mercredi 2 décembre 2020

Bientôt : Tarik Kiswanson – Mirrorbody à Carré d’art – Nîmes


Du 30 octobre 2020 au 7 mars 2021, Carré d’art accueille Tarik Kiswanson pour « Mirrorbody », sa première exposition personnelle dans un musée en France.

Pour « Mirrorbody », Tarik Kiswanson devrait proposer un ensemble d’œuvres qui « abordent des questions de déracinement, de transformation, de multiplication, de désintégration, de mémoire et de temps »…

À lire le texte de Jean-Marc Prevost, L’ici et l’ailleurs des corps, dans lequel il présente le projet, «Mirrorbody» s’annonce comme un moment fort de la saison hivernale dans la région sud.

Certains se souviennent peut-être de son installation au Collège des Bernardins en 2016, à l’invitation de Gaël Charbau, de sa performance à Lafayette Anticipations et son exposition « Come, come, come of age » à la Fondation Ricard en 2018.

On vient naturellement sur cette exposition de Tarik Kiswanson après son vernissage.

La programmation qui accompagne l’exposition annonce une performance de Tarik Kiswanson. The Ear That Hears Me (2017) est une activation de ses sculptures monumentales Father Forms (2017) et Vestibules (2016).

Un catalogue sera publié par les éditions Distanz. Il devrait être disponible en décembre. Les textes de Annie Godfrey Larmon, Ingrid Luquet-Gad, Jean-Marc Prevost et Xiaoyu Weng seront accompagnés par des vues de l’exposition.

À lire ci-dessous le texte L’ici et l’ailleurs des corps de Jean-Marc Prevost et quelques repères biographiques à propos de Tarik Kiswanson. Documents extraits du dossier de presse.

En savoir plus :
Sur le site de Carré d’Art
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Sur le site de Tarik Kiswanson
Tarik Kiswanson sur le site de la Galerie Almin Rech

Tarik Kiswanson - The Window, 2020 - Mirrorbody à Carré d’art - Nîmes
Tarik Kiswanson – The Window, 2020 – Mirrorbody à Carré d’art – Nîmes

L’ici et l’ailleurs des corps – Jean-Marc Prevost

L’exposition de Tarik Kiswanson à Carré d’Art, s’ouvre avec un ensemble de sculptures en acier tournant sur elles-mêmes, les Vestibules. Nous sommes devant des objets hypnotiques qui nous amènent à la perte de repères et nous incitent à lâcher prise au moment même où, par les images reflétées à la surface des lanières en métal poli, nous prenons conscience de notre présence dans l’espace. Architecturalement, le vestibule est un lieu intermédiaire qui peut à la fois signifier un possible isolement – rester sur le pas de la porte – et laisser entrevoir un ailleurs – entrer et se laisser transporter. À la fragmentation de soi répond la conscience de notre présence physique dans l’espace.

« Le corps est le point zéro du monde, là où les chemins et les espaces viennent se croiser le corps n’est nulle part : il est au cœur du monde ce petit noyau utopique à partir duquel je rêve, je parle, j’avance, j’imagine, je perçois les choses en leur place et je les nie aussi par le pouvoir indéfini des utopies que j’imagine. » 1

On l’oublie souvent, mais l’histoire s’inscrit dans le corps et la plupart des œuvres de Tarik Kiswanson nous présentent à leur tour des états de corps. Nous y devinons des fils invisibles menaçant à tout instant se rompre au gré des accidents de l’histoire. Ils sont les traces d’une mémoire vive, d’une mémoire du corps. As Deep As I Could Remember, As Far as I Could See est à la fois le titre de son premier livre de poésie et de l’une de ses performances, établissant une correspondance entre l’écriture comme travail introspectif et la trajectoire du geste pensé comme présence au monde.

Tarik Kiswanson, AS DEEP AS I COULD REMEMBER, AS FAR AS I COULD SEE, 2018
Tarik Kiswanson, AS DEEP AS I COULD REMEMBER, AS FAR AS I COULD SEE, 2018 © Martin Argyroglo

Dans les performances de l’artiste, des préadolescents récitent de la poésie en formant des constellations toujours en mouvement. La fragilité, ainsi que l’innocence de l’enfant, laissent advenir le processus de construction de la subjectivité, car ces préadolescents de onze ans sont des êtres singuliers qui doivent inventer des relations entre eux. De même, bien qu’une généalogie nous soit forcément donnée, la famille étant centrale dans toute l’œuvre de Tarik Kiswanson, il nous est aussi possible d’appartenir à une communauté que l’on peut choisir.

Out of Place, son nouveau film, met en scène un enfant assis sur une chaise dans une salle de classe qui tombe en arrière au ralenti. Par ce mouvement d’une très grande lenteur, nous ressentons les dangers de la perte d’équilibre tout autant que l’extrême beauté de ce moment. Nous sommes les témoins d’un accident, mais paradoxalement, le mouvement se nourrit de tout ce qui l’a construit, à l’image de la traversée du temps et de l’espace propre à chacun.

Hannah Arendt, dans l’essai La Condition de L’Homme Moderne, associe l’événement de la naissance à l’idée de renouveau, d’inattendu et à une capacité à changer le monde. En ce sens, donner naissance serait un acte éminemment politique. Les sculptures d’enfants, représentés debout ou en position fœtale, nous projettent dans un monde riche de possibles. La surface spéculaire qui recouvre leurs yeux les rendent aveugles. Au lieu d’absorber les images du monde, leurs pupilles les renvoient tout comme elles nous reflètent. En un double mouvement, elles se retournent vers les profondeurs de la conscience et nous confrontent à notre propre représentation.

« Quand nous pensons à qui nous sommes, nous pensons généralement à un sujet unifié. Dans le présent. Une entité inimitable… Nous ne sommes pas ce que nous pensons être, mais plutôt une compilation de textes. Une compilation d’histoires, passées, présentes et futures, toujours, toujours changeantes, s’épaississant, s’amenuisant, se démultipliant. » 2

L’histoire personnelle de Tarik Kiswanson nous entraîne vers des glissements d’une langue à une autre, entre l’arabe, le suédois, l’anglais et le français. Or les langues sont porteuses de représentations corporelles et permettent de définir différents rapports au monde. Penser en suédois, parler en arabe ou en français, relève déjà d’une trajectoire singulière. Dans l’un de ses films récents, The Reading Room, un enfant semble apprendre à lire dans la bibliothèque d’Edward Saïd à l’Université de Columbia. Finalement, le langage poétique serait peut-être le moyen d’échapper aux assignations de la langue dans son rapport au réel.

Tarik Kiswanson - The Custom house The reading Room, 2020
Tarik Kiswanson – The Custom house The reading Room, 2020

Au-delà du langage, le vêtement comme parure a pour fonction de faire entrer le corps dans le monde des signes. Les recherches de l’artiste à la Fondation Tiraz en Jordanie, qui conserve l’une des plus grandes collections de vêtements traditionnels du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale, l’ont amené à tisser des fils avec une tradition ancestrale dont les générations suivantes ont perdu la mémoire. La série Passings associe au sein de grandes radiographies les vêtements du passé à ceux d’aujourd’hui : des vêtements de sport d’adolescents qui arborent les logos de marques transformées en signe d’appartenance communautaire dans la plupart des banlieues européennes.

Tarik Kiswanson - Passing, 2020
Tarik Kiswanson – Passing, 2020

Les œuvres de Tarik Kiswanson font revenir les strates du passé à la surface du présent. Un élan pour saisir l’instant, toujours informé par la mémoire et lié au contexte où il s’inscrit. Une pensée des relations, entre l’intime et l’espace que nous avons en commun.

1 Michel Foucault, Le Corps Utopique, Les Hétérotopies, Lignes, Paris, 2019, p. 18.
2 Félix González-Torres, « Letter to a collector » in Andrea Rosen, Untitled (The Neverending Portrait), p. 51-52. Cité dans Félix González-Torres, Specific Objects Without Specific Form, Ed. Koenig Books, Londres, 2016, p. 11. (traduction de l’auteur)

Repères biographiques à propos de Tarik Kiswanson

Tarik Kiswanson est diplômé de Central Saint Martins à Londres et de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il a récemment montré son travail à la Fondation d’entreprise Ricard à Paris (2018), au Mudam au Luxembourg (2017), à Lafayette Anticipation (2018), à la biennale de Gwangju (2019), et puis en 2019 au Centre Georges Pompidou et à la biennale Performa à New York. En 2021, plusieurs expositions personnelles sont prévues au MMAG Foundation, Amman, Halmstad Konstmuseum et Bonniers Konsthall, Stockholm.

Biographie complète sur le site de la Galerie Almine Rech

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