samedi 4 juillet 2020

Mami Kiyoshi à la galerie Annie Gabrielli – Montpellier

Du 6 octobre au 1er décembre 2018, Annie Gabrielli accueille pour la seconde fois la photographe japonaise Mami Kiyoshi. En 2014, elle avait présenté deux séries Tropical Family et New Reading Portraits qu’accompagnaient quelques photographies exécutées au Japon sous l’Ere Meiji (1868-1912). On y avait alors découvert son approche singulière de sujets de la vie ordinaire, de portraits de prêtre bouddhiste ou d’hommes et de femmes du quotidien dans une représentation s’inspiraient de la mise en scène traditionnelle de l’estampe.

Pour son retour à la galerie Annie Gabrielli, Mami Kiyoshi présente une nouvelle série « Wadako, histoires de cerfs-volants japonais » qui a été produite dans le cadre d’un projet mené avec l’historienne de l’art Cécile Laly à la rencontre des derniers fabricants de cerfs-volants traditionnels.

On lira avec intérêt le texte de présentation de ce projet que signe Anne Dumonteil et que l’on reproduit ci-dessous.

À voir cette interview de Mami Kiyoshi réalisée par Flora Rey à l’occasion de sa première exposition chez Annie Gabrielli.

Chronique éventuelle à suivre après un passage par la galerie Annie Gabrielli

En savoir plus :
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Récits de vie tenus par un fil

C’est dans le cadre d’un projet mené avec l’historienne de l’art Cécile Laly que Mami Kiyoshi a réalisé les photographies de l’exposition Wadako, histoires de cerfs-volants japonais.
Aller à la rencontre des derniers fabricants de cerfs-volants traditionnels et fixer par les mots et les images leurs histoires personnelles et intimes sur leur métier et leur art qui tendent à se perdre, voilà quelle était l’intention du projet, scientifique pour l’une, artistique pour l’autre.
A l’heure où la globalisation universalise les loisirs et que l’expansion urbaine grignote les espaces ouverts, les poulpes volants – autre nom des cerfs-volants au pays du soleil levant – font moins nombreux dans le ciel, de même que les artisans qui leur donnent corps, en perpétuant des gestes et des univers graphiques hérités d’un père ou d’un maître.
Avec toute l’attention au monde qu’on lui connaît depuis ses premiers New reading portraits, Mami Kiyoshi ne pouvait qu’être touchée par le destin de ces artisans, auxquels elle rend hommage dans ces portraits photographiques. Si son vocabulaire artistique est immédiatement reconnaissable – format carré, cadrage précis, composition rigoureuse, lumière qui révèle chaque élément, agencement méticuleux d’objets abondants qui environnent les modèles et couleurs saturées à la lisière de l’artificialité – elle joue davantage avec l’angle de vue, l’étagement des plans et la profondeur de champ.
Ainsi les premiers plans sont-ils envahis par les cerfs-volants, les lanternes, les matériaux que nécessite leur fabrication et les ouvrages emplis de motifs et de modèles ancestraux qui les inspirent, alors que les personnages prennent place plus à l’arrière de l’image jusqu’à se fondre parfois dans l’atelier. Grâce à la netteté qu’elle accorde à chaque détail de la représentation, Mami Kiyoshi parvient à valoriser autant les hommes que les objets d’art qu’ils produisent, prêtant de la sorte une égale attention à leur destin respectif et à l’histoire dont chacun est porteur.
C’est aussi par les jeux de regard, soigneusement mis en scène, que l’artiste imprime à ses images une dimension narrative dans un savant mélange de gravité et de nostalgie. Que l’artisan fixe l’objectif en souriant, qu’il porte son regard hors de l’image – dans un passé qu’il tente de retenir ou vers un avenir plus radieux, qui sait ? – ou qu’il soit absorbé des mains et du regard par sa tâche, il affirme sa présence dans un monde qui change, cristallisant le lien à l’histoire et au patrimoine et conférant à la photographe et au spectateur le statut de témoin.
Alors, assurément, les Histoires de cerfs-volants japonais de Mami Kiyoshi sont davantage que des portraits photographiques. Ce sont de véritables condensés de vie et de passion, récits visuels de ces femmes et de ces hommes sensibles à la beauté de ces objets poétiques et graciles qui dansent entre terre et ciel, entre passé et avenir.

Anne Dumonteil

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