Crash test – la révolution moléculaire à La Panacée – Montpellier

Du 10 février au 6 mai 2018, La Panacée présente « Crash test – la révolution moléculaire ».

Après une saison 2017 en demi-teinte, Nicolas Bourriaud signe une magistrale exposition « manifeste ».
Le choix des artistes et des œuvres est en parfaite cohérence avec le propos d’un projet captivant. La mise en espace est remarquable. Le tout est accompagné d’un catalogue dense et riche avec trois essais passionnants, une superbe iconographie et une mise en page particulièrement réussie.

Dans son texte d’intention, Nicolas Bourriaud, directeur de La Panacée-MoCo (Montpellier Contemporain) et commissaire de l’exposition, souligne :

« L’art des années 2010 semble avoir intégré la notion d’anthropocène, qui désigne une ère dominée par les activités humaines et leur impact sur la planète. Notre représentation du monde évolue ainsi vers une sorte de coprésence avec des sphères autrefois séparées dans la pensée occidentale : le minéral, l’animal, le végétal, la machine et l’humain, qui semblent échanger sans cesse leurs propriétés. Au sein de cette nouvelle promiscuité, la division traditionnelle en Occident entre nature et culture perd peu à peu toute pertinence.
Crash test est né de ce constat ».

Pour ce « Crash test », Nicolas Bourriaud a sélectionné 25 artistes internationaux. Leurs œuvres investissent l’intégralité des espaces d’exposition du centre d’art.
Ils y « explorent les nouvelles relations qui s’instaurent entre l’être humain et la biosphère, l’univers matériel et vivant qui les entoure ».
De nombreuses pièces exposées ont été produites spécifiquement pour « Crash test » par La Panacée-MoCo.

Alisa Baremboym ● Ivana Basic ● Bianca Bondi ● Juliette Bonneviot ● Jeanne Briand ● Dora Budor ● Johannes Büttner ● Alice Channer ● Caroline Corbasson  ●David Douard, ● Daiga Grantina ● Roger Hiorns ● Agnieszka Kurant ● Sam Lewitt ● Estrid Lutz + Emle Mold ● Jared Madere ● Enzo Mianes ● Virginia Lee Montgomery ● Marlie Mul ● Aude Pariset ● Thiago Rocha Pitta ● Pamela Rosenkranz ● Thomas Teurlai ● Artie Vierkant ● Phillip Zach

Crash test : Un parcours et une mise en espace remarquables

Conçu avec beaucoup de soin et de précision, l’accrochage est conduit avant tout par les œuvres. Attentif à leurs connexions comme à leurs contrastes, il s’attache particulièrement à les mettre en valeur et à favoriser l’engagement du regardeur.

Crash Test à La Panacée, Montpellier - Vue de l'exposition
Crash Test à La Panacée, Montpellier – Vue de l’exposition

Aucune construction thématique n’organise le parcours de visite. « Crash test » s’articule globalement comme l’illustration du propos du commissaire. C’est aussi le portrait d’une génération d’artistes pour laquelle matériaux et matière sont essentiels. Néanmoins, la mise en espace laisse à chaque artiste la place de développer « ses propres intuitions et son propre univers de forme ».
En même temps, ce parcours permet aussi au visiteur de construire son récit personnel, en se confrontant à « un type inédit de matérialisme – ou d’un réalisme analytique (…) dont la question centrale serait : comment un état de la matière représente-t-il un moment de l’histoire ? »

Crash Test à La Panacée, Montpellier - Vue de l'exposition
Crash Test à La Panacée, Montpellier – Vue de l’exposition

Pour accompagner la visite de « Crash test », La Panacée met à la disposition du public un important livret bilingue (Français/Angais). On y trouve le texte d’intention de Nicolas Bourriaud et la liste complète des œuvres exposées ainsi qu’un glossaire très utile. Chaque artiste est invité à réponde à deux questions : « Pouvez-vous nous parler du rapport que vous entretenez avec la matière » et « Quel sens lui donnez-vous dans votre travail ? ».
Cet outil s’avère être très utile pour enrichir son expérience de visite. Comme pour le catalogue, la conception graphique particulièrement réussie a été imaginée par Johanna Himmelsbach.

Thomas Teurlai, work in progress - Crash Test à La Panacée, Montpellier
Thomas Teurlai, work in progress – Crash Test à La Panacée, Montpellier

Les médiateurs en salle sont toujours aussi impliqués dans les informations pertinentes qu’ils apportent avec tact et gentillesse.

Noam Segal, curator indépendant basé à New York, a accepté l’invitation de Nicolas Bourriaud pour intervenir sur la programmation événementielle qui accompagne le weekend d’ouverture de « Crash test ».

Crash test : Un catalogue dense et riche

L’exposition « Crash Test » est accompagnée par un catalogue disponible aux « Presses du réel ».
L’ouvrage bilingue (Français/Anglais) rassemble trois textes passionnants de Nicolas Bourriaud, Stefanie Hessler et Noam Segal. Les notices et le glossaire ont été réalisés par Caroline Chabrand, Ghuilem Morand, Clémentine Poirier et Alba Sagols. L’iconographie en hors-texte est particulièrement soignée. Elle privilégie des détails des œuvres et apporte ainsi des regards aigus qui illustrent parfaitement les trois essais.
La conception graphique originale de Johanna Himmelsbach donne un caractère singulier à ce catalogue.

Crash Test à La Panacée, Montpellier - Catalogue

À n’en pas douter, Crash test est un éventement majeur de ce début d’année 2018.
À ne pas manquer !

À lire, ci-dessous, le texte d’intention du commissaire et des brèves présentations des artistes de « Crash test », extraites du dossier de presse et accompagnées de photographies de l’exposition.

En savoir plus :
Sur le site de La Panacée
Suivre l’actualité de La Panacée sur Facebook et Twitter.
Les liens vers les sites des artistes ou de leurs galeristes sont dans les présentations qui suivent.

Crash test : Texte d’intention de Nicolas Bourriaud

L’art des années 2010 semble avoir intégré la notion d’anthropocène, qui désigne une ère dominée par les activités humaines et leur impact sur la planète. Notre représentation du monde évolue ainsi vers une sorte de coprésence avec des sphères autrefois séparées dans la pensée occidentale : le minéral, l’animal, le végétal, la machine et l’humain, qui semblent échanger sans cesse leurs propriétés. Au sein de cette nouvelle promiscuité, la division traditionnelle en Occident entre nature et culture perd peu à peu toute pertinence.
Crash Test est né de ce constat.

Cette exposition rassemble une génération d’artistes qui travaillent le réel à son niveau moléculaire, en organisant des connections entre la réalité physique/chimique et les cultures humaines. Ils/Elles décrivent le monde actuel (ses sociétés, ses cultures…) à partir des matières (brutes ou synthétiques) qui le composent, et non plus à partir de données purement sociales, ni même humaines. Et à l’ensemble de ces règnes hétérogènes qui se rapprochent aujourd’hui, on pourrait ajouter l’image, devenue aujourd’hui une pellicule qui entoure notre univers – une atmosphère autonome, une couche de pollution.

Les artistes réunis dans Crash test travaillent donc à partir de la réalité matérielle, qu’il s’agisse de ses composantes basiques ou des alliages les plus contemporains : existe-t-il encore un matériau purement « naturel » ou purement « humain » ? Sans revendiquer la posture du scientifique, ces artistes se livrent à des investigations sur les particules qui composent l’univers physique, les composés chimiques, les alliages synthétiques. Certains privilégient la réduction ou la pulvérisation de la matière, avec des œuvres qui analysent le monde physique dans lequel nous vivons, en le décomposant ; d’autres mettent en valeur les réactions et transformations chimiques, à travers des installations en forme de dispositifs expérimentaux, de la pulvérisation (réduction du visible à des éléments basiques) à la solution (dissolution d’éléments dans un solvant) en passant par le précipité (formation d’agrégats moléculaires).

Au sujet de ces démarches radicalement nouvelles, on peut ainsi parler d’un type inédit de matérialisme – ou d’un réalisme analytique, qui prend acte de la fin de la division entre nature et culture sur laquelle se fonde la pensée occidentale, tout autant que de la subordination classique entre la matière et la forme, ici souvent confondues. Un matérialisme dont la question centrale serait : comment un état de la matière représente-t-il un moment de l’histoire ?

Nicolas Bourriaud

Crash test : Présentation des artistes

Alisa Baremboym
1982, Russie / NYC

Le travail d’Alisa Baremboym explore la façon dont les corps interagissent avec des matières non- humaines. Absorbant et assimilant les matériaux les plus divers afin de créer de nouveaux composites, elle lie la technologie et la biologie, l’organique et le synthétique. Sa pratique inclut l’utilisation de céramiques, aciers, agents gélifiants ou câbles, pour créer des sculptures qui n’ont d’abstraites que l’apparence.

 

Pour Crash test, Alisa Baremboym présente une œuvre en plusieurs volets, faite de toiles de béton, et accompagnée de lampes de céramique à l’huile minérale qui tirent leur forme de différentes glandes productrices d’hormones du corps. Cette installation est accompagnée de boîtes à mitraille en polystyrène, mangé par des vers.

Alisa Baremboym, Chromosome Absorbtion, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Alisa Baremboym, Chromosome Absorbtion, 2018 – La Panacée, Montpellier

 

Ivana Basic
1986, Serbie / NYC

À travers ses sculptures et vidéos, mêlant des matériaux synthétiques tels que le silicone et des matériaux vivants, la cire et la peinture à l’huile, Ivana Basic teste les limites de la « minimalité humaine ». Entre répulsion et beauté, elle propose une représentation de la corporéité qui oscille également entre la vie et la mort — l’oeuvre se fait à la fois corps et habitat, fragile et vulnérable.

Ivana Basic, Belay my light teh ground is gone, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Ivana Basic, Belay my light teh ground is gone, 2018 – La Panacée, Montpellier

Pour Crash test, Ivana Basic présente une nouvelle pièce faite de cire, de peinture
à l’huile, d’acier et de verre soufflé.

Bianca Bondi
1982, Afrique du Sud / Paris

Dans une approche pluridisciplinaire, Bianca Bondi manipule de multiples ingrédients, dont le cuivre, la résine, la cire, le sel, le latex, ainsi que de nombreuses solutions chimiques, tous choisis pour leur potentiel de transformation. Elle puise dans les sciences physiques et les mathématiques la matière de sa pratique. On peut rapprocher ses processus du rituel, ou d’une alchimie instinctive, en ce qu’elle met en valeur les mutations et la dissolution poétique des choses.

Bianca Bondi, Bloom, crust, cake, 2018 - Crash Test à La Panacée, Montpellier - Vue de l'exposition
Bianca Bondi, Bloom, crust, cake, 2018 – La Panacée, Montpellier – Vue de l’exposition

Pour Crash test, elle propose trois nouvelles pièces, composées d’aquariums contenant des mousses, 18 lichens, plantes coupées et divers objets du quotidien, mêlés à du cuivre, qui produit du vert-de-gris à travers le processus d’oxydation au sel. Bianca Bondi transporte ici le visiteur dans un monde à la fois vivant et inerte, en une réflexion sur la nature, la matière et le temps.

Juliette Bonneviot
1983, France / Berlin

Juliette Bonneviot oriente ses recherches sur le lien entre l’écologie et le genre. Ses recherches récentes l’ont amenée à utiliser des Xénoestrogènes, substances qui « miment » les hormones et perturbent le système endocrinien naturel du corps, car dotées d’une conformation chimique semblable à celles des œstrogènes. Ces xeno-hormones peuvent être ainsi organiques, synthétiques ou minérales. On les trouve dans les pilules contraceptives et divers médicaments, mais également dans les silicones, les huiles et laques, les pesticides, détergents ; lotions, shampooings, canettes, bouteilles en plastiques…

Juliette Bonneviot, Deep Grey Xenoestrogens, 2016 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Juliette Bonneviot, Deep Grey Xenoestrogens, 2016 – La Panacée, Montpellier

Pour Crash test, Juliette Bonneviot présente trois œuvres de sa série Xenoestrogens.

Jeanne Briand
1990, France / Paris

Jeanne Briand nous fait évoluer dans un univers futuriste, puisant dans la fiction pour créer des objets hybrides qui croisent traditions artisanales et anticipation technologique. Ses formes organiques, transparentes, connectées, traversées par des vibrations et des mouvements robotiques, renvoient à la bio-technologie et à la chimie du vivant.

Jeanne Briand, G.G.s, 2017 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Jeanne Briand, G.G.s, 2017 – La Panacée, Montpellier

Pour Crash Test, elle installe à La Panacée une œuvre musicale à partir de verres soufflés. Les créations qu’elle présente prennent la forme de gamètes, ovoïdes, produites et activées par le souffle de l’artiste, qui insuffle directement à son œuvre une pulsion de vie.

Jeanne Briand, A gamete glass tale, 2016 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Jeanne Briand, A gamete glass tale, 2016 – La Panacée, Montpellier

Dora Budor
1984, Croatie / NYC

Dora Budor explore les frontières, de plus en plus floues, entre le réel et l’irréel. Elle émet l’hypothèse que seuls les objets produits par notre imaginaire survivraient pour former une nouvelle couche géologique dans laquelle l’être humain s’effacerait devant le monde virtuel, et notamment le cinéma. L’image industrialisée deviendrait ainsi un élément « naturel », dépassant son statut d’objet culturel. En se réappropriant des objets provenant de tournages de films (notamment la fausse poussière utilisée au cinéma), Dora Budor créé des environnements qui traduisent l’impact de ces grandes productions cinématographiques sur la réalité. Ses sculptures reconstruisent des systèmes organiques, qui réactivent ces objets en interrogeant leurs effets sur l’imaginaire collectif.

Dora Budor, A woman passing on the street said, ‘a decongestant, an antihistamine, a cough suppressant, a pain reliever’, 2016 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Dora Budor, A woman passing on the street said, ‘a decongestant, an antihistamine, a cough suppressant, a pain reliever’, 2016 -La Panacée, Montpellier

Pour Crash Test, Dora Budor présentera deux œuvres de 2016, A woman passing on the street said, ‘a decongestant, an antihistamine, a cough suppressant, a pain reliever’, une installation qui réutilise des instruments d’opérations médicaux créés par David Cronenberg pour son film Dead Ringers (1988). Elle a incorporé à cette pièce un fil de suture provenant d’une chirurgie effectuée sur sa propre main gauche, effaçant ainsi les notions d’histoire privée et collective, remettant en question les concepts de temps présent et passé. Sa seconde pièce, What does a thing know of its own production, met en scène des prothèses cutanées de zombie du film Underworld Evolution.

Dora Budor, What does a thing know of its own production, 2016 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Dora Budor, What does a thing know of its own production, 2016 – La Panacée, Montpellier

Johannes Büttner
1985, Allemagne / Berlin

L’œuvre de Johannes Büttner enquête sur les récits collectifs, les idées utopiques, les narrations issues de différentes sous-cultures ou les économies culturelles précaires. Fasciné par l’organisation sociale et son efficacité, Büttner explore les constructions culturelles (au premier chef, la science) et la construction du sens.

 

Crash Test à La Panacée, Montpellier - Vue de l'exposition
Crash Test à La Panacée, Montpellier – Vue de l’exposition

La contribution de Johannes Büttner à l’exposition Crash test est centrée autour d’une théorie de la conspiration concernant la suppression de l’énergie gratuite. L’œuvre qu’il présente comprend plusieurs moteurs Bodini et des diodes électroluminescentes activées par des batteries cristallines faites de cristaux d’alun.

Alice Channer
1977, Royaume-Uni / Londres

Les sculptures d’Alice Channer évoquent un univers distordu, dont le corps humain serait absent. Les objets qu’elle glane se voient transformés par des processus multiples — moulage, agrandissement, plissage, impression… — qui viennent modifier leur composition chimique et leur échelle.

Crash Test à La Panacée, Montpellier - Vue de l'exposition
Crash Test à La Panacée, Montpellier – Vue de l’exposition

Pour Crash test, elle présente l’installation Burial (Enterrement) pour laquelle elle a prélevé des résidus de bâtiments londoniens détruits, à proximité de son studio. Ces roches sont ensuite modélisées grâce à un programme informatique du CNC (computer numeric control). Le fragment devient un objet neuf, fac simile d’un ready made détourné. L’artiste l’habille ensuite de couches complexes : cendres de cigarette, polymères synthétiques solubles dans l’eau, polyéthylène, microsphères de l’industrie cosmétique : un dépôt qui vient patiner les rochers artificiels. Ces tombeaux aux formes archaïques et aux matières ultramodernes sont déposés sur une couche de ces billes de plastique qui servent à former, à l’issue de leur fusion, des centaines d’objets du quotidien.

Caroline Corbasson
1989, France / Paris

Le travail de Caroline Corbasson explore la façon dont l’observation de l’espace et le perfectionnement des outils astronomiques ont provoqué une rupture entre la perception immédiate, celle de l’individu moyen, et celle des scientifiques, sur la place de l’homme dans l’univers. Ses dessins, sculptures et vidéos scrutent minutieusement cette étendue. Mettant en rapport l’infiniment grand, dont l’évolution remonte à une période anté-culturelle, et la profondeur de l’infiniment petit, perceptible grâce aux outils de la science.

Caroline Corbasson, Search, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Caroline Corbasson, Search, 2018 – La Panacée, Montpellier

Pour Crash test, Caroline Corbasson présentera une installation vidéo, une mise en scène de détails microscopiques de matériaux prélevés dans le désert de l’Atacama au Chili.

David Douard
1983, France / Aubervilliers

Les travaux de David Douard suggèrent de nouvelles formes d’existence, issues de technologies épuisées, où les matériaux se voient dotés d’une vie intérieure… Ses installations complexes forment un réseau de signes et d’images au sein duquel les sécrétions humaines se métamorphosent en mots, les corps en choses, les machines en espèces inconnues.

David Douard, Actes de salon, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
David Douard, Actes de salon, 2018 – La Panacée, Montpellier

Pour Crash test, David Douard présente une nouvelle installation composée de miroirs et de masques.

David Douard, Actes de salon (masque), 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
David Douard, Actes de salon (masque), 2018 – La Panacée, Montpellier

Daiga Grantina
1985, Lettonie / Paris

Daiga Grantina transforme des matériaux pré-existants en corps en décomposition. Sa pratique repose sur un travail de distorsions, superpositions et recompositions, aboutissant à des sculptures qui semblent en constante transformation. Son travail, qui explore l’image à travers des processus de recadrage et de post-production, rend compte de la perversité des rapports existant entre la technologie et le corps humain.

Daiga Grantina, Coat-ee off Cat Curl, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Daiga Grantina, Coat-ee off Cat Curl, 2018 – La Panacée, Montpellier

Grantina a créé pour Crash test une nouvelle pièce composée de tissu, silicone, résine, coton, et plâtre.

Daiga Grantina, Coat-ee off Cat Curl, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Daiga Grantina, Coat-ee off Cat Curl, 2018 – La Panacée, Montpellier

Roger Hiorns
1975, Royaume-Uni / Londres

Les sculptures de Roger Hiorns sont tournées vers le devenir des productions des sociétés industrialisées. Marqué par une approche conceptualiste, il transforme la matière des objets, leur donnant un nouveau statut. L’installation réalisée dans un bâtiment abandonné de Londres, en le tapissant de cristaux bleus, place son travail sur la frontière entre la déconstruction et la construction, le contrôle automatisé des objets manufacturés et le caractère incontrôlable des éléments organiques.

Roger Hiorns,Untitled, 2008 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Roger Hiorns,Untitled, 2008 – La Panacée, Montpellier

Untitled (2008), l’œuvre qu’il présente à La Panacée pour Crash test, est le résultat d’une opération de réduction à son essence d’un moteur à réaction, pulvérisé par l’artiste. En le ramenant à son état moléculaire, il brise la forme conventionnelle que la technologie imposait à la matière, présentant un véritable « état des choses ».

Agnieszka Kurant
1978, Pologne / Varsovie & NYC

Agnieszka Kurant est intéressée par le travail abstrait produit par chacun, y compris au sein d’une économie inter-espèces : en tant qu’individus ou en tant que collectivités, en tant qu’humains ou non-humains. Son travail explore ainsi, par une voie détournée, la complexité des rapports sociaux, économiques et culturels, ou comment la relation entre ces phénomènes entraîne l’abolition des frontières entre le naturel et l’artificiel, la fiction et la réalité, produisant de nouveaux modes de fonctionnement et d’interaction avec notre environnement.

Agnieszka Kurant, A.A.I 10–15, 2017 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Agnieszka Kurant, A.A.I 10–15, 2017 – La Panacée, Montpellier

Pour Crash test, elle présente sa sculpture A.A.I 1 (artificial intelligence), qui se compose d’un ensemble de moulages de termitières, expression d’une « économie alternative douce », dans lequel son travail est sous-traité et produit par des termites vivants. Pour cela, elle a travaillé en étroite collaboration avec un entomologiste de l’Université de Floride aux Etats-Unis, afin d’inciter ces insectes à produire des formes à partir de sables colorés, d’or et de paillettes. Ces structures prennent la forme d’une architecture complexe, évoquant les ruines d’une antique civilisation.

Sam Lewitt
1981, USA / NYC

Sam Lewitt interroge la différence que nous percevons entre la production de l’énergie et ses déchets au cours de l’histoire, attirant l’attention sur la façon dont l’industrie de l’énergie persiste à éloigner ses restes du regard du public. Lewitt cherche à rendre visible la façon dont cette cendre de carburant est manufacturée et distribuée grâce à des technologies variées, entourées de lois, de lobbies et de règles professionnelles.

Sam Lewitt, Stranded Assets, 2017
Sam Lewitt, Stranded Assets, 2017

L’œuvre Stranded Asset : Filler (agent actif irrécupérable : enduit), présentée dans Crash test, reproduit des lampes en provenance d’une centrale désaffectée à Venise, près du port de Marghera, considéré sous la dictature de Mussolini comme le « poumon » de la modernisation culturelle et industrielle de la région. Les œuvres obtenues sont montées sur des feuilles de placoplatre brutes standard contenant du gypse désulfuré, autre déchet de la production de carburant, et éclairent la salle où elles sont exposées.

Sam Lewitt, Stranded Asset ; Filler (agent actif irrécupérable ; enduit), 2017 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Sam Lewitt, Stranded Asset ; Filler (agent actif irrécupérable ; enduit), 2017 – La Panacée, Montpellier

Estrid Lutz + Emile Mold
1989, Bosnie Herzégovine + 1988, France / Marseille

« Depuis 2012, les installations se compactent en sculptures, ou nous les appelons plutôt des scènes. Nous faisons de plus en plus crasher entre eux le virtuel, le réel, et la vidéo. » C’est ainsi qu’Estrid Lutz et Emile Mold évoquent leur travail collectif. Ils produisent des installations de sculptures et d’images mouvantes, dans lesquelles la fabrication manuelle se mêle à des procédés industriels de production. Leurs œuvres posent la question de l’extériorisation du rapport à la ruine, acte d’extruder (« pousser dehors », en latin) et donc du rapport à l’espace et l’architecture.

Estrid Lutz + Emile Mold, noon dust..., 2016 et An Urban Murder, 2017 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Estrid Lutz + Emile Mold, noon dust…, 2016 et An Urban Murder, 2017 – La Panacée, Montpellier

Pour Crash test, le duo présentera deux collages lenticulaires An urban murder, 2017 et Noone Dust, Along this dust, but I. this screen dust (exhaust), 2016, composés à partir d’une banque d’images de photographies réalisées par leurs soins ou récupérées sur internet : poubelles, médicaments, etc.

Jared Madere
1986 USA / NYC, Bronx

« Les travaux de Jared Madere questionnent la notion de classe et tournent autour des matériaux disponibles les plus fondamentaux, tout en distinguant ce qui est disponible pour qui, et qui participe à tel ou tel type de production économique. » (Noam Segal). Ses installations forment une agrégation et un assemblage de matériaux disparates qui créent des liens sociaux, politiques, économiques et humains. Les différentes significations associées aux objets se voient soulignées dans des œuvres foisonnantes et massives, évoquant une mythologie baroque.

Jared Madere, All human resources shared equaly now, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Jared Madere, All human resources shared equaly now, 2018 – La Panacée, Montpellier (installation en cours)

Pour Crash test, Jared Madere propose une installation composée d’éléments naturels – fleurs, plantes, boue – et une bannière vinyle sur laquelle figure l’inscription « All human resources shared equaly now ».

Enzo Mianes
1988, France / Paris

Enzo Mianes part du principe que la matière est universelle, suivant le principe d’Antoine Lavoisier dans son Traité élémentaire de chimie de 1789 : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. » Son travail se nourrit d’objets collectés dans la rue, qu’il réutilise sous différentes formes pour leur redonner vie.

Enzo Mianes, Première Matière, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Enzo Mianes, Première Matière, 2018

Première matière, l’œuvre présentée à La Panacée pour Crash test, est le résultat des recherches de l’artiste sur les cendres, après avoir collecté des os sur divers sites avant de les carboniser. À travers cette pièce, Enzo Mianes souhaite donner aux restes physiques le pouvoir d’évocation de sentiments disparus : « C’est une question de conservation d’éléments sur lesquels sont venus se déposer des sentiments. Je ne parle pas d’objets mais des sentiments. »

Virginia Lee Montgomery
1986, USA / NYC

Virginia Lee Montgomery tresse des récits autour des matériaux qu’elle utilise dans ses vidéos, ses performances, ses installations sonores et ses sculptures. Travaillant dans un esprit dadaïste, elle encourage les échanges entre ses œuvres et son public en mettant en parallèle l’écologie et l’économie qui existent dans les objets et les matériaux.

À travers son installation vidéo présentée pour Crash test, l’artiste nous fait pénétrer à l’intérieur d’une sorte de rêve. Elle retrace l’exploration d’un fond marin, dans une boîte aux couleurs de l’océan où surgissent des éléments animaux, humains, comme des entités microbiennes ou non identifiées.

Marlie Mul
1980, Pays-Bas / Berlin & Londres

Influencée par ses études d’architecture, Marlie Mul s’intéresse aux matériaux en s’appuyant sur leurs caractéristiques intrinsèques, leur fonction et leurs formes, mais également à leur articulation : l’influence que la forme et la fonction ont l’une sur l’autre. Pour elle, la fonction première de tout objet est sociale.

Marlie Mul, Puddle (String), 2014 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Marlie Mul, Puddle (String), 2014

Marlie Mul a commencé la série des Puddles en 2013 en souhaitant « épingler » une atmosphère environnante d’ennui, de déchéance, de fin du monde. Les œuvres Puddle (Black Market), 2013 et Puddle (String), 2014, flaques d’époxy dans lesquelles sont fixés des débris divers de la rue comme du sable, des sacs en plastique ou des mégots de cigarette, seront présentées dans Crash test.

Marlie Mul, Puddle (Black Market), 2013 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Marlie Mul, Puddle (Black Market), 2013

Aude Pariset
1983, France / Berlin

Aude Pariset fait partie des premiers artistes à avoir revendiqué le label « Post-internet ». Influencée par le développement du réseau, l’échange de visuels et d’informations instantanées, elle détourne des images via des montages numériques. Utilisant des motifs trouvés sur internet, liés à la consommation, aux cosmétiques, aux nouvelles technologies, ou en décomposant ces images, en observant des processus de dégradation, elle crée une nouvelle esthétique de la dissolution.

Aude Pariset, Sans titre, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Aude Pariset, Sans titre, 2018

Pour Crash test, Aude Pariset a réalisé des pièces inédites autour de matières plastiques rongées par des vers de cire.

Thiago Rocha Pitta
1980, Brésil / Sao Paulo

Les recherches de Thiago Rocha Pitta portent sur les limites de la relation que l’homme peut établir avec la Nature, à travers la peinture, la sculpture, la vidéo et la photographie. L’environnement est doté de conscience : Rocha Pitta invite à la méditation et à la contemplation des éléments naturels.

Thiago Rocha Pitta, Before the Dawn, 2017
Thiago Rocha Pitta, Before the Dawn, 2017

La vidéo Before the Dawn (12 minutes), montre un paysage filmé peu avant l’aube, dont on ne sait au premier abord s’il contient des nuages, des météorites, ou des rochers… Il s’agit en réalité des stromatolithes du bassin Hamelin, situé en Australie occidentale.

Pamela Rosenkranz
1979, Suisse / NYC

« Comment nous connectons-nous biologiquement avec l’art? Que nous dit la neurologie sur le sens de l’art? Dans quelle mesure l’art est-il déterminé géographiquement? De quoi sommes-nous faits et pourquoi cela nous fait-il nous sentir comme nous nous sentons? » (Noam Segal). La pratique de Pamela Rosenkranz examine comment les situations sociales les plus quotidiennes, ou les rapports inter-humains, sont conditionnés par la chimie.

Pamela Rosenkranz, Sans tire, 2018 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Pamela Rosenkranz, Sans tire, 2018

Pour Crash test, Rosenkranz a créé trois nouvelles « Peintures Viagra. » Pour cette série, commencée en 2014, elle ingère des pilules de Viagra, utilisées contre l’impuissance sexuelle, tout en appliquant de ses mains nues des pigments synthétiques couleur chair sur des panneaux d’aluminium, rappelant les « Anthropométries » d’Yves Klein.

Thomas Teurlai
1988, France / Lyon

Thomas Teurlai travaille dans les marges de la vie contemporaine, et son ambition première consiste à représenter les ruines d’une société en pleine désintégration. En s’emparant de rejets qu’il réactive, Teurlai construit des dispositifs expérimentaux où des objets recyclés se voient soumis à diverses réactions mécaniques et chimiques.

Thomas Teurlai, work in progress - Crash Test à La Panacée, Montpellier
Thomas Teurlai, work in progress – Crash Test à La Panacée, Montpellier

Pour Crash test, Thomas Teurlai présente une nouvelle pièce mettant en scène une moto-cross, des projections d’image et un dispositif de fumée.

Artie Vierkant
1986, USA / NYC

Le travail d’Artie Vierkant explore l’interaction entre le réel et le virtuel, la manière dont le numérique façonne la réalité à l’ère des réseaux. En explorant les effets de la digitalisation sur le monde, Artie Vierkant questionne la reproduction et la diffusion des images, et leurs modes de construction à travers les médias qui les véhiculent.

Artie Vierkant, Air filter and method of constructing same 34 (Exploit), 2014 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Artie Vierkant, Air filter and method of constructing same 34 (Exploit), 2014

La pièce Air filter and method of constructing same 34 (Exploit) présentée pour l’exposition Crash test évoque la représentation d’un brevet américain avec des matériaux tels que l’aluminium ou le bois.

Phillip Zach
1984, Allemagne / LA & Berlin

Le travail de Phillip Zach rend compte de l’évolution de la physique moderne, pour laquelle le temps n’est plus cyclique, mais multiple. Ses œuvres capturent des instants uniques, dans l’infinité des possibilités temporelles, développant ainsi la théorie scientifique du « temps propre », l’instant inerte saisi entre deux phénomènes.

Phillip Zach, Seeing Red II, 2019 - Crash test à La Panacée, Montpellier
Phillip Zach, Seeing Red II, 2018

Seeing Red II (production 2017) que Philip Zach présente à la Panacée, est une matérialisation du mouvement de la couleur. Elle est construite à partir d’un tissu enduit de polyester blanc, de colorants rouges, utilisant des sources synthétiques et naturelles. L’artiste l’imbibe d’eau et la mélange à des colorants : betteraves rouges, canneberges, curcuma, colorant acide, safran, rouge carmin, cochenille, naphtol rouge, garance …

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