Retour sur les Boutographies 2017 au Pavillon Populaire, Montpellier

Jusqu’au 28 mai, les Boutographies 2017, Festival de la photographie européenne de Montpellier sont installées au Pavillon Populaire. Avec toujours beaucoup enthousiasme et professionnalisme, l’équipe de l’association Grain d’Image propose une rencontre éclectique avec de nouveaux talents de la photographie européenne.

Ce festival n’est pas construit sur une logique thématique, mais il affirme à l’inverse la volonté de montrer « l’éclectisme des démarches et des sujets… un éclectisme qui serait traversé par l’air du temps ».

Pour Christian Maccotta, directeur artistique des Boutographies, « il ne s’agit pas de donner une priorité aux récits, au discours, aux narrations autour des images, mais aux images elles-mêmes, avec leur puissance d’évocation sensible, d’évocation imaginaire ou symbolique. Dans une période où les mots semblent se vider de leur sens à une vitesse vertigineuse, cela peut être bien de revenir à des choses qui sont sur un registre qui nous rassemble en deçà des mots et des discours, c’est-à-dire le registre du sensible ».

Le parcours de l’exposition s’organise autour des onze séries présentées par les photographes sélectionnés par le jury des Boutographies 2017.
Le volume des espaces et le format des images ont naturellement imposé l’accrochage de ces séries, laissant peu de champs aux rapprochements ou aux oppositions entre les différents projets… même si l’on peut percevoir, ici ou là, quelques connexions…

Les Boutographies 2017 héritent des cimaises et des couleurs en place pour les expositions précédentes. À l’exception d’une série, cela n’a, semble-t-il, pas créé de réelle difficulté.
Les photographes ont su produire des plans d’accrochages détaillés, utilisant au mieux les espaces qui leur étaient réservés.
Comme toujours au Pavillon Populaire, la mise en lumière est exemplaire. En imposant l’absence de verre de protection sur les images, l’équipe des Boutographies nous offre un confort exceptionnel pour apprécier les photographies exposées. On souhaite vivement que ce choix inspirera dans la mesure du possible d’autre commissariat !

Il faut également souligner la qualité et la diversité des documents qui accompagnent l’exposition. Chaque série est précédée par la reproduction d’un texte bilingue (français/anglais), extrait du catalogue. Celui-ci offre au visiteur les informations nécessaires pour comprendre les intentions du photographe et quelques repères biographiques.

Catalogue et Journal du Festival – Boutographies 2017

En complément du catalogue au prix très abordable de 7 €, l’équipe des Boutographies propose un journal du festival (3 €) qui regroupe des interviews enrichissantes des photographes exposés.
L’an dernier, la chaîne You Tube de l’association rassemblait de nombreux reportages réalisés pendant le festival. Malheureusement, de telles vidéos ne seront pas mises en ligne cette année. On le regrette vivement, ces séquences apportaient une information riche et vivante. Peut-être phagocytaient-elles le journal du festival ? À moins que ce soit le signe de contraintes budgétaires plus rigides ?

On attendait beaucoup de ce retour des « Bouto » au Pavillon Populaire… Mais on a perçu comme un léger parfum de « piétinement »… D’année en année, les Boutographies donnaient le sentiment de savoir se ressourcer et d’évoluer en apportant régulièrement fraîcheur et inédits… Toutefois, cette impression n’est probablement que le résultat d’une période un peu incertaine et d’un printemps qui a eu de mal à s’installer ?

Les lauréats du prix du Jury, du prix Réponses Photo et du prix Fotoleggendo.

Pour cette dix-septième édition, le jury 2017 des Boutographies a attribué son prix à la photographe suisse Jennifer Niederhauser Schlup pour sa série « Do you really believe they put a man on the moon ? ». C’est sans conteste une des propositions les plus marquantes du festival.

Le prix Réponses Photo est décerné à Alban Lécuyer pour son travail « The Grand Opening of Phnom Penh ». Cette série qui conclut le parcours de visite au pavillon Populaire nous a semblé être une des plus réussies.

Les organisateurs du Festival FotoLeggendo ont remis cette année le prix Échange à la photographe montpelliéraine Sandra Mehl pour son projet « Ilona et Maddelena » qui sera exposé à Rome en juin prochain.

En attendant le prix du Public

Ce prix est attribué à la fin du festival, après le dépouillement des votes du public.
Pour cette édition, ce sont les projets de Christelle Boulé « Drops » et de Jannemarein Renout, « Scan 2004 » qui ont retenu notre attention. On verra le 28 mai, si le public partage un de ces choix…

À lire, ci-dessous, un compte-rendu de visite de l’exposition au Pavillon Populaire.

En savoir plus :
Sur le site des Boutographies
Sur la page Facebook des Boutographies

Le parcours des Boutographies 2017 au Pavillon Populaire

L’exposition commence à droite du hall d’accueil, après un bref clin d’œil au dixième anniversaire du prix Echange Fotoleggendo / Boutographies, avec une image de chaque photographe sélectionné au festival romain, Fotoleggendo.

10 ans du prix Echange Fotoleggendo - Boutographies - Boutographies 2017
10 ans du prix Echange Fotoleggendo – Boutographies – Boutographies 2017

Christelle Boulé, « Drops »

La première salle du parcours accueille la série « Drops » de Christelle Boulé dans une ambiance lumineuse sombre et un éclairage très cadré sur chaque épreuve. Un léger parfum semble flotter dans l’air… Fascinée par le monde du parfum et par leurs créateurs, elle découvre avec étonnement qu’en déposant quelques gouttes de parfum sur du papier photo, elle obtient pour chaque fragrance une empreinte particulière. Son intervention se limite à l’exposition du papier à la lumière pour laquelle elle choisit un spectre de couleur proche de la teinte du flacon… Les 22 originaux de la série « Drops » qu’elle présente ici conservent encore une légère trace de l’odeur de chaque parfum.

L’exposition est précédée par la reproduction d’un entretien captivant d’un expert en production de parfum à Grasse qui fut auparavant chimiste chez Ilford.
D’une certaine manière, ce projet de Christelle Boulé fait écho à celui de Jannemarein Renout, présenté à l’autre bout du Pavillon Populaire. Dans ces deux propositions, l’appareil photo n’est pas utilisé et une large place est laissée au hasard…

Jennifer Niederhauser Schlup, « Do you really believe they put a man on the moon ? »

Les deux salles suivantes permettent à Jennifer Niederhauser Schlup de développer une partie de son projet « Do you really believe they put a man on the moon ? ».
Geek revendiquée, elle mélange avec une certaine ambiguïté prises de vue réelles, images d’archives, montages mêlant les deux, photographies de machines imaginées par elle, formats de tailles diverses en noir & blanc et en couleur…

Quelquefois déconcertant et intrigant, l’ensemble suggère plusieurs amorces de narrations, laissant au regardeur le soin de construire éventuellement son propre récit.
Accroché avec précision, c’est un des projets les plus singuliers de cette sélection qui mérite, sans le moindre doute, le prix du Jury.

Projections du Jury

Le dernier espace de cette première galerie du Pavillon Populaire est consacré à la projection de 18 dossiers dont la qualité a retenu l’attention du Jury. Comme tous les ans, on regrette cette longue boucle vidéo, projetée sur un écran… Il faudra encore patienter pour espérer un dispositif plus interactif qui offre une peu plus de souplesse à cette présentation et permette surtout d’accéder rapidement à chacun de ces 18 dossiers !

Dans le hall central : Olga Stefatou, Ikuru Kuwajima, Demetris Koilalous et Eun Chun

Avec plus ou moins de bonheur, quatre projets cohabitent dans le vaisseau central du Pavillon Populaire, avec la scénographie conçue pour « Notes sur l’asphalte une Amérique mobile et précaire ». Pour le directeur artistique des Boutographies 2017, il s’agit d’un regroupement pour les trois premiers autour de « l’origine, de la migration et de la transplantation ailleurs »

Olga Stefatou, « Relative Dating »

De ce projet toujours en cours, Olga Stefatou présente des archives, des paysages, des portraits et des autoportraits réalisés dans le village dont elle est originaire. Entièrement détruit lors d’un séisme en août 1953, Vlahata sur l’île grecque de Cephalonie est aujourd’hui abandonné. Après une année à l’étranger, son retour dans une Grèce accablée par la crise transforme ce travail en une quête sur « sa propre identité et la recherche d’une liberté intérieure »…

Ikuru Kuwajima, « Trail »

Les photographies panoramiques en noir et blanc de Ikuru Kuwajima évoquent un long périple dans les montagnes du Pamir, à la frontière entre le Tadjikistan et l’Afghanistan. Elles traduisent la monotonie du voyage, la majesté et la rudesse du paysage, laissant apparaître parfois quelques minuscules silhouettes humaines ou quelques habitations fondues dans la montagne.

Leur accrochage est certainement celui qui souffre le plus de la scénographie préexistante et de la teinte choisie pour les cimaises. Un rapide et sommaire coup de pinceau dans un gris plus soutenu assure toutefois une visibilité acceptable pour ce travail. Cette série aurait manifestement mérité de meilleures conditions d’exposition…

Demetris Koilalous, « Caesura »

Loin des images dramatiques auxquelles les médias nous ont habitués, le photographe grec Demetris Koilalous propose un regard plein d’empathie sur la situation transitoire des réfugiés qui entrent en Grèce depuis la mer Égée.

De cette « pause silencieuse » vécue par des personnages qui ne sont plus une masse sans nom, Demetris Koilalous nous montre des paysages incertains et sans grand relief, traité dit-il « en 2D », des objets ordinaires et des portraits posés au cadrage neutre…
Au magazine Lens Cuture, Demetris Koilalous confiait : « Mes photographies tentent de poser des questions sur la condition et l’identité humaine, afin de poser des questions sur nous-mêmes en tant que téléspectateurs. « Caesura » ne fournit pas de réponses, se réfère à peine à la réalité historique, mais traite plutôt des éléments fondamentaux de l’identité par l’apparence, la mémoire et l’autodétermination ».
On peut s’interroger sur ce qu’apporte la « collection » d’objets exposée au pied des images de « Caesura »…

Eun Chun, « Bird and Umbrella »

Un peu en décalage avec les trois propositions précédentes, la série « Bird and Umbrella » d’Eun Chun intrigue…

Un accrochage soigné permet, à celui qui lui accorde attention, de pénétrer dans l’étonnant projet de la photographe coréenne. Ces images d’objets du bruitage sont de surprenantes ouvertures vers l’imaginaire et des amorces narratives remarquables pour le regardeur… Peu à peu, on perçoit ici d’inquiétants pas dans la neige et là l’envol majestueux d’un grand rapace.

Jannemarein Renout, « Scan 2004 »

C’est certainement un des projets les plus singuliers de ces Boutographies 2017 dans sa démarche, dans le protocole qu’il met en œuvre et dans ses résultats plastiques.
Jannemarein Renout décrit ainsi son dispositif de « prise de vue » :
« J’utilise un scanner. En général, je le pose; je le mets à l’ombre sous un arbre par exemple, ou bien je le bouge lentement… C’est assez ennuyeux, en fait, parce que je ne sais jamais à quoi ressemblera le résultat. Tout ce que je sais, c’est avec quelle météo et quelle intensité lumineuse je travaille – j’ai développé un savoir-faire dans ce domaine-là. Mais la plupart du temps, dans 90 % des cas, les images ne donnent rien. Pour les images présentées aux Boutographies, j’ai travaillé avec un seul scanner que je pouvais emporter dans la nature, pour chercher des lumières différentes. J’ai aussi travaillé avec des reflets à la surface de l’eau; ça a donné des choses bien étranges ! Mais bien sûr, ça se résume toujours à la lumière et au mouvement, ce sont les informations que le scanner prend en compte et qu’il transpose en couleurs. Pour cette série, l’appareil a numérisé à chaque fois pendant précisément 8 minutes et 8 secondes; donc chaque image représente cette durée-là ».

Sans aucun doute, Jannemarein Renout réussit avec cette série à transcrire du mouvement et du temps sur une surface plane.
Sans aucune retouche, les images issues de ce processus aléatoire ont un caractère graphique étonnant. Elles ne sont pas sans évoquer certaines toiles abstraites proches du Colorfield…

À l’étage : Ali Mobasser et Sandra Mehl

La première galerie à l’étage du pavillon populaire rapproche les séries d’Ali Mobasser et Sandra Mehl. Deux regards singuliers sur l’intime.

Ali Mobasser, « Afsaneh Box III »

Le travail de mémoire d’Ali Mobasser sur les images retrouvées dans une boite d’archives de sa tante est sans doute important pour lui… mais que transmet-t-il d’essentiel à celui qui les regarde ?

Alignées sur les étagères récupérées de l’exposition « La lumière venue du Nord » d’Elina Brotherus, ces photographies sont loin de communiquer la même émotion que celles de la série « Annonciation » pour qui elles avaient été conçues…

Sandra Mehl, « Ilona et Maddelena »

Récompensée par le prix Échange FotoLeggendo / Boutographies 2017, cette série de Sandra Mehl pose un regard très singulier sur deux jeunes adolescentes de la cité Saint Gély, quartier populaire de Montpellier : « Lorsque je les ai rencontrées pour la première fois, j’ai compris pourquoi je les suivrais elles et pas d’autres : plongée dans mon propre passé, je me revois à leur âge, évoluant dans un quartier similaire »…

Des images sincères, parfois troublantes dans un accrochage simple et sans effet qui se développe dans les deux dernières salles de cette première galerie à l’étage.

Flaminia Celata, « Olivier »

Sélectionné par l’équipe des Boutographies lors du festival Fotoleggendo à Rome, en 2016, Flaminia Celata présente avec son projet « Olivier », un ensemble de photographies autour de la disparition des palmiers attaqués par le charançon rouge. Dans cette série en noir et blanc, Flaminia Celata porte une attention particulière aux textures et aux cadrages parfois très serrés.

Ces images auraient certainement mérité plus d’espace que cette petite salle où elles semblent un peu « suffoquer »… La densité de l’accrochage explique en partie cette sensation d’étouffement.

Zoé Van Der Haegen, « Stillwood »

Disposant du même volume que la série précédente, le projet « Stillwood » de Zoé Van Der Haegen respire mieux.
Cette série mêle avec une certaine habileté photographies du « réel » et des images fictives composées par assemblages et collages. Formellement réussi, l’ensemble un peu froid est assez troublant.

Alban Lécuyer, « The Grand Opening of Phnom Penh »

Dernière série de l’exposition, « The Grand Opening of Phnom Penh » d’Alban Lécuyer est une des propositions les plus abouties de ces Boutographies 2017.
En quelque sorte, « The Grand Opening of Phnom Penh » poursuit les interrogations sur les manipulations du réel abordées par le sujet précédent…

L’œil de la photographie écrivait à propos de ce projet lors de sa présentation au PhotoPhnomPenh 2015 à Institut français du Cambodge :
« Sur Photoshop, Alban Lécuyer “restaure” des immeubles d’habitation dans le monde entier, à Cuba hier, à Sarajevo aujourd’hui et, tout naturellement en France. Il nous présente des images qui pourraient vanter la gloire – et faire désirer – des bâtiments en construction. Seule différence avec les panneaux publicitaires près des chantiers, le photographe conserve les “vraies gens”, ceux qui habitent aujourd’hui dans ces ensembles dont la publicité vantait hier le caractère moderne et le “progrès”. Il n’utilise pas les personnages, tous beaux, généralement blonds, jeunes et dynamiques, utilisés pour les affiches. Aujourd’hui, en Europe, beaucoup de ces zones à la périphérie des villes sont devenues des ghettos, sont dégradées, violentes et, périodiquement, on les détruit. Le photographe nous amène à réfléchir tout autant à la transformation de la ville, à sa conception, qu’à l’image qui en est donnée. Il y a souvent bien loin de l’image à la réalité… »

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