DD Dorvillier – Le rêve de la fileuse : trois collections en dialogue au Musée Fabre

Du 15 septembre 2018 au 13 janvier 2019, le Musée Fabre accueille, au fil de ses collections permanentes, « Le rêve de la fileuse : trois collections en dialogue », une exposition imaginée par la chorégraphe DD Dorvillier.

À lire le communiqué de presse, l’ambition du projet est d’inviter le visiteur à découvrir « un dialogue poétique entre trois collections : celle du musée, celle du FRAC et celle d’A catalogue of steps de la chorégraphe.
A catalogue of steps est une indexation de plus de trois cent fragments chorégraphiques tirés de vidéos des œuvres de DD Dorvillier en grande partie créees à la Matzoh Factory à New York entre 1990 et 2004.
Dans le cadre de sa venue au musée Fabre, ces fragments conduiront à une sélection d’œuvres d’art contemporain établissant des ponts entre la danse, les arts plastiques contemporains et les beaux-arts classiques. Les objets d’art répondront aux fantômes des mouvements archivés des danseurs, et le mouvement de la danse à celui de collections historiques et actuelles ».

Bien entendu, le titre de l’exposition fait écho à la toile de Gustave Courbet, « La Fileuse endormie », 1853, conservée par le Musée Fabre.

On attend avec impatience de découvrir ce « rêve de la fileuse » qui se développera dans les collections permanentes du musée Fabre depuis les salles romantiques jusqu’aux salles modernes en passant par l’Hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran.

Chronique à suivre après le vernissage.

À lire, ci-dessous, le texte de DD Dorvillier où elle confie quelques éléments sur la construction de l’exposition. Ce document est extrait d’un livret numérique pour les visiteurs. Il est téléchargeable depuis le site du Musée Fabre.

Myrto Katsiki, A week of steps at the Villa Empain, 2017 Photo Antoine Grenez
Myrto Katsiki, A week of steps at the Villa Empain, 2017 Photo Antoine Grenez

DD Dorvillier est une chorégraphe américaine installée en France. Actuellement artiste-chercheuse associée au master exerce d’ICI Centre chorégraphique national Montpellier – Occitanie/Pyrénées Méditerranée, elle présentera « dances are ghosts »​, une nouvelle collection de « ​A catalogue of steps », les 29 et 30 septembre prochain au Musée Fabre. Six danseurs activeront onze fragments chorégraphiques et offriront également des séances de cartomancie individuelle pour les visiteurs, utilisant les cartes de référence du catalogue.
À la fin de ce billet, on reproduit le texte de présentation de « A catalogue of steps : dances are ghosts » extrait du site de DD Dorvillier. On trouvera également quelques repères biographiques empruntés au site de ICI-CCN.

Œuvres du Frac Occitanie Montpellier de : Tjeerd Alkema, Luc Andrié, Matthew Antezzo, Denise A Aubertin, Alighiero Boetti, Belkacem Boudjellouli, Jean-Baptiste Bruant, Frédéric Bruly Bouabré, Claude Cattelain, Emmanuelle Etienne, Filip Francis, Anna Malagrida, Eva Marisaldi, Lisa Milroy, Christian Robert-Tissot, Mike Wodkowski.

En savoir plus :
Sur le site du Musée Fabre
Suivre l’actualité du Musée Fabre sur Facebook et Twitter
Sur le site human future dance corps de DD Dorvillier
Sure le site de I’Institut Chorégraphique International – Centre Chorégraphique National Montpellier – Occitanie/Pyrénées Méditerranée

Pour choisir les œuvres du FRAC, je me suis appuyée sur des questions soulevées par mon projet A catalogue of steps : dances are ghosts (Un catalogue de pas : les danses sont des fantômes).

A catalogue of steps est à la fois une performance et un projet d’archivage. Le catalogue est constitué de fragments chorégraphiques tirés des enregistrements des danses que j’ai créés à New York entre 1990 et 2004. À ce jour, plus de 300 fragments ont été classifiés, selon une taxinomie inventée, puis indexés dans un jeu de cartes complété au fur et à mesure depuis le début du projet en 2012. Une série de drapeaux représentant les œuvres crées entre 1990 et 2004 accompagne les visites performatives du catalogue. Les drapeaux ainsi que le jeu de cartes sont associés à l’exposition au musée Fabre.

DD Dorvillier - A catalogue of steps
DD Dorvillier – A catalogue of steps

L’aspect performatif de A catalogue of steps prend la forme d’une visite de la collection à travers 5 à 10 fragments, dansés en boucle – en solo ou en petits groupes – pendant une durée prolongée – sans la musique, les costumes, ou la scénographie d’origine. Dans ce travail, je considère l’interprète comme un médium qui accueille et révèle par son corps quantité de danses-fantômes. Quand la danseuse danse, elle est la danse. Quand elle s’arrête de danser, la danse disparaît, mais où part-elle ?

Les 17 œuvres contemporaines du Frac choisies pour l’exposition sont liées de façon générale aux thématiques suivantes : apparition/disparition et la présence/absence. Que ce soit exprimé par des moyens poétiques, métaphoriques, ou encore processuels, ces œuvres me semblent hantées par ce qu’elles ne nous montrent pas, ou bien par la présence de la main (ou des pieds !) de leur auteur, ou encore par une confusion entre ce que nous pensons voir et ce qui est vraiment là. Citons par exemple Il Corso Tace (1995) d’Eva Marisaldi, les dessins répétitifs (2015) de Claude Cattelain, ou bien Meuble préparé 2 (Hommage à Bernard Palissy) (2006) de Jean-Baptiste Bruant.

Habitant les espaces du musée Fabre, du Romantisme jusqu’à la Modernité, aussi bien que les salles de l’hôtel de Cabrières-Sabatier d’Espeyran, les œuvres du Frac se dissimulent parfois discrètement parmi les œuvres classiques, ou surgissent parfois de leurs murs tels des spectres. C’est le sujet de La Fileuse endormie (musée Fabre) peint par Gustave Courbet en 1853 qui a été mon point du départ pour créer des liens sensibles entre les œuvres des deux collections (A Catalogue of steps et Frac OM) et les espaces du musée.

Gustave Courbet, La Fileuse endormie, 1853, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre
Gustave Courbet, La Fileuse endormie, 1853, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre

La fileuse s’assoupit en travaillant la laine, comme si le fil même l’avait conduit au rêve. J’ai continué à suivre le fil d’un parcours imaginé par des associations, où les œuvres du Frac et du musée Fabre dialoguent et créent de nouveaux espaces pour l’imagination et la perception du visiteur. La fileuse est elle aussi un médium : avec l’aide de son rouet elle transforme de la laine en fil, comme la danseuse rend visible la danse, par sa présence et par son mouvement. La danseuse et la fileuse ont en commun de révéler, par leur travail, l’invisible – tant de fantômes, de danses ou de rêves.

Anna Malagrida, Danse de femme, 2007, Collection Frac Occitanie Montpellier
Anna Malagrida, Danse de femme, 2007, Collection Frac Occitanie Montpellier

Le parcours du rêve de la fileuse commence justement par une proposition vidéo Danse de femme (Danza de mujer) (2007) d’Anna Malagrida, qui révèle une présence invisible, celle du vent, matérialisée par le flottement d’un voile noir. Le vent nous emporte dans les salles Romantiques où on trouve, parmi les tableaux de Delacroix, Les Souffleurs (2008) d’Emmanuelle Etienne, une douzaine de petites têtes en verre soufflé, aux joues gonflées, suspendues dans leur geste.

Emmanuelle Etienne,, Les Souffleurs, 2008. verre, Collection Frac Occitanie Montpellier. Photo Frac OM.
Emmanuelle Etienne,, Les Souffleurs, 2008. verre, Collection Frac Occitanie Montpellier. Photo Frac OM.

La suspension du souffle se prolonge dans le tableau de Lisa Milroy, Old Street Roundabout (1995), un paysage urbain dépourvu de présence humaine. Le double mouvement entre disparition et apparition d’une part et le parallèle entre le rêve de la fileuse et le fantôme de la danse d’autre part, est tangible dans toutes les œuvres qui suivent.

Lisa Milroy, Old Street Roundabout, 1995. huile sur toile, Collection Frac Occitanie Montpellier. Visuel fourni par la Galerie Jennifer Flay
Lisa Milroy, Old Street Roundabout, 1995. huile sur toile, Collection Frac Occitanie Montpellier. Visuel fourni par la Galerie Jennifer Flay

Les liens entre les œuvres contemporaines, les œuvres classiques, et les espaces du musée Fabre se tissent par association sensible et poétique, comme si on entrait dans le sommeil de la fileuse pour attraper le bout du fil imaginaire de son rêve.

DD Dorvillier - A catalogue of steps
DD Dorvillier – A catalogue of steps

« Si on peut dire que les fantômes existent, alors les danses sont des fantômes. Les danses nous hantent avec des corps oubliés, des connaissances secrètes, des messages cachés, d’énergies mystérieuses, d’instincts et d’impressions cinétiques. Les danses émergent, comme parfois les fantômes, à travers la présence d’un médium. Selon​ ​la manière dont on la perçoit, une danse peut apparaître grâce à un sac en plastique qui flotte dans l’air, à des amoureux qui s’étreignent, à des vagues roulant sur le rivage, ou à une mouche cherchant à s’échapper par la fenêtre. »

Avec ​dances are ghosts​, nouvelle collection de ​A catalogue of steps,​ l’interprète est le médium en question. Il accueille et révèle quantité de fantômes dans ses muscles, ses os, sa sueur. Quand il danse il devient la danse, mais seulement pendant que cette dernière dure. Quand la danseuse arrête de danser, la danse disparaît, mais où va-t-elle, cette danse? dances are ghosts​ poursuit un questionnement sur la manière dont une danse porte une identité ainsi qu’un savoir qui lui est propre et dont le danseur est l’agent. L’interprète constitue le ​passage à l’acte​ de cette danse. Pendant les visites de cette nouvelle collection les 29 et 30 septembre, 2018 au Musée Fabre les danseurs activent onze fragments chorégraphiques et offre également des séances de cartomancie individuelle pour les visiteurs, utilisant les cartes de référence du catalogue.

​A catalogue of steps, un projet au long cours de performance et de recherche, est une indexation de ​fragments chorégraphiques​ tirés des vidéos de mes œuvres créées en grande partie à la Matzoh Factory à New York, entre 1990 et 2004. Archive en perpétuelle évolution depuis 2012, le projet croise la performance, la recherche-création, l’archivage, en s’appuyant sur l’activation physique, à la fois conceptuelle et décalée, de ces fragments. Parmi les treize œuvres créées et enregistrées entre 1990 et 2004, j’ai déterminé plus de 300 fragments – durant entre 10 secondes et 4 minutes. Chacun de ces fragments est classé selon une taxonomie inventée (développée à l’origine avec les danseurs Katerina Andreou, Nibia Pastrana-Santiago, Elizabeth Ward, and Oren Barnoy) qui tente de nommer toutes les caractéristiques et les références quel’on peut déterminer. Par exemple: la source du mouvement, la manière dont l’espace est abordé, le nombre de danseurs, les références formelles. La taxinomie est basée sur des critères subjectifs et parfois contradictoires, comme par exemple le souvenir de ce que je souhaitais réaliser à l’époque; ou au contraire, ce qui nous paraissait évident dans la vidéo; ou ce que je sais maintenant que je ne pouvais pas savoir à l’époque; ou encore ce qui aurait pu arriver, mais ne s’est jamais produit.

A catalogue of steps est un modèle artistique et subjectif – ni efficace, ni scientifique – qui s’adresse à l’absence de pratiques de documentation sur notre histoire actuelle de création contemporaine en danse. Avec ce projet je cherche à découvrir ce qui reste, dans un contexte complètement étranger à la chorégraphie et à sa narrativité d’origine, quand on ne s’appuie que sur le corps et l’intelligence de l’interprète, et sur l’attention et la perception du visiteur/spectateur.

​A catalogue of steps est conçu pour être visité dans des dispositifs autres que des espaces typiques de représentation. On peut visiter le catalogue comme on visite une maison, ou comme on consulte un livre dans une bibliothèque. Avec les interprètes, nous choisissons un nombre de fragments, constituant une collection de fragments basée aussi bien sur nos réactions au contexte du site, que sur nos questions du moment concernant le projet. Les danseurs jouent un fragment en boucle – en solos qui se chevauchent, ou en petits groupes – pendant une durée prolongée de 15 à 30 minutes, puis ils passent au fragment suivant et continuent ainsi de suite pendant une ou plusieurs heures, jusqu’à ce que la collection se termine. Nous avons créé des collections pour un jardin botanique, un atelier de scénographie, une église, un salon privé, un château, un musée d’art contemporain. Le visiteur/spectateur doit pouvoir passer un temps défini par sa propre curiosité et par son désir de continuer à regarder.

​L’ambiance des visites doit permettre au visiteur de réfléchir avec le fragment, les interprètes, et l’endroit où il est activé. Le visiteur peut expérimenter la manière dont les différentes perspectives produisent des lectures variées d’un même fragment, et peuvent générer des questions sur le lieu, la danse, et le fait d’être spectateur en public. Multiplier les perspectives et les danseurs qui interprètent le même fragment chorégraphique, met également en lumière quels sont les aspects stables qui constituent l’identité de ce fragment, en dépit d’où, et par qui, le fragment est dansé.

​Treize drapeaux ont été créés pour le projet par le designer Olivier Vadrot. Chacun des drapeaux représente une de mes œuvres de 1900 à 2004. Installés aux abords de chacune des visites ces drapeaux brillants et colorés annoncent le projet et invitent le visiteur à rentrer dans l’univers de A catalogue of steps et d’y rester un temps.

​Sans tenter de recréer l’oeuvre originale, ni en reproduire le propos, nous visons à conserver (ou révéler) l’impact formel du fragment chorégraphique. La chorégraphie étant comprise dans ce cas comme l’écriture des mouvements dans l’espace, en particulier ceux inscrits dans, ou par, le corps.

Extrait du site human future dance corps de DD Dorvillier

DD Dorvillier Filipe Braga © Fundação de Serralves, Porto
DD Dorvillier Filipe Braga © Fundação de Serralves, Porto

DD Dorvillier développe son travail artistique à New York dès 1989. En 1991 elle s’installe à la Matzoh Factory à Brooklyn, une ancienne usine convertie en lieu de création, spectacles et fêtes qu’elle crée avec la chorégraphe Jennifer Monson. Pendant cette période jusqu’en 2004 sont produites les œuvres répertoriées dans A catalogue of steps, un projet au long cours commencé en 2013, d’indexation de fragments chorégraphiques.

Depuis 2004 sa pratique devient plus conceptuelle et elle s’appuie souvent sur des sources externes pour construire ses partitions, et matériaux chorégraphiques. Elle crée ainsi No Change or « freedom is a psycho-kinetic skill » (2005) qui témoigne de cette nouvelle approche dans son travail, et ensuite Nottthing Is Importanttt (2007), CPAU, Get Ready! (2009), Danza Permanente (2012), Diary of an Image (2014), Extra Shapes (2015) et Only One of Many (2017) toujours avec l’éclairagiste Thomas Dunn, et avec la compositrice Zeena Parkins, ou bien le compositeur Sébastien Roux.
En 2017 avec la dessinatrice Catherine Meurisse elle crée Vois-tu celle là qui s’enfuit, une commande du festival Concordan(s)e à Paris.

À New York son travail de création et d’interprète est primé par des Bessie Awards : Dressed for Floating (2003), Nottthing Is Importanttt (2007), Parades & Changes, replays (2010). Elle reçoit également le Foundation for Contemporary Arts Award (2007) le John Simon Guggenheim Award (2011), et le Doris Duke Performing Artist Award (2013).

En 2010, elle s’installe en France où elle continue d’élaborer son travail avec sa compagnie human future dance corps et l’Association Stanza. En partenariat avec le compositeur Sébastien Roux, un nouveau lieu dédié à l’expérimentation en danse et musique verra le jour en 2017 en Côte d’Or, France.

Elle est artiste chercheuse associée au master exerce, spécialité études chorégraphiques « recherche et représentation » – Université Paul-Valéry de Montpellier / ICI—CCN Montpellier.

Extrait du site ICI-CCN Montpellier

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