lundi 24 janvier 2022

+ 216 Regard sur la jeune création contemporaine en Tunisie

Dans le cadre du festival Parallèle, Komm’n’act présente, jusqu’au 19 avril prochain, + 216 Regard sur la jeune création contemporaine en Tunisie, à la Friche belle de mai.

+ 216 est l’indicatif à composer pour joindre la Tunisie…  L’exposition propose donc de découvrir plusieurs aspects cette scène contemporaine en pleine ébullition .

+216 / 003 Houda Ghorbel
+216 / 003 Houda Ghorbel

Le commissariat est assuré par Sana Tamzini , artiste et universitaire, ancienne directrice du Centre National d’Art Vivant de Tunis, avant d’être remerciée en 2013 par le gouvernement Ali Larayedh. Connaissant  parfaitement la scène tunisienne, elle a choisi de présenter les créations récentes d’une dizaine d’artistes :
Ymene Chetouane, Belhassan Chtioui, Houda Ghorbel, Ameni Gnaoui, Malek Gnaoui, Sonia Kallel, Wadi Mhiri, Aicha Snoussi, Sana TamziniHaythem Zakaria.

+216 / 008 ,Aïcha Snoussi,   Ecce Homo, 2015
+216 / 008 Aïcha Snoussi, Ecce Homo, 2015

Les installations, photographies, vidéos, gravures, graffiti, céramiques et  œuvres numériques, renvoient les interrogations et les espoirs de ces créateurs face aux changements politiques et sociaux que traverse la Tunisie depuis la « révolution de jasmin ».

+216 / 006 Sonia Kallel
+216 / 006 Sonia Kallel

Par la diversité des techniques mises en œuvre, l’ensemble est assez hétérogène.
Plusieurs propositions ont particulièrement retenu notre attention : L’univers d’Houda Ghorbel (Cri de rose, 2015 et Rose des temps modernes, 2015), les figures chimériques d’Ymene Chetouane (All you can eat, 2014, Small « P » Big Crown, 2014 et Finish the Fight, 2012), le laboratoire étrange et fascinant d’Aicha Snoussi (Ecce Homo, 2015) qu’elle a réussit à intégrer au décor de La Friche ou encore les œuvres numériques d’Haythem Zakaria (Al Muhyi /Al Mumit, 2014 et ///…///…///, 2014)…

+216 / 010 Haythem Zakaria, ///...///...///, 2014
+216 / 010 Haythem Zakaria, ///…///…///, 2014

Si les œuvres exposées méritent sans aucun doute l’attention et un déplacement à la Friche, on aura un jugement plus réservé sur l’exposition elle-même…

La mise en espace apparaît comme une simple juxtaposition des propositions artistiques sans que l’on comprenne l’existence ou non d’un fil conducteur. On peine à percevoir  quelques dialogues entre les œuvres.
Dans un entretien diffusé par radio grenouille, Sana Tamzini  affirme ne pas suivre de thématique singulière, mais elle souligne sa volonté de rendre compte d’une actualité socio-politique…  Soit, mais pourquoi ne pas avoir accompagné les œuvres de quelques éléments de mise en contexte et d’information sur les préoccupations de ces artistes face aux évolutions de la situation socio-politique en Tunisie ?

+216 / 005 Malek Gnaoui
+216 / 005 Malek Gnaoui

On sait combien les vastes plateaux de la tour-panorama permettent de valoriser les installations et les oeuvres  expressives et de grandes dimensions, mais on sait aussi que ces espaces peuvent « écraser » les œuvres plus délicates et plus intimes, s’il ne sont pas aménagés.
Était-il impossible de mettre en place quelques cimaises pour créer un cheminement, ménager quelques surprises et offrir à certaines œuvres de meilleures conditions d’exposition ?
Si le choix du plateau unique avait pour objectif de donner une image homogène de créations cohérentes, cela  ne se perçoit pas vraiment.  On a plutôt le sentiment d’une mise en place un peu bâclée, aux moyens très limités. C’est dommage et c’est certainement préjudiciable pour certaines œuvres. On pense en particulier au travail d’Ameni Gnaoui , à celui de Sonia Kallel ou aux œuvres d’Haythem Zakaria…

Christophe Meierhans, You take the words right out of my mouth, 2012
Christophe Meierhans, You take the words right out of my mouth, 2012

L’ensemble est distribué autour de l’installation de Christophe Meierhans (You take the words right out of my mouth) dont on ne comprend pas très bien en quoi elle reflète la  jeune création contemporaine en Tunisie…  et en quoi elle fait réellement écho  aux œuvres présentées.
Pourquoi avoir donné une place aussi centrale à cette pièce ? Pourquoi avoir éclairé aussi vivement les quatre écrans de cette installation et offrir ainsi une vision aussi fade et délavée de ces vidéos ? Était-il impossible de moduler la lumière ? Les photos du vernissage semblent faire la preuve du contraire…

+216 - Vernissage  © Agnès Mellon - KOMM’N’ACT
+216 – Vernissage © Agnès Mellon – KOMM’N’ACT

Ces deux propositions (+216 Regard sur la jeune création contemporaine en Tunisie et You take the words right out of my mouth) semblent réunies (juxtaposées) plutôt par opportunisme, avec un lien très ténu entre elles.

Le travail de chaque créateur est accompagné d’un feuillet, déposé sur le sol, sur lequel on trouve le ou les cartels des œuvres exposées et une brève présentation des orientations de l’artiste.

+216 / 001 Ymène Chetouane
+216 / 001 Ymène Chetouane

On regrette vivement que l’organisation n’ait pas disposé de moyens plus importants pour assurer une mise en espace plus pertinente des œuvres exposées.
Soulignons une nouvelle fois que ces remarques ne doivent pas dissuader les visiteurs de passer par le deuxième étage de la tour panorama à la Friche Belle de mai.

On trouvera ci-dessous une brève présentation des artistes exposés, avec à chaque fois que cela était possible des liens vers leurs sites web ou vers des articles à propos de leur travail. Ces informations en ligne apportent souvent un éclairage important à la compréhension de leurs préoccupations.

+ 216 Regard sur la jeune création contemporaine en Tunisie :
Commissaire d’exposition Sana Tamzini
+216 a reçu le soutien de l’Institut français de Tunisie
Production de l’exposition KOMM’N’ACT  et Friche la Belle de Mai
You take the words right out of my mouth :
Coproduction Kunst/Werk, W139 soutiens Nadine vzw, Pianofabriek, Commission de la Communauté Flamande de Bruxelles (VGC), Pro Helvetia

 En savoir plus :
Sur le site de la Friche belle de mai pour + 216 Regard sur la jeune création contemporaine en Tunisie et You take the words right out of my mouth
Sur le site de Komm’n’act.
Entretien avec Sana Tamzini, artiste et commissaire de l’exposition & Wadi Mhiri sur le site de radio Grenouille.
Écouter Belhassen Chtioui, Sana Tamzini, Thierry Fabre (MuCEM) et deux visiteurs sur Radio Zibeline

Repères biographiques extraits du dossier de presse

Ymène Chetouane, née en 1980, est actuellement en résidence à la Cité des arts de Paris et a produit une série de pièces en porcelaine. Chimères monstrueuses et polysémiques, ses figures répètent les variations que subissent ses têtes d’enfants. Ses petites « poupées » nous renvoient le miroir implacable de ce que nous sommes devenus. Pointant les dérives d’une société́ de consommation à outrance, menée par une pulsion orale archaïque, les petites poupées prennent alors les contours de poulets de batterie, produits à la chaîne.

Dans l’étrange laboratoire d’Ymène Chetouane sur le blog EastWestWestEast.

Belhassen Chtioui né en 1987, il est graphiste de formation, il a fait ses études à l’université d’art et de design de Tunis. Autrefois réservé à l’univers de la publicité, l’usage de l’outil informatique, notamment des logiciels de traitement d’images, est une pratique qui se démocratise de plus en plus dans l’art contemporain. Il a recours à ces outils dans ses séries de “prints” ou impressions numériques. Chaque image est travaillée en camaïeu, le sujet y est placé au centre ou complètement décalé, partiellement en hors-champ. Se dégage de son travail une atmosphère particulière, tantôt ses sujets semblent se décoller du fond et flotter, tantôt ils semblent vouloir s’échapper du cadre.

+216 / 002 Belhassen Chtioui, Standard, 2014
+216 / 002 Belhassen Chtioui, Standard, 2014

Belhassen Chtioui sur Facebook
Belhassen Chtioui
sur le site de la galerie AGorgi

Houda Ghorbel. Née en 1968 à Sfax en Tunisie, elle est une artiste multidisciplinaire, installée à Tunis. Son œuvre entremêle peinture, céramique, sculpture, photographie, installation et témoigne de son implication critique, philosophique, voire politique. Docteur en Sciences et Techniques des Arts de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis, elle a participé à plusieurs expositions, résidences et réalisé des performances.

Houda Ghorbel son site web
Houda Ghorbel
sur Facebook
Houda Ghorbel
sur le site de Dak’Art 2014

Amani Gnaoui. Née en 1992 à Gabes, elle s’étend dans son travail à renforcer le lien qui unit la gravure et l’art numérique. Elle travaille sur la représentation de soi-même. L’autoportrait selon plusieurs rythmes, plusieurs expressions : la joie, la mélancolie, la souffrance, le malheur…

+216 / 004 Ameni Gnaoui
+216 / 004 Ameni Gnaoui

Malek Gnaoui est un jeune céramiste de la génération montante, il est né en 1983; il a fait ses armes à l’École d’Art et de Décoration ainsi qu’au Centre National de Céramique Sidi Kacem Jellizi. Il a réalisé plusieurs résidences artistiques notamment celle de la Cité des Arts à Paris en 2009/2010 ainsi que celle du Centre d’Art Vivant de la Ville de Radès où il est actuellement enseignant. Il a reçu en 2008, le premier prix de la Céramique au 4ème salon de la sculpture et de la céramique à Sfax.

Malek Gnaoui sur le site de la galerie AGori
Malek Gnaoui 
sur le site de la galerie Talmar

Sonia Kallel vit et travaille à Tunis. Elle est plasticienne. Après un diplôme de Modéliste Créateur à l’Ecole Supérieure des Industries de la Mode de Toulouse, elle intégre l’Ecole des Beaux-Arts de Tunis en 1997 où elle obtient une Maîtrise en Arts Graphiques. Elle poursuivit un DEA puis une thèse de Doctorat en Arts Plastiques à Paris I Panthéon-Sorbonne. C’est lors de ce 3ème cycle qu’elle commence à développer une réflexion et une pratique artistique sur le corps et l’absence de corps.

Sonia Kallel était présente pour La folle histoire des arts de la rue en 2013 avec un installation vidéo Tisser la Médina. Lire l’acticle d’Aurélie Machghoul

Wadi Mhiri est un artiste visuel né à Tunis où il travaille actuellement. Depuis 2004, il s’est spécialisé́ dans la photographie. Son œuvre traite la question d’identité́ en rapport avec les actualités tunisiennes. « Notre identité́ ne nous appartient qu’en partie, parfois même elle nous échappe lorsque les manipulations se multiplient. Seule notre conscience peut nous sauver et nous éclairer le chemin vers l’identité́ ». Wadi Mhiri partage son temps entre son travail artistique et son métier en tant que directeur d’un club d’éveil artistique pour enfants.

Wadi Mhiri son site Web

Aïcha Snoussi. Née en 1989 à Tunis, elle vit et travaille entre Tunis et Paris. Aïcha Snoussi développe les premières lignes d’une écriture sombre dans l’atelier de gravure, aux Beaux-Arts de Tunis. Ses recherches s’orientent autour de la chair martyrisée et de son rapport au plaisir : corps souffrant et sadomasochisme se côtoient dans une esthétique de la douleur, empruntée au christianisme. Son travail est exposé dans plusieurs galeries de Tunis.

Aïcha Snoussi sur le site de la galerie AGorgi
Aïcha Snoussi sur le portail Tunis Art Galleries

Sana Tamzini est artiste et professeur universitaire avec une expertise étendue dans la coopération culturelle internationale et le commissariat d’expositions d’art contemporain. Elle a exercé en tant que directrice du Centre National d’Art Vivant au Belvédère, Ministère de la culture (2011-2013). Elle milite pour la promotion de l’expression artistique et la libre expression et elle est active sur la scène associative tunisienne notamment par sa présidence actuelle de la Fédération des Associations Culturelles en Tunisie (FACT) (créée par le programme CONNEXXIONS).

Haythem Zakaria est une figure incontournable de la scène de l’Art Digital en Tunisie. Partageant son temps entre Paris et Tunis, il est un des pivots de la création multimédia dans son pays grâce à ses qualités artistiques et sa disponibilité́ en faveur des initiatives encourageant ce genre de création qui reste marginale dans le paysage artistique tunisien. Inspiré par la pensée soufie, il s’oriente vers l’expérimentation de dispositifs génératifs en temps réel.
Il explore alors des procédés visant à augmenter l’image en lui incorporant, greffant ou superposant des indications visuelles ou sonores et sonde la création visuelle en travaillant sur la prolifération de l’image et sa régénération en partitions visuelles.

Haythem Zakaria son site web
Haythem Zakaria sur Arte Creative

Christophe Meierhans est un artiste pluridisciplinaire, actif dans plusieurs sphères et sur différentes scènes artistiques. Compositeur de formation, son œuvre inclut la performance, l’intervention dans l’espace public, le court-métrage, la publication et la composition musicale. Christophe Meierhans se produit dans des théâtres, des centres d’art, des salles de spectacles, des musées et des festivals, en Belgique, en Suisse, en Allemagne, au Portugal, aux Pays-Bas, en France, en Angleterre, en Norvège, en Suède, en Italie et au Danemark. Il est en outre membre fondateur du duo de performance sonore TAPE THAT et cofondateur du collectif de performance basé à Bruxelles, C&H, avec lequel il a participé à de nombreux projets entre 2000 et 2012. En 2012, Meierhans a assuré au centre d’art W139 à Amsterdam le co-commissariat de l’exposition de groupe Cantus Firmus, inspiriée de l’installation vidéo You take the words right out of my mouth. Son court-métrage Up North Right East Down South Left West fait partie de la sélection de la 31e édition de l’Uppsala International Shortfilmfestival ainsi que du festival de documentaires expérimentaux ExDox à Cologne. Christophe Meierhans vit et travaille à Bruxelles.

Christophe Meierhans son site web et la page de You take the words right out of my mouth

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