mardi 21 janvier 2020

Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille


Jusqu’au 11 janvier 2020, le Centre Photographique Marseille présente Pouvoir(s), une exposition qui s’inscrit dans le cadre de L’engagement, une manifestation nationale organisée par le réseau Diagonal en partenariat avec le Cnap et le soutien du ministère de la Culture-DGCA et de l’ADAGP.

Sous-titrée « Domination, Engagement, Séduction », Pouvoir(s) est pour son commissaire une « exposition qui explore les notions de pouvoir, de contre-pouvoir, de minorité, de majorité, de séduction, de dissidence, de “collaboration”, de marginalité ou d’avant-garde, dans tous les domaines de la représentation par la photographie et par l’image ».

Pouvoir(s) est construite à partir d’une sélection d’œuvres issues des collections de photographie du Centre national des arts plastiques.

Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille – Vue de l’exposition

L’exposition rassemble des tirages de Sammy Baloji, Yael Bartana, Valérie Belin, Nobuyoshi Araki, Alain Bizos, Pierre Boulat, Jean-Philippe Charbonnier, Patrick Faigenbaum, Simohammed Fettaka, Leonard Freed, Paul Fusco, Pierre Gonnord, Emmanuel Guibert, Hocine, Jean Christophe, Serge Kliaving, Karen Knorr, Barbara Kruger, Olivier Menanteau, Nickolas Muray, Bill Owens, Andres Serrano, Stéphanie Solinas, Yang Fudong, Zhuang Xiao.

Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille - Vue de l'exposition
Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille – Vue de l’exposition

Sur le papier Pouvoir(s) apparaît comme un projet particulièrement séduisant…

Dans un tiré à part du magazine Mouvement (N° 103, septembre 2019) qui accompagne la manifestation L’engagement, les quelques lignes consacrées à Pouvoir(s), rapporte un propos d’Érick Gudimard, commissaire de l’exposition et directeur du Centre photographique Marseille, où il précise que plusieurs des images choisies « soulignent les relations ambivalentes entre un photographe et son modèle, mais aussi entre les médias, l’État et la société ». Un peu plus loin, le rédacteur remarque : « Ces dynamiques sont au cœur de l’exposition Pouvoir(s), Domination, Engagement, Séduction. Comment les photographes façonnent-ils la perception d’un homme ou d’un événement ? Dans quelle mesure l’approche des artistes se construit-elle à rebours des pouvoirs en place ? » Puis il explique : « Vastes, ces interrogations appellent une pluralité de réponses, le commissaire n’a donc pas souhaité imposer de grille de lecture unique. Il propose une exposition “multiple, ouverte”. L’enjeu : ne pas plaquer un discours tout fait sur les œuvres, ne surtout pas les enfermer, mais réunir “des pépites” issues de la collection du Cnap »…

Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille - Vue de l'exposition
Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille – Vue de l’exposition

Après avoir visité l’exposition, on comprend les précautions énoncées dans ce tiré à part. Les œuvres empruntées au Cnap sont remarquables. Si leur sélection est assez hétéroclite, elles peuvent justifier à elles seules un passage par le Centre photographique Marseille. Par contre leur accrochage est assez quelconque. Rares sont les rapprochements qui font sens et plus nombreux sont ceux qui paraissent incongrus ou ternes. Quant au parcours, il manque de singulièrement de contours, d’articulation et de cohérence…

Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille - Vue de l'exposition
Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille – Vue de l’exposition

Les relations de pouvoir entre photographe et modèle semblent intéresser particulièrement le commissaire. En effet les portraits sont très majoritaires dans cette exposition. Le face à face entre l’artiste et son sujet, souvent statique, peut interpeller le regardeur (Valérie Belin/Michael Jackson ou Diane de Poitiers, Pierre Gonnord/Antonio, Nickolas Muray/Frida Khalo…).

Il faut atteindre le fond de la galerie pour rencontrer un Mesrine en mouvement face à l’objectif d’Alain Bizos dans un triptyque « entré dans la légende »…

Alain Bizos - Jacques Mesrine, le tir, 1979 - Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille
Alain Bizos – Jacques Mesrine, le tir, 1979 – Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille

On retrouve alors une pose plus « académique » avec le portrait officiel détourné par Simohammed Fettaka dans sa série False de 2012.

Simohammed Fettaka - False #2 et #5, 2012 - Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille
Simohammed Fettaka – False #2 et #5, 2012 – Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille

Le regard d’Aphonse Bertillon, inventeur de l’anthropométrie judiciaire sur les « pitreries » de Mesrine est un des rares moments très réussis de l’accrochage. (Sans titre, Monsieur Bertillon de Stéphanie Solinas).

Au début du parcours, le rapprochement de la sérigraphie de Barbara Kruger avec le First Intellectual de Yang Fudong fait également sens.

Si l’œuvre est magistrale, on peut légitimement s’interroger sur la présence de Rat poison suicide, II de la série The Morgue (1992) d’Andres Serrano… S’agit-il ici d’évoquer le pouvoir du photographe, du galeriste (Yvon Lambert) ou celui du critique (Daniel Arasse) ?

Andres Serrano - Rat poison suicide, II de la série The Morgue, 1992 - Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille
Andres Serrano – Rat poison suicide, II de la série The Morgue, 1992 – Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille

Fait-il écho à la Madone de Benthala de Hocine ?

Hocine (Zaourar Hocine, dit) La Madone de Benthala, 23 septembre 1997 - Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille
Hocine (Zaourar Hocine, dit) La Madone de Benthala, 23 septembre 1997 – Pouvoir(s) au Centre Photographique Marseille

Pourquoi avoir placé cette œuvre à côté d’une épreuve de la série Fable de Karen Knorr ? On n’ose penser que ce soit le genre de la nature morte qui les rassemble…

On n’insistera pas sur les reflets et effets de miroirs souvent désagréables, notamment pour les tirages de Nobuyoshi Araki, Hocine, Bill Owens, Paul Fusco et Patrick Faigenbaum.

Sans aucun doute, le commissaire réussit parfaitement « à ne pas plaquer de discours sur les œuvres »… Il faut donc se résoudre à suivre les « instructions » du texte d’introduction :

« Qu’ils agissent par représentation directe, réinterprétation ou critique ouverte, les artistes présenté.e.s utilisent l’image pour l’image afin de dénoncer, désarmer ou faire prendre conscience.
Chaque œuvre est considérée comme une étape d’un parcours expliquant les facettes multiples des situations d’exercice des différents types de pouvoirs.
Le pouvoir esthétique d’une œuvre pouvant aussi servir de démonstration. La question finale de la proposition étant la puissance réelle de l’art, le pouvoir réel des artistes »…

Mais cette proposition est-elle suffisante pour faire exposition ?

Pour faire contrepoids à ce billet critique, on peut regarder avec intérêt la présentation de Pouvoir(s) par Érick Gudimard dans cet entretien réalisé pour l’émission « Ça se visite » de la chaîne YouTube de la télévision locale de Marseille PROVENCE AZUR.

À 333 mètres de distance du CMP, la sélection d’un autre fonds photographique d’une collection publique nous a semblé être présentée de façon plus convaincante…

On aurait apprécié que les cartels soient enrichis par quelques lignes. Elles auraient pu donner quelques repères aux visiteurs. Le texte de présentation est reproduit ci-dessous. Il est extrait du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site du CPM
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Pouvoir(s)
Domination, Engagement, Séduction.

Du 12 octobre 2019 au 11 janvier 2020.
Fermé du 24 décembre au 2 janvier inclus.

Exposition présentée par le Centre Photographique Marseille dans le cadre de L’engagement, une manifestation nationale organisée par le réseau Diagonal en partenariat avec le Cnap et le soutien du ministère de la Culture-DGCA et de l’ADAGP.

Commissariat : Erick Gudimard

Le Centre Photographique Marseille présente Pouvoir(s), une exposition qui explore les notions de pouvoir, de contre-pouvoir, de minorité, de majorité, de séduction, de dissidence, de « collaboration », de marginalité ou d’avant-garde, dans tous les domaines de la représentation par la photographie et par l’image.

Des œuvres majeures de la collections sont convoquées et correspondent avec des pièces d’artistes émergents. Depuis les figures de Patrick Faigenbaum, Valérie Belin ou Pierre Gonord, jusqu’au expérimentations de Sammy Baloji, Barbara Kruger ou Stéphanie Solinas, en passant par les « instants volés » d’Alain Bizos, Pierre Boulat, Jean-Pierre Charbonnier ou Paul Fusco, l’exposition montrera autant à voir les icones du pouvoir que leurs anonymes victimes.

Qu’ils agissent par représentation directe, réinterprétation ou critique ouverte, les artistes présenté.e.s utilisent l’image pour l’image afin de dénoncer, désarmer ou faire prendre conscience. Chaque œuvre est considéré comme une étape d’un parcours expliquant les facettes multiples des situations d’exercice des différents types de pouvoirs. Le pouvoir esthétique d’une œuvre pouvant aussi servir de démonstration. La question finale de la proposition étant la puissance réelle de l’art, le pouvoir réel des artistes.

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