Revenir du présent, Regards croisés sur la scène actuelle

La Collection Lambert en Avignon invite POUSH


Du 10 février au 12 mai 2024, la Collection Lambert présente une quarantaine d’artistes résident·e·s à POUSH pour « Revenir du présent, Regards croisés sur la scène actuelle » à l’Hôtel de Montcalm.

Cette proposition s’ajoute aux multiples initiatives de l’institution avignonnaise qui témoignent de l’actualité de la création contemporaine, depuis le programme « Rêvez ! » jusqu’aux « Rendez-vous, sous-sol », en passant par l’accueil de plusieurs éditions du « Festival ¡ Viva Villa ! »…

En effet, pour les deux commissaires, « Revenir du présent s’envisage comme une une chambre d’écho dans laquelle résonnent les œuvres issues d’une multitude d’artistes et de gestes, témoins de l’art en train de se faire ici — en France — et maintenant ».

On attend avec intérêt de découvrir comment Stéphane Ibars et Yvannoé Kruger « se sont attachés à organiser une triangulation entre les nouveaux territoires parisiens, les quartiers de l’agglomération d’Avignon et les projets qu’ils animent ».
Ils annoncent un parcours « conçu comme une traversée au long cours » qui « invite celles et ceux qui en font l’expérience à éprouver une succession de climats où se déploient les représentations possibles de nos rapports au monde. Rituels, chapardages, fables, rêves et autres transformations spatiales s’infiltrent dans les salles de la Collection Lambert pour déjouer par avance la réalité d’un futur forgé dans la noirceur »…
Au-delà de ce que « Revenir du présent » devrait offrir aux visiteurs·euses, pour les deux institutions, « l’exposition est le fruit d’une réflexion commune sur le soutien à la création, à la production et sur le soin porté non seulement à la plus juste inscription des œuvres dans leur contexte d’exposition, mais aussi à l’accueil des artistes et aux conseils qui leur sont proposés dans le cadre de leurs réflexions »…

Avec les artistes : Carla Adra, Mathilde Albouy, Estèla Alliaud, Hugo Avigo, Abdelhak Benallou, Djabril Boukhenaissi, Apollinaria Broche, Grégory Chatonsky, Salomé Chatriot, Gaëlle Choisne, Max Coulon, Morgan Courtois, Xolo Cuintle, Marlon De Azambuja, Marie De Villepin, Cyril Debon, Julian Farade, Cledia Fourniau, Laura Garcia Karras, Gerard & Kelly, Célia Gondol, Pascal Hachem, Arash Hanaei, Michel Jocaille, Nika Kutateladze, Anne Le Troter, Matisse Mesnil, Daniel Otero Torres, Margot Pietri, Luca Resta, Edgar Sarin, Ugo Schildge, Laura Sellies, Erwan Sene, Félix Touzalin, Dune Varela, Ittah Yoda.

Commissaires de l’exposition : Stéphane Ibars et Yvannoé Kruger

Chronique à suivre après un passage par la Collection Lambert.
À lire, ci-dessous, une brève présentation des artistes extraite du dossier de presse.

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Revenir du présent, Regards croisés sur la scène actuelle : Les artistes :

Carla Adra

Les récits de soi et l’expérience de la réciprocité sont au cœur de la pratique de Carla Adra. À travers des expériences performatives collectives, elle organise des moments de rencontre où elle fait entendre les voix des autres et tente de rendre audible des discours disqualifiés. Dans l’espace public ou au sein de structures, elle récolte des paroles en échange d’une histoire vécue, puis déplace l’énonciation pour que témoignages individuels et expériences partagées entrent en résonnance. Parallèlement, elle développe une pratique sculpturale qui met en dialogue discours intérieur et formes souterraines.
L’artiste se fait porte-voix des voix et des messages des autres, non sans humour, utilisant divers médiums, de la vidéo avec sa pièce Ça te colle à la peau, à la performance dans Je suis ta FM.

Mathilde Albouy

Jouant de paradoxes formels et conceptuels, Mathilde Albouy nous invite à un jeu dont les règles ne sont pas clairement définies. Nourrie de science-fiction féministe, l’artiste utilise les fictions générées par ses pièces comme des outils politiques pour remettre en question une réalité établie et binaire. En détournant les échelles et les matériaux, les objets parfois coupants ou toxiques deviennent des individus à part entière, oscillant entre un rapport de séduction et de prédation et révélant comment la beauté des objets, notamment féminins, véhicule des schémas d’oppression, comme c’est le cas des quatre sculptures présentées ici.

Estèla Alliaud

Les processus d’Estèla Alliaud s’articulent essentiellement autour de l’observation intuitive d’un lieu et de son expérience. Son travail relève par ailleurs toujours d’une dimension sculpturale qui a trait à la valeur intrinsèque des objets et de leur matérialité. Les formes qu’elle pose dans l’espace, principalement sculptures et installations, se donnent à voir à la suite d’actions simples, mais fondatrices, qui incitent le visiteur à une expérience phénoménologique du lieu. A la suite d’un temps d’immersion à la Collection Lambert, l’artiste y opère un geste qui modifie notre perception du lieu. Les formes produites réactivent différentes strates temporelles propres à ses espaces et concentrent l’attention du visiteur sur ce qui échappe habituellement au regard.

Hugo Avigo

Hugo Avigo développe une pratique audacieuse jouant sur une exagération maîtrisée des codes de la sculpture, de la peinture et de l’installation. A travers ces différents médiums, sa pratique artistique explore les domaines de l’espace public, de la fiction spéculative et de l’auto-guérison. Habitant l’espace de manière inattendue, ses œuvres, de formes extravagantes et d’échelles souvent démesurées, bousculent nos idées préconçues sur les corps et leurs pesanteurs, les lieux et leurs fonctions, afin de déstabiliser notre perception du quotidien. Investissant l’espace de l’atrium de la Collection Lambert, l’artiste exorcise son ascensumophobie et étudie la figure de l’ascenseur comme métaphore des défis et des possibilités individuelles et collectives.

Marlon de Azambuja

Artiste pluridisciplinaire, Marlon de Azambuja travaille la sculpture, l’installation, la photographie et le dessin. Son travail explore l’architecture et l’urbanisme, ainsi que les structures de pouvoir et les normes qui émanent des choix de conception de l’espace public. Il s’intéresse particulièrement à l’histoire de l’architecture moderniste au Brésil et à la manière dont celle-ci a affecté la conscience collective et la vie des habitants. Utilisant fréquemment des matériaux trouvés, son travail, créé in situ, est fortement lié à l’endroit où il intervient physiquement. L’artiste présente ici une nouvelle itération de sa série Brutalismo, à travers une installation composée de matériaux de construction sourcés localement, portrait architectural qui révèle la matérialité de chaque ville à partir de sa structure interne.

Abdelhak Benallou

Le travail réaliste d’Abdelhak Benallou n’est pas uniquement porté sur la maîtrise technique du geste et de la composition, mais cherche également à retranscrire une narration picturale forte. Souvent présentées en séries, ses peintures lui permettent de développer une réflexion sur les comportements et les relations sociales qui s’opèrent au sein de la société contemporaine. L’évolution entre les générations l’interpelle particulièrement, tant au niveau humain que technologique. Les éléments de son quotidien, ses amis et amies, son environnement proche, sont ses premières sources d’inspiration. Au travers de compositions minutieuses aux inspirations classiques, les natures mortes d’Abdelhak Benallou mettent en exergue le pouvoir de la lumière et sa fascinante capacité de transformation des objets, donnant vie aux scènes de nature morte.

Djabril Boukhenaïssi

Le travail de Djabril Boukhenaïssi est essentiellement nourri par la littérature et s’articule autour de la notion de disparition. Si la peinture qu’il présente semble indécise, comme à mi-chemin entre l’esquisse et la représentation aboutie, c’est qu’elle cherche à évoquer des événements qui sont eux-mêmes évanescents, fragiles, mal dessinés et mal inscrits dans sa propre intériorité : un souvenir d’enfance, un paysage entraperçu, une rêverie induite par un morceau de musique ou le visage d’un ami disparu. Le peintre fait l’hypothèse que la peinture, travaillée à travers des motifs « troués », poreux, eux-mêmes traversés par d’autres motifs, est peut-être en mesure d’évoquer la manière dont ces images intérieures nous reviennent dans une temporalité qui nous est propre. Liant technique et propos, Djabril Boukhenaissi utilise ici des pastels sur un glacis de peinture à l’huile, pour évoquer dans ses « bouquets » la disparition et l’effacement du souvenir.

Apollinaria Broche

Apollinaria Broche est une artiste pluridisciplinaire qui travaille à partir de divers matériaux, combinant harmonieusement la fragilité de la céramique et la solidité du bronze, à travers des œuvres prenant autant la forme d’objets inanimés que d’animaux anthropomorphes ou de filles zoomorphes à l’allure kawaii. L’artiste cherche à construire différents univers, des « lieux d’évasion », espaces uniques et alternatifs, afin d’incarner la multiplicité des hétérotopies des regardeurs. Son exploration artistique se penche sur le conflit entre les forces internes et externes – entre le soi et le monde environnant – mais aussi sur l’autoréflexion, plongeant dans des pensées introspectives et analysant les conflits qui existent à l’intérieur de l’individu. Apollinaria Broche présente ici des fleurs qui, inspirées du folklore et d’une certaine esthétique pop, forment des paysages oniriques et surréalistes.

Grégory Chatonsky

Pionnier de l’IA, Grégory Chatonsky fonde Incident.net, collectif dédié au Netart, en 1994. Ses œuvres évoquent l’extrémité de l’espèce humaine où l’hypermnésie du Web et de l’IA apparaissent comme une tentative pour préserver la possibilité d’un avenir. Son travail constitue une exploration des relations ambiguës entre les technologies et l’existence. Recourant à une multitude de médiums, aussi bien numériques que traditionnels, l’artiste a développé un corpus où le langage, le corps, la ville, l’extinction, le réseau, le paysage ou la mémoire tissent une fiction sans narration. Chaque nouvelle œuvre est une itération qui prend matériellement place dans une structure modulaire qui décompose le monde. L’artiste présente ici The White Cube in Black Box Ideology : la machine, nourrie par des milliards de documents déposés sur le réseau, se souvient de ce que nous avons été, créant une version alternative de souvenirs qui auraient pu être ceux de la Collection Lambert, espace de monstration blanc et immaculé.

Salomé Chatriot

Le travail de Salomé Chatriot s’articule autour d’une vision émancipatrice de l’hybridation entre femme et machine à travers la création d’espaces physiques, virtuels et performatifs. La respiration active ses œuvres, donnant lieu à une symbiose, générée par ses processus de fabrication, entre éléments organiques et composants technologiques, corps humains et appareils électroniques. Cherchant des occasions d’élargir nos relations intimes avec les machines, elle explore les questions d’identité et de sexualité hors des récits dominants. Grâce à son langage artistique à la fois dérangeant et harmonieux, Salomé Chatriot est capable de générer des approches non conventionnelles liées aux outils technologiques. Dans l’ensemble des œuvres qu’elle présente ici, l’artiste utilise la matière organique comme matériau plastique : elle retranscrit son souffle avec de la peinture à huile dans Hony Time 2 et transforme du lait en plastique pour en faire des fouets dans Don’t Ignore That I am Constituted of Many Small Pieces That Don’t Interconnect with each other (The Matriarch).

Gaëlle Choisne

Sculptrice et vidéaste, Gaëlle Choisne se saisit des enjeux contemporains de la catastrophe, de l’exploitation des ressources et des vestiges du colonialisme dans des installations opulentes qui mêlent mythes et cultures populaires – plus spécifiquement, traditions ésotériques créoles. Elle tire de ses voyages les matériaux qui composent ses installations et ses films. Exotisme mercantile, imaginaires littéraires et croyances constituent les thèmes d’une œuvre dynamique, généreuse et sociale. Elle conçoit ses expositions comme des plateformes ouvertes et inclusives, véritables espaces de sociabilité et de travail en commun, durant lesquelles elle invite citoyens, chercheurs, musiciens et artistes à collaborer à l’occasion de workshops, d’ateliers pratiques, de cours de cuisine ou de concerts improvisés. Gaëlle Choisne explore ici des histoires enchâssées dans l’histoire officielle, autour des thèmes liés à la décolonisation ou à la stigmatisation persistante du peuple noir, s’appuyant sur une pratique propre qu’elle nomme le scrap-painting (en écho au scrap-booking).

Max Coulon

La pratique sculpturale de Max Coulon s’articule autour de la question de la statuaire et des jeux de représentation. Décalages formels, jeux d’enfants avec des matériaux de construction lourds, allusion au grotesque et à l’histoire de la sculpture, équilibre précaire de personnages ambigus – les sculptures de Max Coulon déconcertent. La question de la figuration et de la narration y est utilisée tantôt comme un prétexte, tantôt comme une fin en soi. De l’assemblage brutal de formes douces apparaissent des personnages en béton ou en bois qui semblent sortir d’un conte étrange. Les cadavres exquis Square, Joseph, Strange Priest et Prey peuplent la Collection Lambert. Construits en remplissant des objets du quotidien de béton, les sculptures de Max Coulon provoquent une tension entre le terrible et le comique, le résistant et le fragile, la puissance et la douceur.

Morgan Courtois

Sculpteur, photographe et créateur de parfum, son travail défend un retour à un esthétisme inspiré du craft, du camp et du baroque. Il défend l’idée que l’univers est fondamentalement créatif et qu’il produit un « débordement » de phénomènes sensoriels inutiles mais esthétiquement plaisants. Les animaux et les plantes communiquent au moyen de couleurs, de sons et d’odeurs qui semblent n’avoir d’autre but que de séduire, d’attirer et parfois de repousser. Ces manifestations de désir et d’excès constituent le fondement du travail de Morgan Courtois qui rend palpables les forces esthétiques et affectives qui traversent, voire dépassent, le monde matériel. A la Collection Lambert, l’artiste présente Devouring Fantasy, une installation où coupes et seaux de champagne en porcelaine s’empilent autour de fleurs séchées évoquant tout le potentiel de l’excès.

Cyril Debon

Cyril Debon est peintre sentimentaliste et céramiste animalier, fondateur de l’agence de mannequin Mannequin Madelaine. Son œuvre est un exercice d’éclectisme, en quête des meilleures manières d’évoquer des émotions universelles comme l’amour ou la mélancolie. Il élabore sa propre imagerie d’Épinal où se réconcilient l’histoire de l’art, les livres pour enfants et les archétypes de série B. Sa production traverse le registre des genres artistiques comme un pion sur un plateau de jeu de l’oie, en passant nécessairement par quelques traquenards. Les espaces d’exposition de la Collection Lambert sont habitées par deux séries de Cyril Debon : un ensemble portraits de légumes à l’huile sur bois encadrés de céramique et une série de chauvesouris en céramique émaillée.

Julian Farade

Julian Farade explore les émotions humaines à travers des compositions denses et colorées où les figures semblent émerger les unes des autres. Oscillant entre abstraction et figuration, il souhaite s’extraire de cette dichotomie pour développer les possibilités offertes par cette zone d’incertitude et d’instabilité, là où une silhouette est encore un signe, un dessin un graphème, une couleur une émotion pure. Il compose ainsi un vocabulaire de figures récurrentes – une maison, un crocodile, une échelle… – qu’il dispose dans tous ses tableaux et qui disparaissent au premier regard pour laisser lire une composition d’ensemble très expressionniste. Le bestaire vibrant de Julian Farade habite une large variété de médiums utilisés par l’artiste pour confronter la peur et l’inconnu : peinture, sculpture, gravure. Des tableaux sur velours et des peluches nouées content ici ces combats intérieurs.

Clédia Fourniau

Les tableaux de Clédia Fourniau sont réalisés à l’aide de peinture acrylique, de mica et de résine sur toile ou textile apprêtés, pour former une surface brillante produisant un dialogue introspectif entre l’image reflétée et la réalité. L’acte de peindre est fondamentalement dépendant du processus et du matériau lui-même, enraciné dans une pratique du corps en action qui se construit à l’atelier jour après jour et couche après couche, dans une temporalité distendue et imprévisible. Oscillant entre une pratique à la fois formelle, protocolaire et de l’accident, l’artiste travaille ainsi sur la dimension sérielle et gestuelle de la peinture abstraite en interrogeant la représentation, les conditions de création, de perception et de réception d’une double image.
L’artiste explore la dimension sérielle et gestuelle de la peinture abstraite, à travers trois toiles exposées à la Collection Lambert, réalisées à partir de peinture acrylique, de mica et de résine sur toile.

Laura Garcia Karras

Laura Garcia-Karras utilise des couleurs profondes et saturées qui sont le résultat de sortie de tube et du jus sale de ses peintures précédentes, ce qui confère une richesse particulière à sa palette. La composition de ses œuvres est marquée par des formes organiques qui évoquent des éléments naturels, l’artiste jouant avec les contrastes de lumière et d’ombre pour donner vie à ces formes. Les textures sont soigneusement travaillées et la finesse des détails observe un processus de peinture lent et réfléchi. Les éléments, qui rappellent des motifs de jardins ou des références à la nature morte, sont représentés avec une telle intensité qu’ils semblent vibrer d’une vie intérieure, malgré leur état stationnaire. Cette tension entre le dynamisme de la vie et le silence de la mort se fait sentir à travers l’interaction des formes et des nuances.
Dans cette dernière série de toiles présentées ici, Laura Garcia Karras fait éclore des formes aiguisées, sur le jus brumeux de ses pinceaux sales, encore riche des pigments de ses toiles précédentes.

Gerard & Kelly

Gerard & Kelly collaborent depuis près de deux décennies sur des performances, des chorégraphies, des vidéos et des installations. Ayant étudié la danse classique et contemporaine, les arts visuels, la littérature et les théories du genre, Gerard & Kelly utilisent des stratégies conceptuelles dans l’art et la danse pour examiner des thèmes plus larges tels que la mémoire et l’histoire, la sexualité et la subjectivité. A la Collection Lambert, le duo réagence une salle noire du sous-sol en discothèque minimaliste dans laquelle se manifestent leurs recherches sur la musique et l’héritage du compositeur africain-américain queer Julius Eastman.

Célia Gondol

Célia Gondol, danseuse et artiste plasticienne, inscrit son travail autant dans les domaines du champ chorégraphique et musical que dans ceux de l’astrophysique et de la physique fondamentale. L’artiste questionne par le geste les vitesses, les mouvements et les dimensions qui échappent à nos échelles. Son œuvre tire de sa pratique de la danse une forme d’orchestration chorégraphique empruntant au principe de formation de convergence des individus. Elle s’entoure de collaborateurs dont elle investit les spécialités comme les véhicules de performances communes. Présentés à la Collection Lambert, les Ice Memories de Célia Gondol reprennent, dans le verre soufflé les reliefs, les fossiles et les traces du désert de Platé, un site témoin d’une histoire géologique de plus de 250 millions d’années, celle de l’Océan Thétys.

Pascal Hachem

Le travail de Pascal Hachem est intrinsèquement lié à la ville, plus particulièrement celle qui l’a vu naître, Beyrouth, où l’instabilité du quotidien ne permet pas d’anticiper le lendemain. Cette incertitude quotidienne nourrit la perception qu’a l’artiste de l’avenir et explique la nature transitoire de son travail. Dans cette logique, la pratique de Pascal Hachem implique le plus souvent des actions de déplacement : celles de l’artiste lui-même ou des objets et formes de la vie quotidienne, omniprésents dans son travail. Les mises en scène ainsi élaborées par l’artiste placent le spectateur dans des positions aussi inconfortables que familières. À partir d’outils du quotidien, notamment des ustensiles de cuisine, qu’il destitue de leur fonction initiale, Pascal Hachem dépeint avec cynisme l’humanité.

Arash Hanaei

Arash Hanaei développe une pratique qui combine divers médiums – photographie, installation, vidéo – et technologies numériques. Fasciné par le langage universel de l’architecture et de l’urbanisme modernes , il tente de reconstruire et de déconstruire cette universalité pour révéler des espaces indéchiffrables dans l’espace bâti. Dans sa récente série de « dessins numériques », Arash Hanaei explore l’impasse que constitue l’architecture utopique en reproduisant des paysages de la banlieue parisienne des années 1960 à 1980, remettant simultanément en question les absences d’idéaux exprimées dans le post-urbanisme. Les scènes qu’il crée sont à la fois fascinantes, oniriques et solitaires. Avec son installation Foggy Memo, l’artiste se penche sur l’esthétique des périphéries et invite les spectateurs à interpréter les utopies dans le paysage des villes inachevées.

Ittah Yoda

Les artistes du duo Ittah Yoda associent leur expérience culturelle multiple à la construction de mondes virtuels ainsi qu’à une vaste recherche plastique visant la production d’installations multisensorielles. L’œuvre d’Ittah Yoda est auto-génératrice, se citant elle-même tout en s’étendant peu à peu vers de nouveaux domaines à chaque collaboration, qu’elle soit avec un artisan, un technicien, un auteur, une intelligence artificielle, un glitch, des conditions environnementales ou encore une vie non humaine. Ittah Yoda cherche à engendrer des expériences à la fois esthétiques et thérapeutiques qui restructureraient les modes de communication entre les êtres humains et non-humains, en favorisant le modèle symbiotique plutôt que hiérarchique. Pour cette exposition, le duo présente un ensemble de pièces portées par une même vitalité organique. Que ce soit en travaillant avec des pigments qu’ils réalisent, avec du bois de leur lieu de résidence ou avec les odeurs des grottes de Lascaux, ils cherchent à produire un espace de liberté pour une perpétuelle réinterprétation de l’identité et des relations entre les êtres et les espèces.

Michel Jocaille

Michel Jocaille travaille à partir de sculptures et d’installations aux échelles diverses, pour la plupart composées d’assemblages de matériaux. Inspiré par l’esthétique camp, il la détourne pour mettre en avant son artificialité et son exagération, incarnées dans son travail par une forme d’extravagance théâtrale. C’est ainsi que se déploie au sein de la démarche de l’artiste une réflexion sur les systèmes référentiels et autoritaires qui fondent les constructions identitaires, en intégrant des références au culte du corps, aux notions de fluidité et d’hybridation. Les œuvres de Michel Jocaille témoignent d’une recherche formelle et théorique visant à brouiller les hiérarchies entre les discours, à renverser les nomenclatures et les représentations imaginaires. Les cinq tableaux de Michel Jocaille présentés dans l’exposition sont vêtus d’une esthétique kitsch qui revendique avec une extravagance théâtrale une écologie queer égalitaire.

Nika Kutateladze

À l’origine des projets de Nika Kutateladze se trouve une réflexion sur l’espace habitable et sa capacité à rendre compte de mémoires intimes et collectives, avec pour terrain d’études privilégié son pays natal. Décontextualisant et confrontant matériellement des espaces issus de réalités distinctes, il pose notamment un regard sur les transformations en cours en Géorgie, qui a connu d’importants mouvements de population depuis le début des années 1990, en raison entre autres de l’exode rural. Prenant souvent la forme d’installations et de sculptures, les œuvres de Nika Kutateladze se font reflet du consumérisme quotidien et des questions environnementales qui en découlent. Ses derniers travaux artistiques remettent en question le processus de transformation des espaces architecturaux et de l’environnement urbain en général. Investissant la totalité du grand couloir de l’Hôtel Montfaucon, l’artiste propose une intervention totale et quasi scénographique qui évoque la protection de l’intimité, s’inspirant de celle des maisons de sa Géorgie natale.

Anne Le Troter

Anne Le Troter mêle installation sonore, performance, théâtre, littérature et poésie pour travailler la plasticité du langage et la façon dont il est pétri d’injonctions capitalistes de rendement. Elle s’est par exemple intéressée aux discours procéduriés des enquêteurs téléphoniques, à la litanie normée des sondeurs politiques ou aux autoportraits calibrés des donneurs de sperme. Pour cette exposition, Anne Le Troter s’est inspirée d’un spectacle de 1958 de Merce Cunningham dans lequel il danse, équipé d’un costume-chaise. Anne Le Troter explore, elle, ici, la notion de corps-enceinte, caisse de résonance autant que forteresse assiégée, de corps contraint, comme Merce Cunningham l’a été, couplé avec un objet inanimé. Elle raconte l’épuisement du corps individuel et du corps collectif – espaces forcément politiques –, leurs assignations, comme autant de roleplays empruntant encore au vocabulaire pornographique. L’artiste investit une salle de la Collection Lambert avec Le corps living room, une installation sonore dans laquelle les parlants cherchent à s’extraire de la société et choisissent l’immobilisation comme acte de résistance.

Matisse Mesnil

Matisse Mesnil se distingue par son utilisation unique et quasi exclusive du métal. Sa méthode, brute et intense, contraste fortement avec la délicatesse des œuvres qu’il crée. Par l’usage de l’arc électrique, il inscrit dans la matière rigide des scènes douces voire naïves : natures mortes, bouquets de fleurs, chaises de jardin en plastique. Cette juxtaposition crée une tension visuelle surprenante, mêlant la dureté industrielle du métal à la finesse de ses dessins. Dans chaque pièce de Matisse Mesnil, la technique rigoureuse rencontre une expressivité poétique, offrant un regard neuf sur les potentialités du métal en tant que toile. Dans cette exposition, l’artiste se joue de l’opposition entre le dessin figuratif presque naïf et un support arte povera radical quasi industriel pour créer un grand quadriptique évoquant un paysage et des natures mortes, ainsi qu’un autel accueillant le visiteur au cœur de la cour Montfaucon.

Daniel Otero Torres

La pratique de Daniel Otero Torres se distingue par sa technique unique, à la frontière entre le dessin et la sculpture, marquée par un trait photoréaliste appliqué à des structures monumentales en métal découpé. La plupart de ses œuvres représente un collage visuel et historique créé à partir de différentes sources : archives, livres anciens, journaux contemporains ou ressources en ligne. L’artiste s’intéresse aux notions de résistance et de révolution, à travers l’étude de communautés marginalisées, mais aussi de manifestation, de célébration et de réconciliation en tant que moteurs du changement social. Plus récemment, les préoccupations écologiques ont également trouvé leur place dans son travail en tant qu’élément indissociable de l’activisme contemporain dont il fait son objet d’étude. Dans les deux pièces qu’il présente à la Collection Lambert, Daniel Otero Torres questionne à la fois l’avenir de la biodiversité alors que l’agriculture intensive prolifère ainsi que notre rapport à la révolution à travers une installation qui revient sur les violences des forces armées lors de manifestations.

Margot Pietri

Margot Pietri explore les relations et les affects que l’humain entretient avec la technique. Elle produit des récits de science-fiction dans lesquels les modalités de nos relations – aux objets, à la machine, à l’environnement, aux images ou aux autres – sont renégociées et imagine de nouvelles manières de vivre dans une société sans hiérarchie, où les rythmes de vie et de travail ne sont pas calés sur un utilitarisme présupposé. De ces récits naissent des sculptures et peintures aux fonctionnalités altérées qui évoquent des paysages artificiels. Au sous-sol de la Collection Lambert, les sculptures de Margot Pietri, objets d’un mode de vie capitaliste (panneaux publicitaires, distributeurs automatiques etc) dont les fonctions sont souvent détournées, posent un regard poétique et cynique sur notre société moderne d’hyperconsommation, de performance et de productivité.

Luca Resta

Le travail de Luca Resta prend sa source dans les objets. Comme une sorte d’archéologie contemporaine, il explore le vertige de la série à travers des collections infinies de formes quotidiennes (couverts jetables, emballages de supermarché, boîtes en carton, etc.) qui deviennent la source de ses créations, prenant souvent la forme d’installations. Son vocabulaire artistique – série et homologation, réplication et standardisation, accumulation industrielle et itération mécanique – entre en dialogue avec ses dispositifs et son habileté manuelle, lorsqu’il cache la sculpture derrière l’idée de forme « commune ». Devant les œuvres de Luca Resta, le spectateur fait ainsi l’expérience de la puissance esthétique des techniques sculpturales de l’artiste qui transforme les objets du quotidien, proposant une expérience du « presque invisible ». Dans son installation Monuments faite de blocs de marbre taillés et camouflés comme des produits de grandes consommation qu’il agence sur des étagères métalliques à la manière des lieux de stockage, Luca Resta crée de nouveaux contextes narratifs où notre quotidien se voit transformé et réinterprété.

Edgar Sarin

Le travail d’Edgar Sarin témoigne de la recherche formelle d’une harmonie politique et environnementale, dont l’homme serait le catalyseur. Il a notamment été remarqué pour son travail sur la ruine génératrice et pour sa remise en question de l’espace d’exposition et de la place de la réception. Considérant qu’il s’agit de prendre en compte le spectateur à partir du moment où il arrête d’en être un, Edgar Sarin s’inscrit ainsi dans une lignée « méditerranéenne » de la conception de l’œuvre d’art, qui s’élabore par porosité avec le milieu. Il défend une approche qui favorise l’apprentissage du monde et du matériau – une forme raisonnée du geste créateur – ce qu’il développe dans un corpus sculptural pluriel et précis. Dans un ensemble réalisé in situ, sans plan préalable, l’artiste propose deux œuvres en dialogue : une sculpture effigie d’architecture et une grande toile aux inspirations musicales.

Ugo Schildge

Les travaux d’Ugo Schildge nous invitent à examiner plus en détail l’impact de l’homme sur la nature. À travers le motif de l’engrenage, symbole de la révolution industrielle, l’artiste s’est d’abord intéressé à l’articulation entre image et mouvement, mettant en avant le pouvoir de la mécanique tout en lui permettant de réinventer la perception que nous avons de l’image. À travers ses œuvres, sorte de poèmes terrestres et matériels, Ugo Schildge nous incite à jeter un autre regard sur le processus de pollinisation – à la base même de notre écosystème – exprime sa conscience des liens qui nous relient les uns aux autres et de la place que nous nous devons de prendre au sein de la nature qui nous donne vie. La représentation des motifs de végétation, fruits et fleurs, permet à l’artiste de mettre en avant leur finesse et leur délicatesse, tout en les enveloppant dans le béton, comme une armure incassable, questionnant ainsi notre rapport au temps et la permanente dualité entre le vivant et l’immortel.

Laura Sellies

Laura Sellies définit sa pratique comme étant collaborative, installative et dramaturgique. Collaborative car, selon elle, l’art est un processus collectif, que l’on réfléchit et met en œuvre à plusieurs, un espace où les différences s’affirment en s’accordant. « Installative », car elle place des sculptures, des personnes, des images, des sons dans l’espace et dans le temps, les mettant en relation de manière à constituer entre elles un commun durable et relativement autonome dont elle observe ensuite les développements potentiels. « Dramaturgique », car ses installations racontent des histoires sans les dire, font de ces sculptures, corps, mouvements et sons les éléments d’un langage muet où s’incarnent récits oubliés et mythes à venir. L’installation de Laura Sellies présentée à la Collection Lambert est le point de départ d’un projet plus large prenant la forme d’un long métrage. Trois petites filles y racontent la création d’un jeu, d’un monde, dans une forêt devenue machine sonore.

Erwan Sene

Artiste plasticien et musicien, le travail d’Erwan Sene s’appuie sur une œuvre sculpturale qui se déploie sur plusieurs niveaux et s’écrit au futur antérieur. Se laissant entraîner sur la pente d’un quotidien multiple qu’il réimagine comme autant d’histoires énigmatiques, sa pratique reconsidère sa propre façon de vivre et de digérer les objets qui l’entourent. Il crée des mises en scène avec une multitude de matériaux, entre rémanence baroque et surréalisme quotidien, et aborde les thèmes de la contamination, de l’idiopathie et de la science-fiction. Au sous-sol de la Collection Lambert, l’artiste développe un étrange écosystème, ensemble de mobilier urbain dystopique et interconnecté, vibrant et dialoguant à l’aide d’un langage conçu par l’artiste.

Pol Taburet

L’œuvre de Pol Taburet est un mélange iconoclaste de références liées aux origines caribéennes de l’artiste, aux traditions vaudoues syncrétiques de la région, à la culture contemporaine au sens large, ainsi qu’à la peinture classique. Son style de peinture se fonde autant sur l’usage de l’aérographe que de la peinture acrylique tandis que ses influences, plurielles, appartiennent clairement aux canons traditionnels de l’histoire de l’art. De Francis Bacon au baroque en passant par l’art sacré, l’impressionnisme et le symbolisme, ces influences sont visibles sans pour autant dominer l’œuvre. Artiste instinctif, les thèmes, les formes, les compositions et les significations de Pol Taburet se révèlent généralement à l’artiste au fur et à mesure qu’il peint. Fork Melody montre des clous rouillés mais toujours acérés, reflétant nos traumatismes et notre force intérieure face au temps.

Dune Varela

Dune Varela explore la photographie argentique, jouant tant de sa dimension d’héritage que de son caractère que fragile et temporaire. A travers l’image, qu’elle travaille comme une ruine, elle interroge l’enchevêtrement des temps et des époques, pour imaginer une archéologie du futur. Délaissant l’impression classique sur surface plane, elle apporte à l’image une dimension sculpturale à travers des matériaux tels que la céramique, le marbre ou le béton afin de matérialiser la photographie lui donnant ainsi un corps inédit, à la fois fragile et durable, que chacun peut Sa recherche se déploie désormais dans les champs de la vidéo et du cinéma. Pour cet ensemble de pièces réalisées en 2023, l’artiste s’est rendue en Italie dans les carrières de Carrare pour photographier des blocs et des plaques de marbre extraits de la roche, ensuite imprimées sur des fragments de marbre. A travers ce processus de mise en abîme, tant géologique que géographique, l’artiste fait ressurgir en trompe-l’œil une vision de la ruine ancrée dans le temps présent et donne naissance à une archéologie en devenir.

Marie de Villepin

Sur papier ou sur toile, les œuvres de Marie de Villepin, profondément marquée par ses rencontres avec de nombreux artistes, tels que Zao Wou-Ki, Roberto Matta et Anselm Kiefer, se déroulent comme un long carnet de voyages. Art de combat et de survie, entre figuration et abstraction, ses peintures transcrivent doutes, solitude, rêves éveillés qui, en chemin, assaillent l’artiste. Elle fait éclore, sur des rythmes anciens ou nouveaux, des paysages inconnus, tout un peuple de créatures et machines imaginaires. A l’occasion de cette exposition, Marie de Villepin présente Venus Flowers et Pommes, deux natures mortes expressives à la frontière de l’abstraction.

Félix Touzalin

Félix Touzalin associe ses savoir-faire de sculpteur et d’artisan du métal aux pratiques de la danse pour créer des installations et des performances. Par le biais de ces techniques mais également de la vidéo et de l’installation, il explore autant les possibilités physiques du corps qu’il n’en sonde ses ressorts psychologiques. Il trouve son équilibre dans des gestes lents, des postures proches parfois du yoga, ainsi que dans tout un rapport au cadre, à l’espace, au territoire qui l’a conduit vers une recherche sur le « corps Atlas », inspiré du Titan au corps athlétique et « cartographique ». À travers ses spectacles à la poésie souvent minimaliste, il nous entraîne dans un état des lieux intime pour découvrir, à travers des métamorphoses, les étapes d’un long apprentissage artistique, jusqu’à l’éclosion d’un artiste doublé d’un danseur. Félix Touzalin présente une installation activée à plusieurs occasions pendant la durée de l’exposition, explorant les enchâssements entre le corps et le métal, la coévolution du biologique et du minéral.

Xolo Cuintle

Xolo Cuintle produit des œuvres qui bousculent les frontières entre la sculpture, le mobilier et le décor. De ses quatre mains, le duo conçoit des sculptures en béton et transforme ce matériau solide et inerte en un terreau fertile où s’épanouit une ornementation d’inspiration organique. Les créations de Xolo Cuintle, minutieusement assemblées et disposées en fonction de chaque environnement, se jouent des objets qui constituent les topographies de notre quotidien, et construisent des espaces hétérotopiques, à la frontière du rêve et du simulacre. Au sein de ces scènes désertées et pétrifiées se dessine une nouvelle grammaire de formes qui, par strates, façonne une lecture du temps. L’ensemble des pièces présentées par Xolo Cuintle dans cette exposition reprend des motifs organiques sur des sculptures et bas-reliefs faits d’un béton sableux, presque mouvant. De cette matière minérale et inerte, le duo fait naître des formes animées par des lignes serpentines.

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