Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille

7 artistes marseillais réalisent les œuvres de 7 artistes québécois

Jusqu’au 20 janvier 2019, la Friche la Belle de Mai accueille à la Salle des Machines « Extension de la pratique des idées », exposition retour d’un projet passionnant imaginé en 2016 par l’artiste québécois Reno Salvail et par l’artiste Marseillais Dominique Angel.

Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille - Vue de l'exposition
Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille – Vue de l’exposition

Les idées sur lesquelles se fonde « Extension de la pratique des idées » sont résumées dans un excellent texte de Dominique Angel (à lire ci-dessous) qui ouvre le livret édité pour accompagner l’exposition.

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Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai - Vue de l'exposition - Photo © Art+ Maud Chavaillon
Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai – Vue de l’exposition – Photo © Art+ Maud Chavaillon

L’idée remarquable de cet échange entre artistes québécois et marseillais avait connu une première concrétisation du 25 février au 4 juin 2017 au Musée d’art contemporain de Baie-St-Paul où les idées de Dominique Angel, Claire Dantzer, Anne-Valérie Gasc, Laurent Perbos, Nicolas Pincemin, Stéphane Protic et Sylvie Réno avaient été envoyées sous forme d’instructions, écrites et/ou dessinées pour être interprétées et réalisée par Karole Biron, Martin Boisseau, Eveline Boulva, François Mathieu, Ariane Plante, Reno Salvail et François Simard

La Salle des Machines accueille donc l’exposition retour. Dominique Angel, Claire Dantzer, Anne-Valérie Gasc, Laurent Perbos, Nicolas Pincemin, Stéphane Protic et Sylvie Réno prêtent leurs savoir-faire et interprètent les œuvres de Karole Biron, Martin Boisseau, Eveline Boulva, François Mathieu, Ariane Plante, Reno Salvail et François Simard.

Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai - Vue de l'exposition - Photo © Art+ Maud Chavaillon
Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai – Vue de l’exposition – Photo © Art+ Maud Chavaillon

L’exposition n’est en aucun cas une proposition thématique dont un commissaire en serait l’auteur. Il s’agit plutôt d’une collection d’échange entre artistes qui comme le précise Dominique Angel dans son introduction l’objectif est :

« (…) de rassembler l’ensemble des problèmes que nous avons à résoudre dans un contexte qui s’impose à la création artistique, pour la grande majorité des artistes : depuis les thèmes habituels des expositions, la plupart du temps déconnectés de la réalité du travail de l’artiste, en passant par les tendances, le commissariat, la scénographie, l’interprétation des modèles, la propriété artistique, la critique, la circulation des idées, les pratiques individuelles et collectives, les systèmes de représentation et les concepts, etc., jusqu’à l’individualité et la manière de faire de l’artiste qui distingue son oeuvre de celle d’un autre dans une période donnée de l’Histoire où nous pouvons aisément constater que nous travaillons tous plus ou moins sur les mêmes choses. »

Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille - Vue de l'exposition
Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille – Vue de l’exposition

Pour apprécier le travail qui est exposé dans cette « Extension de la pratique des idées », il est préférable de déambuler dans la Salle des Machines avec le livret dans lequel sont exposés les protocoles que les québécois ont envoyé aux marseillais.

Dans le compte rendu photographique qui suit, on reproduit ces protocoles en regard des clichés des œuvres produites…

« Extension de la pratique des idées » est initié par VU Photo en collaboration avec Art+ dans le cadre de Manif d’Art. Le projet est soutenu par le Service de Coopération et d’Action Culturelle du Consulat Général de France au Québec et le Conseil des arts du Canada.

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Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille - Vue de l'exposition
Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille – Vue de l’exposition

« Imaginons qu’une opportunité (des liens tissés par des artistes entre deux pays, par exemple la France et le Canada) nous permette d’organiser une exposition internationale. Supposons que nous, artistes, la concevions (en lieu et place des sempiternelles expositions à thèmes) à partir de nos conditions réelles de travail et des problèmes, tant matériels qu’esthétiques qui s’imposent à nous. Supposons qu’un lieu soit mis à notre disposition dans une ville de chacun des deux pays concernés.
Ce serait déjà là un bon début, mais nous n’aurions pas les moyens de faire parvenir les oeuvres à bon port. Alors nous pourrions nous entendre pour préparer des projets écrits et dessinés d’oeuvres (installation, peinture, sculpture, photographie, vidéo, performance etc.). Les projets seraient ensuite expédiés par mail pour être exécutés par d’autres artistes de part et d’autre de l’Atlantique. Les oeuvres ainsi réalisées pourraient être présentées dans chacun des lieux prévus à cet effet.

Voilà pour le transport.

On pourrait également s’entendre sur le principe suivant : sachant que la plupart du temps nous finançons la réalisation de nos oeuvres, nous pourrions appliquer cette manière de faire à ce projet.

Voici pour la production.

Il s’agirait là, bien entendu, des conditions minimums à l’existence du projet. S’il s’en tenait là, il pourrait être montré sans que son intérêt en soit affaibli. Mais il serait aussi possible de le faire bénéficier, de la part des organismes favorables à une telle initiative, de moyens supplémentaires pour la production, une publication, éventuellement le déplacement des artistes.
Ce projet n’est pas utopique dès lors qu’il est pris en charge par les artistes pressentis à partir de la proposition de départ qui en garantissent la réalisation.

Mais quel en serait l’intérêt ?

Cette idée simple d’exposition, aurait le mérite de rassembler l’ensemble des problèmes que nous avons à résoudre dans un contexte qui s’impose à la création artistique, pour la grande majorité des artistes : depuis les thèmes habituels des expositions, la plupart du temps déconnectés de la réalité du travail de l’artiste, en passant par les tendances, le commissariat, la scénographie, l’interprétation des modèles, la propriété artistique, la critique, la circulation des idées, les pratiques individuelles et collectives, les systèmes de représentation et les concepts, etc., jusqu’à l’individualité et la manière de faire de l’artiste qui distingue son oeuvre de celle d’un autre dans une période donnée de l’Histoire où nous pouvons aisément constater que nous travaillons tous plus ou moins sur les mêmes choses.»

Dominique Angel, artiste.

Les textes qui suivent sont ceux des artistes.

L’intervalle 1
Tu sens la pluie ?
Le vent est en attente d’elle.
En dévalant rapidement la pente, l’odeur de terre laisse place à une senteur de pin, puis à une envolée de poussière. Un courant vertical chaud monte des ravins à la rencontre des froides cimes.
Les derniers pans de lumière se glissent dans quelques fentes, tandis qu’un épais brouillard grisâtre remonte le courant, effaçant graduellement les détails visibles.
Un croassement au loin rebondit dans un écho très lent.
L’onde se déforme, effritée par de multiples collisions, attirée par les dépressions, puis disparaît à force d’amplitude. Par un grand saut, je tente de relier deux possibles rives.
Ma traversée pourrait former une longue courbe dans cette insaisissable densité.
Trop d’extension mènerait cette trajectoire à la rupture.
Trop de rétraction la conduirait à sa disparition jusqu’à n’avoir jamais existée.
Dans l’intermède, je cherche une mesure, des repères, le point de bascule, les limites…
Que contient l’intervalle ?
Suspendu dans l’attente, mon corps instable ne prendra plus pied…

Anne-Valérie Gasc, Effondrement, 2018 d'après un protocole de Karole Biron - Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille
Anne-Valérie Gasc, Effondrement, 2018 d’après un protocole de Karole Biron – Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille

Réalisation : Anne-Valérie Gasc
Effondrement (dessin), 2018.
Plume, encre noire, papier 90g.
29,7 x 42 cm.

Paupière.
Les appareils photographiques de type réflex ont ceci de caractéristique : au moment de la prise de vue, pendant un temps souvent très court, un miroir bascule et bloque le viseur. À ce moment précis, littéralement, le photographe ne voit rien de ce qu’il photographie. L’image désirée est ainsi saisie dans ce moment de cécité du photographe.
L’acte photographique étant dû à ce battement de paupière, je propose, à qui le voudra, de tenter de rendre visible cette cécité, qui est au fondement même de toute image, qui en est la condition de possibilité.
L’image, comme le désir, est toujours issue d’un aveuglement.

Dominique Angel, D'après une proposition de Martin Boisseau, 2018 Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai
Dominique Angel, D’après une proposition de Martin Boisseau, 2018 Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai

Réalisation : Dominique Angel
D’après une proposition de Martin Boisseau, 2018
Plâtre, verre, bois, goudron.
180x 300 x 200 cm

Tracer un rectangle sur la carte ; celle d’une petite région, d’une ville ou encore d’un village et ses alentours. Cette forme déterminera les frontières d’un terrain d’investigation. Ce terrain pourra être homogène ou inclure aléatoirement une variété de fonctions : un quartier résidentiel, un parc, une zone industrielle, un espace commercial, une friche, etc.
Déterminer un (ou des) phénomène(s) à observer : la mobilité et les mouvements, les couleurs dominantes, les sons entendus, les activités, le rythme des déambulations, etc.
Arpenter le terrain d’investigation et faire une prospection en lien avec le(s) sujet(s) observé(s). Réaliser une cueillette d’informations : une documentation visuelle, un journal de bord, une captation de l’environnement sonore, des témoignages…Faire de nouvelles séances d’arpentage si nécessaire.
Partant des documentations et des informations recueillies, représenter le(s) phénomène(s) observé(s) son aspect, sa fréquence, son intensité… –en considérant sa relation au territoire arpenté.

Sylvie Réno, près de chez moi, 2018 d'après un protocole de Eveline Boulva - Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai
Sylvie Réno, près de chez moi, 2018 d’après un protocole de Eveline Boulva – Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai

Réalisation : Sylvie Réno
Près de chez moi, 2018.
Techniques mixtes.
Dimensions variables

Nous faisons souvent confiance aux cartes pour voyager, et nul doute qu’elles sont fiables. Fomentant le projet de suivre une route rectiligne à partir de chez moi jusqu’à destination, j’ai mesuré une déviance de deux degrés sur l’axe Ouest-Est. Partant de là, j’ai établi le tracé directement sur mon écran d’ordinateur, une ligne légèrement désaxée mais bien droite, à l’aide d’un élastique tendu. J’avais le cap, qu’il me suffisait alors de garder jusqu’à la fin.
Pour la suite des choses, c’est le cadre et l’envergure des cartes qui m’intéressent. Une recherche Google sous Quebec city m’a rendu la ville dans un cadre générique, une échelle aléatoire s’étendant sur environ 187 km à l’horizontale. L’idée de voyager par l’image m’a ensuite imposé de tasser le centre-ville complètement à gauche de la carte, afin de voir quelle escale m’attendait à l’autre bout de l’élastique, soit 187 km plus loin. L’ultime pixel de cette carte était Northwest Aroostook. C’est de là que j’allais repartir pour la prochaine escale.
Je me suis bien rendu compte qu’il aurait été fastidieux de coller des cartes à peine longues de 187 km pour en faire un long panoramique jusqu’en France. J’ai alors pris la décision de « dézoomer » d’un clic chaque nouvelle carte, pour les rendre exponentiellement plus grandes à chaque fois. Les distances furent avalées toujours plus vite à chaque fois. Or, ce qui devait arriver arriva : je suis passé tout droit pour me retrouver au large du Kazakhstan.
Loin de moi l’idée d’être trop directif avec ce protocole puisque, comme j’en fais piteusement la démonstration, je ne suis pas arrivé exactement à destination. Mais un voyage, c’est aussi une intention de se perdre, un parcours…

Claire Dantzer, Extraits de parcours, 2018 d'après un protocole de Francois Mathieu - Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai
Claire Dantzer, Extraits de parcours, 2018 d’après un protocole de Francois Mathieu – Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai

Réalisation : Claire Dantzer
Extraits de parcours (Carnet de voyage), 2018.
Plâtre et tissu.
169+137+168+175+108 mètres

J’ai toujours affectionné le mot « canopée », tout comme sa définition. Mais j’aime surtout ce qu’il suggère et évoque dans mon imaginaire. La canopée se manifeste en différentes « couches ». Le regard que l’on y pose dépend de l’altitude choisie… et de la taille de celui qui regarde. L’espace sous la canopée.
Une nuit d’été, j’ai eu le sentiment de vivre l’expérience tangible du « son de la canopée » : je dors sous la tente dans la forêt ; une forêt mixte mais majoritairement composée de conifères, isolée du monde, où l’on se rend en petite chaloupe à moteur après avoir laissé sa voiture au bout d’une piste caillouteuse que l’on met une heure à parcourir. Il y règne un silence rare. Pendant la nuit, un orage éclate et une pluie diluvienne se met à tomber sur la forêt. Je l’entends atteindre d’abord le couvert supérieur des arbres, puis, goutte à goutte, le sol autour de la tente. En atterrissant sur la terre couverte d’aiguilles, de mousses et de lichens, les gouttes produisent un bruit étouffé mais résonnant à la fois, amplifié par l’écho de la forêt. Elles tombent donc ça et là autour de la tente, à différentes distances de moi, retentissant sur le tapis épais du sous-bois à intervalles irréguliers, à un rythme de plus en plus rapide, de plus en plus dense. Les sons qu’elles produisent se matérialisent dans l’espace, tous isolés les uns des autres. Je ressens alors un effet de spatialisation naturel impressionnant : les bruits que font les gouttes en atterrissant sur les strates de feuillages se déploient en contre-point de l’environnement sonore ambiant. Le vent dans les feuilles, la pluie sur le couvert le plus haut des arbres, le tonnerre au loin s’accumulent, se superposent et s’envolent dans l’espace. J’ai alors l’impression d’entendre l’immensité et le minuscule à la fois : des sons microscopiques et tridimensionnels s’érigent et s’élèvent à l’infini à différentes altitudes de l’air.
La canopée est un motif sonore et lumineux.
La canopée découpe des motifs lumineux sur ce qu’elle protège : sur le sol, les feuillages, les roches, les souches des arbres et les fougères.
Des particules de lumière galopent dans le vent, se multiplient et créent des tableaux, des images volages qui se fondent aux contrastes des surfaces végétales et minérales. Le son de la canopée est comme la lumière qui la traverse : délicat, ciselé comme la dentelle, léger, diaphane, translucide, mi résonnant, mi assourdi, mouvant, spatialisé…
Les rayons du soleil y entrent sous différents angles. Ils marquent le temps qui passe. Fuyant.
La lumière, comme le son, vient bruire sous la canopée, projetant des ombres mobiles et changeantes sur le sol. La canopée soulève une question d’échelle. La canopée cache une canopée qui cache une canopée qui cache une canopée qui cache une canopée qui cache une canopée qui cache une canopée qui cache ce qui se cache au sol… La canopée est une enveloppe. Depuis le ciel : la canopée est la première à recevoir la pluie et le soleil. Elle les redistribue et les dépose plus bas. Elle protège le miniature des intempéries.
Depuis le sol : elle est l’accès à la lumière, à l’immensité. La canopée attire vers le haut. Le son y voyage à couvert, il vient d’en haut ou cherche à monter. Il traverse les couches
et se perche dans l’espace ascendant.
La canopée est un écosystème. Un habitat.
Les côtés mystérieux du jardin et de la forêt, se dissimulent sous les canopées… oiseaux, animaux, insectes volants, rampants, fruits, légumes oubliés et micro-organismes s’y dérobent. La canopée est un contour.
Elle « sous-entend ». Elle est un couvert de feuilles en hauteur, sous lequel se révèlent des présences invisibles.
Ses frontières latérales sont tangibles lorsque le chatoiement de la lumière, réfléchie par l’eau d’un lac ou d’une rivière, vibre sur les cèdres qui surplombent les berges. La canopée est une multitude de bruissements lumineux. Elle est une accumulation de bruits et de mouvements, presque imperceptibles, solitaires et sauvages qui s’entrelacent les uns aux autres et nous enveloppent entièrement lorsque l’on s’aventure à l’orée de la forêt.

Nicolas Pincemin,Canopée, 2018 d'après un protocole d'Ariane Plante - Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille
Nicolas Pincemin,Canopée, 2018 d’après un protocole d’Ariane Plante – Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai, Marseille

Réalisation : Nicolas Pincemin
Canopée, 2018.
Acrylique, fusain et huile sur toile.
228 x 152 cm

Le songe de Japet
Près de trois jours s’étaient écoulés depuis que j’arpentais les hauts plateaux sous le mont Éternité. Mon sentier suivait la ligne de partage des eaux. Cette promenade au sommet du pays était quelque chose d’essentiel. Marchant un pied de chaque côté de cette division géographique, un pas me rapprochait de la mer du levant, le pas suivant, de celle du couchant. Une singulière et curieuse sensation parcourait mon corps de haut en bas, quelque chose de semblable à un courant électrique de faible intensité m’envahissait. Le sang qui irriguait mon côté gauche coulait vers l’orient et, en même temps, ce flux rouge et gluant qui circulait dans mes vaisseaux droits inondait l’occident. Mes pieds s’enfonçaient dans le sol comme les racines d’un grand pin. Une senteur de vase soutenue, un léger parfum d’algues, me rappela l’odeur des environs du cap Tourmente. Les pieds bien calés contre la paroi étanche, les doigts gelés, l’embarcation me semblait de plus en
plus instable, je ne sentais plus la tige de ma pagaie.
La hauteur du cap associée à l’étendue du fleuve me donnait le vertige et la force du courant additionnée au jusant créait de gigantesques siphons où tourbillonnaient bois mort et débris. Mon kayak se mit à tourner lentement d’abord puis de plus en plus vite.
Allongé sur la plage d’une île minuscule que je ne connaissais pas, transi, je sentais petit à petit la douce chaleur du soleil réchauffer mon visage. Les cris des oiseaux de mer étaient assourdis, comme filtrés à travers une membrane étanche. Le paysage que j’aperçus alors entre mes paupières lourdes était une vue panoramique de mes plus beaux souvenirs.
Mon corps se mélange au sable de la plage, les grains se confondent aux étoiles et forment un univers cosmique, je navigue au coeur de la voie lactée, je deviens la voie lactée, je suis irrésistiblement attiré vers un trou noir.

Stéphane Protic, Bromo, Tengger, 2018 d'après un protocole de Reno Salvail - Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai
Stéphane Protic, Bromo, Tengger, 2018 d’après un protocole de Reno Salvail – Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai

Réalisations :

Stéphane Protic
Bromo, Tengger, 2018.
Cayon de couleur sur papier.
142 x 120 cm.

Dominique Angel
D’après une proposition de Reno Salvail, 2018.
Résine acrylique, bois, plâtre, goudron.
80 x 200 x 200 cm.

Dominique Angel, D'après une proposition de Reno Salvail, 2018 Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai
Dominique Angel, D’après une proposition de Reno Salvail, 2018 Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai

2 phases :

1 – Mise en place d’un système ayant une finalité précise : soit la fabrication d’un objet utilitaire ou l’éxécution d’un plan où rien n’est laissé au hasard.

2 – Au moment où la phase 1 est presque complétée, intervenir de façon à saboter ce qui était prévu.

Laurent Perbos, Rainball Flag, 2018 d'après un protocole de Francois Simard - Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai
Laurent Perbos, Rainball Flag, 2018 d’après un protocole de Francois Simard – Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai

Réalisations :

Laurent Perbos
Rainball-Flag, 2018.
Caisson en plexiglass, ballons de basket.
145 x 25 x 145 cm.
Production « trajectoire_studio ».

Sylvie Réno
Rosebud 2.11.2018
Carton ondulé.
Dimensions variables.

Sylvie Réno, Rosebud 2,11, 2018 d'après un protocole de Francois Simard - Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai
Sylvie Réno, Rosebud 2,11, 2018 d’après un protocole de Francois Simard – Extension de la pratique des idées à la Friche la Belle de Mai

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