mardi 7 juillet 2020

Stéphanie Majoral – In between à Iconoscope

Mis à jour le 20 mars 2018

Jusqu’au 5 mai 2018, Sylvie Guiraud présente « In between », deuxième exposition personnelle de Stéphanie Majoral à Iconoscope.
Pour ce projet, « zone intermédiaire » ou « entre-deux », Stéphanie Majoral interroge, dans de nouvelles pièces, l’image et sa perception.

Stéphanie Majoral, By the lake #2, 2018 – In between à Iconoscope. impression HP latex sur wall paper PVC free 175 G, polycarbonate et film vinyl solaire argent, 240 x 295 cm
Stéphanie Majoral, By the lake #2, 2018 – In between à Iconoscope. impression HP latex sur wall paper PVC free 175 G, polycarbonate et film vinyl solaire argent, 240 x 295 cm

Deux œuvres intitulées « By the lake #1 et #2 », produites pour l’exposition, associent impressions sur « wallpaper » et film vinyl solaire argent appliqué sur polycarbonate qui fait effet de miroir.

Stéphanie Majoral, By the lake #1, 2018 – In between à Iconoscope. impression HP latex sur wall paper PVC free 175 G, polycarbonate et film vinyl solaire argent, 240 x 295 cm
Stéphanie Majoral, By the lake #1, 2018 – In between à Iconoscope. impression HP latex sur wall paper PVC free 175 G, polycarbonate et film vinyl solaire argent, 240 x 295 cm

Installées à un angle bien choisi de la galerie, les deux images semblent percer le mur et produisent un effet visuel saisissant qui trouble la perception perspective du regardeur.

Stéphanie Majoral, By the lake #2, 2018 – In between à Iconoscope. impression HP latex sur wall paper PVC free 175 G, polycarbonate et film vinyl solaire argent, 240 x 295 cm
Stéphanie Majoral, By the lake #2, 2018 – In between à Iconoscope. impression HP latex sur wall paper PVC free 175 G, polycarbonate et film vinyl solaire argent, 240 x 295 cm

Quatre superbes tirages pigmentaires formant deux diptyques, « Étendue 1 » et « Étendue 2 », proposent une approche « graphique » très intéressante qui s’inscrit dans la même recherche plastique.

Stéphanie Majoral, Étendue 1 et 2, 2018 – In between à Iconoscope
Stéphanie Majoral, Étendue 1 et 2, 2018 – In between à Iconoscope

Stéphanie Majoral, Étendue 1, 2018 – In between à Iconoscope. Diptyque, tirages pigmentaire sur Hahnemule photo Rag 308 G, 23 x 35 cm
Stéphanie Majoral, Étendue 1, 2018 – In between à Iconoscope. Diptyque, tirages pigmentaire sur Hahnemule photo Rag 308 G, 23 x 35 cm

Une cinquième épreuve, « Narcisse noir », suggère que d’autres pistes sont explorées par Stéphanie Majoral.

Trois dessins aux crayons de couleur de la série « Ciel » complètent cet ensemble.

L’accrochage sobre et efficace, toujours juste, met parfaitement en valeur les œuvres sélectionnées. Il sait exploiter au mieux les atouts et les contraintes de la galerie.

Le travail de Stéphanie Majoral mérite sans aucun doute un passage par Iconoscope.

On garde le souvenir de « Slow glass » présenté par la galerie montpelliéraine en 2014 avec des œuvres des séries « Fenêtre » et « Lisière ».

Stéphanie Majoral, vue de l'exposition Slow Glass, Iconoscope, Montpellier, 2014
Stéphanie Majoral, vue de l’exposition Slow Glass, Iconoscope, Montpellier, 2014

Une d’elles, acquise par le MRAC à Sérignan, est visible sur les cimaises du musée pour « La Pergola », présentation des collections, jusqu’en juin 2018.

On avait également apprécié un « Ciel » pixelisé aux crayons de couleur, à l’occasion de Drawing room 015. Les amateurs marseillais ont sans doute rencontré le travail de Stéphanie Majoral à la Friche la Belle de Mai ou lors de plusieurs éditions du Salon du Salon.

Ceux, qui ignorent la pratique de cette artiste et la manière récurrente avec laquelle elle interroge statut de l’image et point de vue, liront avec intérêt le texte de Mickaël Roy, reproduit ci-dessous.

En savoir plus :
Sur le site de Iconoscope
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Stéphanie Majoral sur le site documentsdartistes.org

Stéphanie Majoral : une présentation par Mickaël Roy

Stéphanie Majoral, In between à Iconoscope
Stéphanie Majoral, In between à Iconoscope

Les images que conçoit Stéphanie Majoral, affranchies de la prétention narrative que l’histoire de l’art a promu jusqu’à la disparition partielle de la figuration à l’aube et au cours de la modernité, se concentrent de fait sur le système visuel qu’elles véhiculent de manière inhérente au sujet choisi.

Car dans la mesure où il est admis que le sujet désormais ne réside plus seulement à l’endroit de l’histoire que l’on pourrait voir, le problème de l’image est aussi à chercher dans l’image elle-même telle qu’elle se forme et qu’elle se donne à voir en tant que dispositif pour le regard. De ce fait, ce travail qui alterne tantôt des références à la peinture, sans en être jamais, tantôt à la photographie pour singer ses caractéristiques, vise in fine autant à l’altération qu’à la reconquête de l’image.

En ce sens, ce travail produit des images qui parlent d’elles-même, au sens propre comme au sens figuré, c’est-à-dire, de la manière de les faire et de la manière de les (faire) voir ; des images qui, non sans impliquer un effort d’attention nécessaire à l’élucidation de leur propos, disent ce qu’elles sont : des constructions visuelles, concrètes et ce faisant virtuelles, des images manquantes pour certaines, des images dissoutes ou fragmentées pour d’autres tant elles s’accordent à représenter ce qui les constituent, en utilisant certains truchements visuels — le motif de la fenêtre, celui du cadre non plus en tant qu’objet mais en tant qu’image, le grossissement du motif par effet de pixellisation et ce faisant sa perte variable — comme sujets de leurs représentations ; des images auto-référentielles donc, qui réagissent en les incorporant, à ces outils visuels qui fondent habituellement le support et l’épiderme de leur état bidimensionnel ; et des images auto-réflexives, qui pensent et font penser par délégation à ceux qui les regardent, leur statut d’espaces fictifs singeant un réel — faisant parfois lui-même l’objet de représentations idéales ou archétypales ici déconstruites — et qui, conscientes d’elles-même, ne cessent d’entretenir les mises à distance indispensables à l’égard des pièges qu’elles savent être pour l’œil.

C’est en cela que les images conçues par Stéphanie Majoral, dépourvues pourtant de récit, rapportent somme toute, en y participant encore, une certaine histoire du regard.

Mickaël Roy

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