Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 – Luma Arles

Jusqu’au 6 janvier 2019, Luma Arles présente « The Great Exhibition, 1971-2016 », une rétrospective consacrée à Gilbert & George. Elle occupe les vastes espaces rénovés de La Mécanique Générale au Parc des Ateliers à Arles.

Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 - Luma Arles - Vue de l'exposition à la Mécanique Générale
Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 – Luma Arles – Vue de l’exposition à la Mécanique Générale

Étonnante, stupéfiante, énorme, délirante… Il est très difficile de trouver les mots pour qualifier cette exposition… Tout bien considéré, le terme « Great » est tout à fait judicieux et pertinent…

Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 - Luma Arles - Vue de l'exposition à la Mécanique Générale
Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 – Luma Arles – Vue de l’exposition à la Mécanique Générale

Parfois présentés un peu trop sommairement comme les Dupont et Dupont de l’art contemporain, Gilbert & George reviennent sur cinquante années d’une pratique artistique singulière avec la complicité de Hans Ulrich Obrist et Daniel Birnbaum qui assurent le commissariat de cet ample projet.

Écrire à propos de « The Great Exhibition, 1971-2016 » s’est avéré être une épreuve compliquée et cette chronique a été plusieurs fois commencée puis abandonnée…

Il faut bien avouer que le travail de Gilbert & George me laissait indifférent. Sujets et objets de leur art, les deux « Living sculptures » m’apparaissaient comme un peu « too much » et même parfois cabotines, outrancières, voire ennuyeuses…

La découverte de « The Great Exhibition, 1971-2016 » dans la matinée du 2 juillet, quelques heures avant un brunch animé par Gilbert & George dans les salons de l’hôtel Arlatan et l’inauguration des Rencontres 2018, a été un réel choc.

Pratiquement seul, au milieu des œuvres de format imposant voire colossal, dans une construction qui prenait les allures d’une cathédrale païenne, les multiples figures de G&G dans toutes les positions, nus ou habillés dans les rues et les parcs de leur quartier londonien pouvaient-elles « faire surgir le bigot du libertaire et inversement faire surgir le libertaire du bigot » ?

Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 - Luma Arles - Vue de l'exposition à la Mécanique Générale
Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 – Luma Arles – Vue de l’exposition à la Mécanique Générale

La lecture du texte « Le sens de notre art » (1986), manifeste placardé en face de l’entrée du côté de l’atelier des Forges, a rapidement éteint l’intérêt qui émergeait… Les quelques traces d’humour et de dérision contrebalançaient avec difficulté la vanité diffuse et une certaine forme de mépris pour les autres expressions artistiques contemporaines…

Le sketch des ineffables G&G à l’hôtel Arlatan puis lors de la visite ministérielle de leur Grande Exposition a fait ressurgir le sentiment d’un burlesque quelque peu ridicule et suffisant… L’idée d’une éventuelle chronique se volatilisait.

Longtemps, le volumineux et pesant catalogue est resté sur le coin d’une table, peu à peu recouvert par d’autres ouvrages…


Exhumé il y a peu, sa lecture s’est avérée au bout du compte assez passionnante. Construit autour d’un entretien des deux compères avec Hans Ulrich Obrist et Daniel Birnbaum, reproduisant avec soin toutes les œuvres exposées et illustré par de nombreuses photographies d’expositions précédentes, ce catalogue m’a conduit à revoir récemment « The Great Exhibition, 1971-2016 ».

L’histoire de Gilbert & George que raconte cette conversation, forme qu’affectionne HUO, m’a permis de découvrir la cohérence de leur démarche artistique et de comprendre leur univers singulier…

La scénographie ne peut être qu’à la dimension des œuvres exposées et à leur service. Inévitablement, l’accrochage est déterminé par la taille et les exigences des diptyques et polyptyques sélectionnés.

En conséquence, le parcours s’articule à partir d’un cheminement périphérique qui s’enroule autour d’espaces plus réduits et où la densité des œuvres les plus anciennes s’accroît.

Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 - Luma Arles - Vue de l'exposition à la Mécanique Générale
Gilbert & George, The Great Exhibition, 1971-2016 – Luma Arles – Vue de l’exposition à la Mécanique Générale

Ce premier cercle regroupe les pièces les plus vastes, installées sur les grands côtés du bâtiment. Du côté de l’esplanade, c’est l’immense triptyque Scapegoating de 2013 et ses presque 20 mètres de long qui commande la mise en espace et le chemin vers le centre de l’exposition.

À l’opposé, les quatre panneaux et les 25 mètres de Nineteen Ninety Nine (1999) font face à ceux de Death Hope Life Fear de 1984 (423 x 1919 cm).

Sans organisation chronologique, l’accrochage est construit à partir des séries conçues par Gilbert & George. Dans la mesure du possible et sans négliger quelques rapprochements chromatiques, il suggère une certaine construction thématique (barbes, rues, parcs, sexe, religion, argent, mort…).

Le parcours est rythmé par des textes qui scandent la Fucksophy des deux artistes. Ils recouvrent principalement les ouvertures du bâtiment.

Les deux entrées/sorties s’accompagnent de discours plus « élaborés » : côté Grande Halle « Nous sommes de simples sculpteurs » et côté Atelier des Forges « Le sens de notre art » (1986) sur lesquels nous ne reviendrons pas…

Au centre, trois panneaux de 2008 (Realm, Metalepsy et Flagged) commandent l’accès à deux salles au cœur de l’exposition.

Celle de droite regroupe des œuvres réalisées pour l’essentiel dans les années 1980.

À gauche, on découvre les pièces les plus anciennes produites dans les années 1970.

Face à la cimaise qui regroupe sept montages réalisés entre 1971 et 1974, il reste au visiteur, soit à prendre la fuite vers l’atelier des forges, ou rebrousser chemin, revoir l’exposition pour constater la cohérence du projet artistique de Gilbert & George, l’utilisation récurrente d’un formalisme finalement assez vite défini et son évolution vers une expression où leur regard singulier et autocentré à propos des échos du monde dans leur sphère s’étale sur des surfaces de plus en plus vastes à mesure que les moyens matériels changent… Ce qui étonne et dérange, c’est peut-être que ces images de Fournier Street et de ce morceau de l’East End forment un invraisemblable reflet du monde pendant ces cinq dernières décennies…

Sans aucun doute, « The Great Exhibition, 1971-2016 » a marqué l’été et l’automne arlésien.
Si ce n’est déjà fait, il vous reste un peu plus d’un mois pour découvrir ou revoir cette grande exposition…

Le catalogue bilingue (français-anglais) construit autour de cinq interviews des artistes par Hans Ulrich Obrist et Daniel Birnbaum est publié par Luma Arles en collaboration avec Heni Publishing.

L’exposition « Gilbert & George : The Great Exhibition, 1971-2016 » est produite par Luma Arles et le Moderna Museet.
Elle sera par la suite présentée au Moderna Museet (Stockholm, Suède) du 9 février au 12 mai 2019, au Astrup Fearnley Museum (Oslo, Norvège) du 12 septembre 2019 au 12 janvier 2020 et au Reykjavik Art Museum (Reykjavik, Islande) du 30 mai au 20 septembre 2020.

A voir, ci-dessous, les vidéos publiées par Luma Arles sur sa chaîne YouTube

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