Picasso Picabia – La Peinture au défi au musée Granet – Aix-en-Provence

Du 9 juin au 23 septembre 2018, le musée Granet présente « Picasso Picabia – La Peinture au défi », une exposition qui s’inscrit naturellement dans le cadre des manifestations « Picasso Méditerranée ».

Au milieu de l’abondante programmation qui répond à l’initiative du Musée national Picasso-Paris, le projet imaginé par le musée Granet et la Fundación Mapfre retient l’attention. En effet, la confrontation Picasso Picabia semble à la fois inédite et surprenante.

On attend avec curiosité et intérêt cette mise en regard qui, on l’espère, sera aussi fructueuse que le dialogue de Botéro avec Picasso proposé cet hiver à l’Hôtel de Caumont.

Anonyme, Pablo Picasso et Francis Picabia, Juan-les-Pins, été 1930 Photographie d’époque, 12,1 x 7,6 cm Fundacion Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el Arte, Archives Olga Ruiz-Picasso © Succession Picasso, 2018 © ADAGP, Paris 2018
Anonyme, Pablo Picasso et Francis Picabia, Juan-les-Pins, été 1930 Photographie d’époque, 12,1 x 7,6 cm Fundacion Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el Arte, Archives Olga Ruiz-Picasso © Succession Picasso, 2018 © ADAGP, Paris 2018

L’exposition rassemblera plus de 150 œuvres (peintures, dessins, photographies, archives, etc.) issues de collections publiques et privées, françaises et internationales..

Son parcours à la fois chronologique et thématique devrait s’organiser autour de « l’extrême liberté artistique de Picabia et de Picasso » qui en sera « le véritable fil rouge » et qui promet « un nouveau regard sur la modernité ».

« Picasso Picabia – La Peinture au défi » est coorganisée avec la Fundación Mapfre de Barcelone, où elle sera présentée du 12 octobre 2018 au 13 janvier 2019.

Le commissariat est assuré par Aurélie Verdier, conservateur au musée national d’art moderne, MNAM-Cci, Centre Georges Pompidou et Bruno Ely, directeur du musée Granet et commissaire général.

Picasso Picabia – Catalogue

« Picasso Picabia – La Peinture au défi » sera accompagnée par un catalogue, coédition musée Granet et Somogy éditions, sous la direction d’Aurélie Verdier.

À lire, ci-dessous, le texte de présentation de « Picasso Picabia – La Peinture au défi » et le parcours muséographique annoncé. Ce document extrait du dossier de presse est complété par quelques repères biographiques à propos de Pablo Picasso et Francis Picabia.

Chronique à suivre après une visite de « Picasso Picabia – La Peinture au défi »

En savoir plus :
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Picabia et Picasso sont environ de la même taille et c’est plutôt une petite taille et ils pèsent à peu près le même poids et c’est un poids plutôt honnête. Et ils ne seraient pas ce qu’ils sont si l’un était l’autre. Et pourtant on dit parfois de Picasso qu’il est un peintre français et de Picabia qu’il est un peintre espagnol. Enfin cela arrive.
Gertrude Stein, Autobiographie de tout le monde, 1937

« Picasso, n’ayant besoin de personne, s’était toujours tenu à l’écart de ceux qui auraient pu le compromettre » se rappelait Germaine Everling. Cette remarque de la compagne de Francis Picabia au début des années vingt était justifiée. On dit d’ailleurs que Picasso se faisait appeler Picabia lorsqu’il avait quelque chose à se faire reprocher. Au-delà de l’anecdote, la valeur de l’histoire témoigne de l’ambiguïté qui constitua leur relation singulière et méconnue, caractérisée par la défiance plus que par l’amitié.

L’exposition Picasso Picabia – La Peinture au défi 

L’exposition, présentée au musée Granet dans le cadre des manifestations Picasso Méditerranée, se propose de regarder différemment l’idée d’influence, en rassemblant pour la première fois des œuvres exceptionnelles de deux figures phares de la modernité, moins antagonistes qu’il ne semble de prime abord. Unis par des origines méridionales communes, l’Espagnol Pablo Picasso (1881-1973) et le Français de père hispano-cubain Francis Picabia (1879-1953), furent plus proches que ce que l’histoire en a retenu – et cela, pour une raison au moins : goûtant la même liberté d’expérimentation en art, leurs carrières respectives, pour différentes qu’elles soient, ne furent qu’une longue rupture avec l’idée même de style – cette soi-disant marque « unique » du créateur dans l’art occidental. Avec Picasso et Picabia, les métamorphoses de soi sont érigées en mode de vie. « Un peintre, disait Picasso, ne doit jamais faire que ce que les gens attendent de lui. Le pire ennemi d’un peintre, c’est le style ». Picasso et Picabia ne firent effectivement jamais ce que l’on attendait d’eux.

C’est à l’image de ce foisonnement formel que se déploie l’exposition Picasso Picabia, La Peinture au défi. Celle-ci s’appuie sur une sélection de peintures, de dessins, de photographies et d’archives issus de collections publiques et privées, françaises et internationales. Constituée par des ensembles remarquables, réunis à la fois chronologiquement et de manière thématique, l’exposition se concentre sur des moments clés de leurs parcours. À l’impossible mission d’être exhaustif, Picasso Picabia propose plutôt, du fait de l’extrême richesse de leurs carrières, une traversée de l’histoire des mouvements artistiques du 20e siècle. Grâce à des œuvres étonnamment « jumelles » ou révélant au contraire des oppositions irréconciliables – à l’image exacte de leur relation –, l’exposition s’ouvre sur les débuts du cubisme vers 1907, puis s’empare de l’abstraction orphique, de l’esthétique du readymade et de la machine, du rôle de la photographie, du dessin néo-classique, du surréalisme, ou du recours, dans les années 1930 et 1940, à des expressions plastiques aussi opposées que le furent leurs sympathies
politiques respectives. L’exposition se clôt sur des œuvres réalisées durant la décennie de leur disparition – en 1953 pour Picabia et vingt ans plus tard, en 1973, pour Picasso.

Leur amie Gertrude Stein avait bien remarqué une vraie-fausse gémellité, au caractère comme au physique. Paradoxale comme l’étaient les deux artistes, Stein affirmait que l’ « on dit parfois de Picasso qu’il est un peintre français et de Picabia qu’il est un peintre espagnol ». Comme les deux faces d’une même médaille, les œuvres de Pablo Picasso et Francis Picabia attestent d’un même désir viscéral – celui de porter malgré tout l’idée selon laquelle, dans ce siècle mélancolique disloqué par deux guerres, la peinture était encore aussi vivante qu’eux-mêmes.
L’exposition Picasso Picabia se déploie selon une dizaine de thématiques suivant un fil chronologique, de 1907 au début des années 1970.

1. Cubismes (1907-1915)

Débutant avec les compositions de Picasso encore imprégnées de références cézanniennes et primitives des années 1907 et 1908, le cubisme est choisi en tant que premier des styles véritablement modernes unissant les deux peintres. Après des débuts classiques du côté de l’Impressionnisme, Picabia reprend à son compte, autour de 1912-1913, les acquis du cubisme, qu’il reformule de façon singulière jusqu’à l’abstraction – ce que leur ami commun, le poète Guillaume Apollinaire, baptisa « cubisme orphique ».

2. Vers l’objet (1912-1917)

Avec l’invention des papiers collés dès 1912, Picasso n’introduit rien de moins que le réel dans sa peinture, reposant ainsi les fondations même de la représentation dans la tradition occidentale. L’année où la guerre éclate en 1914, Picabia s’approprie le réel en associant à ses tableaux des titres provenant du dictionnaire. En 1915, il franchit un pas supplémentaire avec le détournement de machines, issus de revues spécialisées. Par son remploi constant de l’image reproductible dans sa peinture, la machine se révèlera plus qu’un motif chez Picabia – le principe même de son œuvre.

Pablo Picasso, Bouteille et violon sur une table, 3 décembre 1912, ou plus tard Papier journal découpé et collé et fusain sur papier, 60,96 x 46,99 cm New Orleans Museum of Art, The Muriel Bultman Francis Collection © Succession Picasso, 2018
Pablo Picasso, Bouteille et violon sur une table, 3 décembre 1912, ou plus tard Papier journal découpé et collé et fusain sur papier, 60,96 x 46,99 cm New Orleans Museum of Art, The Muriel Bultman Francis Collection © Succession Picasso, 2018

3. Classicisme et machinisme

N’ayant jamais abandonné aucune possibilité stylistique, Picasso revient en 1915 à un dessin néo-classique. Les portraits prenant leur source autant chez Ingres que dans la photographie, sont confrontés à des machines « readymade » à la fois impersonnelles dans leur style mais aussi, selon les mots de Picabia, pourvues d’une « âme ». Bien moins opposées qu’elles n’en ont l’air, la « ligne claire » du classicisme et celle de la machine sont mises en regard pour la première fois dans une exposition.

4. Dada : Vie et mort de la peinture

Les œuvres que Picabia réalise entre 1915 et 1922 témoignent de sa capacité à devancer les tendances de l’art comme à les traverser avec la plus grande liberté. Ainsi, quand le mouvement Dada arrive à Paris en 1920, sa verve iconoclaste redouble, comme le montre Tabac-Rat, peinture réduite à son seul cadre, que Picabia présente au Salon des Indépendants en 1922 (1919/1949, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou). Formant un écho surprenant, la Guitare réalisée par Picasso à partir d’une simple corde et d’une serpillière (1926, Musée national Picasso, Paris) évoque, par sa radicale économie de moyens, un même esprit de transgression.

Pablo Picasso, Guitare, printemps 1926 Cordes, papier journal, serpillière et clous sur toile peinte, 96 x 130 cm Musée national Picasso-Paris © Succession Picasso, 2018
Pablo Picasso, Guitare, printemps 1926 Cordes, papier journal, serpillière et clous sur toile peinte, 96 x 130 cm Musée national Picasso-Paris © Succession Picasso, 2018

5. Espagnoles et hispanités

Le lien de Francis Picabia à l’Espagne via son héritage paternel est nécessairement plus indirect que celui de Picasso dont c’est la terre natale. L’imaginaire espagnol reste néanmoins une thématique fondamentale qui parcourt profondément l’oeuvre du premier ; et c’est bien lui – « le moins Espagnol » des deux – qui produira le plus grand nombre de ces représentations jouant sur l’exotisme et le stéréotype. Principalement durant les années dix et vingt, Picabia crée de manière quasi-sérielle des portraits de belles Espagnoles, qui voisinent avec quelques-uns des chefs-d’œuvre réalisés par Picasso lors de l’un de ses rares retours dans sa famille, à Barcelone en 1917.

6. Décoration : Abstraction et opticalité

Après la guerre semble se jouer une partition commune dans l’oeuvre de Picabia et de Picasso qui introduisent l’idée de décoratif dans la peinture : dans une longue série de variations sur le genre traditionnel de la nature morte entreprises dès 1918, Picasso peint des œuvres presque géométriques dès après la guerre – dans un style baptisé par Maurice Raynal de cubisme de « cristal ». En 1922, les abstractions colorées que Picabia exécute pour son exposition à la galerie Dalmau de Barcelone forment avec ces œuvres de Picasso un contrepoint formel entièrement inédit qui interroge la prégnance du décoratif dans leurs œuvres des années 1920.

7. Monstres et métamorphoses. Le surréalisme dissident

En 1924, Picabia quitte Paris, brouillé avec André Breton et le surréalisme naissant. Il s’installe sur la Côte d’Azur dans une nouvelle demeure qu’il fait bâtir à Mougins, partageant avec Picasso ce qu’il appelle cette « grande envie de soleil » qui ne le quittera pas sa vie durant. C’est en voisin de villégiature dans la région cannoise que Picasso et sa famille lui rendent visite notamment durant les étés 1925 et 1926. Les œuvres profondément individuelles qu’ils exécutent alors révèlent un dialogue formel plus direct que jamais. Le strident Baiser de Picasso (1925, Musée national Picasso-Paris) évoque ces étreintes « monstres » et ces couples de carnaval, peints au Ripolin, que Picabia entreprend dans le Midi et dont l’exposition montre quelques-uns des plus beaux exemples.

8. Liberté ou réaction. Les années 1930 et 1940

Il faut attendre la montée des périls fascistes et notamment de la guerre d’Espagne au milieu des années 1930 pour que les œuvres de Picasso et de Picabia s’opposent de façon spectaculaire. L’exposition questionne le genre du portrait féminin et son importance dans l’oeuvre des deux peintres, durant ces deux décennies. Deux conceptions hétérogènes de la peinture semblent ainsi se faire jour : ayant professé un nouveau classicisme humaniste dès la fin des années 1920, c’est avec un style figuratif appuyé et tributaires de sources photographiques issues des magazines que Picabia exécute de nombreux portraits féminins avant la guerre. Chez Picasso au contraire, la veine presque sacrilège qui préside aux déformations des portraits des femmes aimées ou amies semblent leurs pendants désespérés et bouffons.

9. Fins de partie

Après la seconde Guerre Mondiale, l’image de franc-tireur de l’art, de pionnier de l’abstraction et de figure historique du dadaïsme de Francis Picabia attire à lui une nouvelle génération d’artistes, de Pierre Soulages à Georges Mathieu. L’exposition montre une sélection d’oeuvres des dernières années du peintre au tout début des années 1950, en particulier les Points, dont la matière grasse et la monochromie parlent autant de la capacité de résistance de la peinture que de sa fragilité. Vingt ans plus tard, vers 1970, Picasso continue inlassablement sa quête d’une figuration radicale avec des portraits d’homme qui semblent encore de nouvelles expérimentations picturales menées jusqu’à la fin de son existence de peintre.

Anonyme, Portrait de Picasso dans l’atelier de la rue Schoelcher, Paris, 1915-1916 Epreuve gélatino-argentique, 18 x 12,9 cm Musée national Picasso-Paris Fonds photographiques © Succession Picasso, 2018
Anonyme, Portrait de Picasso dans l’atelier de la rue Schoelcher, Paris, 1915-1916 Epreuve gélatino-argentique, 18 x 12,9 cm Musée national Picasso-Paris Fonds photographiques © Succession Picasso, 2018

25 octobre 1881
Pablo Ruiz Picasso naît à Málaga en Espagne. Son père, José Ruiz Blasco (Picasso est le nom de sa mère), est professeur à l’école des Beaux-arts de Málaga, puis à La Corogne, au nord de l’Espagne, et à Barcelone.
1895-1897
À quatorze ans Picasso entre à l’école des Beaux-arts de la Lonja, à Barcelone, avant d’intégrer l’Académie royale de San Fernando à Madrid, impressionnant les membres du jury par son talent précoce. Il y suit un enseignement très académique.
1899
Installation à Barcelone, où commence sa véritable éducation artistique. Picasso rencontre le milieu de l’avant-garde et découvre la modernité.
1900-1902
Ressentant la nécessité de se confronter à lui-même, il effectue un premier séjour à Paris, à l’âge de dix-neuf ans. Il y revient en 1901 et 1902, se lie d’amitié avec le poète Max Jacob.
1904
Installation définitive en France, dans un atelier à Montmartre, le Bateau-Lavoir, lieu de rencontre entre artistes, poètes et intellectuels. Picasso se met en ménage avec une jeune femme de vingt ans, Fernande Olivier, et fait la connaissance de Guillaume Apollinaire. Ses oeuvres représentent la mélancolie, la mort, la vieillesse et la pauvreté, dans une gamme chromatique bien spécifique : c’est sa période bleue.
1905
Avec moins d’âpreté, la période rose évoque le monde du cirque et des gens du voyage dans une tonalité plus claire. Picasso assimile des influences diverses : Toulouse-Lautrec, Gauguin, Eugène Carrière, Puvis de Chavannes… Il rencontre Gertrude et Léo Stein, deux collectionneurs américains qui lui achètent d’un coup pour huit cents francs de tableaux.
1906
Marqué par l’oeuvre de Cézanne, l’art ibérique ancien, africain et océanien, découverts au Louvre et au Musée du Trocadéro, Picasso mène de nouvelles recherches picturales qui le conduisent à une simplification des formes et à un traitement spécifique des volumes.
1907
Il peint Les Demoiselles d’Avignon, qui marque la naissance du cubisme et suscite l’incompréhension de ses proches, y compris Matisse et Braque. Seul le marchand Daniel-Henry Kahnweiler saisit la portée de l’oeuvre.
1908-1909
Collaborant intensément avec Braque, Picasso étudie l’oeuvre de Cézanne qui vient de mourir et auquel le Salon d’automne consacre une rétrospective en 1907. C’est la période du cubisme « cézannien ».
1909
Début de la phase « analytique » du cubisme, résultat du mûrissement de ce nouveau langage pictural : la gamme chromatique est réduite aux gris, la représentation de l’objet ou de la figure est éclatée en facettes, la ligne courbe et les effets de dynamisme sont abolis.
1911
Une nouvelle compagne, Eva Gouel, entre dans la vie de Picasso. Dans une confirmation de l’autonomisation de la peinture qui n’a plus à représenter les apparences, celui-ci se tourne vers de nouveaux matériaux : papiers collés, lettres, chiffres, textes et collages.
1911-1913
Durant l’été, Picasso travaille à Céret, dans les Pyrénées-Orientales, avec le sculpteur Manolo, Braque et Juan Gris. Plusieurs de ses oeuvres sont exposées à l’Armory Show, à New York, en 1913.
1914
Séjour estival à Avignon avec Braque et André Derain. La déclaration de la guerre met fin à cette période d’échanges fructueux. Eva meurt de la tuberculose.
1915
Dans l’isolement, Picasso revient à la figuration et au classicisme. D’après modèle vivant, il dessine le portrait ingresque de Max Jacob (Musée Picasso-Paris).
1917
Convaincu par Jean Cocteau, auteur du livret de Parade, Picasso conçoit les décors de ce ballet, sur une musique d’Erik Satie, pour les Ballets russes dirigés par Serge de Diaghilev. Cette collaboration inaugure une série de réalisations dans le monde du spectacle.
1918
Mariage avec la ballerine Olga Kokhlova, avec laquelle il aura, en 1921, un fils, Paulo.
1924
Sur les conseils d’André Breton, grand admirateur de Picasso, le couturier et mécène Jacques Doucet acquiert Les Demoiselles d’Avignon. Au contact des Surréalistes, Picasso développe un nouveau langage formel, réalisant des assemblages en détournant la fonction des objets.
1925
Une nouvelle période débute avec La Danse (Tate Gallery, Londres) : les corps sont disloqués, les couleurs sont criardes. Une violence sous-jacente semble dénoncer ses relations houleuses avec Olga. Le couple commence à passer ses étés dans le Midi et fréquente Francis Picabia et Germaine Everling, installés à Mougins.
1927
Rencontre avec Marie-Thérèse Walter, qui bouleverse sa vie et son oeuvre. La jeune fille lui inspire des oeuvres empreintes de références à la sexualité et à la fécondité et suscite l’apparition d’un vocabulaire formel coloré, composé de lignes courbes et sinueuses, appelé le « cubisme curviligne ».
1928
Via sa représentation dans les revues et les expositions des Surréalistes, Picasso voit son travail associé au mouvement représenté par Breton et ses dissidents : Georges Bataille, Michel Leiris, Robert Desnos, etc.
1935
Picasso se sépare d’Olga, tandis que Marie-Thérèse lui donne une fille, Maya. Il cesse brutalement de peindre et se tourne vers l’écriture poétique durant près d’une année.
1936-1937
La guerre civile espagnole marque un tournant important dans sa vie et sa production. Il livre une de ses plus puissantes créations picturales : Guernica, qui dénonce les horreurs du fascisme. L’oeuvre est commandée pour le pavillon de la République espagnole à l’Exposition internationale de 1937 à Paris.
Il se rapproche du poète Paul Eluard, qui lui présente une de ses amies peintre et photographe : Dora Maar. Ses portraits révèlent alors les deux visages de Dora Maar et Marie-Thérèse.
1939
Les peintures réalisées par Picasso pendant la guerre traduisent ses angoisses sur la montée du fascisme en Europe. Il est interdit d’exposition durant l’Occupation au titre d’« artiste dégénéré ».
1943
Il rencontre la peintre Françoise Gilot, qui partagera sa vie jusqu’en 1953 et lui donnera deux enfants, Claude et Paloma.
1944
Picasso adhère au parti communiste et participe, pour la première fois, au Salon d’Automne, renommé cette année-là, le « Salon de la Libération ».
1948
Avec Françoise Gilot, il s’installe à Vallauris, où il commence une importante activité de céramiste.
1949
Son engagement politique se manifeste par sa participation au Congrès Mondial pour la Paix. L’affiche en est illustrée par sa célèbre Colombe de la paix, dont il dessinera plusieurs versions.
1952
Picasso commence des panneaux décoratifs pour une chapelle désaffectée à Vallauris, futur Temple de la Paix.
1953
Séparation d’avec Françoise Gilot. C’est le début pour l’artiste d’une grave crise morale que reflète une série de dessins exécutés entre la fin 1953 et l’hiver 1954. Le peintre y exprime avec ironie son amertume devant la vieillesse et son scepticisme à l’égard de la peinture elle-même.
1954
Picasso s’installe à Cannes, dans la villa La Californie, avec Jacqueline Roque, rencontrée en 1952, qui a déjà une fille, Catherine, et qui deviendra son épouse en 1961. Avec elle, il retrouve le calme dont il a besoin pour travailler.
1958
Picasso achète le château de Vauvenargues, situé au pied de la montagne Sainte-Victoire. Il s’y installe en déclarant « J’habite chez Cézanne ». Il produit alors des oeuvres aux couleurs vert sombre, noir et rouge profond.
1959
Il se lance dans une série d’interprétations du Déjeuner sur l’herbe de Manet et sur le thème du peintre et son modèle, inspiré par Rembrandt.
1961
Installation au mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins, près de Cannes. Picasso y peint une série de couples, puissamment érotiques. Il travaille avec une intensité, dans une sorte de course contre la montre qui lui fait dire : « J’ai de moins en moins de temps et de plus en plus à dire ».
8 avril 1973
Picasso décède à l’âge de quatre-vingt-douze ans. Il est enterré dans le jardin du château de Vauvenargues.

Man Ray, Francis Picabia à Saint-Tropez, vers 1935 Epreuve gélatino-argentique, 11,2 x 8 cm Collection Pierre et Franca Belfond, Paris © ADAGP, Paris 2018
Man Ray, Francis Picabia à Saint-Tropez, vers 1935 Epreuve gélatino-argentique, 11,2 x 8 cm Collection Pierre et Franca Belfond, Paris © ADAGP, Paris 2018

22 janvier 1879
François Marie Martinez Picabia y Davanne naît à Paris, dans une famille aisée. Son père, né à Cuba, est issu de la noblesse espagnole. Sa mère, vient d’une famille parisienne fortunée.
1894
D’après la légende familiale, le père de Picabia soumet, à l’insu de son fils et sous un pseudonyme, un de ses paysages au Salon de la Société des artistes français.
1897-99
Entrée dans les ateliers privés de Jacques-Albert-Charles Wallet, puis de Fernand-Anne Cormon.
1899
Picabia commence à exposer au Salon de la Société des artistes français.
1902
Dans le Midi, Picabia rencontre les fils de Camille Pissarro, avec lesquels il restera longtemps lié. Utilisant la photographie pour ses études, Picabia peint dans un style académique, sans se plier à l’exercice du plein air. Premiers succès commerciaux.
1905
Première exposition personnelle à la Galerie Haussmann, dirigée par le marchand Danthon, avec lequel il vient de signer un contrat de 3 ans. Première acquisition par l’État.
1907
Phases néo-impressionniste et fauve, suivies d’une synthèse entre Fauvisme et Cubisme.
1909
Mariage avec Gabrielle Buffet, jeune musicienne proche des théories d’avant-garde. Rupture avec son marchand et avec son ancienne carrière néo-impressionniste.
1911
Picabia fréquente les cubistes du Groupe de Puteaux. Il fait deux rencontres décisives, celles de Marcel Duchamp et du poète Guillaume Apollinaire. Ce dernier est un proche de Picasso depuis 1905.
1912
Premiers tableaux cubo-abstraits sur les thèmes de la musique, de la danse et de la religion, Danses à la source (I) et (II) ; Procession, Séville. Apollinaire rattache l’art de Picabia à ce qu’il nomme « Orphisme » ou « cubo-orphisme ».
1913
Seul artiste européen à faire le voyage, Picabia est invité à New York, accompagné de Gabrielle, à l’occasion de l’Armory Show. Ses tableaux connaissent un vrai succès de scandale. Ce séjour est décisif dans la confirmation de son langage pictural moderne, mais aussi dans son utilisation habile des médias et de la presse en particulier.
1914
Mobilisation de Picabia qui a négligé de prendre la nationalité espagnole à sa majorité. Grâce aux relations de sa belle-famille, il obtient de servir comme chauffeur d’un général à Paris, affecté dans une caserne située à quelques mètres de son domicile.
1915
Retardant une mission militaire, Picabia s’embarque à nouveau pour New York où il reste plusieurs mois, dans une effervescence créatrice autour d’Alfred Stieglitz et de sa galerie 291. Premières oeuvres fondées sur l’esthétique de la machine.
1917
Alternance de phases de dépression et cures de désintoxication. À Barcelone, Picabia fait paraître un nouveau périodique baptisé 391, qui le suivra lors de ses voyages durant la guerre. Il le poursuit une fois la guerre finie, à son retour à Paris en 1919. Période intense d’écriture principalement poétique (Cinquante-deux Miroirs puis l’année suivante, Les Poèmes et Dessins de la Fille née sans mère).
1921
Les envois de Picabia au Salon des Indépendants et au Salon d’Automne font souvent scandale. Il est au centre du mouvement Dada à Paris aux côtés de Tristan Tzara et d’André Breton. Il publie régulièrement des tribunes polémiques dans la presse.
1922
Exposition aux galeries Dalmau de Barcelone. Picabia alterne alors les styles les plus opposés avec des portraits d’Espagnoles et des oeuvres abstraites d’un nouveau style « mécaniste ».
1925
Installation près de Cannes, à Mougins avec sa compagne Germaine Everling. Il fait bâtir le « Château de Mai ». Durant près de 20 ans, Picabia reste relativement éloigné du milieu artistique parisien. C’est l’époque d’un nouveau style baptisé « Monstres » et des collages. L’été, il fréquente Picasso, qui prend l’habitude de passer ses vacances en famille dans la région.
1928
Picabia expose une nouvelle série, les « Transparences » aux côtés d’« Espagnoles », Galerie Théophile Briant, à Paris. Passionné de toujours par l’automobile, il en acquiert à une vitesse considérable et les revend parfois à peine rodées. Il est désormais en couple avec Olga Mohler avec qui il passera le reste de sa vie.
1930
Il commence à organiser des galas et fêtes diverses sur la Côte d’Azur, ce qu’il fera durant plusieurs années. Il se rapproche de l’ancien marchand de Picasso, Léonce Rosenberg qui acquiert certaines de ses « Transparences ».
1933
Il se rapproche de Gertrude Stein, qui a une influence possible dans son développement d’une nouvelle manière figurative et humaniste. Il travaille à Golfe-Juan dans un nouvel atelier, expose à Cannes et à Paris, plus rarement à l’étranger (New York). Il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur.
1936
Echec de son exposition à l’Arts Club de Chicago, dont il repeint presque toutes les oeuvres, selon une habitude ancienne. Achat de trois de ses oeuvres par l’État. En parallèle de ses oeuvres figuratives, Picabia renoue avec l’abstraction.
1939
Retour à Golfe-Juan après un séjour en Suisse dans la famille d’Olga Mohler. Il écrit les Poèmes de Dingalari.
1942
Exposition à la Galerie Pasteur à Alger. C’est une période chaotique marquée par plusieurs déménagements.
1943
Comme beaucoup d’autres artistes modernes, des œuvres de Picabia sont brûlés par les nazis dans le jardin du Jeu de Paume.
1944
Choqué par une perquisition de la Gestapo à son domicile, Picabia fait une attaque et est hospitalisé. Finalement soupçonné de collaboration, il est retenu à l’hôpital tandis qu’Olga est interrogée. Après la Libération, les charges qui pesaient sur le couple ne sont pas retenues.
1945
Retour définitif avec Olga Mohler à Paris dans sa maison natale, rue des Petits-Champs. Une nouvelle génération s’intéresse à sa peinture et lui rend visite dans son atelier, dont Ubac, Hartung, Soulages, Tal Coat, Mathieu. Picabia expose au Salon des Surindépendants.
1948
Le Musée national d’art moderne acquiert Udnie, une grande oeuvre abstraite de 1913. Son importance comme pionnier de l’art moderne ne cesse de croître. Il rencontre Pierre-André Benoit qui publie à Alès de nombreuses plaquettes de sa poésie.
1952
Exposition à la galerie Colette Allendy : André Breton, Camille Bryen, Michel Seuphor écrivent sur lui. Aggravation de l’artériosclérose qui l’emportera.
30 novembre 1953
Après son exposition, Hommage à Picabia, en octobre, à la Galerie Craven, Paris. Francis Picabia meurt, âgé de soixante-quatorze ans. Il est enterré au cimetière de Montmartre.

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