Sa Muse… au Musée Regards de Provence, à Marseille

Jusqu’au26 août 2018, le Musée Regards de Provence présente « Sa Muse… ». L’exposition a pour ambition de « mettre en lumière et en regard des œuvres de peintres, sculpteurs modernes et contemporains, de photographes et vidéaste, qui ont été inspirées par leur relation avec leur modèle, muse, femme, diva. »

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

Le parcours se développe dans le hall d’accueil et les salles du rez-de-chaussée. Il rassemble des œuvres de :
Katia Bourdarel, Ben, Dominique Castell, Marc Chostakoff, Christine Coulange, Marie Ducaté, HugPat, Aki Kuroda, Elisabeth Montagnier, Patrick Moquet, José Nicolas, Philippe Ordioni, ORLAN, Jean-Marie Périer, Sabine Pigalle, Serge Plagnol, Bernard Plossu, Paul Raynal, Olivier Rebufa, Hervé Saint Hélier, Lionel Scoccimaro, Pascal Navarro, George Segal, Antonio Segui, Suzanne Strassmann, Studio Hollywood Bellon, Jean-Jacques Surian, Michèle Sylvander, Djamel Tatah, Nicole Tran Ba Vang, Valade, Jean-Luc Verna, Pierre Bonnard, Lucien Clergue, Dali, Honoré Daumier, Claude Gilli, Henri Lebasque, Henri Manguin, André Marchand, Henri Person…

Évidemment, le projet s’inscrit dans le cadre de Marseille Provence 2018 Quel Amour !

À lire les textes de présentation destinés à la presse ou présents dans le catalogue, comme ceux qui introduisent l’exposition, on a un peu de mal à reconnaître un fil conducteur manifeste sur lequel serait construit le discours de « Sa Muse… »

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Photo © Musée Regards de Provence
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Photo © Musée Regards de Provence

S’il s’affirme comme non chronologique, le parcours fait toutefois un distinguo entre la muse moderne et son incarnation contemporaine.
La première, avec deux toiles de Manguin et une de Lebasque qui encadrent deux aquarelles de Henri Person et Pierre Bonnard, occupe le couloir derrière la salle des étuves.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

L’essentiel de la sélection est donc consacré à des œuvres contemporaines et aux diverses représentations supposées de la muse par l’artiste : femme, modèle, égérie, icône, diva ou divo…
Si le propos est un peu flou, l’accrochage offre des mises en regard souvent réussies de peintures, sculptures, photographies… En sous-texte, il suggère une lecture intéressante sur ce qui distingue les liens des artistes femmes ou hommes avec leur muse, et les images qui en sont produites.

Face à ces rapprochements, dialogues ou confrontations, l’exposition « Sa Muse… » laisse aux visiteurs la liberté de déambuler et de construire leurs propres récits autour de la relation « ambiguë, complice et complexe ou amoureuse » entre l’artiste et son sujet…
« Sa Muse… » renvoie aussi le regardeur à ses rapports individuels réels ou imaginaires à l’autre.

Il faut souligner la place importante accordée aux artistes contemporains qui vivent et travaillent à Marseille et dans sa région.

« Sa Muse… » : Quelques moments remarqués

L’accrochage offre quelques moments qui nous ont semblé particulièrement réussi :

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

Dans le hall, la confrontation entre « Vénus ou sirène à l’hirondelle » de La Lyre, prêté par le Musée des Beaux-arts de Marseille, et « La Grande Odalisque » (1977) de ORLAN est magistralement arbitré par une affiche des Guerillas Girls

Gerillas Girls
Gerillas Girls

Malgré des reflets insupportables, le grand portrait « Tant pis pour nous » (1995) de Michèle Sylvander impose avec force une présence troublante à l’entrée de la salle d’exposition.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

À sa droite, on remarque le « Nu dans un cercle » (1983) de Marie Ducaté, précédé par la « femme assise » de George Segal qui semble cacher son regard et sa nudité dans le coin de sa boîte noire…

Face au « regard » acéré de Michèle Sylvander, Nicole Tran Ba Vang « fait la peau » d’Angelin Preljocaj avec deux portraits révélateurs de sa série « Corps à corps » (2011). Le chorégraphe est avec Olivier Rebufa un des rares divo de l’exposition.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Nicole Tran Ba Vang, Portraits d’Angelin Preljocaj – série « Corps à corps », 2011
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

Sur le mur de droite, l’accrochage réussit une heureuse construction avec un très beau portait de femme de Djamel TatahSans titre », 1994) entouré d’un côté par deux œuvres sur papier de Aki Kuroda et de l’autre par « Souvenir d’Antibes » (1965) de Claude Gilli.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

En avant plan, la « Vénus dans le vide » (2013) de Sacha Sosno complète cette « composition ».

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

Au centre du mur, côté Mucem, le triptyque composé par les photographies de Philippe Ordoni et de sa fille Claire, autour du portrait baroque, de la diva baroque et de l’icône baroque, interpellent le visiteur sur la question du genre et renvoient au « Tant pis pour nous » (1995) de Michèle Sylvander.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

De côté de l’escalier et malgré une lumière inégale, on retrouve avec beaucoup de plaisir l’humour très particulier d’Olivier Rebufa en compagnie de « ses » poupées Barbie, ici avec « la robe blanche » et « la robe noire ».

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

Son « Mariage » trouve une place surprenante entre la vieille dame espiègle de Lionel Scocciomaro et l’enfant sage comme une image de Cécile Mendez.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

On se gardera d’en dire plus sur le rapprochement des photographies de « vedettes » du Studio Hollywood Bellon de Marseille avec celles de Jean-Marie Perrier et d’Alain Quemper ou les dessins de Strassmann et le collage de Paul Raynal

Le tableau de Ben, prêté par le [mac] est suffisamment explicite.

Le dessin de Georges Blachon, utilisé pour l’affiche du film « Et la tendresse bordel », doit-il être compris comme un pied de nez malicieux à l’exposition ?
Le texte du cartel enrichi semble s’interroger sur la relation unilatérale entre l’artiste et sa muse : « La femme aimée ou l’épouse qui est souvent aussi la muse, l’instigatrice, la porteuse d’idées pour son mari artiste, semble ici ne pas être bien comprise. Les muses auraient-elles des difficultés à se faire entendre ? Faire accepter les chemins de la création qu’elles préconisent ? Les idées qu’elles voudraient faire partager et échanger sont-elles vaines ? … »

Georges Blachon,
Georges Blachon,

La « scénographie » utilise sans aménagements particuliers les éléments en place dans la salle d’exposition temporaire du rez-de-chaussée. On retrouve donc les deux cimaises qui séparent cet espace dans sa longueur… avec tous les problèmes de lumière et d’éclairage liés à ce dispositif.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

En conséquence, on ne peut que regretter les multiples reflets et effets de miroir sur les œuvres protégées par du verre.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence - Vue de l'exposition
Sa Muse… au Musée Regards de Provence – Vue de l’exposition

Les textes de salle et les cartels enrichis, parfois envahissants, reproduisent largement les commentaires de Bernard Muntaner, extraits du catalogue (voir ci-dessous)

Le commissariat est assuré par Adeline Granereau, directrice du musée et Bernard Muntaner, commissaire indépendant.

Un catalogue édité par la Fondation Regards de Provence reproduit de nombreuses œuvres commentée par Bernard Muntaner qui signe également un texte d’introduction.

En savoir plus :
Sur le site du Musée Regards de Provence
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« Sa Muse… » : Texte d’introduction de Bernard Muntaner

Histoire de Muses…

Du temps des Grecs anciens, l’art n’était pas humain mais provenait des divinités. Les muses, filles de Zeus et de Mnémosyne (déesse de la mémoire) étaient les allégories de l’art, représentant la musique, le chant, le théâtre, la danse, la rhétorique, la poésie et l’astronomie. Elles étaient appelées par les poètes pour leur apporter l’inspiration et l’imagination.

La muse est surtout liée à la poésie, et bon nombre de poètes l’ont évoquée dans leurs poèmes :
Homère : Ô Muse, conte-moi l’aventure de l’inventif…
Rimbaud : J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ; Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !
Parmi les neuf muses originelles, aucune ne représente les arts visuels, alors qu’elles seront maintes fois reproduites dans l’iconographie des ouvrages sur l’histoire de l’Art. C’est en présence d’œuvres d’artistes du début du XXème siècle, et d’artistes plus proches de nous, que le voyage proposé autour de ce thème pourra s’enrichir de nos réflexions.

La notion de muse s’est étendue et développée avec le temps à d’autres présences de la femme que l’on associe à l’inspiration créatrice : l’épouse, le modèle, l’égérie, l’icône, la diva, autant de synonymes qui ont pris plus de place aujourd’hui dans le langage courant car ces présences s’illustrent de façon encore plus incarnées grâce aux moyens de diffusions et de communications que sont la télévision, les magazines, la photographie, et le cinéma.

Sa Muse… au Musée Regards de Provence
Sa Muse… au Musée Regards de Provence

Elles sont autant de personnalités emblématiques qui ont exercé des influences diverses, mais réelles auprès d’artistes, parfois des époux, des amants, des amis… À travers les écrits des couples ainsi formés, ou de biographies documentées, on retiendra que l’artiste a besoin d’une « partie autre », d’un « ailleurs », d’une « autre part de l’œuvre », venue d’une présence « agissante » ; un besoin qui se construirait à deux, en commun, une nécessité intérieure. L’une de ces parts sera le guide, l’inspiratrice, l’instigatrice, le moteur, et l’autre part en est le récepteur, l’artiste, le traducteur de ces incitations qu’il attend de recevoir de cette relation, de cet échange constructif.

Le XXème siècle verra se manifester des muses vivantes : Marie Laurencin, Kiki de Montparnasse, Lee Miller, Gala, Nusch Éluard, Thérèse Walter, Dora Maar, Ultra Violet, et plus près de nous, Jane Birkin, et tant d’autres, illustrant ces couples réunis pour des temps plus ou moins longs, qui se forment et se déforment au gré des nouvelles rencontres. On pourra les associer aux icônes qui ont traversé le siècle en ayant marqué de leur passage la vie de l’un ou l’autre d’entre nous : Édith Piaf, Brigitte Bardot, Juliette Gréco, Patty Smith… La muse, l’icône ou l’égérie, n’est pas uniquement féminine, l’homme peut être de la même façon l’instigateur, le guide de l’artiste : Rimbaud et Verlaine, Alfred Douglas de Queensberry et Oscar Wilde, plus près de nous Jean Marais et Jean Cocteau, Jacques de Bascher et Yves Saint Laurent et Karl Lagerfeld, Jean-Michel Basquiat et Andy Warhol…

De la muse au modèle puis de l’égérie à l’icône et enfin à la diva, on s’aperçoit que tous ces mots sont comme un fil rouge ténu sur lequel dansent des particularismes singuliers mais très proches sémantiquement.

Au Musée Regards de Provence, on pourra S’aMuser à nommer des icônes patrimoniales de la ville : on en retiendra au moins deux : la Vierge de la Garde, et la poissonnière du Vieux-Port. Entre le sacré et le profane, l’intemporel et le temporel, ce sont deux figures qui ont été maintes fois représentées, photographiées, nommées dans des textes divers, des histoires locales, des films. Les réparties verbales du langage « fleuri » de la poissonnière courent toujours dans le patrimoine humoristique de Marseille.

La diva, qui est l’objet d’adoration, voire d’idolâtrie, n’en reste pas moins un sujet d’attachement qui peut faire modèle, être un exemple à suivre pour celle, ou celui qui veut s’identifier, car il y a aussi un masculin à diva. … Divo.

« Je vais taquiner la muse » est une expression un peu désuète aujourd’hui, mais qui dit bien qu’il semble nécessaire de solliciter une « autre présence active » dans notre rêverie. Alors : « Ô Muse, guide-moi à travers les œuvres de l’exposition et fais-moi découvrir ce que je n’aurais pas pu créer »

À travers l’Histoire, le rôle de la muse a évolué, existant dans tous les domaines artistiques – poèmes, chansons, romans, films, mais continuant toujours à être un mythe, une légende, surtout dans la peinture et la sculpture. L’artiste n’est pas étranger à cette réputation, de par le regard qu’il porte sur le modèle, pour créer, mettre en scène et interpréter une représentation profondément inédite et une atmosphère particulière que le monde n’a jamais vue ou vécue.

Les muses modernes ne sont pas de splendides déesses, des femmes sensuelles et sulfureuses avec des atouts physiques, mais sont surtout des sources de lien, d’énergie et de vie. Elles représentent souvent la douceur et la force d’esprit.

Quels liens sont tissés entre ces tandems ? Dans tout œuvre, la notion d’intimité reste très prégnante, tout comme l’aura, l’atmosphère particulière et la force mystérieuse qui se dégagent grâce au lien qui les unit.

La muse comme une sorte de fantasme, où sans franchir les limites, ces modèles ont pu permettre d’attiser le désir de l’artiste pour le conduire à la création.
La muse comme amante, que le désir consommé permet la transformation du regard de l’artiste pour aboutir à la création d’une œuvre qui suscite un sentiment fort.
La muse comme l’existence d’une relation complice, où l’artiste observe et connaît son modèle dans ses émotions les plus intimes et contenues.

Pour ne citer que Dora Maar et Marie-Thérèse Walter, parmi les nombreuses muses de Pablo Picasso, elles lui ont permis d’avoir une autre approche de son art et de marquer ses nouvelles créations dans le temps de leur vie commune.

Ou encore Gala, qui fut la compagne de Paul Eluard et de Salvador Dali, et de citer la biographe, Dominique Bona, « Elle n’est pas passive, soumise, elle est dynamique : elle est cette force qui fait bouger Dali, ce moteur qui lui donne des ailes. Elle exerce sur lui une influence capitale: elle l’aide à être lui. La recette de la muse est simple, mais bien plus vaste que celle des muses ordinaires: Gala ne se contente pas d’inspirer ou de poser pour le peintre. Elle lui insuffle la confiance, sans laquelle il ne serait rien. »

« Sa Muse… » : Extraits des textes du catalogue

La promesse de l’horizon 1, 2017, de Katia Bourdarel

Katia Bourdarel, La promesse de l’Horizon 1, 2014 bd
Katia Bourdarel, La promesse de l’Horizon 1, 2014 bd

Toutes les muses ont dans leurs attributs une couronne faite de fleurs, de lierre, de laurier, de roses, de myrtes, de pampres de vigne, de guirlandes, d’étoiles, de perles. La couronne possède une symbolique très riche, elle est associée à l’autorité, la charité, la constance, l’espérance, la force, la gloire, la victoire…
On aurait envie d’ajouter et la grâce devant cette image d’une jeune fille tournée vers un espace uniforme et infini, où, tout ce qu’un jeune âge peut envisager de rêves, de désirs, de bonheurs, pourra s’animer et prendre forme. Elle est une jeune muse qui pose comme un modèle intemporel.

After Pisanello, 2011-2013, Timequakes, de Sabine Pigalle.

Pigalle Sabine, After Pisanello
Pigalle Sabine, After Pisanello

Nous sommes devant l’Histoire, celle de l’antiquité, celle de la Renaissance, devant la mythologie grécoromaine et le mythe des grands artistes du quattrocento. Nous sommes devant une relecture de ces icônes archétypales où s’immisce le questionnement de l’auteure. Elle fusionne le passé et le présent dans un espace-temps où la mémoire active sa production. Tout ce patrimoine, qui souvent engonce l’esprit créateur, serait à faire ressurgir de façon nouvelle afin d’en réactiver l’intérêt à la lumière de propositions artistiques contemporaines.
Si les femmes à la carnation diaphane ont des attributs qui les nomment clairement, l’univers paysagé dans lequel elles se meuvent est à chercher du côté du Romantisme : chez Füssli, Blake, Friedrich, Goya… La sombre clarté d’une nature trouble, pousse, en les retenant, ces corps à la nudité blanchie au songe. Les modèles du passé font les créations du présent.

Corps à Corps avec Angelin Preljocaj, Portrait 1 & 2, de Nicole Tran Ba Vang

Tran Ba Vang Nicole, Serie « Corps a Corps avec Angelin Preljocaj », Portrait 2, 2011 bbd
Tran Ba Vang Nicole, Serie « Corps a Corps avec Angelin Preljocaj », Portrait 2, 2011 bbd

Sous la peau, la peau… Nicole Tran Ba Vang déshabille le corps en le revêtant de sa propre protection charnelle, une sorte de strate, une peau du dessus. Elle s’est intéressée à la mode et a revisité les modèles de sous-vêtements faits d’une même peau en se posant la question des artifices de la séduction.
« Être ou ne paraître », c’est son entrée en matière pour définir son travail. Ce n’est pas sans humour aussi que le corps se défait et se refait à l’identique en rappelant que la peau est élastique. La peau est la première barrière de protection, et le moindre bleu rappelle sa fragilité. Le mot peau est souvent nommé dans notre quotidien : affections de la peau, lui faire la peau, sauver sa peau, peau de chagrin, vendre cher sa peau, la peau sur les os, faire peau neuve, l’avoir dans la peau, etc… Avec Angelin Preljocaj comme modèle, elle lui offre un juste au corps qui, pour un danseur chorégraphe est de l’ordre de la tautologie. Elle a signé en 2007 la scénographie et les costumes du ballet Eldorado, et elle a bien dû, pour cela, se mettre dans la peau du chorégraphe…

Nu dans un cercle, 1983, de Marie Ducaté

Marie Ducaté, Nu dans un cercle, 1983
Marie Ducaté, Nu dans un cercle, 1983

Le nu en peinture est surtout féminin. L’artiste, qui est le plus souvent un homme, prend comme modèle sa femme, une amante, ou un modèle rompu à cet exercice. Il se joue entre eux très souvent une complicité qu’ils partagent dans la vie quotidienne ou amoureuse. Derrière l’homme nu, qui est ici le modèle en tant que sujet et qui perturbe les conventions picturales, se trouve l’éternelle femme mainte fois peinte et donnée à voir dans l’histoire de la peinture. Cette femme est empruntée à un tableau de Boucher : « Marie Louise O’Murphy » peint en 1752. Elle est mise en arrière-plan pour laisser la première place à l’homme, la nouvelle muse d’une femme peintre : Marie Ducaté. Inscrites dans un tondo, les citations à l’histoire de l’art sont évidentes. Outre la référence anachronique du tableau de Boucher, le paysage en fond de scène classique se mélange à une contemporanéité que rappelle l’intérieur d’une maison avec téléviseur et siège design. Une table évoque une nature morte qui rappellent les grandes traditions de la peinture et la symbolique associée. La pastèque ouverte et les figues fendues ne sont pas sans évoquer un propos érotique. Le tondo est entouré de divers objets en plastiques venus en grande partie de l’univers du jouet et uniformisés en couleur argent. Tout cela est de l’ordre du ludique, on déplace les choses, on s’en amuse, on renverse les attendus, on joue avec les poncifs : et la muse peut être un homme…

Sans titre 1997, Aki Kuroda

Aki Kuroda,Sans titre, 1997
Aki Kuroda,Sans titre, 1997

Cette figure blanche sur un fond bleu outremer est emblématique d’un travail de Aki Kuroda mené depuis des années. Elle apparaît comme un vide, une réserve faite sur la page blanche créant une dialectique ouverte sur la problématique fond-forme. Où est le fond, où est la forme ? Celles-ci jouent à s’inverser dans notre perception de l’image. « Les vases, dit Lao Tseu, sont faits d’argile, mais c’est grâce à leur vide que l’on peut s’en servir ».
Le vide, ici le blanc, est un espace à investir, une entrée en spéculation : la silhouette de ce personnage, n’est ni homme, ni femme, ni fantôme, ni cariatide, ni robot, mais peut-être tout cela à la fois… Sa statique et son hiératisme opposent, à la vibration du bleu, une présence immobile, solennelle, libre, autonome, détachée du fond bien que naissant de lui. Elle est le commencement d’une identité où peuvent s’engouffrer le nommé. Elle est un archétype d’une représentation ouverte, une image iconique dans la cosmogonie de Kuroda, qui désigne son modèle à questionner en le figurant sans cesse.

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