Michael Wolf, La vie dans les villes aux Rencontres Arles 2017

À l’Église des Frères Prêcheurs, les Rencontres d’Arles présentent « La vie dans les villes », une spectaculaire et captivante rétrospective consacrée à Michael Wolf.

C’est sans aucun doute un des moments forts de l’édition 2017 des Rencontres de la Photographie. Entre fascination et effroi, l’attitude de visiteurs parfois interloqués en témoigne. « La vie dans les villes » est une de ces rares expositions où spontanément les spectateurs éprouvent le besoin d’échanger un regard, un sourire ou quelques mots. Il y a comme une exigence de partager ce que l’on ressent devant ces images, sur ce qu’elles nous disent, sur leur construction…

Ces quinze dernières années, Michael Wolf (né en 1954) a produit une œuvre étonnante sur quelques grandes mégapoles. De Hong Kong à Chicago, en passant par Paris et Tokyo, il a photographié de façon singulière la ville et ses habitants.

Parfois avec une apparente brutalité, presque abstraite pour ses images d’architecture, le regard attentif de Michael Wolf sait aussi montrer les moyens inattendus avec lesquels ceux qui vivent et travaillent dans ces mégapoles s’adaptent et reconfigurent un environnement qui évolue sans cesse. Avec un incroyable sens du détail, il révèle ces petits « arrangements informels », souvent avec empathie, quelquefois avec humour, dans certains cas avec la fascination assumée du « voyeur ».

Michael Wolf, La vie dans les villes - Rencontres Arles 2017 -  Street View (2008-2011)
Michael Wolf, La vie dans les villes – Rencontres Arles 2017 –  Street View (2008-2011)

L’exposition « La vie dans les villes » n’impose pas un parcours. Elle laisse au visiteur la liberté de sa déambulation. Cependant, il y a une certaine logique chronologique dans la manière dont les séries de Michael Wolf occupent l’espace.

« La vie dans les villes » s’articule autour de deux installations spectaculaires au centre de l’Église des Frères Prêcheurs : « The Real Toy Story » (2004) qui tapisse l’abside et « Architecture of Density » (2003-2014) qui est suspendue dans la nef. Œuvre complémentaire d’« Architecture of Density », « 100 x 100 » (2006) prolonge naturellement celle-ci.

Michael Wolf, La vie dans les villes - Rencontres Arles 2017 - Hong Kong Corner Houses (2005-2011)
Michael Wolf, La vie dans les villes – Rencontres Arles 2017 – Hong Kong Corner Houses (2005-2011)

Au sud, un ensemble très réussi regroupe trois installations qui évoquent le vernaculaire des « Back Alleys » à Hong Kong : « Bastard Chairs » (2001-2016), « Informal Solutions » (2003-) et « Hong Kong Assemblage Deconstructed » (2015). L’abside de la chapelle, dédiée à Saint Dominique, présente « Hong Kong Corner Houses » (2005-2011), un autre regard de Michael Wolf sur l’architecture de la ville.

Ses séjours parisiens sont évoqués par deux séries exposées dans les autres espaces de cette chapelle : « Street View » (2008-2011) et « Paris Rooftops » (2014).

En face, « Transparent City » (2006) et « Tokyo Compression » (2010) occupent les chapelles collatérales au nord de l’édifice.

À droite de l’entrée, une chapelle isolée présente, de la série « Bottrop-Ebel », une sélection de photographies en noir et blanc, prises dans un petit village minier de la Ruhr, alors que Michael Wolf terminait un travail universitaire, sous la direction d’Otto Steinert.

La scénographie pertinente de Roland Buschmann, un accrochage très réussi qui utilise habilement l’espace et un éclairage soigné servent admirablement le propos de Michael Wolf.

Michael Wolf, La vie dans les villes - « The Real Toy Story » (2004)
Michael Wolf, La vie dans les villes – « The Real Toy Story » (2004)

Chaque série est introduite par un court texte (en français et en anglais) qui donne les repères essentiels pour comprendre le sens de son travail et l’articulation de ses diverses propositions.

L’exposition est coproduite par le Fotomuseum Den Haag et les Rencontres d’Arles.
Le commissariat est assuré par Wim van Sinderen.

Un imposant catalogue « Michael Wolf Works », édité par Peperoni Books, accompagne « La vie dans les villes ».

Une exposition incontournable des Rencontres 2017 !

À lire, ci-dessous, une présentation du parcours accompagné des textes de salle et de quelques vidéos (en anglais) où Michael Wolf commente son travail. On trouvera également le texte d’introduction de Wim van Sinderen, commissaire de l’exposition et quelques repères biographiques à propos de Michael Wolf.

En savoir plus :
Sur le site des Rencontres Arles 2017
Sur le site de Michael Wolf

Michael Wolf, « La vie dans les villes »
Présentation du parcours d’exposition

The Real Toy Story (2004)

Michael Wolf, La vie dans les villes - « The Real Toy Story » (2004)
Michael Wolf, La vie dans les villes – « The Real Toy Story » (2004)

C’est au cours de son dernier shooting pour un reportage du magazine d’actualité allemand Stern intitulé « Chine : usine du monde », que Michael Wolf a décidé de revisiter sa fascination d’enfance pour les jouets en plastiques avec lesquels ses parents lui interdisaient de jouer. Sur une période d’un mois, il a rassemblé plus de 20 000 jouets « made in China » en fouinant dans les magasins d’occasion et les marchés aux puces du Nord au Sud de la côte californienne. Il a ensuite transformé sa vaste collection en une installation, The Real Toy Story, qui intègre à des murs entièrement couverts de jouets en plastique de tous types des portraits de travailleurs des usines chinoises de fabrication de jouets..

The Real Toy Story est une représentation immersive de l’échelle gargantuesque de la production de masse chinoise et de la soif occidentale d’approvisionnement continu en produits jetables. Les regards de ces ouvriers rendent humain cet océan anonyme de jouets et nous invitent à réfléchir à la réalité du marché dans un monde de globalisation soumis aux lois de la consommation.

Beaucoup de caractéristiques du travail de Wolf sont présentes dans ce premier projet : collecte obsessionnelle, reconnaissance du pouvoir symbolique du vernaculaire, combinaison de perspectives macro et micro et capacité à utiliser un sujet ou un angle spécifique pour documenter les transformations plus globales de la vie urbaine.

Architecture Of Density (2003-2014)

Michael Wolf, La vie dans les villes - Rencontres Arles 2017 - Hong Kong Corner Houses (2005-2011)
Michael Wolf, La vie dans les villes – Rencontres Arles 2017 – Hong Kong Corner Houses (2005-2011)

C’est à Hong Kong qu’a commencé l’étude de Michael Wolf sur la vie urbaine contemporaine. S’y étant installé en 1994, cette ville est naturellement devenue son terrain de jeu visuel et le sujet de nombre de ses séries de photographies. Dans Architecture of Density, il porte son attention sur l’architecture de Hong Kong, l’une des villes les plus densément peuplées de la planète, dans laquelle la majorité de la population vit dans des gratte-ciels de béton. L’architecture de la ville répond à une exigence de fonction plutôt que de forme, et une tour ne peut être bien distinguée de sa voisine que par les gammes de couleur de sa façade.

Pour cette série, Wolf a créé un style visuel « sans issue » en aplatissant la perspective et en recadrant l’image afin de ne distinguer ni le ciel ni le sol. Les images en résultant transforment l’horizon urbain en abstractions qui semblent infinies et qui dévoilent la beauté de l’architecture monotone, brutaliste, de la ville. Architecture of Density est une réflexion sur la nature de la vie urbaine contemporaine. Sans sol ni ciel, les photographies de Wolf créent une métropole imaginée, symbolique, où la densité est poussée à ses limites. Quoique la ville soit tout sauf désertée, ces images agissent comme des coupes transversales dans une fourmilière urbaine, nous invitant à considérer les milliers de vies contenues dans ces structures.

100 X 100 (2006)

Œuvre complémentaire d’Architecture of Density, 100 x 100 pénètre sous la surface des vastes immeubles de Hong Kong. La série est une étude typologique de 100 pièces de Skep Kip Mei Estate, l’un des plus anciens complexes d’habitat social de Hong Kong dans lequel chaque appartement mesure exactement 10 pieds sur 10 [3 mètres sur 3]. En opposition flagrante avec le raffinement formel et la dis-tance adoptée par les photographies d’architecture précédentes de Wolf, ces images ont une sorte d’immédiateté, un style quasi journalistique. Wolf adopte le même point de vue pour chaque image, et utilise un objectif grand angle pour révéler autant de pièces que possible.

Alors qu’Architecture of Density offre une vue macroscopique de la peau de la ville, 100 x 100 entraîne le spectateur dans ses veines. La série étudie la manière dont la vie se manifeste au cœur de la coquille en béton de la ville. Les habitants de ces espaces ont beau être présents dans chaque image, il ne s’agit pas tant de portraits de personnages que d’environnements extraordinairement variés qu’ils ont créés pour eux-mêmes dans ces espaces standardisés. La série montre la manière dont l’individualité se manifeste âprement malgré la monotonie de surface et l’anonymat de la vie urbaine.

Pour exposer cette série, une pièce de 10 pieds sur 10 a été construite pour permettre au spectateur de mieux appréhender les espaces de vie qui apparaissent sur ces photographies.

Bastard Chairs (2001-2016)

Michael Wolf, La vie dans les villes - Rencontres Arles 2017 -  Bastard Chairs » (2001-2016)
Michael Wolf, La vie dans les villes – Rencontres Arles 2017 –  Bastard Chairs » (2001-2016)

Être assis est l’une des activités les plus importantes dans la ville moderne chinoise et pour la chaise, comme pour la plupart des choses en Chine, la fonction prime sur la forme. En marchant dans les rues des villes en Chine, Michael Wolf a été impressionné par ces chaises qui avaient été amputées, rafistolées, réparées et converties. Il a d’abord commencé par les collectionner puis, lorsqu’il n’était pas possible de les prendre avec lui, à les photographier. Son attirance pour ces objets ne vient pas seulement de leur signification sociale mais aussi de l’involontaire « beauté intrinsèque des objets utilisés ».

Michael Wolf, La vie dans les villes - Rencontres Arles 2017 -  Bastard Chairs » (2001-2016)
Michael Wolf, La vie dans les villes – Rencontres Arles 2017 –  Bastard Chairs » (2001-2016)

Alors qu’il photographiait l’une d’entre elles à Pékin, un passant a demandé à Wolf pourquoi il prenait en photo une chaise aussi vieille et laide. Il lui a expliqué qu’il ne voyait pas une chaise laide mais une « vieille chaise qui a eu une vie longue et difficile…

Une chaise avec un caractère bien trempé, comme une personne qui a vécu 80 ans et n’a pas abandonné l’idée de vivre même si la vie était dure ». Au pays de la production de masse, chacune de ces chaises bâtardes a une histoire unique à raconter. Ici, 10 chaises de sa collection, qui en compte maintenant plus d’une centaine, sont exposées.

Informal Solutions (2003-)

Michael Wolf, La vie dans les villes - « Informal Solutions » (2003-)
Michael Wolf, La vie dans les villes – « Informal Solutions » (2003-)

Depuis 2003, Michael Wolf a construit une archive photographique en expansion permanente sur la vie des rues de Hong Kong qu’il a intitulée Informal Solutions, une référence à l’ingéniosité et à l’inventivité dont font preuve les habitants des villes aux espaces publics si restreints. Ces photographies forment une collection de fragments visuels des rues et des passages de Hong Kong gants de travailleurs séchant sur une spirale de fil barbelé, serpillières barrant un seuil de porte, chaises hybrides qui ont été rafistolées et reconfigurées, labyrinthes chaotiques formés par les tuyaux de canalisation et de ventilation, des sculptures accidentelles combinant tous ces éléments. Quoique les personnes soient presque entièrement absentes de ces images, Wolf attire notre attention sur leur présence par les traces qu’elles ont laissées derrière elles.

Informal Solutions explore les coutures de la ville, là où l’espace public rencontre l’espace privé. En se focalisant sur ces détails apparemment insignifiants, Wolf met en lumière les zones grises de la ville, là où le manque d’espace privé conduit les habitants à récupérer l’espace public pour répondre à leurs besoins fondamentaux.

Informal Solutions avait commencé comme un projet purement photographique mais il a évolué en une forme plus complexe avec le temps. Aux photographies de scènes éphémères dans les ruelles, Wolf a ajouté de courts films auxquels il donne le nom de « photographies de trente secondes », et il a également collectionné quelques-uns des artefacts urbains sur lesquels il est tombé dans le labyrinthe de ruelles de Hong Kong. Aujourd’hui, il présente la série avec une installation qui intègre ces différents éléments, non seulement pour créer une expérience plus immersive mais aussi pour véritablement célébrer le vernaculaire.

Hong Kong Assemblage Deconstructed (2015)

Michael Wolf, La vie dans les villes - « Hong Kong Assemblage Deconstructed » (2015)
Michael Wolf, La vie dans les villes – « Hong Kong Assemblage Deconstructed » (2015)

Wolf a récemment donné à son projet sur les ruelles de Hong Kong Informai Solutions, qu’il mène depuis 2003, une nouvelle direction. Ayant photographié un des assemblages urbains de Hong Kong fait d’objets dont des parapluies, des sacs en plastique, des ciseaux, des cintres, des agrafes métalliques ou encore de la ficelle, Wolf a décidé de le décrocher et d’en exposer les composants à côté de sa photographie de l’assemblage originel. Avec cette déconstruction, Wolf attire l’attention sur la complexité de ces structures tout en nous invitant à considérer chacune de ces modestes parties. Celles-ci sont transformées en artefacts investis d’un pouvoir symbolique, reliques qui semblent offrir les clefs de compréhension des mœurs et rituels de Hong Kong tout comme un fragment d’amphore ou une tête de flèche peuvent en dire long sur la civilisation de la Rome antique.

Hong Kong Corner Houses (2005-2011)

Michael Wolf, La vie dans les villes - Rencontres Arles 2017 - Hong Kong Corner Houses (2005-2011)
Michael Wolf, La vie dans les villes – Rencontres Arles 2017 – Hong Kong Corner Houses (2005-2011)

Hong Kong Corner Houses porte sur une autre excentricité architecturale de Hong Kong : ses immeubles d’angle. Bâtis pour la plupart dans les années 1950 et 1960 à Kowloon, ces immeubles mêlent fonctions commerciales et fonctions résidentielles. Construits pendant l’austérité dans les années d’après-guerre, ils ont souvent été rafistolés et modifiés, souvent illégalement, ce qui rend chacun d’eux complètement unique. Formant aujourd’hui une espèce en danger, ils sont remplacés par de nouveaux immeubles au gré du rythme frénétique de développement de la ville.

Hong Kong Corner Houses révèle la capacité de Wolf à voir au-delà de l’apparente banalité du vernaculaire. En photographiant ces curiosités architecturales, Wolf documente un phénomène urbain fréquemment négligé et nous rappelle que ces accidents de la vie d’une ville méritent aussi d’être préservés.

Street View (2008-2011)

Michael Wolf, La vie dans les villes - Rencontres Arles 2017 -  Street View (2008-2011)
Michael Wolf, La vie dans les villes – Rencontres Arles 2017 –  Street View (2008-2011)

En arrivant à Paris après avoir vécu et travaillé quinze ans à Hong Kong, Wolf a découvert une ville qui montrait peu de signes de vie moderne à sa surface. La forme statique de la capitale française et le poids de son passé sur le plan de la photographie l’ont convaincu de la nécessité de trouver une nouvelle approche dans sa pratique. Il a alors décidé de se tourner vers Google Street View, qui permet à ses utilisateurs de naviguer sur la carte photographique de n’importe quelle ville. En commençant à explorer Paris avec Street View, Wolf s’est rendu compte que cela ouvrait un champ de possibilités visuelles infini. Après la série Paris Street View, il a réalisé plusieurs autres projets Street View, dont Street View Portraits, Fuck You et A Sertes of Unfortunate Events. Pour chacune de ces séries, Wolf utilise Street View comme une extension de la photographie de rue, où le recadrage et le choix d’angle remplacent l’appareil photo. Ces séries poussent plus loin l’utilisation de la pixellisation et du bruit numérique initiée dans Transparent City. En agrandissant les détails de Street View, ses images font écho aux textures imprimées de Roy Lichtenstein ou aux sérigraphies de Warhol, influences que Wolf non seulement reconnait, mais cultive activement.

Au-delà de son esthétique distinctive, le travail Street View met aussi en lumière l’absurdité des tentatives actuelles de contrôler la pratique photographique alors même que la technologie numérique a rendu le médium plus accessible que jamais. En recadrant, en manipulant et même en faisant des tirages de haute qualité des images dérivées de Street View, Wolf réaffirme le rôle du photographe et ouvre de nouvelles pistes pour la photographie.

Paris Rooftops (2014)

Michael Wolf, La vie dans les villes - « Paris Rooftops » (2014)
Michael Wolf, La vie dans les villes – « Paris Rooftops » (2014)

Dans Paris Rooftops, Michael Wolf continue son exploration du paysage urbain tandis que et sa fascination pour la densité de la vie dans les villes s’accroît. De nature formelle, la série explore l’architecture iconique de la capitale française avec un point de vue renouvelé.

En 2008, Wolf a commencé à vivre partiellement à Paris après avoir passé des années à Hong Kong. Il était saisi par l’absence de signes de vie dans les rues de la ville : la vie urbaine semblait confinée derrière des portes closes. Cette frustration face à la nature fermée, statique, de l’architecture haussmannienne de la ville l’a poussé à mener le projet Paris Street View, mais aussi à prendre de la hauteur pour voir la ville sous une lumière différente.

Wolf a photographié Paris en évitant les lieux très connus et en se concentrant plutôt sur ses toits distinctifs, qui ont chacun leur identité propre. Paris Rooftops révèle une beauté plus fonctionnelle et géométrique de la capitale que l’architecture iconique de ses façades. Les abstractions formelles de la série aplatissent les toits en compositions multicouches dans lesquelles les cheminées et les antennes de télévision jouent des coudes.

Transparent City (2006)

Michael Wolf, La vie dans les villes - « Transparent City » (2006)
Michael Wolf, La vie dans les villes – « Transparent City » (2006)

En 2006, lorsqu’il arrive à Chicago pour installer son projet The Real Toy Story, Michael Wolf est saisi par la transparence de l’architecture de la ville. Ayant travaillé en Asie pendant de nombreuses années, il voit en Chicago une opportunité de continuer son étude de la vie citadine dans un contexte radicalement différent. Pour Transparent City, il adopte une perspective similaire à celle de son travail architectural à Hong Kong, mais les façades des bâtiments de Chicago donnent un résultat très différent. La ville est bien moins dense, ce qui crée une sensation de profondeur plus importante dans les images, alors que la transparence de ses gratte-ciel en verre rend visible la vie en leur sein.

Pendant le processus d’édition de la série, Wolf a été davantage fasciné par ce qu’il se passait à l’intérieur de ces bâtiments qu’à leur surface. Il a alors passé au peigne fin chaque centimètre de ses paysages urbains pour trouver des détails humains à associer à ses images architecturales, les agrandissant jusqu’à en faire de grands tableaux très pixellisés qu’il a assemblés dans la série Transparent City Details (2006).

En juxtaposant les équivalents photographiques d’un microscope et d’un télescope, Wolf crée une tension latente : prises pendant les premiers jours de crise financière mondiale, la taille monumentale et l’élégance des bâtiments contrastent avec la peur et la fragilité des visages pixellisés de leurs occupants.

Tokyo Compression

Michael Wolf, La vie dans les villes - « Tokyo Compression » (2010)
Michael Wolf, La vie dans les villes – « Tokyo Compression » (2010)

Dans Tokyo Compression, Michael Wolf a décidé de pousser à l’extrême les questions de vie privée et de voyeurisme qu’il avait explorées dans Transparent City. Dans cette série, il pointe son appareil sur des passagers captifs pressés contre les vitres du métro bondé de Tokyo. Ici, la densité n’est pas architecturale mais humaine, puisque les usagers remplissent chaque centimètre carré des wagons du métro. Wolf applique à ces portraits le style photographique « no exit » qu’il avait développé avec Architecture of Density, piégeant dans son cadre le regard du spectateur au moment précis où les passagers deviennent incapables d’échapper au confinement de ces cellules temporaires. Les images créent une sensation d’inconfort du fait que les victimes tentent de sortir du champ en se tortillant ou simple-ment ferment les yeux en espérant que le photographe s’en aille.

Tokyo Compression dépeint un enfer urbain. En chassant ces usagers avec son appareil comme s’ils étaient une proie, Wolf met en évidence leur vulnérabilité complète face à la ville. La série est également une provocation photographique, une réaffirmation du rôle du photographe dans l’espace urbain contemporain où la photographie devient de plus en plus contrôlée et réglementée.

Michael Wolf, « La vie dans les villes »
Présentation de l’exposition par son commissaire Wim Van Sinderen

Pour la première fois, en étroite collaboration avec le musée de la Photographie de La Haye, les Rencontres d’Arles présentent une vue d’ensemble du travail de création de Michael Wolf. Toute l’œuvre de Wolf est hantée par la vie dans les villes telle qu’il a pu l’observer dans des grandes métropoles comme Tokyo, Hong Kong ou Chicago.
L’artiste fait varier les points de vue afin de mettre au jour la complexité de la vie urbaine moderne. La pièce maîtresse de l’exposition est l’installation The Real Toy Story (2004), qui met en scène plus de 20 000 jouets en plastique « Made in China » trouvés dans des brocantes ou des magasins d’occasion aux États-Unis. Au milieu de cet étalage vertigineux de jouets produits en masse pour les enfants, Michael Wolf montre des portraits bienveillants d’ouvriers chinois travaillant sur les chaînes d’assemblage et produisant des jouets destinés à satisfaire une demande mondiale hystérique en biens de consommation bon marché.

Michael Wolf – Repères biographiques :

Michael Wolf a grandi au Canada, en Europe et aux États-Unis. Après des études à Berkeley, il entre à la Folkwang School d’Otto Steinert, à Essen.

En 1994, il part pour Hong Kong où il travaillera huit années en tant que correspondant du magazine allemand Stern.
Depuis 2001, Michael Wolf se concentre sur son œuvre personnelle.

Lauréat du World Press Photo en 2005 et 2010, Michael Wolf a exposé ià la Biennale d’architecture de Venise ; à la galerie Aperture, New York ; au Museum of Contemporary Photography, Chicago.

Ses œuvres font partie des collections permanentes du Metropolitan Museum of Art, New York ; du Brooklyn Museum, New York ; du San Jose Museum of Art, California ; du Museum of Contemporary Photography, Chicago ; du Museum Folkwang, Essen et du German Museum for Architecture, Francfort.

Il a publié près d’un quinzaine de livres.

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