mardi 27 juillet 2021

Joseph-Marie Vien dans les collections du musée Fabre

Jusqu’au 5 février 2017, le musée Fabre propose « Joseph-Marie Vien (1716-1809), premier peintre du roi, sénateur et comte d’Empire », une exposition au fil des salles du parcours XVIIIe et néoclassique.

Présenté à l’occasion du 300ᵉ anniversaire de ce peintre, né à Montpellier en 1716, l’accrochage rassemble la quasi-totalité du fonds Vien du musée (30 œuvres) et 3 esquisses peintes prêtées par le musée Atger. Ces œuvres sont mises en regard avec les peintures de ses contemporains, dont une quinzaine de toiles et de dessins de ses élèves.

Un cartel explicatif au fond gris-bleu permet de distinguer chaque œuvre du parcours.
Ils sont utilement complétés par un livret d’aide à la visite pour comprendre l’articulation du propos et (re)découvrir l’histoire de cet artiste, son style et son héritage.

L’accrochage commence dans la Galerie des Colonnes et s’achève dans la salle Gauffier. La construction chronologique avec quelques accents thématiques n’est pas toujours très évidente. La lecture attentive des cartels, comme celle du livret, est indispensable aux visiteurs qui n’ont pas de sérieux repères sur l’histoire de la peinture dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

De Montpellier à Rome

Les œuvres sélectionnées dans la galerie des Colonnes illustrent les premières années du peintre à Paris, avec des toiles de ses maîtres (Natoire, Troy), de ceux qui l’ont soutenu (Pierre) comme de ceux qui l’ont rejeté (Restout).

Jean II Restout, Le baptême du Christ, 1738-1739 - Jean-Baptiste-Marie Pierre, Diomède roi de Thrace, tué par Hercule et dévoré par ses propres chevaux, 1742 et Jean-François de Troy, Apollon et Diane perçant de leurs flèches les enfants de Niobé, 1708 - Musée Fabre - Galerie des Colonnes
Jean II Restout, Le baptême du Christ, 1738-1739 – Jean-Baptiste-Marie Pierre, Diomède roi de Thrace, tué par Hercule et dévoré par ses propres chevaux, 1742 et Jean-François de Troy, Apollon et Diane perçant de leurs flèches les enfants de Niobé, 1708 – Musée Fabre – Galerie des Colonnes

L’accrochage s’achève ici avec son « Saint Jean-Baptiste » (vers 1746), exécuté lors de son séjour à l’Académie de France. Il est accompagné par deux toiles de ses condisciples à Rome, Louis Joseph Le Lorrain et Joseph Benoit Suvée.

Cette évocation de l’itinéraire de Vien de Montpellier jusqu’à Rome est doublée d’un propos sur l’affirmation d’une critique de la Rocaille et l’exigence d’un retour au « grand goût de l’Antiquité »…

Du palais Macini à sa réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture

La salle Subleyras est entièrement consacrée à Joseph Marie Vien. Un texte ( le seul du parcous) résume en trois paragraphes la carrière du peintre, son rôle dans l’affirmation d’une esthétique néoclassique et sa place dans les collections du musée.
Sous le regard d’un buste en plâtre par Louis Deseine (1787), l’ensemble des œuvres évoquent la production du peintre, depuis son succès au prix de Rome, en 1743, jusqu’à sa réception à l’Académie.

Au centre, dans une vitrine, deux œuvres condensent cette dizaine d’années. La gravure d’un costume pour une mascarade organisée par les élèves de l’Académie à Rome (« Caravane du Sultan à la Mecque ») rappelle le séjour au Palais Mancini. Un « Dédale et Icare », rapidement brossé sur papier, prépare le « Dédale dans le Labyrinthe attachant les ailes à Icare » qui sera son morceau de réception à l’Académie royale de peinture et de sculpture, en 1754.

Joseph-Marie Vien, Dédale et Icare, Huile sur papier marouflé sur bois
Joseph-Marie Vien, Dédale et Icare, Huile sur papier marouflé sur bois. (c)Frédéric Jaulmes – Montpellier Méditerranée Métropole

À droite, une première cimaise rassemble trois des six esquisses que Vien présenta pour concourir au Prix de Rome, en 1743.

Joseph-Marie Vien - Musée Fabre - Salle Subleyras
Joseph-Marie Vien – Musée Fabre – Salle Subleyras

L’ensemble suivant rapproche l’étude préparatoire d’une « Suzanne et les Vieillards » (1743-1744) peinte avant le départ pour Rome, « Sarah présentant Agar à Abraham » (1749), exécuté pendant le séjour romain et le « Vieillard endormi » (vers 1754-1755) réalisé après le retour de Vien à Paris, en 1750. Curieusement, ces trois œuvres sont présentées dans un ordre chronologique inversé… Mais le regard du « Vieillard endormi » a probablement imposé cet accrochage…

Joseph-Marie Vien - Musée Fabre - Salle Subleyras
Joseph-Marie Vien – Musée Fabre – Salle Subleyras

La dernière cimaise, sur la gauche, commence avec deux petites esquisses qui illustrent « L’embarquement de Sainte Marthe » (1751). Le cartel ne précise pas si ce sont celles qui préparaient le tableau jugé « insuffisant » pour un agrément par l’Académie, malgré le soutien de Vien par le comte de Caylus.

Une étude du « Saint Denis prêchant la foi en France » rappelle son succès au Salon de 1767, où la toile accompagnait le « Saint Grégoire, Le Grand Pape » que l’on retrouve au début de la salle suivante. Une « Vestale couronnée de fleurs » de 1760 termine l’accrochage. Elle évoque les toiles sur ce même thème néoclassique de Raoux, autre peintre montpelliérain présent dans les collections.

Vien pédagogue

En dehors du Saint Grégoire, la salle David évoque la figure de Marie Thérèse Reboul, femme de Joseph-Marie Vien, avec un très beau portrait de 1760. Il accompagne un des « morceaux d’histoire naturelle » de l’académicienne qui ravissait Diderot (« Fleurs dans un vase de cristal »).

Le parcours s’attarde alors sur le rôle de pédagogue tenu par Vien, après sa réception à l’Académie. Nommé à la tête de l’École royale des élèves protégés en 1771, il dirige ensuite l’Académie de France à Rome de 1775 à 1781. Ménageot, Suvée, Regnault, Vincent, mais aussi David et Fabre suivent son enseignement ou bénéficient des méthodes pédagogiques qu’il met en place au Palais Mancini.

Joseph-Marie Vien, « La famille de Coriolan venant le fléchir et le détourner d’assiéger Rome » (1771) entre « Bélisaire, réduit à la mendicité, secouru par un officier des troupes de l’empereur Justinien », 1776 et « Alcibiade recevant les leçons de Socrate », 1777 de Vincent - Musée Fabre - Salle David
Joseph-Marie Vien, « La famille de Coriolan venant le fléchir et le détourner d’assiéger Rome » (1771) entre « Bélisaire, réduit à la mendicité, secouru par un officier des troupes de l’empereur Justinien », 1776 et « Alcibiade recevant les leçons de Socrate », 1777 de Vincent – Musée Fabre – Salle David

Les deux toiles de Vincent (« Bélisaire, réduit à la mendicité, secouru par un officier des troupes de l’empereur Justinien », 1776 et « Alcibiade recevant les leçons de Socrate », 1777) encadrent « La famille de Coriolan venant le fléchir et le détourner d’assiéger Rome » (1771) de Vien. C’est certainement est un des moments les plus réussis du parcours.

Dans la galerie Houdon, la « Figure académique » de Regnault trouve naturellement sa place sous l’« Étude académique » de Vien (1745-1750) .

Un peu plus loin, l’accrochage enchaîne trois toiles de Fabre (qui ne fut pas directement élève de Vien à Rome, mais bénéficia de son héritage pédagogique) avec l’ « Académie dite « Hector » » exécutée par David, en 1778, lors de son séjour à Rome, sous la direction de Vien . Une fois encore, on comprend mal cette présentation antéchronologique… et la lecture de gauche à droite.

Vien sénateur et comte d’Empire… ses héritiers.

Après une sélection de dessins présentés dans le cabinet Bonnet-Mel, le parcours se termine dans la salle Gauffier avec le « Portrait de Vien en tenue de sénateur », peint par son fils, en 1804. Cette toile est accompagnée des lettres patentes qui confèrent à Vien le titre de Comte d’Empire et par des œuvres de ses héritiers, Ménageot, Suvée, Hallé et François-Xavier Fabre.

Vien et l’objet

Une sélection de gravures d’après l’œuvre de Vien est présentée au rez-de-chaussée de l’hôtel Cabrières Sabatier d’Espeyran. Elle vient faire écho aux objets et au mobilier néoclassiques exposés par le département d’arts décoratifs du musée.

Joseph-Marie Vien (dessinateur), Jacques Firmin Beauvarlet (graveur), La Marchande d'Amours, 1797, gravure, Montpellier, musée Fabre
Joseph-Marie Vien (dessinateur), Jacques Firmin Beauvarlet (graveur), La Marchande d’Amours, 1797, gravure, Montpellier, musée Fabre. (c)Frédéric Jaulmes – Montpellier Méditerranée Métropole

Ce parcours dans les collections mérite qu’on lui prête attention. S’il permet de redécouvrir l’importance de ce peintre dans l’émergence du néoclassicisme et dans l’histoire de l’art au XVIIIe siècle, il propose aussi un autre point de vue sur les œuvres d’une partie de l’exposition permanente.
Cet accrochage illustre une volonté du musée de renouveler le regard (et peut-être la place) de ses visiteurs, en multipliant les initiatives.
On ne peut que saluer les actions qui réaffirment l’identité du musée Fabre autour de ses collections. Les propositions audacieuses, novatrices et participatives pour en assurer la valorisation sont certainement un des enjeux majeurs pour ces institutions. Les musées ne pourront sans doute plus se contenter de multiplier les expositions temporaires pour exister et attirer les publics.

Cependant, les acteurs devront certainement « fendre un peu plus l’armure » et proposer une muséographie renouvelée et dynamique qui autorise la multiplication des regards et des expériences de visites. Doit-on se satisfaire de discours qui considèrent l’histoire de l’art comme seule vision légitime ?
Depuis plusieurs mois, le musée Fabre semble manifester la volonté de multiplier les initiatives vers cet élargissement des points de vue. L’augmentation et le renouvellement des accrochages dans les collections, les visites du conservateur, les propositions en direction des étudiants (« Hors/Cadre, Le Grand Atelier »), l’exposition « l’Art et la matière – Galerie de sculptures à toucher » et le très prochain événement « J’ai 10 ans ! Le musée Fabre interroge ses publics » en témoignent.

En savoir plus :
Sur le site du musée Fabre (les éléments du livret d’accompagnement sont téléchargeables depuis le site. Ils peuvent être utiles à ceux qui souhaitent préparer leur visite).
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