mercredi 14 avril 2021

Dominique De Beir, Spirit Carbon à la galerie AL/MA, Montpellier

Jusqu’au 21 mars,  les cimaises de la galerie AL/MA proposent, avec  Spirit Carbon, une très intéressante sélection d’œuvres de Dominique De Beir.

L’artiste perfore, frappe, griffe, épluche, creuse, découpe divers supports (papiers, cartons, polystyrène…). Si elle meurtrit parfois ces matériaux, elle sait aussi jouer avec leur profondeur et créer souvent de délicats effets de lumière…

Dominique De Beir, Face, 2008, 40 x 60 cm, cire sur papier
Dominique De Beir, Face, 2008, 40 x 60 cm, cire sur papier

Cette présentation mérite un passage par la rue Aristide Ollivier. Attention l’exposition se termine le 21 mars !

Dominique De Beir, Spirit Carbon à la galerie ALMA, Montpellier - Photo Sabrina Ambre Biller
Dominique De Beir, Spirit Carbon à la galerie ALMA, Montpellier – Photo Sabrina Ambre Biller

Sur la mezzanine, la galerie propose également de Guillaume Moschini,  une dizaine de petites toiles récentes, de format identique, et des peintures sur papier. Toutes issues d’une même série, elles montrent  la répétition d’un geste maîtrisé et d’une composition identique, deux traces légères laissées par une brosse rectangulaire…

Guillaume Moschini à la galerie ALMA, Montpellier - Photo Sabrina Ambre Biller
Guillaume Moschini à la galerie ALMA, Montpellier – Photo Sabrina Ambre Biller

Jusqu’au 21 mars, on peut également voir les livres d’artiste de Jean Paul Heraud , présentés par les Editions méridianes.

On lira avec intérêt le texte de Pierre Manuel, à propos de l’exposition de Dominique De Beir, que nous reproduisons ci-dessous. Le site de Dominique De Beir propose également plusieurs textes qui éclairent son travail.


ESADHAR / Le moindre geste  – entretien avec Dominique De Beir

En savoir plus :
Sur le site de la galerie AL/MA
Sur la page Facebook  de la galerie AL/MA
Sur le site de  Dominique De Beir
Interview de  Dominique De Beir par Elisa Fedeli sur le site paris-art.com
Sur le blog de Guillaume Moschini
Sur le site des  éditions méridianes

Dominique DE BEIR « Spirit Carbon »

« trouer, frapper, frotter, griffer, projeter, perforer, inciser, éplucher, brûler, creuser, découper »* : Dominique De Beir les choisit “pauvres” (divers papiers dont du papier carbone, cartons, polystyrène, matériaux d’isolation, etc.) et les perfore ou creuse à l’aide d’instruments de métiers oubliés ou rares (poinçons, chaise-perceuse, bâton-boule, râteau, rouleau, échelle brique-piques) ou qu’elle détourne (chaussures pour aérer le gazon, écorcer les châtaignes) ou qu’elle invente (semelles à perforer, par exemple). Si ces outils déterminent les qualités des gestes (leur “violence” ou leur douceur au moment du contact), ils impliquent aussi un ordonnancement temporel et spatial (un “rituel” mais aussi une méthode et ce qui la transgresse) et une délimitation du regard : sur un objet, sur une surface, sur une épaisseur, sur un effet imprévu qu’il faut ou non corriger. Il en résulte à la fois une extrême concentration ou au contraire distraction que génèrent les processus mécaniques – piquer, trouer, creuser. Ce qui reste du matériau est la trace de cette oscillation entre présence ou absence – à soi, au monde.

Aux constituants traditionnels de la peinture (la surface, le visible, l’intentionnalité du geste), D. De Beir substitue ceux de profondeur (les surfaces sont “piquées”, “ajourées” ou attaquées par zones), de tactilité (l’image “originaire” qui traverse ses travaux est celle de l’écriture Braille) et de répétition (les rituels du travail) : la surface du support importe moins que son épaisseur, la séduction de ses couleurs que sa densité, l’immédiateté de sa saisie visuelle que la superposition des plans et leur feuilletage (le “livre” est ici paradigme). D’où la nécessité de trouer, de creuser pour gagner (garder ?) un peu de ce visible qui est l’envers des gestes, du corps, des choses. Rien de premier, de donné : mais un mouvement vers la lumière dont le terme reste incertain.

Pierre Manuel 2015
* D. De Beir, catalogue de l’exposition au château de Kerguehennec, 2012.

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