J’♥ Avignon à la Collection Lambert. Merci à Éric Mézil !

Jusqu’au 20 mai 2018, « J’♥ Avignon », exposition sous-titrée « Les artistes et la Collection Lambert » résonne de manière très particulière depuis que l’on a appris qu’ Éric Mézil avait été remercié par le conseil d’administration de l’établissement.

Pour ceux qui ont vécu les nombreux moments précieux qu’Éric Mézil nous a offerts, il est impossible de parcourir les salles de l’Hôtel de Caumont sans voir cette exposition comme une sorte d’adieu, comme un étrange « testament » de ce directeur et commissaire d’exception…

Si le communiqué de presse qui annonçait la nomination d’un nouveau directeur était publié le 5 février, deux mois après le vernissage des trois expositions actuellement présentées à la Collection Lambert, plusieurs indices indiquent que « J’♥ Avignon » a peut-être été montée par un Éric Mézil se sachant condamné…
Ainsi dans le catalogue de « Revez ! #2 », il écrit : « Quand le 28 juin 2000, l’hôtel de Caumont dut ouvrir ses portes, il a bien fallu avouer que les travaux avaient accumulé de tels retards par l’incurie de la mairie de l’époque que deux jours avant l’inauguration, il fallait trouver une solution, inventer une parade : toujours inventer une parade, comme aujourd’hui encore, alors que j’écris une ultime page de mon histoire avec Avignon et la Collection Lambert ».
Dans son article pour le catalogue de la magnifique exposition consacrée à Djamel Tatah, il confie : « Nous avons préparé cette exposition comme si c’était la dernière, pour la faire la plus belle et la plus emblématique pour notre musée qui va bientôt fêter ses vingt ans ».

Eric Mézil - La disparition des lucioles à la Collection Lambert, 2014
Eric Mézil – La disparition des lucioles à la Collection Lambert, 2014

Au-delà de l’émotion provoquée par le départ d’Éric Mézil, « J’♥ Avignon » présente plusieurs moments particulièrement réussis où l’on retrouve des œuvres toujours choisies avec une justesse infaillible. Le parcours illustre une nouvelle fois l’intimité du commissaire avec le fonds du musée, son incroyable relation aux artistes, sa capacité étonnante de proposer des rapprochements inattendus qui s’imposent comme évidents grâce à un sens de l’accrochage hors du commun.

Eric Mézil - Patrice Chéreau, Un Musée imaginaire à la Collection Lambert, 2015
Eric Mézil – Patrice Chéreau, Un Musée imaginaire à la Collection Lambert, 2015

On lira, ci-dessous, un compte rendu de visite de « J’♥ Avignon ». Au lieu de paraphraser ses textes, on a choisi de reproduire les notes d’Éric Mézil qui accompagnent certaines œuvres. Mises bout à bout, elles rappellent l’esprit virevoltant entre anecdote, confidence et remarques érudites avec lequel il commentait ses visites… On trouvera également le texte d’intention d’Éric Mézil qui introduit le parcours de l’exposition.

Bien entendu, on espère revoir très vite des expositions imaginées par Éric Mézil et pourquoi pas à la Collection Lambert… En effet, dans un article publié par le Figaro le 6 février, Valérie Duponchelle rapportait les propos suivants d’Yvon Lambert :

« Alain Lombard est un homme d’une grande culture, au parcours riche et varié. Il est directeur administratif et il n’y a pas pour l’instant de directeur artistique de la Collection Lambert. Je conserve mon droit de regard sur le programme artistique. La nomination d’Alain Lombard comme directeur n’exclut d’ailleurs pas qu’Éric Mézil intervienne en tant que commissaire d’exposition. Il n’a pas encore donné sa réponse »…

En savoir plus :
Sur le site de la Collection Lambert
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« J’♥ Avignon » : Un regard sur le parcours de l’exposition

Tout commence, au bas de l’escalier, avec le regard d’Isabelle Huppert, photographiée par Roni Horn (« Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005). Elle accompagne le visiteur au fil de sa déambulation dans l’exposition.

Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

La série fut offerte par l’artiste en 2009 à l’occasion de l’exposition « Roni Horn aka Roni Horn », en écho à la 60e édition du Festival d’Avignon.
Éric Mézil évoque ainsi cet événement : « Me demandant de penser à une actrice française capable de révéler mille visages, je proposais à l’artiste de rencontrer Isabelle Huppert qui devait, pour cette série, revivre l’un des 100 films ou rôles pour le théâtre. Ces œuvres furent dévoilées à l’occasion de l’exposition “Figures de l’acteur. Le Paradoxe du comédien” pour laquelle la Comédie-Française avait accepté avec folie de nous prêter les deux sculptures en marbre Mlle Mars et Rachel qui trônent devant le Français. Ce serait inconcevable aujourd’hui tant pour des questions d’assurance que de sécurité ».

Laurence Weiner, « Presque mieux que les autres, A Fripon, fripon et demi », 2012 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Laurence Weiner, « Presque mieux que les autres, A Fripon, fripon et demi », 2012 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Sur le palier, on découvre un des tableaux d’écolier sauvés par Éric Mézil. Confié à Laurence Weiner, il annonce « Presque mieux que les autres, À Fripon, fripon et demi ». En 2012 à l’occasion de l’exposition « Les chefs-d’œuvre de la donation Yvon Lambert », ce tableau rejoint les collections… Il évoque l’Atelier des Fripons que le commissaire a choisi de mettre en évidence dans une vitrine de la grande galerie, face à d’autres tableaux d’écolier utilisés par des artistes amis de la Collection.

Yan Pei-Ming, La communion d'Yvon Lambert, 2015 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Yan Pei-Ming, La communion d’Yvon Lambert, 2015 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Parmi ces derniers, on y découvrira un pape de Yan Pei-Ming, qui signe aussi un portrait d’Yvon Lambert en premier communiant, accroché dans l’escalier…
À en croire le texte d’intention du commissaire, à l’entrée de la première salle, une exposition de Yan Pei-Ming serait programmée au Palais des Papes, à l’été 2019… Dans le catalogue « Rêvez ! #2 », le projet semble plus incertain. Ainsi confie-t-il : « (…) j’ai caressé le rêve pendant dix-huit ans de réaliser une exposition de ses peintures de papes à la Grande chapelle du Palais des Papes, “Habemus Papas”. Cela aurait un sacré effet dans le monde entier, mais nul n’est prophète en son pays ! »…

Douglas Gordon, Vik Muniz et Andres Serrano… Portraits de stars du théâtre et du cinéma.

Andres Serrano, série « Comédie Française », 2007 -  J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Andres Serrano, série « Comédie Française », 2007 –  J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Face à l’entrée, on retrouve la série « Comédie Française », réalisée et offerte par Andres Serrano à l’occasion de l’exposition « Andres Serrano, La Part maudite », en 2007.

En vis-à-vis, « Self-Portrait of You + Me Arletty et Jean-Louis Barrault Greta Garbo Marlene Dietrich Jean Seberg Catherine Deneuve et Françoise Dorléac Simone Signoret Arletty » (2006-2008) de Douglas Gordon associe photographies brûlées et miroirs.

Douglas Gordon, série « Self-Portrait of You + Me », 2006-2008 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Douglas Gordon, série « Self-Portrait of You + Me », 2006-2008 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Éric Mézil rappelle : « Pensée, conçue et réalisée à Montfavet, cette série fut présentée à l’occasion de la première exposition monographique en France de Douglas Gordon. En remerciement, l’artiste offrit 35 photographies au musée. Nous nous étions fixés comme objectif de réaliser la plus grande collection de ses œuvres, ce qui fut une réalité jusqu’en 2010. »

Vik Muniz, « Diamond Divas - Marlene Dietrich, Sophia Loren, Romy Schneider », 2004 -Douglas Gordon, série « Self-Portrait of You + Me », 2006-2008 -  Andres Serrano, série « Comédie Française », 2007 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Vik Muniz, « Diamond Divas – Marlene Dietrich, Sophia Loren, Romy Schneider », 2004 -Douglas Gordon, série « Self-Portrait of You + Me », 2006-2008 –  Andres Serrano, série « Comédie Française », 2007 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Dans le miroitement de la lumière qui arrive de la cour, scintillent les « Diamond Divas : Marlene Dietrich, Sophia Loren, Romy Schneider » (2004) de Vik Muniz. L’œuvre fut offerte par l’artiste à l’occasion de l’exposition « Vik Muniz, le Musée imaginaire », en 2012.
Éric Mézil se souvient : « Quand en 2004, je proposais à Vik Muniz de participer à l’une de nos expositions avec sa nouvelle série de portraits réalisés avec des véritables diamants qu’il alla photographier la nuit dans les coffres d’une banque suisse, il me répondit que toutes les œuvres étaient vendues et que si je souhaitais les présenter, il me fallait les produire. Une amie offrit alors le coût de la production et je proposais à l’artiste de faire don de ces trois photographies au musée en échange d’une grande exposition monographique à Avignon, mission qui fut accomplie huit ans plus tard. »

En souvenir des Papesses…

On retrouve ici avec beaucoup de plaisir le « Blue Moon III » (2011) de Kiki Smith et le « Takman » (2008) de Berlinde De Bruyckere exposés dans les mémorables « Papesses », en 2014.

En souvenir des Papesses - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
En souvenir des Papesses – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

À leur sujet, Éric Mézil confie pour la sculpture de Kiki Smith : « Kiki Smith, l’une des cinq papesses, démontra sa générosité légendaire. À la fin du montage d’exposition, elle me demanda conseil sur telle ou telle œuvre qu’un collectionneur voudrait lui acheter. Je lui montrais sans hésiter cette lune. Elle me dit : Elle est à toi ! » Merveilleux cadeau pour le musée en souvenir d’une exposition historique, pour laquelle nous avions réuni 80 œuvres de Louise Bourgeois, 38 de Camille Claudel sur les 60 reconnues comme telles, les œuvres de Jana Sterbak, Berlinde De Bruyckere et Kiki Smith. Kiki Smith se souvenait aussi qu’Yvon Lambert avait été le premier à exposer les dessins de son père en 1969, Tony Smith, père de l’art minimal ».

Berlinde De Bruyckere, « Takman », 2008 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Berlinde De Bruyckere, « Takman », 2008 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Pour l’œuvre de Berlinde De Bruyckere, il ajoute : « Un couple de collectionneur parisien accepta ma proposition : l’œuvre étant encombrante et fragile chez eux, je leur proposais un prêt à long terme pour cette sculpture fascinante, aussi terrifiante que sublime où le corps s’ossifie et devient ligneux, proche d’un arbre mort-vivant. »

Louise Bourgeois, une des Papesses de 2014, est évoquée par « Chère Louise », le portrait vidéo de Brigitte Cornand (1995).

Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith et l’atelier de broderie Edith Mézard - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith et l’atelier de broderie Edith Mézard – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Sous l’œil d’Isabelle Huppert, « Les Papesses », une tapisserie réalisée par l’atelier de broderie Édith Mézard accompagne ces œuvres…

Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith et l’atelier de broderie Edith Mézard - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Berlinde De Bruyckere, Kiki Smith et l’atelier de broderie Edith Mézard – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Une photographie de Jenny Holzer et une aquarelle de Bubu de la Madeleine complètent l’ensemble ainsi que l’extraordinaire pièce de Jannis Kounellis de 1979.

Jannis Kounellis, Untitled, 1979 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Jannis Kounellis, Untitled, 1979 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Commandée par Yvon Lambert pour une exposition collective rendant hommage à la peintre italienne Artemisia Gentileschi, elle a été acquise auprès de l’artiste en 1998 pour figurer dans l’exposition inaugurale en juin 2000.

Hommage à Olivier Messiaen…

La salle suivante rend hommage à Olivier Messiaen. L’installation s’organise autour de « Un Vitrail et des oiseaux pour Messiaen », une œuvre de Pierre-Marie Agin.

Pierre-Marie Agin, Un vitrail et des oiseaux pour Messiaen, 2008 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Pierre-Marie Agin, Un vitrail et des oiseaux pour Messiaen, 2008 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Pierre-Marie Agin, Un vitrail et des oiseaux pour Messiaen, 2008 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Composée de boites à coucou et de morceaux de verre émaillé, cette pièce a été créée en 2008 à l’occasion de la célébration du centième anniversaire de la naissance du compositeur né à Avignon et de l’exposition « Le réveil des oiseaux. Hommage à Olivier Messiaen ».

Pierre-Marie Agin, Un vitrail et des oiseaux pour Messiaen, 2008 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Pierre-Marie Agin, Un vitrail et des oiseaux pour Messiaen, 2008 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

La pièce de Pierre-Marie Agin est accompagnée par deux œuvres d’Idris Khan dont une, « La fin du temps », fut produite pour la même exposition.

Idris Khan, La fin du temps, 2008 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Idris Khan, La fin du temps, 2008 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

À l’entrée de la salle, on remarque un portrait de Messiaen par Henri Cartier-Bresson, épreuve acquise à l’occasion de cet hommage à la Collection Lambert.

Henri Cartier Bresso, Olivier Messiean, vers 1975 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Henri Cartier Bresso, Olivier Messiean, vers 1975 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

L’ensemble est accompagné par trois sculptures en ciment de Claude de Soria et par une très belle impression à la chlorophylle sur toile libre de Giuseppe Penone, « Il Verde del bosco primarera » (1984).

Guiseppe Penone, Claude de Soria et Pierre-Marie Agin -  J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Guiseppe Penone, Claude de Soria et Pierre-Marie Agin –  J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Souvenirs d’Avignon…

Avant d’atteindre la grande galerie, l’accrochage évoque quelques souvenirs d’Avignon présents dans le fonds du musée ou prêtés par quelques collectionneurs.

Cette sélection commence avec le film « Song of Avignon » (1966-2000) de Jonas Mekas. Éric Mézil rappelle que ce « père du cinéma expérimental américain, présent au vernissage, est revenu en 2001 pour participer à l’exposition “Collections d’artistes” ».

Suivent trois croquis au crayon d’Auguste Chabaud et une encre de chine du Pont d’Avignon par Man Ray accompagné d’un poème de Paul Eluard pour René Char…

Adam Pendleton, Sans titre (Avignon), 2007 -  J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Adam Pendleton, Sans titre (Avignon), 2007 –  J’♥ Avignon à la Collection Lambert

En face, à quelques centimètres du plafond, 7 éléments sérigraphiés d’Adam Pendleton épellent le mot « AVIGNON »…

Évoquant un de ces tableaux électromécaniques disparus des gares et des aéroports, ces lettres précèdent trois célèbres clichés de Nan Goldin, « Jens and Clems in the train to Avignon » et les ébats de jour et de nuit de « Simon and Jessica in Pool, Avignon »…

À l’entrée de la grande galerie, « Sur le pont d’Avignon… » (2002), une très belle installation de Joey Kötting termine cette séquence sur la Cité des Papes et fait le pont avec la suivante…

Joey Kötting,  Sur le pont d’Avignon..., 2002 -  J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Joey Kötting,  Sur le pont d’Avignon…, 2002 –  J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Le cartel qui accompagne l’œuvre en dévoile l’origine : « En 2002, Joey Kötting passa une semaine avec les enfants d’une école d’Avignon et d’une école de Carpentras. Cette grande toile bleue fut installée sur le pont d’Avignon où les enfants réalisèrent des performances. De retour à New York, l’artiste fit un montage des élèves filmés et créa cette bande sonore poétique ».

Joey Kötting,  Sur le pont d’Avignon... J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Joey Kötting,  Sur le pont d’Avignon… J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Sur la droite, entre deux fenêtres, on peut découvrir les portraits de ces enfants par Joey Kötting.

Dans la grande galerie de l’hôtel de Caumont…

Ici, l’accrochage s’articule autour d’un face à face entre artistes amis de la Collection Lambert et les Fripons qui ont participé aux ateliers organisés par les équipes chargées du jeune public.

J’♥ Avignon à la Collection Lambert. Vue de l'exposition
J’♥ Avignon à la Collection Lambert. Vue de l’exposition

D’un côté, une série de tableaux d’écolier, sortis d’une benne à ordure lorsque le musée s’installait dans les locaux occupés par la faculté des Lettres. Témoins de l’origine de la Collection Lambert, ils ont été confiés à des artistes. On peut donc apprécier ici l’usage qu’en ont fait Djaman Tatah, Adel Abdessemed, Niele Toroni, Miquel Barceló, Bertrand Lavier et Yan Pei-Ming

En face, une vaste vitrine présente une sélection des travaux réalisés par les artistes-fripons, pendant les ateliers… On y découvre leurs regards sur les expositions organisées par la Collection avec en particulier leurs œuvres à la manière de…

Ce « dialogue » est accompagné par plusieurs œuvres qui évoquent quelques moments forts dans l’histoire de la Collection à Avignon :

Les deux photographies « Le Semeur, d’après Van Gogh » de Vik Muniz rappellent la monumentale installation réalisée par l’artiste dans l’église des Célestins à l’occasion de l’exposition « Vik Muniz, le Musée imaginaire », en 2012.

Éric Mézil se souvient : « Dans la chapelle de l’église des Célestins, pendant toute la durée de l’exposition de Vik Muniz au musée, les visiteurs pouvaient grimper à 9 mètres de haut sur un échafaudage disposé pour l’occasion. De ce point de vue, ils découvraient ce tapis végétal installé au sol, réalisé pendant un mois avec les étudiants de l’école d’art d’Avignon et des enfants d’écoles primaires. Chaque jour, le tableau jaunissait, séchait, d’où notre idée de réaliser un “avant/après” dont l’artiste s’empressa d’offrir un exemplaire au musée, tant l’expérience l’avait comblée avec la jeunesse avignonnaise ».

Vik Muniz, Le Semeur, d’après Van Gogh, 2012 - Eglise des Célestins à Avignon - Photo Les bon plans d'Avignon
Vik Muniz, Le Semeur, d’après Van Gogh, 2012 – Eglise des Célestins à Avignon – Photo Les bon plans d’Avignon

Le collage de pochettes de disques de Christian Marclay, « Untitled (Frorrz the Series «Imaginary Records») » (1993) est l’occasion pour le commissaire de souligner avec un peu d’ironie : « Nous avons réalisé la toute première exposition monographique de l’artiste américain Christian Marclay en 2004, qui connut un piètre succès tant médiatique que populaire. Depuis, les musées s’arrachent ses installations vidéos devenues iconiques. »

Christian Marclay, Untitled (Frorrz the Series «Imaginary Records»), 1993 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Christian Marclay, Untitled (Frorrz the Series «Imaginary Records»), 1993 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Aux côtés d’œuvres de On Kawara, Niele Toroni et Pascal Martinez, la grande galerie présente trois photographies de Louise Lawler.

À propos de la première, « Drops Brush not Bombs » (2001-2003), Éric Mézil raconte : « “Lancez des pinceaux, pas de bombes” est le titre de l’œuvre de Louise Lawler et ne peut se comprendre qu’en prenant connaissance de l’état d’esprit dans lequel se trouvait l’artiste au moment où elle réalisa le cliché. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, l’artiste américaine ne put regagner New York. Durant cinq jours, les vols n’étaient affrétés que pour les diplomates. Yvon Lambert lui proposa de résider à Avignon et je l’accueillis, le temps qu’elle puisse enfin joindre au téléphone son fils proche du World Trade Center et trouver un billet d’avion pour rentrer à New York. “Que sais-tu faire pour passer le temps ?, lui demandais-je – Rien, me répondit-elle, à part prendre des photos. – Viens, on va alors passer nos après-midi dans les salles du musée.” En souvenir de cette terrible période, Louise Lawler offrit toute la série au musée à l’occasion de l’exposition Le Temps retrouvé avec Cy. Twombly. »

Cy Twombly, Le Temps retrouvé, avril 2011 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Cy Twombly, Le Temps retrouvé, avril 2011 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Naturellement, le commissaire a choisi d’accrocher un peu plus loin le projet d’affiche réalisé par Cy Twombly à l’occasion de l’exposition « Le Temps retrouvé », en 2011.
Dans le cartel qui l’accompagne, il ajoute : « Après avoir réalisé en 2008 sa première exposition dans un musée depuis 25 ans avec “Blooming”, Cy Twombly a souhaité en 2011 présenter ses photographies à la Collection Lambert. Celles-ci ont été associées aux œuvres d’Auguste Rodin, Constantin Brancusi, Sol LeWitt, Sally Mann… Cy Twombly imagina l’affiche de l’exposition et décéda un mois après l’inauguration. »

Évocations de « Mirages d’Orient, grenades & figues de barbarie » et de « Où se trouvent les clefs ? »…

Dans l’espace aménagé au fond de la galerie, « J’♥ Avignon » évoque deux expositions assez sombres qui ont marqué l’histoire de la Collection Lambert.

Lawrence Weiner, All the Stars in the Sky Have the Same Face, 2012 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Lawrence Weiner, All the Stars in the Sky Have the Same Face, 2012 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

L’ensemble est dominé par « All the Stars in the Sky Have the Same Face », une œuvre murale de Lawrence Weiner. Eric Mézil rappelle que cette pièce « a été réalisée à l’occasion de l’exposition Mirages d’Orient, grenades & figues de Barbarie en 2012, où le père de l’art conceptuel démontrait magistralement que chaque religion peut résonner l’une avec l’autre en paix et en harmonie ».
De la même exposition, il a choisi de montrer deux œuvres d’Adel Abdessemed. « Scale model for Dio, 2.0 », maquette en carton du dispositif imaginé par l’artiste pour une performance dans les jardins de la Villa Medici et d’une vidéo à Rome, témoigne de projet Dio présenté lors de l’exposition Les Mutants à l’Académie de France, en 2010.

Adel Abdessemed, Scale model for Dio, 2.0, 2010 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Adel Abdessemed, Scale model for Dio, 2.0, 2010 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Le dessin « Joueur de flûte », 1996 représente la figure d’un iman de Lyon mis à nu avec une flûte qu’Adel Abdessemed avait montrée dans une vidéo projetée à l’Église des Célestins.

Étrangement, ce joueur de flûte répond au charmeur de serpent que Douglas Gordon avait présenté dans « Où se trouvent les clefs ? », en 2008.
Du même artiste, deux photographies sont malheureusement desservies par d’insupportables reflets… Sur l’une, les intimes de l’ex-directeur reconnaîtront les ânes Carottes, Bouclette et Chocolat… qui s’estompent dans le reflet des tentures et du regardeur.

Douglas Gordon, Unnaturalhistorie, 2008 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Douglas Gordon, Unnaturalhistorie, 2008 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Vers une histoire de prison et de lucioles…

Les regards d’Isabelle Huppert par Roni Horn et les « Birdcalls » de Louise Lawler qui ont habité un platane de la cour autrefois, conduisent le visiteur dans l’escalier aux mots bleus de Robert Barry, vers les combles…

Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Sous les combles… Quelques images de « La disparition des lucioles ».

Derrière la porte, une photographie emblématique de Douglas Gordon (« Guiltry (Tatto for Reflection) », 1997) accroche immédiatement le regard…

François Halard, Prison 2014 et Douglas Gordon, Guiltry (Tatto for Reflection)», 1997 -  J’♥ Avignon à la Collection Lambert
François Halard, Prison 2014 et Douglas Gordon, Guiltry (Tatto for Reflection)», 1997 –  J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Après quelques pas dans le demi-jour des combles, une épreuve de François Halard fait écho à l’œuvre de Douglas Gordon proposant une mise en abyme de cette image, dans une évocation de l’exposition La Disparition des lucioles, dans la prison Sainte-Anne, en 2014…
Éric Mézil se souvient : « François Halard fut l’un des premiers à pénétrer dans la prison vide avec moi, puis quand les œuvres commençaient à peupler les cellules des anciens prisonniers ».

En face, une œuvre sombre sur papier de Miroslaw Balka, offert par l’artiste à l’occasion de cette exposition mémorable, contraste avec son installation « 68 x (200 x 8 x 8) Heaven » (2010) qui miroite dans la cour de l’hôtel de Caumont, après avoir « enchanté » une courette de promenade dans la prison Sainte-Anne…

Édouard Delvaux, Sans titre, nd - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Édouard Delvaux, Sans titre, nd – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Entre les deux, la vitre de protection d’un noir pastel d’Édouard Delvaux reflète étrangement la faible lueur des ampoules de « Monument Odessa » (1989) de Christian Boltanski. Vue à de nombreuses reprises, l’installation avait une étonnante présence dans la prison désaffectée…

Christian Boltanski, Monument Odessa, 1989 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Christian Boltanski, Monument Odessa, 1989 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Un peu plus loin, deux autres pièces de Boltanski (« Reliquaire » et « Réserves, mur des suisses morts ») rappellent les sombres moments de l’Histoire.

En miroir, dans une vidéo, Marceline Loriden-Ivens raconte son passage à la prison Sainte-Anne avant son départ pour Auschwitz… Un des moments les plus forts de « La disparition des lucioles ».

Dans le texte qui accompagne la projection, d’Éric Mézil raconte sa rencontre avec cette femme : « Emmanuelle Lequeux, critique d’art et journaliste, me conseilla de lire des biographies autour de Marceline Loriden-Ivens. Je pris rendez-vous chez Marceline à Saint-Germain-des-Prés accompagné de Vincent Josse. Après quelques verres de vodka en plein après-midi, elle découvrit sa manche pour qu’on aperçoive son numéro tatoué, rappelant l’histoire des camps. 

Marceline Loriden-Ivens entretien avec Vincent Josse, avril 2014 -  J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Marceline Loriden-Ivens entretien avec Vincent Josse, avril 2014 –  J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Marceline Loriden-Ivens accepta de revenir sur les traces du pire souvenir de sa vie, car c’est dans la prison d’Avignon qu’elle entendit chanter son père pour la dernière fois. Puis elle partit pour les camps de la mort ou elle fut camarade de paillasse de Simone Weil, à qui elle rendait visite toue les jeudis à 15h00, jusqu’à sa mort l’été dernier.
Ce fut le moment le plus bouleversant de toute ma carrière à Avignon. Gravé aujourd’hui à jamais dans nos mémoires, je comprenais pour la première fois que nous réalisions quelque chose de modeste par les moyens, mais d’historique par la portée du message de cette petite femme ».

Pour terminer… Au débouché des escaliers à l’entresol.

Pour la dernière fois, on croise le regard d’Isabelle Huppert dans cinq portraits de Roni Horn

Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Roni Horn, « Portrait of an image (with Isabelle Hupper) », 2005 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Dans un cul-de-sac, une sérigraphie de Barbara Kruger « Don’t Make Me Angry » (1999) que l’on ne sait trop comment interpréter… une évocation de menaces de violence physique et domestique, mais est-ce tout ?

Barbara Kruger, Don’t Make Me Angry, 1999 -  J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Barbara Kruger, Don’t Make Me Angry, 1999 –  J’♥ Avignon à la Collection Lambert

Le parcours se termine avec trois séquences de la série « Offset » de Hamid Maghraoui dans lesquelles des présentateurs de la télévision, devenus de simples figurants, respirent en cadence…

Hamid Maghraoui, Offset (19,3,8), 2012 - J’♥ Avignon à la Collection Lambert
Hamid Maghraoui, Offset (19,3,8), 2012 – J’♥ Avignon à la Collection Lambert

L’œuvre introduit aussi « Rêvez #2 », seconde exposition de la Collection Lambert. Consacrée à la jeune création, elle invite cette année des jeunes diplômés des Beaux-Arts de Paris et ceux de l’École Supérieure d’Art d’Avignon…
Dans le catalogue, Éric Mézil, rappelant ses interventions dans les écoles d’art, confie : « … Je pense à Hamid Maghraoui, un de mes étudiants à Nîmes puis enseignant à Avignon, et exposé à la Collection Lambert en 2012, avant que la Biennale de Lyon ne le consacre cette année 2017… ».

« J’♥ Avignon » : Texte d’intention d’Éric Mézil

Trois ans après l’agrandissement de la Collection Lambert, il nous a semblé important de revenir sur les prêts à long terme, les dons et les acquisitions réalisés depuis près de vingt ans. On oublie en effet que c’est en 1998 qu’une cellule composée de deux personnes, Cathy le Bihan et moi-même, a été engagée alors que les travaux de réaménagement de l’Hôtel de Caumont n’avaient pas encore commencé. L’Université de Lettres dispensait ses derniers cours et une série de tableaux d’écolier furent sortis d’une benne. Voués à la destruction, je les mettais de côté pour les proposer comme support de création à des artistes de renom, dont le dernier a été offert au musée par Yan Pei-Ming. Représentant un pape d’Avignon, l’oeuvre annonce une future exposition au Palais des Papes à l’été 2019 — Habemus Papas. Aux quatre coins de l’Hôtel de Caumont, des oeuvres permanentes ont été proposées à des artistes amis, de Giulio Paolini à Bertrand Lavier, de Jenny Holzer à Robert Barry, de Niele Toroni à Sol LeWitt, de Barbara Kruger à Koo Jeong-a, produites en vue de l’inauguration en juin 2000.

Le projet du musée était vécu comme une aventure humaine et artistique inédite entre les artistes et l’équipe que je remercie chaleureusement et où chacun se reconnaîtra dans son implication avec les oeuvres exposées.

L’exposition permet aussi de comprendre quels axes ont été inventés pour lancer des productions audacieuses en comptant toujours sur le concours généreux des artistes. Si la présentation de l’acteur est au ♥ de l’histoire d’Avignon avec son Festival connu dans le monde entier, elle a été le point de départ d’une mini-collection !

Les artistes femmes ont eu la part belle pendant les 18 années de programmation foisonnante avec Les Papesses qui enfin, permettaient de rendre hommage à Camille Claudel enfermée de 1914 à 1943 à l’hôpital psychiatrique de Montdevergues à Montfavet et jamais exposée à Avignon. Olivier Messiaen a aussi été célébré : l’organiste est oublié dans sa ville natale alors qu’il est nationalement célébré. Qui se souvient que le poète Stéphane Mallarmé a enseigné deux ans comme professeur d’anglais pour se rapprocher de Frédéric Mistral et des poètes du Félibrige ?

La grande chapelle du Palais des Papes a été l’écrin de grandes expositions que nous avons coproduites, avec Douglas Gordon, très généreux pour le fonds du musée, Miquel Barcelà avec un éléphant en bronze de huit mètres de haut hissé par sa trompe sur le parvis du Palais et enfin avec Les Papesses !

Aussi, l’exposition historique à la prison Sainte-Anne au ♥ de la cité papale, s’est transformée en un événement à la fois populaire et international lors de l’été 2014 où l’on y découvrait avec effroi que cette prison avait accueilli des Juifs déportés dans les camps de la mort. Seule survivante qui n’était pas revenue depuis 70 ans, Marceline Loridan-Ivens avait offert un témoignage poignant, à revoir dans les combles du musée. L’an passé, les Anglais ont repris notre idée inédite en réalisant une exposition similaire dans la Tour de Londres !

Enfin, les enfants, individuels ou en groupes, de la maternelle au lycée ont été au ♥ de la création du musée. Tiphanie Romain et son équipe ont inventé sans cesse des livrets truculents, des ateliers créatifs, « Mon anniversaire au musée », formule reprise depuis par tous les musées de France et de Navarre. Avec le chorégraphe Thierry Thieû Niang, rencontré grâce à notre ami Patrice Chéreau, elle réalise des spectacles de chorégraphies où les fripons devenus adolescents nous étonnent par leur grâce et leur sensibilité acquises par capillarité avec l’art découvert depuis l’enfance : on ne peut rêver meilleur cadeau à offrir pour l’avenir.

Éric Mézil, Directeur de la Collection Lambert

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