Hommage à Albert Ayme au Musée Fabre

À l’occasion de la parution du catalogue des acquisitions, le Musée Fabre propose de Nouveaux regards sur les collections permanentes. Parmi ceux-ci, nous avons retenu l’Hommage à  Albert Ayme présenté dans l’atrium Richier jusqu’au 15 mars 2015.
Une occasion exceptionelle de voir des œuvre de ce peintre rarement exposé et dont les toiles exposées sont ordinairement dans les réserves su musée.

Après être passé à l’abstraction en 1960 (Aquarelles monochromatiques et Cartons incisés), Albert Ayme entreprend de peindre au sol sur des toiles de coton brute, déroulées sur de grandes longueurs. Ces « frises murales » sont ensuite présentées suspendues, sans châssis.
En 1962, cette utilisation du support est une innovation qui sera adoptée par Claude Viallat, quatre ans plus tard. Ces œuvres apparaissent comme des repères importants dans l’histoire de la peinture contemporaine.

Albert Ayme, Le dialogue sans fin, 1962, Peinture vinylique sur toile sans châssis - Musée Fabre, 2014
Albert Ayme, Le dialogue sans fin, 1962, Peinture vinylique sur toile sans châssis – Musée Fabre, 2014

En 2007, deux de ces grandes toiles murales entrent dans les collections du Musée Fabre, l’une par acquisition, l’autre par donation.

Après ses  Seize et une variations, 1963 et la découverte du « relief soustractif », son chromatisme avec un ton superposé évolue avec  la méthode de « tressage des trois couleurs primaires ». En utilisant un vocabulaire géométrique simple, Albert Ayme élabore une technique musicale de la peinture que l’on retrouve parfois dans le titre de certaines œuvres.

La toile libre reste l’un de ses modes d’expression favori, en particulier pour l’importante série de Paradigmes du Bleu, Jaune, Rouge. Le Musée Fabre possède deux exemplaires de cette série. L’un acheté, en 1980, après une exposition monographique, l’autre donné par l’artiste.

Albert Ayme,Paradigme du bleu-jaune-rouge, Acrylique sur coton non tendu, 137 x 175 cm, Achat de la Ville, 1980 - Musée Fabre, 2014
Albert Ayme,Paradigme du bleu-jaune-rouge, Acrylique sur coton non tendu, 137 x 175 cm, Achat de la Ville, 1980 – Musée Fabre, 2014

Pour cet hiver 2014-2015, le musée reprend en partie l’accrochage qui avait été présenté, au même endroit, en 2009 (voir ci-dessous, le bref entretien accordé par Michel Hilaire à la Gazette de Montpellier)

Les deux immenses toiles libres occupent les deux longues cimaises de l’atrium Richier. Elles prolongent d’une certaine manière l’accrochage des imposantes bâches de Claude Viallat… Toutefois ce « rapprochement » ne doit pas faire oublier que l’artiste ne s’est jamais inscrit dans le courant Supports/Surfaces.

Albert Ayme, Frise n°2, 1962, Peinture vinylique sur toile sans châssis, Don de l'artiste 2007 - Musée Fabre, 2014
Albert Ayme, Frise n°2, 1962, Peinture vinylique sur toile sans châssis, Don de l’artiste 2007 – Musée Fabre, 2014

Les deux œuvres de la série Paradigmes du Bleu, Jaune, Rouge font écho à ces deux frises murales, de part et d’autre de la porte qui conduit à l’escalier monumental de l’hôtel de Massilian .

Albert Ayme,Paradigme du bleu-jaune-rouge, Acrylique sur coton non tendu, 166 x 136 cm, Don de l'artiste 1980 - Musée Fabre, 2014
Albert Ayme,Paradigme du bleu-jaune-rouge, Acrylique sur coton non tendu, 166 x 136 cm, Don de l’artiste 1980 – Musée Fabre, 2014

Le travail d’Albert Ayme a trouvé rapidement un écho chez plusieurs écrivains : Francis Ponge, Philippe Sollers, Catherine Millet, Jacques Henric et Frédéric-Jacques Temple, son ami montpelliérain.​ Cependant Ayme est resté tout au long de sa vie en retrait du marché de l’art et il a rarement été exposé.

Dans la région, on peut voir des œuvres d’Albert Ayme dans les musées de Céret, de Carcassonne et au Musée Cantini à Marseille.
En 2007, Michèle Moutashar avait consacré au musée Réattu, à Arles, une exposition autour de deux moment clés de son œuvre,  Le relief soustractif  et la Triple Suite en jaune à la gloire de Van Gogh. Cette suite, composée de 27 variations sur toile libre, est inspirée par une lettre de Van Gogh écrite à Arles en 1889 dans laquelle il évoque « la haute note jaune » qui resonne avec l’approche musicale de la couleur par Albert Ayme. Quelques mois après sa mort, en 2012, le musée Réattu avait rendu un hommage au peintre.

Souhaitons que cette présentation au Musée Fabre soit suivie rapidement d’une exposition consacrée à l’œuvre de cet artiste, né à Saint-Geniès-des-Mourgues dans l’Hérault où il a passé son enfance.

Hommage à Albert Ayme au Musée Fabre, 2014
Hommage à Albert Ayme au Musée Fabre, 2014

L’Espace Dominique Bagouet ou le Musée Fabre organiseront  certainement un jour une rétrospective du travail de cet artiste solitaire qui a fondé son propre langage et qui fait écho aux collections de peinture du musée à l’époque contemporaine.

En savoir plus :
Sur le site consacré à Albert Ayme
Albert Ayme
, l’enfant du paradigme, chronique du chapeau noir sur le blog hébergé par Le Monde.
Hommage à Albert Ayme sur le site du Musée Réattu
Expositions, bibliographie et ouvrages de Bibliophilie sur le site de la galerie de Thorigny

Repères biographiques (extrait du programme automne-hiver du Musée Fabre)

Natif de Saint-Geniès-des-Mourgues dans l’Hérault, où il passe toute son enfance, Albert Ayme est toujours resté très attaché à Montpellier, ville qui représente pour lui un vivier abondant d’évènements, de souvenirs, et de rencontres intellectuelles et humaines très anciennes.

En 1943, il est nommé aux Ponts et Chaussées de Montpellier où il vit, à proximité du Peyrou.

D’abord attiré par la musique, la poésie, il choisit la peinture (lauréat du prix international franco-américain Hallmark dès 1949) et démissionne de son poste d’ingénieur du Génie Rural en 1960 pour se consacrer à son art.

En 1996, il est nommé chevalier des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture.

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