Chagall – Du noir et blanc à la couleur à L’Hôtel de Caumont – Aix

Du 1er novembre 2018 au 24 mars 2019, Culturespaces présente « Chagall – Du noir et blanc à la couleur » dans les espaces de L’Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence.

L’exposition, consacrée à la deuxième partie de la carrière de l’artiste, a pour ambition de mettre « en lumière son renouvellement artistique » et révéler « chaque étape de création de son œuvre à partir de l’année 1948 jusqu’à son décès, en 1985 ».

« Chagall – Du noir et blanc à la couleur » rassemble 130 pièces (peintures, sculptures, œuvres graphiques, collages et céramiques) pour témoigner du cheminement singulier de l’artiste vers la couleur.

Plusieurs prêts exceptionnels comme L’arlequin de la Taisei Corporation à Tokyo et Les Amoureux au poteau de la collection Odermatt sont accompagnés d’œuvres rarement exposées en Europe.

Plusieurs collages restés dans l’atelier de l’artiste n’ont encore jamais été exposés : Esquisse pour Le concert, Esquisse pour Le clown rouge devant St-Paul et Esquisse pour Personnages de l’Opéra.

Marc Chagall Personnages de l’Opéra 1968-1971 Huile sur toile 130 x 96,8 cm Pola Museum of Art, Hakone © ADAGP, Paris, 2018 © Pola Museum of Art, Pola Foundation
Personnages de l’Opéra 1968-1971 Huile sur toile 130 x 96,8 cm Pola Museum of Art, Hakone © ADAGP, Paris, 2018 © Pola Museum of Art, Pola Foundation

Certaines toiles des années 1968-1971 (L’arlequin, Le nu mauve et Le village fantastique) sont présentées avec leurs esquisses et collages préparatoires.

Les deux commissaires (Ambre Gauthier et Meret Meyer) souhaitent proposer un regard renouvelé sur l’œuvre « tardive » de Chagall et inviter le visiteur « au cœur de ce processus fascinant qui se déploie dans la grande diversité des techniques que l’artiste expérimente simultanément, après son retour de l’exil américain, en 1947. »

Le parcours muséographique s’organise en 7 sections :

La scénographie est cette fois-ci confiée à Éric Morin, architecte-scénographe qui a collaboré plusieurs fois avec le Fonds Hélène et Édouard Leclerc, à Landerneau.

L’exposition est accompagnée par un catalogue édité aux éditions Hazan sous la direction de Meret Meyer et Ambre Gauthier, commissaires de l’exposition.

À lire, ci-dessous, une présentation de parcours extraite du dossier de presse.
Chronique à suivre après le vernissage.

En savoir plus :
Sur le site de l’Hôtel de Caumont – Centre d’Art
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Dans le contexte de reconstruction de l’après-guerre, la couleur noire est pour Chagall un exutoire artistique et symbolique, partagé par de nombreux artistes, dont Jean Dubuffet et Georges Rouault. « Le noir est une couleur » est précisément le titre d’une exposition à la galerie Maeght en 1946, réunissant des œuvres de Bonnard, Matisse, Braque, Rouault, Marchand, Manessier et Geer van Velde.

En 1949, l’éditeur Tériade commande à Chagall une série d’illustrations pour la revue Verve, inspirées du Décameron de Boccace. De ce recueil de 100 nouvelles, écrit à Florence au XIVe siècle, Chagall choisit d’illustrer les vingt-six sujets exposés dans la première salle de l’exposition.

Cette série de lavis témoigne de la nouvelle orientation que Chagall donne à son art, grâce à l’exploration du noir et blanc. Les noirs profonds et les mille nuances de gris contrastent avec la blancheur du papier, dans un jeu de transparences et de clair-obscur. Personnages et animaux aux formes pleines et monumentales, évoquant l’art roman et ses bestiaires, dévoilent, d’autre part, la force sculpturale du noir et blanc.

Marc Chagall Deux têtes à la main ou Deux têtes, une main vers 1964 Marbre type Carrare, veiné gris 40 x 24,5 x 21 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Deux têtes à la main ou Deux têtes, une main vers 1964 Marbre type Carrare, veiné gris 40 x 24,5 x 21 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Le processus de création mis en place par Marc Chagall dans l’après-guerre implique l’exploration simultanée de plusieurs techniques. Dès le début des années 1950, la partition du noir et blanc s’étend à la céramique. Des camaïeux de gris rythmés par de puissants contours, font écho aux lavis réalisés à la même époque. À la transparence et à l’éclat des engobes répondent les textures veloutées et les monochromes perceptibles dans les papiers vélin et Japon.

Explorant différentes techniques (taille, fonte) et matériaux (marbre, calcaire, pierre de Rogne), la production sculpturale de Chagall, commencée aussi dans les années 1950, témoigne de ses recherches sur le volume et la construction de l’espace. Les pierres sont taillées dans l’atelier de l’artiste à Vence, puis à Saint-Paul, avec l’aide du marbrier Lizzarelli ; les bronzes sont fondus dans l’atelier de Susse Fondeur, à Malakoff. Si le traitement des matériaux et des patines met en évidence des surfaces différentes – mates, brillantes, granuleuses, translucides – la transposition du plâtre au bronze reflète le glissement du négatif au positif, du blanc au noir, au cœur du processus de création.

Au fil des techniques, le dialogue entre les œuvres donne vie à une perméabilité constante entre les iconographies et les effets plastiques, l’expérimentation pluridisciplinaire nourrissant profondément la production picturale à venir.

Marc Chagall La nuit verte 1952 Huile sur toile originale 72 x 60 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
La nuit verte 1952 Huile sur toile originale 72 x 60 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

À l’issue de l’expérimentation pluridisciplinaire du noir et blanc, la couleur fait à nouveau son apparition dans les œuvres des années 1948-1952, étroitement liée à la recherche autour du volume et de la forme. Depuis son apprentissage dans les ateliers de Jehouda Pen à Vitebsk et à l’Ecole Zvantseva de Saint-Pétersbourg, Chagall maîtrise tous les outils traditionnels pour la construction du volume en peinture : le clair-obscur, les contours noirs appuyés et les jeux des ombres.

À partir des années 1950, il les applique aussi à la sculpture et à la céramique : les ombres et les lumières produites par la masse modulée et par les traits gravés encouragent de nombreuses expérimentations qui mènent l’artiste à concevoir le volume autrement, le noir et le blanc inversant parfois leurs fonctions traditionnelles. Ainsi, c’est souvent le blanc – parfois apposé en couches épaisses ou translucides, parfois laissé en réserve, faisant respirer le papier et ses aspérités – qui est utilisé pour construire le volume des formes de l’intérieur, à la place du noir. Progressivement, la couleur se réinvente dans les nouvelles formes ainsi conçues grâce au noir et blanc, pour dynamiser la composition et lui insuffler une vit alité nouvelle.

Marc Chagall Les amoureux au poteau 1951 Huile sur toile 96 x 128 cm Collection Cathy Odermatt-Védovi et François Odermatt © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Marc Chagall Les amoureux au poteau 1951 Huile sur toile 96 x 128 cm Collection Cathy Odermatt-Védovi et François Odermatt © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Inspiration originelle, renouant avec le judaïsme de ses racines, la Bible occupe une place essentielle dans toute l’œuvre de Chagall, l’interprétation du Texte étant, pour le peintre, « la plus grande source de poésie de tous les temps ». Dépeignant l’histoire millénaire de l’homme, la Bible de Marc Chagall est multiculturelle, empruntant aussi bien à la tradition orthodoxe qu’à l’art grec, estompant les frontières entre juifs et chrétiens de Palestine. Dans le contexte de la Reconstruction, les épisodes de la Bible prennent une signification nouvelle. Symboliquement liés à la fin de la guerre et à la création de l’État d’Israël (1948), ils portent en eux l’espoir de réconciliation et de paix universelle.

Marc Chagall L’Exode 1952-1966 Huile sur toile de lin 130 x 162,3 cm dation en 1988, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, dépôt au Musée national Marc Chagall © ADAGP, Paris, 2018, Photo © RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot
Marc Chagall L’Exode 1952-1966 Huile sur toile de lin 130 x 162,3 cm dation en 1988, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, dépôt au Musée national Marc Chagall © ADAGP, Paris, 2018, Photo © RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot

Le thème de la Crucifixion, présent dans de nombreuses compositions, renvoie, pour sa part, au martyre du peuple juif. Chagall, fin connaisseur des gravures de Rembrandt, fait sienne l’intensité dramatique des épisodes bibliques, plongeant dans les méandres du noir et blanc pour révéler la lumière des prophéties. Ainsi, dans les esquisses pour les vitraux monumentaux de Jérusalem, la couleur intègre progressivement le noir et blanc dans une ode à la Terre promise.

Marc Chagall Devant le tableau 1968-1971 Huile sur toile de lin 116 x 89 cm Fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul-de-Vence © ADAGP, Paris, 2018, Photo Claude Germain – Archives Fondation Maeght
Devant le tableau 1968-1971 Huile sur toile de lin 116 x 89 cm Fondation Marguerite et Aimé Maeght, Saint-Paul-de-Vence © ADAGP, Paris, 2018, Photo Claude Germain – Archives Fondation Maeght

Entre 1960 et 1980, la couleur, devient tour à tour élément et sujet des compositions. Parfois appliquée directement sur la toile laissée en réserve, posée en aplats ou en touches rapides, elle rythme l’espace pictural avec une intensité nouvelle. Ses tonalités reflètent la luminosité du Sud de la France, où Chagall s’installe dès octobre 1949.

Sans cesse renouvelée et à l’écoute des autres techniques, la peinture de Chagall est particulièrement enrichie, à cette époque, par l’exploration des pratiques ancestrales de la céramique et du vitrail. L’exploration des émaux, des glaçures et des couvertes introduit une recherche de transparences et de légèreté inédite, tandis que la couche picturale semble gravée, modelée, ciselée, à l’instar de ses vases et formes sculptées. De même, Chagall prolonge son geste pictural sur la céramique. Après avoir appliqué ses couleurs sur la terre, il redessine, grave et cisèle la forme cuite avec pastel et crayon. Tout comme la réalisation des grands panneaux muraux en céramique, l’exploration du verre, à partir de 1958, enrichit considérablement la vision monumentale et le traitement de la transparence de l’artiste.

Pour Chagall, « le vitrail, ça a l’air tout simple : la matière, la lumière ». S’inspirant de cette technique, des gammes translucides, des camaïeux aériens investissent les toiles et les animent de mille transparences. La lumière, enveloppante et diffuse, semble irradier de l’intérieur les compositions.

Marc Chagall Personnages de l’Opéra 1968-1971 Huile sur toile 130 x 96,8 cm Pola Museum of Art, Hakone © ADAGP, Paris, 2018 © Pola Museum of Art, Pola Foundation
Personnages de l’Opéra 1968-1971 Huile sur toile 130 x 96,8 cm Pola Museum of Art, Hakone © ADAGP, Paris, 2018 © Pola Museum of Art, Pola Foundation

Marc Chagall Couple au dessus de Saint-Paul 1970-1971 Huile, tempéra et sciure sur toile 145 x 130 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Couple au dessus de Saint-Paul 1970-1971 Huile, tempéra et sciure sur toile 145 x 130 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

En résonance avec la vitalité de l’artiste et son ouverture d’esprit, la couleur, véritable force vitale, puise librement l’énergie de celui qui l’applique et la partage : « En vérité, ce qui donne à l’objet sa couleur, ce n’est ni ce que l’on nomme la couleur réelle ni la couleur conventionnelle (…) C’est la vie (…) qui crée les contrastes sans lesquels l’art serait inimaginable et incomplet ».

Dans les ultimes compositions monumentales de l’artiste, dans lesquelles la recherche de luminosité reflète la végétation du Midi de la France et sa sérénité personnelle, la couleur acquiert une nouvelle autonomie, jusqu’à devenir elle même élément et sujet des compositions. Sur des toiles de grand format, des fonds monochromes d’une grande modernité présentent toute la richesse des nuances et des matières explorées par l’artiste, résultat ultime du travail pluridisciplinaire et du grand « jeu de la couleur » (André Malraux) qui l’a occupé pendant plusieurs décennies.

Par son exploration de la couleur et des matériaux, l’œuvre dite « tardive » de Marc Chagall est empreinte de liberté et d’indépendance. Les collages de papiers et tissus, réalisés sur de petits formats, sont utilisés par l’artiste comme esquisses préparatoires pour des compositions monumentales où s’articulent formes géométriques et couleurs vives, parfois presque crues tant la densité des pigments utilisés est grande. Le jaune solaire ou citron côtoie le bleu indigo, rose magenta, violet mica ou vert absinthe.

Marc Chagall L’Arlequin 1968-1971 Huile sur toile 136 x 98 cm Taisei Corporation, Tokyo © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
L’Arlequin 1968-1971 Huile sur toile 136 x 98 cm Taisei Corporation, Tokyo © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

Par son approche ludique et sensorielle, héritant de la sculpture et de la céramique, le médium de la peinture s’enrichit de sable, de sciure, de végétaux, révélant une matière plastique vibrante et organique, à l’écoute des éléments. Montée en aplats, en relief ou en strates superposées, la couleur fait sortir de la matière des formes libres et bouillonnantes qui semblent repousser les limites spatiales imposées par la toile. La couleur fait désormais fusionner l’intérieur et l’extérieur, le passé et le présent, le microcosme et le macrocosme, dans un kaléidoscope monumental peuplé de géants circassiens et d’éclats multicolores.

Marc Chagall Le village fantastique 1968-1971 Huile, tempéra et encres de couleurs sur toile 92 x 64,7 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris
Le village fantastique 1968-1971 Huile, tempéra et encres de couleurs sur toile 92 x 64,7 cm Collection particulière © ADAGP, Paris, 2018 © Archives Marc et Ida Chagall, Paris

 

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