Ernest Pignon-Ernest « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon

Jusqu’au 29 février 2020, Ernest Pignon-Ernest investit la Grande chapelle du Palais des Papes pour « Ecce Homo ». À n’en pas douter c’est un des éventements majeurs de l’année en Avignon.

Près de 400 œuvres (études, croquis, dessins préparatoires, photographies des images
en situation dans les villes) évoquent ses interventions de 1966 à nos jours.
L’ambition de « Ecce Homo » est de retracer le parcours de l’artiste et d’expliquer sa démarche artistique, intellectuelle, politique depuis plus de 60 ans…

Les relations entre l’artiste, Avignon et la région ont été multiples depuis ses premières interventions en 1966 sur le plateau d’Albion, en réponse à l’implantation des missiles nucléaires. Rares sont ceux qui se souviennent de sa première exposition au théâtre des Carmes en 1969.

Immigrés Avignon 1974 © Ernest Pignon-Ernest
Immigrés Avignon 1974 © Ernest Pignon-Ernest

Plus nombreux sont les passants qui ont croisé les regards de ses « Immigrés » au ras du sol dans certaines rues de la ville en 1974. En 1996, le Festival lui confiait la réalisation de son affiche.

Extases © Ernest Pignon-Ernest
Extases, 2008 © Ernest Pignon-Ernest

Les « Extases » de Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen, Angèle de Foligno, Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, Marie de l’Incarnation et Madame Guyon à la chapelle Saint-Charles, en 2008, restent dans de nombreuses mémoires…

On attendait avec beaucoup d’intérêt de découvrir cet « Ecce Homo » par Ernest Pignon-Ernest.
Par sa richesse et la multiplication des documents, ce qui apparaît aussi comme une rétrospective du travail d’Ernest Pignon-Ernest est à bien des égards un moment d’exception. Plusieurs séquences sont particulièrement saisissantes, émouvantes et parfois même bouleversantes.

Ernest Pignon-Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
Ernest Pignon Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon

La puissance des images de Ernest Pignon-Ernest transcende une scénographie que l’on aurait aimée plus enlevée, plus impertinente et jouant plus avec l’architecture de ce lieu difficile à dompter.
De courts textes, rédigés avec soin, accompagnent les séquences de l’exposition. Ils permettent de comprendre sans difficulté la démarche de l’artiste.

Ernest Pignon-Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
Ernest Pignon Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon

Quelques dessins réalisés en 1962 en référence à Picasso et à la Pieta d’Avignon et une image de sa première intervention sur le plateau d’Albion en 1966 introduisent le parcours.

Ernest Pignon-Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
Ernest Pignon Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon

Une première séquence est consacrée à la prison Saint Paul de Lyon et à l’image du Suaire. L’exposition se poursuit ensuite autour des premières interventions urbaines de l’artiste à Grenoble, Avignon, Nice, Calais et Paris, sur des thématiques sociales ou historico-politiques (travail, immigration, avortement, la Commune).

Ernest Pignon-Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
Ernest Pignon Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon

Une importante section centrale s’organise autour des travaux sur Naples qui interrogent les mythologies, les images chrétiennes et la peinture du Caravage.

Les séquences suivantes s’intéressent aux collages dans les cabines téléphoniques, aux
travaux réalisés à Soweto et aux récentes interventions à Haïti.

Ernest Pignon-Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
Ernest Pignon Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
Ernest Pignon-Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
Ernest Pignon Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon

La dernière partie de l’exposition est consacrée aux poètes : Maiakovski (collé à Avignon en 1972) Rimbaud, Jean Genet, Mahmoud Darwich, Desnos, Nerval, Neruda… Elle se termine « en majesté » avec l’incontournable série dédiée à Pasolini.

Ernest Pignon-Ernest avec « Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon
« Ecce Homo » au Palais des Papes en Avignon

La densité de l’accrochage exige de faire des choix. Il est impossible de regarder avec attention toutes les œuvres et les documents exposés en une seule visite. On conseille de commencer par un premier tour pour sélectionner les séquences que l’on souhaite approfondir en priorité.

Un regret, le couplage de la visite du Palais des Papes et de « Ecce Homo » inflige aux visiteurs de suivre le parcours à travers le Palais avant d’atteindre l’exposition d’Ernest Pignon Ernest. C’est particulièrement ennuyeux pour ceux qui connaissent très bien l’édifice et son histoire et qui souhaitent consacrer leur visite à « Ecce Homo »… Pour eux, le cheminement dans les salles encombrées et surchauffées est clairement une épreuve.
Par ailleurs, les touristes venus pour admirer l’architecture et comprendre l’histoire du bâtiment achèvent leur long périple par la Grande Chapelle. Armés de leur dispositif de réalité virtuelle, ils débarquent avec surprise dans une exposition qui pour nombre d’entre eux semble plutôt hors contexte. On peut comprendre que leur attention pour le travail d’Ernest Pignon-Ernest soit alors assez émoussée.

Après ces premières impressions, chronique complète et compte-rendu de visite à suivre…

L’exposition « Ecce Homo » est une production de la Ville d’Avignon et Avignon Tourisme.
Les œuvres proviennent en grande partie de la galerie Lelong & Co, de collections privées et du musée de Montauban.

Ernest Pignon-Ernest a l’intention de créer « in situ » une œuvre pour Avignon dans l’espace du trésor bas du Palais des Papes, en janvier 2020.

À lire, ci-dessous, un texte d’André Velter extrait du communiqué de presse.

En savoir plus :
Sur le site du Palais des Papes
Sur le site de Ernest Pignon-Ernest
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Ernest Pignon-Ernest en action © Ernest Pignon-Ernest
Ernest Pignon-Ernest en action © Ernest Pignon-Ernest

Ne pas perdre de vue par André Velter

« On dit malentendu, tandis que malregardé ne se dit pas. Il y a pourtant beaucoup de méprise, de quiproquo, d’équivoque dans les yeux qui regardent et n’y voient pas.
Partout, en tous lieux, jusqu’aux ruelles, impasses, oasis, ermitages les plus reculés de la terre, le raz de marée des images mouvantes submerge, sature la vue, réduit le champ du visible à un écran, cadre et encadre la réalité autant que l’imaginaire.

Face à cela, dessiner s’impose comme un choix éthique qui veut d’un même geste lier la pensée et la main, garder l’élan des origines, préserver l’ensemble du parcours qui de traits en empreintes, d’ébauches en croquis, esquisses, fresques, multiplie, décline et amplifie le signe d’une connivence humaine. Car, contrairement à la peinture, le dessin est de tous les temps, nullement tributaire des chronologies, des synopsis, des hiérarchies de l’histoire de l’art.

En dessinant, pour Ernest Pignon-Ernest, il ne s’agit pas tant de représenter que de rendre présent. Au point que cette action, en quelque sorte libertaire, s’apparente à une effraction, à un surgis-sement qui articule les références les plus précises avec l’approche la plus subjective, la plus intuitive, capable de saisir comme à bras-le-corps, par grands pans de mémoire ou d’histoire, ce qui d’ordinaire ne peut être capté.

Mais ici le recours aux dessins, hautement revendiqué, ne va pas sans incompréhensions quand on prétend leur donner toute la place alors qu’ils fonctionnent comme médiums, comme outils, comme agents perturbateurs. Ils font partie de l’œuvre sans être jamais l’œuvre tout entière. Leur construction, leur écriture, leur échelle, ce qu’ils figurent et comment cela est figuré ne s’élaborent que dans la perspective des relations et interactions avec les lieux, soigneusement repérés, auxquels ils sont destinés.

Ce qui est ainsi proposé, c’est à la fois une intervention plastique dans le réel et les résonances symboliques, mythologiques, sacrées, anthropologiques, politiques, événementielles qu’elle suscite. Avec son espace, son passé, ses zones d’ombre, son potentiel suggestif soudainement
activé, déstabilisée par l’insertion d’un élément de fiction, c’est la rue qui se trouve exposée. Non pas en devenant « la plus grande galerie du monde », mais en étant comme dévoilée, révélée à elle-même, par l’entremise, en l’occurrence l’intercession artistique, d’Ernest Pignon-Ernest.

Là réside la singularité radicale de celui qui est reconnu, à juste titre, mais parfois assez confusément, pour avoir été l’initiateur du « street art ». À l’évidence, il est avant tout l’inventeur, le metteur en scène et l’acteur d’une création inédite qui, servie par une fastueuse maîtrise technique, conjugue remémoration, engagement existentiel et happening poétique. »

1 commentaire

  1. Trop, trop-plein dans une grande chapelle trop grande pour des oeuvres à taille humaine. Le travail de cet artiste n’a d’intérêt que dabs la rue, pas dans un lieu totalement inadapté.

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