Nathalie Bujold, Ménage/Montage, Vidéochroniques à Marseille

Jusqu’au 22 décembre 2016, Vidéochroniques présente « Ménage/Montage », un regard sur le parcours de l’artiste québécoise Nathalie Bujold.

Sans être véritablement une rétrospective, l’exposition montre avec pertinence l’originalité et la continuité du travail de Nathalie Bujold à travers un ensemble de pièces qui recouvrent presque trente années de production artistique. Dans une hybridation sans cesse renouvelée, « Ménage/Montage » illustre comment les médias sont en permanence perturbés dans ses œuvres.

La mise en espace renoncer à tout enchaînement chronologique, jouant subtilement avec les rapprochements pour souligner, au-delà des techniques et des matériaux employés, la cohérence, mais aussi la diversité de son travail.

L’exposition utilise avec efficacité les espaces très typiques de la galerie. Elle propose un parcours intelligible sans être didactique. Des ruptures de rythme, des perspectives multiples et des correspondances appropriées laissent toute latitude au visiteur pour construire sa propre déambulation.

Un plan de salle et un (trop ?) long texte signé par Édouard Monnet, commissaire de l’exposition, sont à la disposition du visiteur.
Ce document permet de comprendre la démarche et l’histoire de Nathalie Bujold ainsi que sa relation particulière avec Vidéochroniques. Il met en perspectives les différentes œuvres exposées. Très dense, sans réelles respirations, plus proche de l’essai que d’une fiche de salle, il reste néanmoins accessible sans éviter quelquefois un vocabulaire et des formules convenues qui témoignent d’un certain entre-soi propre au milieu de l’art contemporain.
Selon sa pratique de l’exposition, on pourra le lire avant ou après la visite de « Ménage/Montage », mais difficilement pendant celle-ci.

L’accueil chaleureux propose au visiteur d’accompagner éventuellement son parcours.

L’univers très particulier de Nathalie Bujold mérite sans aucun doute un passage par Vidéochroniques.

À lire, ci-dessous, un compte rendu de visite et quelques éléments biographiques extraits du site de l’artiste.

En savoir plus :
Sur le site de Vidéochroniques
Sur la page Facebook de Vidéochroniques
Télécharger le texte d’Édouard Monnet sur le site de vidéochroniques
Sur « L’Esprit pratique – Au service de la pratique de l’esprit », le site de Nathalie Bujold

Nathalie Bujold, « Ménage/Montage »
Impressions de visite

Si l’exposition ne semble pas imposer un parcours, le plan de salle remis au visiteur en suggère un.
Les citations qui enrichissent ce compte-rendu sont extraites du texte d’Édouard Monnet ou du site de Nathalie Bujold.

« Artefacts » (1998-2016)

Nathalie Bujold, Artefacts, 1998-2016. Ménage/Montage, Vidéochroniques
Nathalie Bujold, Artefacts, 1998-2016. Ménage/Montage, Vidéochroniques

À gauche de l’accès, un assemblage de socles présente, sous le titre « Artefacts », un ensemble d’éléments « composé de chutes, de rebuts, de détails recyclés ayant appartenus à d’autres ensembles, de pièces isolées, de maquettes, de brouillons ou de “produits dérivés” » produits entre 1998 et 2016. On y découvre ainsi des polaroids, des nuanciers, des courges peintes, des tissus imprimés, des flip-books, une vidéo où un insecte devient instrument de musique, des ouvrages de dame, des coupes de bois aux cernes lâches, des chaussettes à alphabet ou pour tenir au chaud des crosses de hockey…
Cette collection hétéroclite est à la fois un résumé et le repère de ce qui constitue l’ossature du travail de Nathalie Bujol : la répétition du motif, la trame du tissu et de l’image et l’humour…

Ces « artefacts » se prolongent par les structures moelleuses et accueillantes composées de chaussettes, de gants et de moufles multicolores (« Foyer doux foyer », 1998).

De « Personne » (2013) à « Déviation chromatique » (1998-2016)

En écho à ces compositions de vêtements protecteurs, on remarque un intrigant portrait d’enfant. Intitulé « Personne » (2013), il est construit par l’assemblage de 137 photos. Il appartient à une série nommée « éMotifs », réalisée lors d’une résidence dans une école…

Nathalie Bujold, Personne, 2013. Ménage/Montage, Vidéochroniques
Nathalie Bujold, Personne, 2013. Ménage/Montage, Vidéochroniques

Répétition, collage, mosaïque, démultiplication du motif, pixellisation… À mesure que l’on progresse dans la visite, la trame se précise…

Face à « Personne », un autre portrait en « mosaïque » lui fait un curieux clin d’œil.
« Déviation chromatique » (1998-2016), ensemble de polaroids agencés par couleurs et alignés sur des tablettes de tilleul, pourrait être d’une certaine manière un portrait des Iles-de-la-Madeleine… L’installation renvoie aux nuanciers, aux images dans l’image, à la répétition et constitue l’insolite évocation analogique d’un assemblage de pixels…

« Merci » (2013) et « Les trains où vont les choses » (2006-2016)

À proximité, on retrouve répétitions et pixels dans « Merci » (2013), une courte vidéo dédiée « à tous les artistes visionnaires qui nous ont ouvert la voie », une montée d’escalier dont les « marches saluent les chemins parcourus jusqu’aux pixels »…

Pixels et répétitions encore, de l’autre côté de la rampe d’accès avec « Les trains où vont les choses » (2006-2016). Quatre moniteurs vidéo pour 35 séquences tournées au Liban « contenues comme autant de pixels se répètent avec un décalage temporel qui dessine un mouvement ondulatoire horizontal. Une tapisserie rétinienne qui trace des arabesques à l’image d’un pays aux mille facettes ».

« HIT » (2013)

Dernière pièce exposée dans la grande salle de Vidéochroniques, « HIT » est composé de six pans de tissus, transposition avec la technique du métier Jacquard d’une série d’images numériques, variations sur les mouvements rythmés d’un percussionniste, sur son instrument et sur l’analyse spectrale du son…

Nathalie Bujold, HIT, 2013. Ménage/Montage, Vidéochroniques
Nathalie Bujold, HIT, 2013. Ménage/Montage, Vidéochroniques

Bien entendu, il est question ici de trame, mais aussi de « liens » entre les pratiques textiles et numériques de l’artiste. Si l’ensemble nous a moyennement convaincus, Édouard Monnet semble donner à cette pièce une place importante dans le travail de Nathalie Bujold :

« Les six pans de tissu qui composent HIT rendent justement compte d’une expérience du jacquard autrement fertile, d’une exploration qui convoque l’histoire et les perfectionnements de cette technique, depuis le premier métier à tisser de Basile Bouchon, muni d’un ruban perforé inspiré des mécanismes d’horlogerie utilisés dans les boites à musique, jusqu’aux cartes perforées de Jean-Baptiste Falcon puis de Jacquard, préfigurant l’invention de l’ordinateur (dont la paternité reviendrait à Lady Lovelace, fille de Lord Byron et première programmatrice de l’histoire). Ils donnent à voir les nouvelles perspectives offertes à l’artiste par un instrument singulièrement approprié à ses tentatives de jumelages, mêlant pratique textile et images numériques, outillage traditionnel et nouvelles technologies.

HIT constitue aussi un tour de force en ce qu’il articule une figure (en l’occurrence celle d’un instrumentiste, ou plus précisément d’un batteur), sa captation numérique et sa traduction tangible sous la forme d’une étoffe. Les mouvements duels du batteur, ceux du métier (fil levé ou baissé, fil de chaîne ou de trame, fil blanc ou noir) et la suite chiffrée composée de 0 et de 1 se répondent ici mutuellement. La dimension réflexive de l’oeuvre tient précisément à la coïncidence de ces trois éléments servant la cohérence d’un propos insistant à la fois sur la comparable binarité des opérations accomplies (qu’elles soient humaines, mécaniques ou informatiques) et sur les innombrables combinaisons qu’elles rendent possibles ».

« Jeux de cordes » (2016) et « Textile de cordes » (2013)

Dans son essai, le commissaire souligne « la connivence particulière [de Nathalie Bujold] avec le champ musical, auquel HIT fait à sa manière allusion ».
Deux œuvres vidéo témoignent de cet intérêt :

« Jeux de cordes » (2016), vidéo d’une vingtaine de minutes, est la collaboration la plus récente de l’artiste avec le Quatuor Bozzini qui a connu plusieurs épisodes (« Musique de chambre (noire) » en 2011 et « Études vidéographiques pour instruments à cordes », en 2015).

Nathalie Bujold, Jeux de cordes, 2016. ©Nathalie Bujold
Nathalie Bujold, Jeux de cordes, 2016. ©Nathalie Bujold

Les Percéides (Festival de cinéma et d’art de Percé en Gaspésie) résume ainsi le synopsis de cette œuvre :

« Dans cette suite de tableaux se croisent textile, musique et vidéo. Découpée par la lumière, l’instrumentiste exécute une improvisation ou joue une note avec des techniques variées. Les gestes musicaux sont échantillonnés puis démultipliés de manière à construire des motifs complexes. L’artiste s’est ainsi appliquée à ouvrager des détails et des moments simples en les faisant basculer dans un autre ordre de perception ».

Ce film mérite qu’on lui accorde le temps nécessaire…

Projetée dans la fosse, « Textile de cordes » (2013) est une courte vidéo d’une minute. Elle fait suite à « Musique de chambre (noire) », un projet qui réunissait le Quatuor Bozzini, Taylor Brook et Nathalie Bujold.

C’est probablement une des pièces les plus emblématiques de l’évolution et de la cohérence du travail de Nathalie Bujold. Véritable tissage numérique, on y découvre le violoncelle d’Isabelle Bozzini qui joue la même note en multipliant les techniques. Cette note « est répétée simultanément de façon exponentielle (de 4 à 16 fois jusqu’à 67 108 864) en ajoutant ou en enlevant chaque fois 20 % de la durée pour en changer la hauteur ».

L’ampleur de la fosse où elle est projetée donne à cette pièce une force et une puissance magnétique.

Autour du motif à carreau des chemises de bûcheron…

« Variation bûcheron » (1997) est un ensemble de petites peintures exécutées avec un soin méticuleux. Le motif à carreaux de la traditionnelle chemise de bûcheron y est sans cesse reproduit…

Nathalie Bujold, Variation bûcheron, 1997. Ménage/Montage, Vidéochroniques
Nathalie Bujold, Variation bûcheron, 1997. Ménage/Montage, Vidéochroniques

L’œuvre appartient au corpus « En wing en hein » dans lequel l’artiste proposait un regard sur une série d’objets se rapportant aux représentations populaires et à leurs techniques artisanales. « Variation bûcheron » renvoie aussi selon Édouard Monnet à « l’histoire de la peinture, plus spécifiquement constructiviste ou géométrique. Parmi les motivations plurielles, il s’agissait pour l’artiste de prendre le contrepied d’un “revival” expressionniste qui sévissait alors dans son environnement immédiat, par une réponse “hard-edge” pas moins anachronique et à son tour détournée ».
En effet, à l’inverse des techniques mises en œuvre par les peintres abstraits de cette école américaine (E. Kelly, K. Noland), Nathalie Bujold peint tout au pinceau, « avec application et abnégation, à quatre-vingt-une reprises (…), obstinément, jusqu’à ce qu’un de ses amis bienveillant lui conseille d’arrêter et de passer à autre chose ».

La présentation des toiles, inclinées sur une longue étagère, produit un ensemble remarquable qui laisse au regardeur toute latitude pour construire ses propres récits…

« Hourra pour la pitoune » (2012) est une page web interactive. Elle appartient à un ensemble réalisé par l’agence TOPO et fait écho à la série « En Wing en Hein ».

Nathalie Bujold, Hourra pout la pitoune, 2012. Ménage/Montage, Vidéochroniques ©Nathalie Bujold
Nathalie Bujold, Hourra pout la pitoune, 2012. Ménage/Montage, Vidéochroniques ©Nathalie Bujold

Nathalie Bujold y propose des mises en scène d’objets folkloriques et des animations utilisant des mots de la langue québécoise. On conseille vivement d’expérimenter l’activité « Carotte », présentée ici, où les motifs à carreau des chemises de bûcheron révèlent toute la richesse des « turluttes » québécoises.

« Pixels et petits points » (2004), « Mire de couleurs » (1999), « Sainte Victoire » (2005-2013), abeilles, papier peint et tissages jacquard…

En plus des « Variation bûcheron », la petite salle de Vidéochroniques présente un ensemble « d’ouvrages de dame », de portraits et de variations sur la Montagne Sainte Victoire et les abeilles.

Cet ensemble accroché avec élégance rassemble des œuvres réalisées entre 1999 et 2016. Une fois de plus, il illustre la cohérence et la continuité du travail de Nathalie Bujold.

Nathalie Bujold : quelques éléments biographiques
(extraits de son site)

Nathalie Bujold est née à Chandler en Gaspésie, en 1964.
Elle vit et travaille à Montréal

Nathalie Bujold, Ménage/Montage, Vidéochroniques ©Nathalie Bujold
Nathalie Bujold, Ménage/Montage, Vidéochroniques ©Nathalie Bujold

Elle se joint au centre d’artistes l’Œil de Poisson à sa fondation en 1985. En 1992, elle termine un Baccalauréat à l’Université Laval et remporte le prix René-Richard. Diverses expositions collectives et résidences l’ont menée en Italie, en Colombie, au Liban, en Suisse et en France.
Elle fera quelques séjours à Marseille, pour une résidence des Inclassables à Cypres en 2002, pou une autre à Vidéochroniques en 2005 et pour une exposition en 2007 avec eux intitulée « De quoi sont les images faîtes ? ».
Elle participe à la première édition du Symposium des Îles-de-la-Madeleine et à la dernière édition du Sympofibre de Saint-Hyacinthe.
En 2004, son installation « Pixels et petits points » a lieu au Centre Clark.
En 2008, Édouard Monnet de Vidéochroniques monte le programme monographique « Le petit castelet électronique de Nathalie Bujold » à l’invitation d’Heure Exquise ! et le montre au Palais des Beaux-Arts de Lille.
La vidéo « Les trains où vont les choses » lui vaut en 2008 le Prix à la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec.
Elle est invitée par le CQAM avec neuf autres vidéastes à créer une monobande pour célébrer le 50e anniversaire de la vidéo pour le 42e FNC et les 26es Instants vidéos.
Elle collabore à deux reprises avec le Quatuor Bozzini: en 2010 avec le compositeur Bernard Falaise pour « Les petites portes » et tout récemment avec le compositeur Taylor Brook. De cette dernière collaboration tripartite résulte le concert « Musique de chambre (noire) ». À partir des échantillonnages des musiques du quatuor découlent aussi la monobande « Textile de cordes » vue dans plusieurs festivals et l’Installation vidéo « Études vidéographiques pour instruments à cordes ». Cette dernière a été présentée à la Cinémathèque québécoise lors du dernier FIFA.
Nathalie Bujold est candidate à la maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM.

Expositions personnelles
2015 Études vidéographiques pour instruments à cordes Cinémathèque québ. au FIFA (Mtl)
2004 Pixels et petits points. Centre d’art et de diffusion Clark (Mtl)
2000 En wing en hein and more Stride (Calgary)
1999 En wing en hein Galerie d’art de (Matane)
1999 En wing en hein Vaste et Vague (Carleton)
1999 En wing en hein Axe-néo 7 (Hull)
1999 En wing en hein AKA (Saskatoon)
1998 En wing en hein Centre d’art et de diffusion Clark (Mtl)
1998 Le nouveau en wing en hein L’Oeil de Poisson (Qc)
1993 De tout coeur (Jumelage avec Lucie Lefebvre) L’Oeil de Poisson (Qc)
1992 Maman les p’tits bateaux. « Vitrine » L’Oeil de Poisson (Qc)

Principales expositions collectives
2015 « We are a very poor jet set » Comm.: Denis Brun Galerie Edoùart Paradis (Marseille)
2012 « Rejouer/déjouer le folklore: Suisse-Québec » MC Frontenac (Mtl) Stadtgalerie (Berne). Commissaires : Ariane DeBlois et Stéphanie Boehi
2012 Les coulisses du conte Turbine, T. Le clou, É. Jeanne-Mance, T. Denise-Pelletier (Mtl)
2009 « Sagamie: L’imprimé numérique en art contemporain » M. C. Côte-des-Neiges (Mtl)
2009 « Minimalistic » Commissaire: Pascal Lièvre Galerie Vanessa Quang (Paris)
2008 « C’est arrivé près de chez vous » Musée national des beaux-arts du Québec (Qc)
2007 « De quoi sont les images faites? » Comm.: E. Monnet. Vidéochroniques (Marseille)
2002 « L’art contemporain entre tradition et modernité » Palais de l’Unesco (Beyrouth)
2001 « VIe Congrès Mondial de l’asso. Int. de sémiotique visuelle » L’Oeil de Poisson (Qc)
2001 « L’Effet du Logis. (Les Inclassables) » Studio Cormier (Mtl)
2000 « Art et Contexte » Commissaire: Sonia Pelletier ASAB (Bogota)
1999 « In Extentio » Centre Expression (St-Hyacinthe)
1998 « Artifice » Comm.: Maire-Michèle Cron et David Liss Centre Saidye Bronfman (Mtl)
1997 « Les filles et la guenille » La Chambre Blanche, Espace BA (Qc)
1997 « La Collection Prêt d’oeuvres d’art » Musée du Québec (Qc)
1997 « Charades » Vu (Qc)
1996 « Manoeuvres exquises » Maison Hamel Bruneau (Qc)
1994 « Artisti canadesi » Centro Scultura Tauro Arte (Turin)
1994 « Paysage(s), la sculpture qui se fait » Centre d’exposition de Baie-Saint-Paul (Qc)

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