Anne-Marie Filaire – Zone de sécurité temporaire au MuCEM

Du 4 mars au 29 mai 2017, le MuCEM accueille « Zone de sécurité temporaire », une exposition de la photographe Anne-Marie Filaire, dans le bâtiment Georges Henri Rivière du Fort Saint-Jean, à Marseille.

Anne-Marie Filaire - Zone de sécurité temporaire au MuCEM

On attend avec curiosité cette exposition que le communiqué de presse du MuCEM présente ainsi :

(…) Principalement tourné vers l’observation du paysage dans sa dimension politique, traces de l’Histoire dont celui-ci recèle, villes malmenées par les guerres, frontières incertaines ou montagnes réconfortantes, son travail s’ancre profondément autour des problématiques d’espaces «frontières», de «zones tampons», au Moyen-Orient, en Asie du Sud-Est, en Afrique de l’Est, au Maghreb mais aussi en Europe. L’exposition prendra comme fil rouge le travail qu’Anne-Marie Filaire a réalisé en Israël-Palestine depuis 1999 jusqu’en 2007, et présentera également ses images prises après la guerre qui a opposé le Liban à Israël en 2006 jusqu’à sa récente série réalisée en 2014 à la frontière Jordano-Syrienne. Par ailleurs, est présenté un ensemble d’images réalisées au Yémen et en Erythrée, notamment dans la Zone de Sécurité Temporaire.

Dans un espace architecturé à partir du dispositif scénographique conçu par Olivier Bedu, Struc’ Archi pour le bâtiment Georges Henri Rivière, le parcours s’organisera en quatre moments :

  • Israël – Palestine, 1999 – 2007
  • Yémen – Érythrée, 2000 – 2005
  • Beyrouth banlieue Sud – Sud-Liban, 2006
  • Frontière Jordano-Syrienne, 2014

Une importante programmation culturelle accompagne cette proposition d’Anne-Marie Filaire (voir sur le site du MuCEM).
Les éditions Textuel publient une monographie à l’occasion « Zone de sécurité temporaire ».

À lire, ci-dessous, le texte de Fannie Escoulen, commissaire de l’exposition et un bref entretien avec Anne-Marie Filaire.

En savoir plus :
Sur le site du MuCEM
Sur le site de Anne-Marie Filaire
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La possibilité des images.
Une présentation du travail d’Anne-Marie Filaire par Fannie Escoulen

Portrait d'Anne-Marie Filaire Copyright Jean-Louis Gorce
Portrait d’Anne-Marie Filaire Copyright Jean-Louis Gorce

Anne-Marie Filaire construit depuis plus de vingt ans une œuvre dense, engagée, rigoureuse, monumentale. Ses premières séries réalisées en terre maternelle auvergnate dans les années 90 l’ouvrent à la question du paysage et l’emmènent vers une quête personnelle et photographique au long cours.
Dès 1999, elle se tourne vers les territoires du Proche-Orient et de l’Afrique de l’Est. Israël-Palestine, Liban, Erythrée, Yémen seront pendant plus de dix ans le terrain de ses investigations. Dans ce déplacement vers les zones les plus éloignées, elle déploie son regard face à l’immensité universelle de territoires chargés d’histoire. Attentive aux cicatrices d’un temps infini qui a fait ravage, elle prélève les signes en quête d’indices inscrits en creux. Les images manquantes qu’elle rapporte nous interpellent sur la possibilité de représenter des espaces irreprésentables, frontières, zones de contact et de séparation, entre-deux dont elle livre la mémoire et la trace.
Mais comment rendre compte de la réalité d’un paysage, lorsqu’il est malmené par les soubresauts de guerres identitaires, territoriales, économiques interminables ? Comment appréhender les stigmates du passé face à une histoire contemporaine en train de s’écrire ?
Anne-Marie Filaire n’est pas seulement observatrice des territoires qui la préoccupent. Engagée dans un travail de terrain, sans jamais renoncer face aux risques qu’engage une telle entreprise, elle fait naître de cette expérience dans la limite sa relation intime au paysage. Par le dispositif même de la prise de vue, la position et la rigueur qu’elle impose à ses images, le regard se construit dans toute sa sévérité et sa vérité.
Dans ce mouvement permanent entre le temps et l’espace, entre l’Histoire et le présent, bruit une sourde violence. Loin de l’instant aveuglant des conflits, les horizons lointains rencontrent l’enfermement de situations politiques inextricables.
Anne-Marie Filaire nous offre dès lors sa propre monnaie d’échange. Celle de la possibilité des images, et en cela une possibilité d’existence à des territoires invisibles.

Fannie Escoulen, Commissaire de l’exposition

Anne-Marie Filaire, Sanaa, Yémen – novembre 2001 © Anne-Marie Filaire
Anne-Marie Filaire, Sanaa, Yémen – novembre 2001 © Anne-Marie Filaire

Entretien avec Anne-Marie Filaire (extrait du dossier de presse)

En quoi votre travail diffère-t-il de celui d’un photojournaliste ou d’un reporter de
guerre ?

Je n’allais pas chercher des situations de pays en guerre, j’allais voir des paysages, des pays désertiques qui me parlaient, qui semblaient répondre à des questions que je me posais sur le sens que j’avais donné à
ma vie. Une sorte de page blanche pour comprendre en dehors des personnes, des conflits, de tout ce qui m’embarrassait. Je suis artiste et j’évolue parfois sur le même terrain que les médias des zones en situation de guerre, mais je ne travaille pas dans le même temps, je m’installe dans la durée alors que les journalistes relaient l’information de façon immédiate. Je n’ai pas d’obligation de restitution. Si la démarche est différente, c’est pourtant la presse, Libération, qui a relayé en premier mes travaux, c’est la dimension politique qui les a intéressés. Avant d’aller sur le terrain, il y a du travail, des préparatifs, et les images que je réalise sont extrêmement construites. La lumière et la violence sont la beauté que je suis venue chercher.

Anne-Marie Filaire, Kalandia, Palestine – octobre 2004 © Anne-Marie Filaire
Anne-Marie Filaire, Kalandia, Palestine – octobre 2004 © Anne-Marie Filaire

De la beauté… dans ces lieux hostiles ?

Si la beauté exorcise la violence, c’est ça que j’ai voulu photographier. Le temps est un aspect fondamental de votre travail. On le voit, notamment, dans votre série réalisée entre 2004 et 2007 à Jérusalem… Lors de la construction du mur à Jérusalem, je suis venue sur place régulièrement, pendant trois ans, pour faire des relevés de terrain, photographier les lieux de façon récurrente, et documenter cette période où l’espace s’est fermé. Je me suis installée dans le temps. Pour rappel, ce travail technique d’observation, je le faisais déjà pour la Mission de l’Observatoire photographique du paysage en France. La construction du mur représentait bien la mesure de la souffrance, d’une marque indélébile.

Pourquoi cette fascination pour les frontières ?

La frontière c’est savoir ce qui m’appartient, ce qui ne m’appartient pas, là où est ma place et là où elle ne l’est pas.

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