Retour sur Draw me your song ! à la Friche Belle de mai, à Marseille

Draw me your song !  Quand les pratiques de la musique et du dessin nourrissent des formes singulières…
Pour cet événement, Guillaume Mansart et Documents d’artistes proposent une exposition dans Salle des machines de la Friche et l’édition du  troisième numéro de la revue en ligne « additional document »

Pour l’exposition, le commissaire a sélectionné une œuvre de quatre artistes présents dans le réseau Documents d’artistes : Antoine Dorotte, Olivier Millagou, Stéphanie Nava et Ludovic Paquelier.

Stéphanie Nava, A Man a Woman, 2014 - vidéo 7’40, projection, music Graham Gargiulo. Photo de Agnès Mellon
Stéphanie Nava, A Man a Woman, 2014 – vidéo 7’40, projection, music Graham Gargiulo. Photo de Agnès Mellon

Le film de Stéphanie Nava souffre un peu des conditions de son exposition. Selon l’affluence, il est probablement difficile d’accorder toute l’attention nécessaire aux 7 minutes 40 du près poétique A Man a Woman, où le dessin de l’artiste s’anime sur une musique écrite spécialement par Graham Gargiulo . Comme le souligne très justement Guillaume Mansart dans le dossier de presse « On ne sait pas vraiment si le trait accompagne les notes ou si c’est l’inverse, mais cela n’a pas vraiment d’importance, le dessin prend vie et la musique s’incarne ».

Ludovic Paquelier, Lux Interior, 2010. encre de chine sur papier, 600 x 250 cm - photo de Agnès Mellon
Ludovic Paquelier, Lux Interior, 2010. encre de chine sur papier, 600 x 250 cm – photo de Agnès Mellon

Lux Interior, grand en dira la porte par laquelle on pénètre dans la salle, il est imanquable…dessin à l’encre de chine de Ludovic Paquelier, étale sans problème ces 6 mètres de large sur le mur qui offre certainement le plus de visibilité. Quelle que soit la porte par laquelle on pénètre dans la salle, il est immanquable…  Peu sensible à l’univers musical des Cramps et à l’histoire tourmentée de Lux Interior, on s’abstiendra de tout autre commentaire…

Olivier Millagou, Out Of Sight - photo de Agnès Mellon
Olivier Millagou, Out Of Sight – photo de Agnès Mellon

Olivier Millagou propose Out Of Sight, qu’il avait présenté, en 2014, à la galerie Sultana.
L’installation occupe une profonde « black box ».  C’est une des deux propositions les plus riches de l’exposition. Elle s’impose avec force dans le lieu.
Dans une conversation avec Gabriela Jauregui , Olivier Millagou décrivait ainsi Out Of Sight (But Not Out Of Mind) : « L’installation fonctionne comme un orage, avec ciel et nuages noirs. Les guitares, les basses, les ukulélés, les banjos symbolisent la menace d’un orage sans précédent que seul Brian Wilson aurait vu venir sur l’horizon brillant des Beach Boys. L’âge d’or de la musique surf est court, comme, lorsqu’une session de surf prend soudainement fin parce que le temps change.

Olivier Millagou, Out Of Sight - photo de Agnès Mellon
Olivier Millagou, Out Of Sight – photo de Agnès Mellon


Le O est une vielle lettre de néon récupérée, souvenir d’un passé brillant posé à même le sol. Elle pourrait être une lettre de n’importe qu’elle enseigne, celle des Beach Boys, du film Out Of Sight, où bien n’importe qu’elle autre marque. J’ai enlevé le tube néon et l’ai remplacé par une résistance de chauffage. Là où normalement un néon fonctionne avec de la lumière, visuellement, ici il marche plutôt de façon sensitive, plus on s’approche du O, plus on ressent sa chaleur.
Au milieu de l’obscurité, et sous cet orage menaçant, le O apparaît comme un soleil mourant. Out Of Sight est la fin de l’âge d’or
 ».

À propos de la musique, il précisait : «…C’est l’enregistrement d’un «orchestre naturel» joué par le sable de la Vallée de la Mort. Au départ, je fais référence à Brian Wilson qui s’était fait construire un bac avec du sable dans son salon, pour composer les pieds au chaud. Mais en parallèle le sable révèle une autre propriété que la chaleur. C’est Marco Polo qui le décrit le premier au cours de sa traversée du désert de Gobi : il parle de ce curieux phénomène « comme les sons de tous les instruments de musique », comme « des tambours et tirs d’armes ». Depuis, plusieurs dunes ont révélé la même propriété : le sable chante et crée des sons qui s’apparentent à des cris, des bruits d’animaux ou des râles… J’ai fait des recherches sur les différents endroits où ce phénomène opère et j’ai choisi la Vallée de la Mort, en Californie, pour sa proximité géographique avec le lieu de naissance de la musique surf pour enregistrer ces sons. Le nom de ce désert est proche de l’enfer avec un climat sec, un endroit qui évoque des crânes d’animaux morts, des croix de tombes dispersées, et l’illusion de mirages lointains tremblants sous l’air suffoquant.
J’imagine que Brian Wilson aurait pu entendre ces sons étranges, dans le sable de son salon, et peut-être qu’il aurait été effrayé, ne sachant pas d’où cela venait
 ».

Vue de l’exposition Out Of Sight, galerie Sultana, Paris, 2014. Photographies courtesy galerie Sultana

Quant au titre de l’installation et à son propos, l’artiste raconte : « En fait Out Of Sight fait référence au film de 19661. Je donne souvent le nom d’un Beach Movie à mes expositions. Et dans ce cas il se réfère aussi bien à l’expression Out Of Sight tant surprenant que dément, comme tu l’as mentionné, mais aussi, littéralement comme une porte de sortie, un dérapage, un hors-champs.
Pour cette exposition, je me suis intéressé à la question : qu’est ce que la musique surf ?
À l’origine c’était simplement la musique que les surfeurs écoutaient, et qui variait selon l’endroit où tu vivais et selon ton âge. Elle n’était pas formatée avant le milieu des années 60. Moment où les maisons de disques ont réalisé qu’elles pouvaient créer un autre moyen de se faire de l’argent avec les adolescents. À partir de ce moment, la musique surf a été clairement définie.
Ce titre m’intéresse parce qu’on peut le lire comme une fin. Et donc certainement comme le début de quelque chose d’autre, quelque chose de nouveau. Out Of Sight signifie aussi qu’on est loin, hors de vue, que personne ne voit ce qui se passe et que tout est possible  
les trois autres propositions réussissent à s’accommoder des contraintes du lieu ».

Antoine Dorotte, Sur un coup d’surin (Replay), 2013 - 256 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, vidéoprojection - photo de Agnès Mellon
Antoine Dorotte, Sur un coup d’surin (Replay), 2013 – 256 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, vidéoprojection – photo de Agnès Mellon

Sur un coup d’surin (Replay) d’Antoine Dorotte, est l’autre pièce qui a particulièrement retenu notre attention. Elle occupe un « white cube » qui semble s’affronter et faire pendant à l’œuvre d’Olivier Millagou.  À la menace du sombre orage de guitares, aux cris du sable de la Vallée de la Mort, Sur un coup d’surin oppose son silence et une étrange lumière qui vient y miroiter…
Un peu coincé dans son « alcôve », l’installation ce compose d’un grand panneau incliné, recouvert de 256 plaques de zinc gravées à l’eau-forte…

Antoine Dorotte, Sur un coup d’surin (Replay), 2013 - 256 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, vidéoprojection - photo de Agnès Mellon
Antoine Dorotte, Sur un coup d’surin (Replay), 2013 – 256 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, vidéoprojection – photo de Agnès Mellon

À l’arrière, une animation image par image, réalisée à partir de ces feuilles de zinc, est diffusée en boucle sur une tablette, dissimulée dans le piètement.

À l’occasion de l’exposition Magmas & Plasmas au FRAC Aquitaine, en 2014, le dossier de presse décrivait ainsi  Sur un coup d’surin (Replay)  : « On y voit un combat à l’arme blanche entre deux hommes masqués : Antoine Dorotte s’est inspiré du film West Side Story et du fameux duel entre les leaders des Jets et des Sharks. Cependant, ici, le décor est abstrait, flottant. Pour réaliser le film d’animation, l’artiste met en œuvre sa technique de prédilection: la gravure. Laborieuse, celle-ci nécessite un délai de réalisation beaucoup plus important que le dessin. L’artiste passe par de multiples étapes afin d’obtenir une seule plaque. En utilisant la gravure pour rendre le mouvement, Antoine Dorotte change le statut de ce médium. Surtout, il vient au sein d’une même œuvre confronter deux temps: la rapidité du film et la durée beaucoup plus lente de l’exécution des plaques, ainsi que la référence à un film des années 1960 revu avec une technique ancestrale. Enfin, il y conjugue deux attitudes : la nature même de l’action représentée des gestes violents et précipités, opposée à la concentration et l’acuité nécessaires à ce projet considérable ».

Antoine Dorotte, Sur un coup d’surin (Replay), 2013 - 256 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, vidéoprojection - Détail
Antoine Dorotte, Sur un coup d’surin (Replay), 2013 – 256 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, vidéoprojection – Détail

Il se dégage de cette pièce « silencieuse » une étrange impression, la sensation d’une instabilité, la perception fugace de reflets colorés…  Antoine Dorotte explique, avec une pointe de nostalgie et quelques regrets discrets,  l’origine de ces couleurs fugitives dans la prise de vues, inspirée des conditions d’exposition originelle, en 2007, au Musée des beaux-arts de Bordeaux, où elle se occupait une centaine de mètres carrés.

Sur un coup d’surin, 2007 260 plaques gravées, eau-forte et aquatinte, bois, néon, vidéoprojection. Coproduction Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Vues de l’exposition au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Photo : DR.

« Draw me your song !  mérite, sans aucun doute, un passage par la salle des machines à la Friche !

Coproduction Documents d’artistes, Cartel, Réseau documents d’artistes et Friche Belle de mai

L’édition du troisième numéro de la revue en ligne « additional document » présente des propositions sur le même thème avec Denis Brun, John Deneuve, Damien Deroubaix, Hildegarde Laszak et  Christian Vialard …

En savoir plus :
Sur le site de la Friche la Belle de mai
Sur la page Facebook de la Friche la Belle de mai
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Sur le site Documents d’artistes
Sur le site du Cartel
Sur additional document #3 

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