Lee Ufan, Dissonance à la Chapelle Saint-Laurent – Le Capitole, Arles

L’association du Méjan propose de découvrir des œuvres récentes de Lee Ufan, dans Dissonance, une remarquable exposition, jusqu’au  22 septembre 2013.

Si l’œuvre de Lee Ufan est reconnue au niveau international, elles est encore peu connue en France. L’exposition arlésienne est la première exposition personnelle de Lee Ufan depuis la rétrospective organisée par le musée Guggenheim de New York en 2011.
Elle accompagne la récente publication d’une monographie par les éditions Actes Sud. Michel Enrici, auteur des textes en français est aussi le commissaire de cette exposition.

Lee Ufan est né en 1936 en Corée. Il vit et travaille entre Paris, New York et le Japon. C’est le théoricien du mouvement d’avant-garde Mono-Ha (« l’école des choses »), un courant artistique japonais qui s’est développé parallèlement aux  mouvements minimalistes, à la fin des années soixante. Mono-Ha est souvent rapproché l’Arte Povera  par l’utilisation de matériaux simples issus de la nature ou produits par l’industrie et de faire de l’art à partir de ce qui est trouvé à proximité.
Son travail est représenté dans de nombreuses collections publiques (Centre Pompidou, MoMA, Tate…) et privées. Il a participé à de nombreuses manifestations internationales (Documenta, Biennale de Venise…). Il est représenté en France par la galerie Kamel Mennour.

Dans son Avant propos à la monographie publiée par Acte Sud, Michel Enrici résume ainsi le travail de Lee Ufan :

ufan-portrait-_2-620x496« Peu de gestes, peu de mouvements visibles, un lien aux principes de la nature, une économie de la pensée par la maîtrise de la complexité, le sentiment de l’espace et, plus que tout, la conscience aiguë d’une responsabilité à la fois historique et ontologique, fondent cette œuvre. La tension qui l’habite ne se veut ni la traduction d’un désir expressif ni un fait d’ordre psychologique. Aux antipodes de ces catégories, le travail de Lee Ufan organise, par la permanence répétée de quelques gestes fondamentaux, des rencontres et des correspondances révélatrices du lien entre l’homme et son milieu objectif et subjectif.

À ce titre, la charge de cette œuvre si compacte et si limpide dans sa formalisation est immense, tout autant poétique que philosophique, et ambitionne de participer à l’éthique comme à l’esthétique. Au passage, elle entretient le doute sur la véritable dignité qu’il faut accorder à l’identité de l’artiste, identité que Lee Ufan a rejointe très progressivement avec méfiance, donnant longtemps l’avantage à l’écrit et à l’exercice de la pensée, n’acceptant l’idée d’être un artiste plasticien qu’à la condition de réussir à placer dans cette activité une intention globale où son « être-au-monde » pourra être pleinement et justement traduit.

L’ambition de l’œuvre est sans doute dans cette singularité, résumée par la dernière phrase du discours de Lee Ufan lors de l’inauguration de son exposition rétrospective au musée Guggenheim de New York, en juin 2011 : « Ce que nous voyons ici est une question posée à l’idée de civilisation ! » »

Dissonance est une exposition entièrement nouvelle.  Dans un texte de présentation pour les Rencontres  d’Arles, Michel Enrici précise que « Dissonance désigne dans un texte de Lee Ufan une saveur remarquable mais fugitive que le goût rencontre dans un met exceptionnel mais ne saurait conserver. Vivre la rencontre, l’exception des formes et du sens, voilà ce que Lee Ufan propose à Arles ».

L’exposition au Capitole ( ancienne chapelle Saint-Laurent ) se développe sur deux niveaux.

Au rez-de-chaussée, on découvre  un ensemble de sculptures qui met en relation avec beaucoup de subtilité des pierres choisies dans la nature, des plaques ou des tubes  d’acier issus de la production industrielle, l’espace de l’exposition, la lumière et le visiteur…

Lee Ufan bâtit un « art de la rencontre ». Les pierres et le métal entretiennent une relation étroite, l’acier est produit à partir de minerais et de minéraux. Si les tôles et les tubes d’acier évoquent la production industrielle et la modernité, la pierre rappelle l’antique et la nature primordiale.
Dans le travail de Lee Ufan aucun des deux matériaux ne domine l’autre… Ils sont en relation l’un avec l’autre, mais aussi avec le visiteur comme des aspects distincts et égaux de la réalité…
Comme le note avec pertinence, un texte du Guggenheim  à propos d’une œuvre de la série Relatum : « La sculpture de Lee propose un modèle philosophique de la coexistence entre nous, les choses dans le monde, et notre environnement».

Les pièces présentées font partie de la série Relatum. La plus ancienne a été réalisée en 2003 (Position), les plus récentes sont de 2009 (Contrepoint),  2011 (Méditation) 2012 (Dissonance) et 2013 (Dialogue, Roc et bâton). Toutes sont prêtées par Lee Ufan et la galerie Kamel Mennour.

L’excellent travail de mise en scène, le soin tout particulier apporté à l’éclairage et la délicatesse de l’installation sonore conduisent très naturellement le visiteur à percevoir les intentions de l’artiste.

Si l’on veut bien croire le texte d’accompagnement remis au visiteur : «  Les pierres ont été choisies cueillies dans la nature proche, les plaques de métal empruntées au stock de l’industrie. Les unes et les autres reviendront vers leurs origines d’où elles ont été distraites, sauf si par un achat ce dispositif devient œuvre ».

Le premier étage présente dans l’espace unique de la chapelle un ensemble de toiles de la série Dialogue (2007-2013). Cette série reprend le principe mis en place dans la série Correspondance. Comme dans la peinture traditionnelle asiatique, sur la toile posée au sol, Ufan réduit les coups de pinceau à une, deux ou trois marques carrées posées avec un large pinceau plat chargé avec de la peinture grise, une couleur qui exprime selon lui « un monde vague,  éphémère et incertain ». Ses gestes sont réduits, son esprit concentré.  Il décrit cette expérience comme « l’art de Yohaku , l’écho qui porte dans le silence ». Dans les peintures de cette série, Lee construit un dialogue, une interaction, une résonance entre les parties peintes et non peintes, entre l’être et le néant. Ce travail se rapproche des sculptures présentées au rez-de-chaussée ; Lee accorde une attention particulière au vide qui agit comme un espace de résonance. Les pierres de la série Relatum peuvent être perçus comme des traces de pinceau de Dialogue, posées dans l’espace.
L’ensemble des toiles est prêté par Lee Ufan et la galerie Kamel Mennour.

Ici aussi, l’éclairage des toiles particulièrement soigné. Des projecteurs à découpes mettent en valeur les œuvres et offrent au visiteur les conditions idéales pour apprécier le travail de Lee Ufan. On regrettera cependant que le jour de notre visite, les cadreurs du triptyque de 2011 et surtout du petit format de 2012 placé dans l’abside aient été  décalés  vers la gauche. Ce type d’éclairage impose une rigueur particulière dans la surveillance du matériel… Ce désagrément n’aura toutefois pas contrarié le plaisir éprouvé lors de la visite de cette très belle exposition.

En savoir plus :
Sur le site de l’association du Méjan
Sur le site de Lee Ufan
Sur le site du Lee Ufan Museum
Sur le site du Guggenheim New York
Sur le site de la galerie Kamel Mennour
Sur le site de la Pace Gallery
Sur le site de la Lisson Gallery
Sur le site de Blum & Poe
Sur le site SCAI the Bathhouse


Lee Ufan à propos de son travail. Extrait du film Marking Infinity de Michael Blackwood

Lee Ufan au travail dans les ateliers Moret à Paris. Extrait du mini-documentaire d’Alain Boegner pour l’éditeur FMR limited (Osaka, Japon), diffusé lors d’exposition à Séoul et New York.

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