de sélection dans la collection… en guise d’expérience « curatoriale » annoncée !

À éviter !

En savaoir plus :
Sur le site de la Friche

5 COMMENTAIRES

  1. Les rencontres photographiques d’Arles 2013 ont fait encore plus fort !
    Dans l’un des hangars, des photos au collodion humide sur plaques de verre étaient posées inclinées à 45 degrés sur des tables… sous des vitrines parallélépipédiques.
    Il était impossible de regarder ces photos, même en se contorsionnant.
    Les éclairages situés en hauteur et répartis sur toute la surface d’exposition créaient des reflets sur la vitre du dessus, sur la photo inclinée, et sur la vitre frontale au cas où on aurait tenté de s’accroupir.

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