« La Relève 6 – Énergies» au Chateau de Servières

Avec : Charlotte Alves, Antoine Bondu, Nina Boughanim, Cécile Cornet, Zoë June Grant, Mathilde Nicol, Anicet Oser, Gaspard Postal, Anne Swaenepoël, Célia Tremori, Valentin Vert


Jusqu’au 23 mars 2024, le Château de Servières accueille une des deux expositions du programme « La Relève 6, Énergies » dans le cadre de la 14e édition du Festival Parallèle. Celui-ci propose en partenariat avec de nombreux lieux culturels de Marseille de porter un regard sur les pratiques artistiques émergentes (danse, théâtre, performance, arts visuels).
Chaque année, des jeunes artistes sont été invités à faire des propositions autour d’une thématique qui pour 2024 était « Énergies ».

Pour cette sixième édition de « La Relève », Parallèle s’est associé avec art-cade, Galerie des Grands Bains Douches de la Plaine, et Le Château de Servières pour présenter le travail d’artistes diplômé·e·s des écoles d’art depuis moins de 3 ans et en phase de professionnalisation.

Construite par une équipe curatoriale indépendante, l’exposition de Relève 5 au Château de Servières avait été assez décevante. A l’inverse, celle qui est présentée actuellement est particulièrement remarquable et réussie.

  • « La Relève 6 - Énergies » au Château de Servières - Photo © Studio Meimaris
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« La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Profondément attentive à l’originalité de chaque démarche artistique, Martine Robin assure un commissariat comme toujours inspiré, discret, cohérent et efficace. Jamais le discours curatorial ne vient ici obscurcir ou se substituer à ce que les artistes ont à dire.
La connaissance intime des lieux, de ses contraintes et de ses atouts, permet à la directrice du Château de Servières de proposer un parcours construit avec simplicité où chaque proposition artistique trouve sa juste place. Les rapprochements paraissent toujours évidents, les dialogues sont limpides et naturels et jamais un propos ne vient en perturber un autre.

Visites commentées sur réservation du mardi au vendredi après-midi.
Merci une nouvelle fois à Geoffrey Chautard pour son accueil et la richesse de nos échanges autour des œuvres exposées.

À lire ci-dessous, un compte rendu de visite de l’exposition. Les citations et les repères biographiques qui accompagnent ces regards sur le parcours sont extraits. Ils sont signés par Nadiejda Hachami.

En savoir plus :
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« La Relève 6 — Énergies » au Château de Servières : Regards sur l’exposition

Le parcours débute avec les Dunes de cristal (2022) d’Antoine Bondu qui s’impose ici comme une évidence et avec beaucoup plus de présence que lors de sa présentation au Frac Occitanie-Montpellier dans « Comme un écho tonne » pour Post_Production 2022.

Dans l’axe de l’exposition, dans la salle qui ouvre sur la voie ferrée, on retrouver également Binary announcement (2022), une énigmatique stèle gravée qui tourne lentement sur un amas de pierres volcaniques.

Antoine BonduDunes de cristal, 2022. Verre de consommation et résine polyester. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Chateau de Servières – Photo © Studio Meimaris

« La Relève 6 - Énergies » au Chateau de Servières - Photo © Studio Meimaris
Antoine Bondu – Binary announcement, 2022 Plâtre, acier, moteur et roches volcaniques 40 x 80 x 74 cm – « La Relève 6 – Énergies » au Chateau de Servières – Photo © Studio Meimaris

L’artiste et sculpteur Antoine Bondu expérimente de multiples techniques de manière autodidacte. Ses œuvres sont des combinaisons de différents espaces-temps imprégnés de récits de science fiction. Dans le cadre de La Relève 6 au Château de Servières, il est invité à présenter deux de ses pièces.

Sa sculpture Dunes de cristal réalisée à partir de débris de verre de consommation ouvre sans détour possible l’exposition. Pourquoi continuer à produire du verre alors qu’il pourrait être réutilisé?
Voici une des grandes questions de l’ère capitalocène. En jouant avec la forme du tas, Antoine Bondu propose au spectateur·ice·s la traversée d’un paysage surréaliste miniature qui, dans un futur proche, pourrait prendre une échelle incontrôlable.

Sa seconde installation Binary announcement est une transcription plastique d’un voyage entre passé, présent et futur: posée sur des roches volcaniques évoquant l’histoire de l’île de Pâques, une stèle énigmatique gravée de phrases en écriture binaire tourne lentement. Inspirée par le livre Fondation de l’auteur Isaac Azimov, cette sculpture serait annonciatrice d’un désastre en cours ou à venir… (Texte extrait du dossier de presse).

Au centre de la galerie, sur la longue cimaise qui sépare en deux l’espace d’exposition, Célia Tremori présente une très intéressante et émouvante évocation de la mémoire des ouvrières de la confection qui ont occupé les anciens ateliers du boulevard de Boisson. Ses sérigraphies en plâtre (Sans-titre, 2023) constituent sans doute une des pièces les plus abouties et fortes de la Relève 6 au Château de Servières. Ces bas reliefs sont accompagnés d’un recueil de chansons et d’un grand papier de soie qui reproduit les textes des couturières de l’usine Cousseau à Cerisay lors de leur grève en 1973.

Célia Tremori - Sans-titre, 2023. Sérigraphie en plâtre 60 x 80 cm (chaque) - « La Relève 6 - Énergies» au Chateau de Servières
Célia Tremori – Sans-titre, 2023. Sérigraphie en plâtre 60 x 80 cm (chaque) – « La Relève 6 – Énergies» au Chateau de Servières

Célia Tremori s’intéresse aux architectures mais aussi à la persistance des histoires qui les habitent. Attirée particulièrement par le contexte des années 1970 et 1980, elle explore les mutations du territoire français de manière quasi sociologique. Par exemple, le projet “mille-clubs”, qui avait pour objectif d’offrir des architectures en kit aux jeunes pour qu’ils s’y retrouvent, ou encore l’émergence des “piscines tournesol”, sont des terrains qui continuent d’enrichir son travail. L’artiste-chercheuse tente alors de faire durer les souvenirs avant qu’ils ne tombent dans l’oubli.

Pour La Relève 6, Célia Tremori s’intéresse à l’histoire du lieu dans lequel elle expose. L’année 1986 marque l’arrêt de l’usine de fabrication de chemises pour homme qui habitait le Château de Servières. Ce sont plus de 200 ouvrières qui travaillaient entre ces murs dans un rythme soutenu et surveillé.
Sur les bas-reliefs de plâtre que présente l’artiste, on discerne subtilement une machine à coudre industrielle faisant échos aux travailleuses invisibles de l’industrie textile. Célia Tremori, par son travail contextuel, nous permet de nous projeter dans le passé des lieux d’expositions. Ici, elle invoque les voix de celles et ceux qui ont autrefois participé à l’énergie de la lutte ouvrière. (Texte du dossier de presse)

Le dialogue avec la sculpture Liquide, liquide (2024) de Nina Boughanim est une évidente réussite.

« La Relève 6 - Énergies » au Chateau de Servières - Photo © Studio Meimaris
« La Relève 6 – Énergies » au Chateau de Servières – Photo © Studio Meimaris

Diplômée d’un brevet des métiers d’arts “décoration de surfaces et volumes”, Nina Boughanim à eu accès à l’apprentissage de nombreuses techniques qu’elle réactive aujourd’hui dans son travail de plasticienne. Par la gravure, la sculpture, le dessin, le verre, la céramique ou encore le béton, elle dévoile des morceaux d’histoires, puisés dans son récit personnel. Née à Marseille et ayant un grand-père marin, son travail est souvent en étroite relation avec son rapport intime à l’eau.

La sculpture Liquide, liquide, évoque l’énergie déployée autrefois par les femmes dans les lavoirs. Nina Boughanim imagine ces moments comme des temps de long labeur dans lesquels une certaine magie opère. En hors-champ apparaît alors une réunion de femmes, des voix, la répétition d’un geste et quelques cheveux se perdant dans l’eau savonneuse. Cette sculpture en béton ciré est aussi le reflet de la transmission d’une technique enseignée par une femme lors d’un apprentissage. Liquide, liquide, résonne alors comme une ode à la féminité et pourrait être un clin d’œil à l’arcane n° 14 du tarot de Marseille : La Tempérance, symbole de la circulation des énergies. (Texte du dossier de presse).

Nina BoughanimLiquide, liquide, 2024. Ciment, polystyrène extrudé, cheveux naturel, bassine en métal, eau et savon noir 65,5 x 160 x 85,5 cm – « La Relève 6 – Énergies » au Chateau de Servières – Photo © Studio Meimaris

Avec Homme sweet home (2023), Zoë June Grant propose également une pièce majeure de cette exposition. Multipliant les références subtiles au minimalisme américain des années 1960, elle propose une réflexion incisive sur la représentation des femmes dans des magazines de décoration, ou plus exactement leur évocation à partir d’escarpins. Au-delà du cartel, on lira avec intérêt le superbe texte que signe Geoffrey Chautard dans pourparlers.org : https://www.pourparlers.org/grand-angle/blog-post-title-one-xbfdb

« La Relève 6 - Énergies » au Chateau de Servières - Photo © Studio Meimaris
Zoë June GrantHomme sweet home, 2023. Verre, contreplaqué, montants, talons, sciure de bois. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Zoë Grant s’intéresse de près au design et à l’ameublement, elle observe les postures que prennent les corps dans les espaces et plus particulièrement la manière dont nos intérieurs parlent de nos désirs. Ses pièces brouillent les perceptions en faisant des aller-retours sémantiques entre sculptures et objets utilitaires.
Avec pour ligne d’horizon l’art minimal, l’artiste et régisseuse assemble méticuleusement des matériaux souvent récupérés auxquels elle offre de multiples destinées.

Homme sweet home est une installation dont la composition puise ses références dans l’univers des magazines de décoration. Les femmes étant les cibles principales de ce marketing, Zoë Grant remarque la présence récurrente de chaussures à talon dans ces intérieurs trop parfaits. C’est à partir de ce constat qu’elle décide de déshabiller ces espaces fantasmés, de les désexualiser et, ce faisant, ne laisse apparaître que ses arêtes et ses structures.
L’intérieur bourgeois se trouve alors dépossédé et se fait remplacer par une scène glaçante aux antipodes de l’aspect séduisant des magazines. (Texte du dossier de presse)

Zoë June Grant - Homme sweet home, 2023. Verre, contreplaqué, montants, talons, sciure de bois. Dimensions variables - « La Relève 6 - Énergies » au Château de Servières - Photo © Studio Meimaris
Zoë June Grant – Homme sweet home, 2023. Verre, contreplaqué, montants, talons, sciure de bois. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Face à cette installation, Anne Swaenepoël propose dans un décor de carton-pâte, ou plutôt de contreplaqué Buffer Overflow (2023-2024), une fiction queer où l’enjeu est de protéger les données de la communauté LGBTQI+ et Do you want to make $0.015? (2024) un sarcastique enchaînement de Captchas.

« La Relève 6 - Énergies » au Château de Servières - Photo © Studio Meimaris
Anne Swaenepoël – Buffer Overflow, 2023-2024. Ecran (vidéo), structure en acier chromé, chaînes en acier, contreplaqué, papier peint. Vidéo 5m30. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Vidéos Youtube, images libres de droit, caméras de surveillance, jeux vidéos, captures d’écran, IA sont les moyens qu’utilise Anne Swaenepoël pour contourner la production cinématographique traditionnelle. Cette pratique du montage-collage numérique est un exutoire à des angoisses sociales largement partagées par différentes générations. Loin d’être dramatique elle développe, par cette esthétique du bug et ce foisonnement d’images saccadées, un humour subtilement calibré.

Dans son installation vidéo Buffer Overflow elle nous plonge dans une fiction queer dont la mission des protagonistes est de protéger les datas de la communauté LGBTQI+. C’est par l’assemblage d’images issues d’un jeu vidéo en open source et manipulable à l’infini (sandbox) que nous suivons l’aventure d’un couple lesbien d’ingénieures en cybersécurité. Cet univers épique est aussi prolongé par le jeu vidéo Do you want to make $0.015? dans lequel les spectateur·ice·s sont invité·e·s à résoudre d’étranges captcha. (Texte du dossier de presse)

Anne Swaenepoël – Do you want to make $0.015?, 2024. Ecran (Quizz), souris, contreplaqué, papier peint. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Charlotte Alves et Cécile Cornet questionnent elles aussi la place des femmes et les questions de genre dans la petite pièce carrée à droite de l’entrée. Au centre, la première a installé Sully (2023) une imposante paire de bottes en laine feutrée ornées de sequins, de perles et de strass.

Charlotte AlvesSully, 2023. Laine feutrée, sequins, perles, cuir, strass, bois. 130 x 100 cm – Cécile CornetPainted Dreams, ou comment retirer une épine avec grâce, série #StayAtHomeGirlfriend, 2023. Acrylique sur toile en lin 116 x 89 cm et Rouge, série #StayAtHomeGirlfriend, 2023 Acrylique sur toile en lin 60 x 50 cm – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Lorsqu’elle fabrique une pièce, Charlotte Alves donne vie à des créatures surréalistes venues de mondes imaginaires. Inspirée autant par les films d’animations que par la haute couture, elle sélectionne et assemble couleurs et matières avec précision et générosité. Partant le plus souvent d’une forme en laine feutrée, elle vient progressivement y broder des motifs de plus en plus détaillés. Charlotte Alves rend hommage à l’art de la fabrication textile par des gestes méticuleux et intuitifs.

Pour l’exposition La Relève 6, l’artiste couturière a confectionné une pièce en 3 dimensions. Sully est une sculpture intrigante qui ne dévoile qu’une partie du corps d’un monstre. Face à ces pattes cartoonesques, l’imagination se réveille et le regard se déplace. Charlotte Alves laisse planer le doute sur l’histoire de ce personnage, elle joue avec les échelles et, ce faisant, invite les spectateur·ice·s à se rapprocher pour y observer de minutieux paysages scintillants. (Texte du dossier de presse).

Cécile Cornet y présente deux peintures de sa série #StayAtHomeGirlfriend (2023). Par une « fenêtre » astucieusement découpée dans la cimaise, on aperçoit de l’autre côté de la galerie, une troisième toile de la même série.

« La Relève 6 - Énergies » au Château de Servières - Photo © Studio Meimaris
« La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Comment rendre visible l’énergie déployée dans le travail domestique? C’est la question que se pose Cécile Cornet au travers de sa série #Stayathomegirlfriend.
Inspirée par l’industrie américaine du Soap Opera, émission de télé à destination des femmes au foyer et financée par des marques de savons, elle redéploie la question de la répartition des tâches.
C’est lorsqu’un nouvel hashtag inonde les réseaux sociaux et montre les routines de femmes attendant leurs conjoints à la maison, qu’elle décide d’y infiltrer ses peintures.

La toile Ariane évoque le mythe de cette femme qui déroule difficilement un fil pour aider Thésée à sortir du labyrinthe pour finalement se retrouver seule.
Les produits ménagers de la peinture Painted dream rappellent les placements publicitaires devenus inquiétants plus qu’attrayants. Et enfin, la peinture Rouge est l’allégorie d’un état partagé entre self-care et emprisonnement d’une condition assignée à la féminité.
Les scènes peintes de Cécile Cornet témoignent alors d’une nouvelle vision de l’art de la maintenance, ce mouvement artistique féministe né dans les années 1970 aux Etats-Unis. (Texte du dossier de presse)

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Valentin VertNaphtex Kerogen, 2024. Acier inoxydable, verre, bec d’Argand, kérosène, bitume, durite d’essence. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

L’installation de Valentin Vert marque le passage vers un ensemble d’oeuvres où les questions environnementales sont primordiales. Doit-on être surpris que les hommes y soient très largement majoritaires ? Chez Valentin Vert, Prométhée est confronté à un paysage bitumineux au centre duquel trône une lampe d’Argand dont le réservoir contient la quantité de pétrole produite sur Terre en une heure…

Le 19ème siècle fut marqué par l’idéologie du progrès. Nombreuses sont les découvertes qui ont contribué à faire de notre société ce qu’elle est aujourd’hui.
Valentin Vert puise dans l’histoire des avancées techniques et s’intéresse en particulier au raffinage du pétrole en un liquide appelé pétrole lampant ou kérosène et permettant la domestication de la lumière.

Sa série d’installations Naphtex est une brèche vers des fragments de paysages, des ruines inanimées et anachroniques. Ici apparaît une analogie entre l’histoire de Prométhée, celui qui avait dérobé le feu sacré de la tige d’une plante appelée Narthex, et le contrôle des hydrocarbures. Le réservoir présent ici contient 1,48 litres, soit la quantité de pétrole que la Terre produit en une heure. (Texte du dossier de presse)

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Anicet Oser – Energy Spring, 2023. Acier, béton cellulaire, tuyaux, bocaux en verre, vitamines (B1,B2,B3,B5,B6,B9, B12, A,C,D,E), boissons énergétiques, boissons isotoniques, protéines, boosters, compléments alimentaires, collagène, omega-3, magnésium, caféine, créatines, acide hyaluronique, acide folique, cuivre, chrome, molybdène, sélénium, iode, levure de bière, rhodiola roséa. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

De l’autre côté de la salle d’exposition, celles et ceux qui se sont soigné·es, ont recherché des sortilèges ou ont amélioré leurs capacités auprès des fontaines des légendes de Zelda ne manqueront pas Energy Spring, l’installation d’Anicet Oser. Les autres regarderont sans doute avec suspicion le contenu des trois bocaux qui se mélangent dans cette fontaine de « jouvence »…

La durée de l’exposition dans laquelle se trouvent les installations d’Anicet Oser a une importance toute particulière.
L’artiste-chimiste fabrique régulièrement des systèmes traversés par des liquides en circuits fermés et dont le résultat final échappe à son contrôle. Au fur et à mesure, il est possible d’observer des micro-organismes s’y développer et donner ainsi vie à de curieux écosystèmes.

Energy Spring interroge la culture de la sur-performance et l’augmentation de nos capacités physiques et mentales.
Anicet Oser propose ici un cocktail inédit, mélange de boissons énergisantes, de vitamines et de collagène. Cet élixir rappelle le mythe de la fontaine de jouvence et évoque avec ironie la consommation de catalyseurs permettant de booster notre réserve d’énergie. La sérendipité de cette installation nous invite à venir et revenir observer l’évolution de ce micro-laboratoire. (Texte du dossier de presse)

« La Relève 6 - Énergies » au Château de Servières - Photo © Studio Meimaris

Gaspard Postal – Du baumes sur les craintes, des papillons au bout des doigts, 2024. Matériaux divers. Dimensions variables – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

Le jeu vidéo est aussi très présent dans l’installation Du baumes sur les craintes, des papillons au bout des doigts (2024) de Gaspard Postal… Mais il n’est pas certain que les visiteur·euses trouveront dans cette balise de quoi recharger leurs armes ou récupérer des vies…

Gaspard Postal imagine des séries d’installations fragmentées en plusieurs scènes, évoquant des décors cinématographiques. Par ce processus, il peut ainsi raconter une histoire en lui rendant sa complexité. La série Cura est un voyage autotélique à la recherche du soin. Composée de trois parties, la traversée commence avec l’évocation du soin par la rééducation, continue vers la marche et la phytothérapie pour finir par le soin ultime de la destruction.

L’installation Du baumes sur les craintes, des papillons au bout des doigts illustre la deuxième partie de la série Cura. Au centre, une cage mystérieuse enferme un alambic artisanal permettant la distillation des huiles essentielles. La cage de Gaspard Postal, fortement inspirée par les balises présentes dans les jeux vidéos, grâce auxquelles il est possible de reprendre des vies ou recharger ses armes, n’est pourtant pas très accueillante. En tout état de cause, le marcheur ne semble pas avoir réuni ici tous les outils pour pouvoir bénéficier de ce liquide miraculeux enfermé dans un espace fermé par un cadenas à empreinte digitale. (Texte du dossier de presse)

Mathilde NicolHabiter sur un territoire-ressource où poussent des champignons quand il n’y a plus de forêt : Sculpture : H.A.E, 2023. Toile de tente de camping, terre cuite, résine epoxy, vis et écrous 120 x 120 x 80 cm – Photographie, 2023. Montage photographique, tirage laser, encadrement en bois de la Montagne Noire par K-nuit Vivent à Revel 100 x 80 cm – Banc,2023. Grume de pin 40 x 150 cm – « La Relève 6 – Énergies » au Château de Servières – Photo © Studio Meimaris

On revient dans la triste réalité avec le projet Habiter sur un territoire-ressource où poussent des champignons quand il n’y a plus de forêt (2023) de Mathilde Nicol qui se décline en une sculpture H.A.E (Habitat pour d’Autres Espèces), une photographie qui montre cette curieuse tente de camping dans une forêt de résineux prête à être coupée à blanc et un banc pour méditer…

Depuis la fin de ses études, Mathilde Nicol travaille à la manière d’une ethnographe, sur le terrain. Ses pièces sont empreintes du temps de la recherche et de rencontres avec les acteur·ice·s d’écosystèmes qu’elle affectionne et qui l’inspirent. Attachée à la Montagne noire, dans le Massif Central, où elle passe du temps depuis l’enfance, elle observe les êtres vivants qui peuplent les forêts et plus particulièrement les fungis et les végétaux. Au cours de ses recherches, elle se confronte à la violence de l’impact de la sylviculture sur les différentes strates de la biodiversité de ces espaces.

Sa sculpture H.A.E (Habitat pour d’Autres Espèces) invite la flore et les champignons dépossédés à venir trouver refuge.
La photographie en arrière-plan, encadrée par des artisans locaux, nous place au coeur de ce paysage démuni et marqué par une logique économique du profit.
Au travers de cette installation, elle nous rappelle l’éco-complexité des forêts abîmées et surexploitées. Mathilde Nicol inscrit ses installations dans un univers proche du docu-fiction au sein duquel l’empathie et l’hospitalité deviennent maîtresses du jeu. (Texte du dossier de presse)

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