Boutographies 2017 – Festival de la photographie européenne, Montpellier

Pour sa 17° édition, les Boutographies 2017 retrouvent, du 6 au 28 mai 2017, les espaces du Pavillon Populaire. On évitera d’épiloguer sur les raisons qui ont été à l’origine deux épisodes précédents à La Panacée…

Chaque année, ce festival sait nous offrir la rencontre de nouveaux talents de la photographie européenne et nous proposer d’intéressantes confrontations avec ses acteurs. Naturellement, on reviendra sur cet événement après le vernissage de l’édition 2017.

Boutographies 2017

Les Boutographies 2017 n’annoncent pas d’invité d’honneur comme ce fut le cas avec Reiner Riedler l’an dernier ou avec Christian Lutz, en 2015…

La sélection du Prix du Jury

Plus de 650 dossiers ont été adressés cette année au jury. Présidé par Valérie Cazin fondatrice de la Galerie Binome, celui-ci était composé d’Isabelle Habert iconographe et productrice photo, Léa Habourdin artiste, lauréate du prix en 2011 et Christian Maccotta, directeur artistique des Boutographies.

Les photographes retenus pour la sélection exposent la série présentée au jury. Il s’agit de :

Alban Lécuyer (The Grand Opening of Phnom Penh), Ali Mobasser (Afsaneh Box III), Christelle Boulé (Drops), Demetris Koilalous (Caesura), Eun Chun (Bird and Umbrella), Ikuru Kuwajima (Trail), Jannemarein Renout (Scan 2004), Jennifer Niederhauser Schlup (Do you really believe they put a man on the moon ?), Olga Stefatou (Relative Dating), Sandra Mehl (Ilona et Maddelena) et Zoé van der Haegen (Stillwood).

On reproduit ci-dessous les informations extraites du dossier de presse.

Projections

Comme chaque année depuis 2010, les Boutographies présentent une projection de travaux sélectionnés par le jury de l’édition en cours. Pour 2017, 18 dossiers ont retenu l’attention du jury :

Barthes Audrey & Michel Amaral (France/USA) • Deventer Ulla (Allemagne) • Diabate Fatoumata (Mali) • Dury Olivier (France) • Filipova Anna (Bulgarie) • Gouriou Vincent (France) • Hainzl Otto (Autriche) • Heraud Sylvain (France) • Honée Louise (Hollande) • Lovey Olivier (Suisse) • Lowie Sarah (Belgique) • Mariaud Corinne (France) • Maslov Sasha (Ukraine) • Mora Cristina (Espagne) • Soldatova Alexandra (Biélorussie) • Vattard Tilby (France) • Verdickt Franky (Belgique) • Vertut Jean-Luc (France)

Prix échange FotoLeggendo-Boutographies

Dans le cadre d’un partenariat avec le festival Fotoleggendo à Rome, l’équipe des Boutographies a sélectionné l’exposition d’un photographe présentée à Rome, en 2016. Cette année, c’est Olivier de Flaminia Celata qui a été choisi et qui sera montré à Montpellier.

Flaminia Celata, Olivier - Boutographies 2017
Flaminia Celata, Olivier – Boutographies 2017

Hors les Murs

Depuis 2009, un parcours photographique Hors les Murs accompagne le festival. Plusieurs lieux culturels et galeries partenaires proposent des expositions de photographes pendant le mois de mai. On reviendra éventuellement sur certaines de ces propositions :

Casa Bondels – Ateliers d’arts plastique du Tiers Lieu Culturel. Association i-PEICC accompagné par Mirela Petcu.
Centre d’Art la Fenêtre – « Les Traversées » de Aglaé Bory
Galerie A La Barak – « Jungle. Extérieur Jour » de Lexane Laplace
Médiathèque Emile Zola (Galerie AL/MA) – « La couleur de L’air » de David Huguenin texte de Frédéric Jacques Temple
Galerie Dynamo – « Morphoses » de Plume Fechino
Galerie n°5 : « Photomatic » de Cyril Hatt
Galerie St Ravy – Exposition collective « The Dream is Over » Association Artplusplus.
Gazette Café – « Hôtel Nord-Pinus » de Christian Ramade
La Maison de Heidelberg – « City of the Future » de Robert Funke
Le Bar à Photo – « Légers sur la terre » de Myrtille Visscher
Université Paul Valéry Montpellier III – « Ces mains qui travaillent » Exposition collective des lauréats du concours photo étudiant du Centre Culturel Université Paul-Valéry Montpellier dans le cadre de Novo ! festival de la jeune création étudiante.

Une importante programmation accompagne le festival autour du livre photographique et de l’édition et de rencontres professionnelles. Détail sur le site des Boutographies.

À lire ci-dessous la présentation des expositions des 12 photographes de la sélection et l’édito des Boutographies

En savoir plus :
Sur le site des Boutographies
Sur la page Facebook des Boutographies

Les expositions de sélection :

Alban Lécuyer

France, vit et travaille à Nantes
Formé à l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, Alban Lécuyer poursuit depuis 2011 un projet photographique consacré à la place de l’histoire et des conflits dans les représentations du paysage urbain. Il est membre de l’agence coopérative Picturetank depuis 2017.

Alban Lécuyer, The Grand Opening of Phnom Penh - Boutographies 2017
Alban Lécuyer, The Grand Opening of Phnom Penh – Boutographies 2017

The Grand Opening of Phnom Penh

Phnom Penh offre l’exemple unique à l’époque contemporaine d’une capitale presque entièrement vidée de sa population. Immeubles laissés à l’abandon, circulation interdite, écoles et espaces publics transformés en terres agricoles : de 1975 à 1979, le régime khmer rouge prône la domination des paysans sur le « peuple nouveau », des campagnes sur la ville jugée décadente, et tente d’instaurer une société égalitaire et rurale. Devenue inutile, Phnom Penh plonge dans le silence et disparaît symboliquement de l’espace cambodgien.
Quarante ans plus tard, les réclames des promoteurs ont remplacé la propagande communiste.

Ali Mobasser

Iran, vit et travaille à Londres.
Ali Mobasser a suivi des études en Art à l’Université de Kingston (Grande-Bretagne) où il obtient en 1998 une licence en art.

Ali Mobasser, Afsaneh Box III, Boutographies 2017
Ali Mobasser, Afsaneh Box III, Boutographies 2017

Afsaneh Box III

Comme un grand nombre d’iraniens ayant fuit la révolution de 1979, la vie de ma tante se résuma à une vie d’exils. Que ma tante ait trouvé, ou non, son bonheur dans cette vie “privilégiée“, je n’en sais rien. Je garde juste le sentiment qu’elle était restée cette jeune fille, arrachée à l’Iran pendant l’adolescence, sans savoir si elle y retournerait un jour. Elle n’y est jamais retournée.

Le projet « Afsaneh, Box III » retrace le voyage de Afsaneh Mobasser (1957-2013), raconté simplement à travers des papiers d’identité officiels et des relevés scolaires. Il nous ramène, à travers une vie d’exil au Royaume-Uni.

Christelle Boulé

Suisse, vit et travaille à Lausanne.
Née à Montréal (Canada) en 1984, Christelle Boulé commence ses études artistiques par un certificat en Arts visuels à l’Université Concordia de Montréal puis elle enchainera par une Licence en Design graphique à l’UQAM (Université du Québec à Montréal). En 2010 elle rejoint la Suisse et l’ECAL pour y finaliser son enseignement. Elle y obtiendra un Master en Art Direction.

Christelle Boulé, Drops - Boutographies 2017
Christelle Boulé, Drops – Boutographies 2017

Drops

Ici, pas de trace indicielle d’un visible, mais celles de réactions chimiques qui produisent des formes aléatoires. Malgré notre propension irrépressible à rapporter toute forme à des référents identifiables, à rechercher toujours les échos d’un visible représenté, notamment ici du côté de l’image au microscope, de l’infiniment petit, nous sommes appelés, avec cette série, à solliciter d’autres sensations, qui activent les fonctions testimoniales de la photographie d’une façon différente, synesthésique.

Demetris Koilalous

Grèce, vit et travaille à Athènes.
Demetris Koilalous vit à Athènes et travaille comme photographe indépendant depuis 1990. Il a collabore avec de nombreux organismes publics et prives, autorités locales, institutions et musées nationaux, régionaux et municipaux, ainsi que pour des théâtres. Ses travaux ont été publiés dans plusieurs magazines et journaux grecs. Depuis 2004, il enseigne la photographie dans différentes institutions privées et publiques.

Demetris Koilalous, Caesura - Boutographies 2017
Demetris Koilalous, Caesura – Boutographies 2017

Caesura

La césure désigne un bref silence au sein d’un poème ou d’une phrase musicale.
Les images de Demetris Koilalous sont conçues comme des pauses dans le processus qui réduit les immigrés du Sud de la Méditerranée au simple statut d’acteur d’une histoire qui les dépasse. Au-delà des bouleversements géopolitiques dont ils subissent les conséquences, Demetris Koilalous veut leur redonner une présence d’êtres, dissociés du contexte auquel ils sont strictement résumés par la répétition des images de foules apeurées ou en détresse. Ces images évoquent volontairement celles qu’envoyaient les premiers immigrants grecs et italiens du nouveau monde à leur famille restée au pays, pour signifier une adaptation réussie à leur nouvelle vie. C’est aussi l’espoir qui habite ces nouveaux arrivants en Europe, au-delà de leur volonté d’échapper à la guerre et à la misère.

Eun Chun

Corée du Sud, vit et travaille à Paris.
Eun Chun entre dans le monde artistique en commençant par des études de sculpture à l’université de Séoul où elle obtient en 2002 sa licence. Elle s’orientera vers la photographie en 2009 en obtenant un master d’art en photographie à l’université Paris VIII.

Eun Chun, Bird and Umbrella - Boutographies 2017
Eun Chun, Bird and Umbrella – Boutographies 2017

Bird and Umbrella

Eun Chun pose des questions autour de l’acte de voir dans ses travaux photographiques sur l’astronome amateur, le collectionneur de l’appareil photo, l’observateur, la personne aveugle ou sourde, et le bruiteur.
La série “Bird and Umbrella“ présente des auditoriums et des objets du bruitage. Le bruiteur représente un objet par du son. La surface de l’objet n’a aucun sens pour lui. Le travail du bruitage est accompli à travers des recherches de l’invisible au-delà du visible, une image mentale. Des gants de ménage imbibés de flocon de pomme de terre sont le pas dans la neige, et le mouvement d’un grand parapluie est le vol d’un aigle. L’expérimentation du bruiteur nous évoque le fait que l’image ne commence pas sur la rétine, mais dans le cerveau.

Ikuru Kuwajima

Japon, vit et travaille à Moscou.
Ikuru Kuwajima a fait ses études à Columbia, université du Missouri, en journalisme. Il quittera les état Unis pour l’Europe et l’Asie où il travaillera sur différents projets photographiques dans divers pays de l’ex Union Soviétique pendant 10 ans puis dans plusieurs pays d’Asie Centrale.

Ikuru Kuwajima, Trail - Boutographies 2017
Ikuru Kuwajima, Trail – Boutographies 2017

Trail

Dans les montagnes du Pamir, Ikuru Kuwajima a photographié le chemin millénaire qui longe la rivière Panj, qui marque la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan.
Ce trajet parcourt des paysages grandioses et hostiles pendant des centaines de kilomètres, côté afghan.
Sur les images, le déplacement est représenté dans un sens droite-gauche, dans un format panoramique qui met l’accent sur la fragilité de la présence humaine dans des paysages qui ne semblent pas être marqués par d’autres traces anthropiques que celle laissée par le chemin. Celui-ci, simple trait à peine perceptible au flanc de masses rocheuses gigantesques, est comme le fil tendu sur lequel la vie des hommes se joue, en équilibre précaire et en danger perpétuel de disparition, d’engloutissement par les éléments naturels.

Jannemarein Renout

Hollande, vit et travaille à Monnickendam (Hollande).
Jannemarein Renout a étudié d’abord le droit à l’Université d’Amsterdam de 1990–1995 où elle obtient Master de Droit. Elle poursuivra de 2011–2014 ses études en photographie dans la même université pour une Licence en Art spécialisation, photographie.

Jannemarein Renout (Scan 2004) - Boutographies 2017
Jannemarein Renout (Scan 2004) – Boutographies 2017

Scan 2004

La série SCAN2400 est l’aboutissement d’un projet photographique qui a pour objet de montrer ce que l’on ne peut pas voir; le passage du temps, capturé en une seule image. Le résultat n’est que pure représentation mentale, sans intention ni composition.
Comment utiliser le medium photographique pour transposer le temps sur une surface plane tout en créant un langage visuel singulier?
Je photographie à l’aide d’un scanner. Comme de ceux qu’on trouve habituellement dans les bureaux. J’utilise le scanner à l’extérieur, où je le dirige vers le ciel, ou bien vers son reflet dans l’eau.
Plutôt qu’une source de lumière constante, celle de l’appareil, le scanner est exposé à l’irrégularité de la lumière naturelle. Ainsi, le scanner se nourrit d’informations irrégulières, dans la mesure où la caractéristique principale de la lumière naturelle est précisément son inconstance. Le caractère capricieux de cette information garantit que le résultat de la prise de vue ne peut être ni prédit, ni contrôlé.

Jennifer Niederhauser Schlup

Suisse, vit et travaille à Lausanne.
En 2000, après une maturité fédérale, Jennifer Niederhauser Schlup poursuit ses études au Massachusetts College of Art and Design, à Boston. Elle obtient en 2004 une licence en art visuel, spécialisation photographie, avec une distinction. Par la suite, elle reprend des études en 2010 à l’Ecole Cantonale d’Art de Lausanne (ECAL) et obtient un Master en direction artistique avec mention. Distinguée par de nombreux prix, ses travaux sont exposé dans le monde entier.

Jennifer Niederhauser Schlup, Do you really believe they put a man on the moon ? - Boutographies 2017
Jennifer Niederhauser Schlup, Do you really believe they put a man on the moon ? – Boutographies 2017

Do you really believe they put a man on the moon ?

Le 12 mars 1908 eut lieu le premier vol d’une machine plus lourde que l’air dans l’hémisphère Ouest. L’appareil s’arracha à la surface gelée du lac Keuka, aux Etats-Unis, et resta suspendu durant 20 secondes, avant d’être déséquilibré et de s’écraser. De cet événement, la photographe a créé un conte utopique laissant entrevoir un horizon d’espoir et de solidarité collectif. Au travers d’archives visuelles et textuelles ; de par la fabrication d’outils inutiles, Jennifer Niederhauser Schlup nous interpelle et nous questionne à propos de : « croyez-vous vraiment qu’on a envoyé un homme sur la Lune ? ».

Olga Stefatou

Grèce, vit et travaille à Athènes.
Olga Stefatou a voyagé dans le monde entier et surtout en Asie, produisant des projets photographiques et vidéo sur des questions sociales et humanitaires.
elle a étudié la photographie à l’Institut d’Athènes et en 2012 y a obtenu sa maîtrise en journalisme multimédia à l’Université de Bolton, UK basée à Beijing, Chine.
Son travail a été publié dans Der Spiegel, Amnesty International, National Geographic, NBC News, Le Monde Diplomatique, Huffington Post et l’Économiste entre autres.
Plus récemment, elle a participé au projet « Solar Impulse ». Elle a reçu en 2016 le prix Phot’Oeil et est représentée par la galerie Negpos à Nîmes.
Elle est membre du collectif artistique grecque « Depression Era“.

Olga Stefatou, Relative Dating - Boutographies 2017
Olga Stefatou, Relative Dating – Boutographies 2017

Relative Dating

Retour dans l’île de Cefalonia, d’où Olga est originaire. Le rapport à son territoire d’origine ne peut jamais être résumé à une nostalgie, ni même à une mélancolie. C’est aussi, souvent, l’histoire d’un enfermement et d’un carcan d’affects. Partir et revenir, c’est constater l’insupportable et l’inaliénable, le proche et l’incompréhensible. Ce n’est finalement pas de sol et de durée dont il est question, mais plutôt des folies particulières à un lieu, des fantômes doux ou sévères que l’on a élevés en commun et que d’aucun ont du quitter.

Sandra Mehl

France, vit et travaille à Montpellier.
Après un diplôme d’études politiques à Science-Po et un master en sociologie, Sandra Mehl s’oriente vers une formation photographique en suivant divers workshops de 2014 à 2015 notamment auprès de 24theworkshop. En 2015, elle participe aux Boutographies dans la projection du jury avec son travail « Je t’écris de la plage des Mouettes ».

Sandra Mehl, Ilona et Maddelena - Boutographies 2017
Sandra Mehl, Ilona et Maddelena – Boutographies 2017

Ilona et Maddelena

Dans l’appartement familial de 80 m2, Ilona et Maddelena vivent avec leurs deux parents Françoise et Thierry, Etienne, le parrain de Maddelena, cinq chiens, quatre chats, et une multitude d’objets à l’effigie de Johnny Hallyday, et des Indiens d’Amérique. Comme pour la majorité des habitants du quartier de la cité Gely, les revenus de la famille sont modestes. Françoise est retraitée de la fonction publique, et Thierry, ancien légionnaire, est aujourd’hui sans emploi.
Lorsque je les ai rencontrées pour la première fois, j’ai compris pourquoi je les suivrais elles et pas d’autres : plongée dans mon propre passé, je me revois à leur âge, évoluant dans un quartier similaire.

Zoé Van Der Haegen

Belgique, vit et travaille à Bruxelles.
Zoé van der Haegen est licenciée en Sciences Politiques, spécialisation en Relations Internationales de l’Université Libre de Bruxelles elle devient coordinatrice de projets dans le secteur social bruxellois de 2002 à 2006.
De 2006 à 2011 elle intègre l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Visuels de la Cambre et y obtient un Master en photographie. Elle participe depuis à de nombreux festivals, concours et résidences.

Zoé van der Haegen, Stillwood, Boutographies 2017
Zoé van der Haegen, Stillwood, Boutographies 2017

Stillwood

Loin de la vision bucolique et romantique du paysage, le travail de Zoé van der Haegen nous donne à voir une nature composite, à la fois minérale et végétale, reflet d’une construction humaine, dont il reste des traces architecturales (bunker en ruines et vestiges de béton).
Il s’agit en somme de décors, de scènes qui s’offrent comme un pur objet de spéculation. L’alternance entre des photographies qui témoignent du réel et des images composées, « fictives », engage le spectateur à réévaluer son jugement et à procéder à la synthèse de ces deux réalités parallèles.
C’est par ce biais que l’artiste instaure un doute quant à la véracité de notre système de représentation et nous invite à questionner nos repères et schèmes mentaux.

Edito des Boutographies 2017 :

Les seize années écoulées depuis la création des Boutographies ont été celles de la rencontre avec les nouveaux talents, des débats et des confrontations avec les acteurs de la photographie européenne sous toutes ses formes. Pendant cette période fertile en découvertes, Les Boutographies ont affirmé leur projet sur une exigence simple et ambitieuse : montrer ce que la création photographique la plus contemporaine nous propose. Cela se traduit par une attention particulière à la façon de mettre en images, de représenter, de donner forme à ce qui accompagne et peuple nos vies, plutôt qu’aux évènements eux-mêmes, insaisissables par essence.

La programmation 2017 montre un large éventail d’usages de l’image photographique, tels qu’ils sont pensés et construits par les plus talentueux des quelques six cents photographes qui nous ont adressé leurs travaux. Certains produisent des images directement corrélées à des sensations physiques premières – odeurs, sons, perceptions visuelles pré-figuratives – images qui oblitèrent leur référent pour mieux exercer leur pouvoir d’évocation imaginaire ou symbolique. Christelle Boulé, Eun Chun et Jannemarein Renout en sont les représentants. Les autres auteurs présentés ici en accrochage ou en projection sont plus proches d’une narration photographique plus traditionnelle, mais n’exercent pas pour autant une lecture du monde qui échapperait au sensible, à la présence des corps et des regards dans un espace donné. Sandra Mehl, que nous accueillons pour sa première grande exposition dans sa propre ville, et Ali Mobasser font le simple constat de la présence d’individus auxquels leur propre vie s’est attachée, dans une relation forte de curiosité, d’empathie et de questionnements. Chez Zoé Van Der Haegen et Flaminia Celata (Prix Exchange-Fotoleggendo 2016), la nature porte la mémoire d’une présence humaine qui intervient sur les formes, les matières, et la substance des choses avant même d’exercer son pouvoir de mise en image du monde. Alban Lécuyer nous rapproche d’une démarche documentaire en dressant le portrait d’une ville, Phnom Penh, qui semble vouloir exorciser l’histoire d’une quasi-disparition en tant que cité sous le régime khmer rouge. Quant à Jennifer Niederhauser-Schlup, si sa série est structurée par un récit, c’est pour en assumer le caractère imaginaire, et nous rappeler la capacité de la photographie à soutenir des fictions par une « tentation de réalité » irrésistible. Olga Stefatou, Ikuru Kuwajima et Demetris Koilalous nous entraînent sur les routes et les chemins : ceux qui conduisent vers les origines, ceux qui s’en éloignent, et ceux qui parcourent inlassablement un même paysage, une même éternité minérale. Dans les trois cas, les déplacements dont témoignent les photographies sont perçus comme difficiles et nécessaires, épreuves de confrontation à ses propres pesanteurs, à ses attaches, et moments de surpassement de soi qui permettent de continuer à exister, ailleurs.

L’Orient, proche ou extrême, est particulièrement présent dans la sélection 2017. Ikuru Kuwajima est japonais et vit à Moscou. Eun Chun est une coréenne de Paris. Ali Mobasser est iranien et vit aujourd’hui à Londres. Olga Stefatou, grecque, a étudié à Pékin. Demetris Koilalous nous vient de Grèce également, c’est-à-dire de l’Europe la plus sud-orientale, alors qu’Alban Lécuyer nous montre un Cambodge en pleine reconstruction. Au moment où l’Occident est agité de doutes profonds et de régressions politiques inédites depuis des décennies, voilà les regards venus d’ailleurs qui ont attiré notre attention, aux côtés de ceux qui, ici, continuent de défricher le terrain de l’expression photographique avec des sensibilités diverses et une inventivité inépuisable.

L’équipe des Boutographies

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