mercredi 3 mars 2021

How to Disappear… Œuvres de la Collection Lambert


À partir d’une date encore indéterminée et jusqu’au 3 mars 2021, la Collection Lambert propose « How to Disappear… », premier volet de Playground du nouveau programme d’expositions des œuvres de la collection.

Cet accrochage imaginé par Stéphane Ibars (Directeur artistique de la Collection Lambert) se développe dans les espaces de l’Hôtel de Caumont. Il fait suite à « À travers les yeux d’Yvon Lambert, 20 ans après… », un choix par le collectionneur de 13 artistes à chacun desquels une salle entière était attribuée.

Ce vingtième anniversaire a été l’occasion pour l’institution de repenser son engagement vis-à-vis du fonds conservé à Avignon et de proposer différentes manières de le voir. Le bâtiment historique, ouvert le 27 juin 2000, devait alors le lieu dédié à ces présentations.
En attendant le premier opus d’un projet qui était au printemps dernier nommé La collection mise à nue par ses artistes même où un espace sera offert à un artiste pour « jouer » avec la collection et en montrer sa vision, Stéphane Ibars propose un regard sur une sélection d’œuvres à partir de « la question de nos rapports à l’absence, à la disparition, à la mémoire des formes et des êtres à travers leur représentation ».

Robert Ryman, Lisson, 1972. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon. © Adagp, Paris, 2020
Fred Sandback, Untitled (Deux cordes de couleur jaune oxydé et terre de Sienne pure), 1972. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon. © Fred Sandback Archive
Rei Naito, Pillow for the Dead, 1997-1998. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon. © Rei Naito
How to Disappear… Œuvres de la Collection Lambert

Jonathan Monk, Sentence Removed (O’s Remain), 2000
Jonathan Monk, Sentence Removed (O’s Remain), 2000. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon. © Jonathan Monk – How to Disappear… Œuvres de la Collection Lambert

Il emprunte le titre de cette exposition à un morceau du groupe britannique Radiohead, How to Disappear Completely, enregistré sur l’album Kid A en 2000. Pour les musiciens et/ou pour le commissaire, faut-il aussi y voir une référence au livre « How to Disappear Completely and Never Be Found », de Doug Richmond, sorti en 1986 qui parle de méthodes de disparition volontaire, pour effacer sa vie et en recommencer une autre ?

À lire le texte d’intention (voir ci-dessous), rien n’est moins certain… même le doute peut subsister.

Dès que la culture sera jugée un peu moins futile, on revient naturellement sur cette proposition après avoir vu «ces présences fantomatiques [qui] racontent ce qui reste dans le monde après la disparition annoncée, éprouvée, l’état de quelques formes, quelques images, qui persistent ici et maintenant dans une tension toujours renouvelée à mesure que nos corps et nos esprits visitent les espaces qu’elles habitent ».

Liste des artistes exposés pour « How to Disappear… » :
Carl Andre, Shusaku Arakawa, Robert Barry, James Bishop, Christian Boltanski, Marcel Broodthaers, Robert Wilson et Lucinda Childs, Christo, Daniel Gustav Cramer, Daniel Dezeuze, Spencer Finch, Nan Goldin, Douglas Gordon, Loris Gréaud, Jeppe Hein, Douglas Huebler, On Kawara, Thierry Kuntzel, Bertand Lavier, Sol LeWitt, Robert Mangold, Christian Marclay, Brice Marden, Adam McEwen, Piet Moget, Jonathan Monk, Rei Naito, Rika Noguchi, Roman Opałka, Dennis Oppenheim, Robert Ryman, Fred Sandback, Andres Serrano, Pauline Tralongo, Cy Twombly

Robert Ryman, Untitled, 1965. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon. © Adagp, Paris, 2020
Sol LeWitt, Wall Drawing # 186 : The Location of One Line, 1973. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon. © Adagp, Paris, 2020
Andres Serrano, The Church (Soeur Rosalba, Paris), 1991. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon. © Andres Serrano
How to Disappear… Œuvres de la Collection Lambert

Christian Boltanski, Monument Odessa, 1989
Christian Boltanski, Monument Odessa, 1989. Collection privée, Paris / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon
© Adagp, Paris, 2020 – How to Disappear… Œuvres de la Collection Lambert

On attend avec intérêt de découvrir les ambitions de Playground qui « s’entend comme un programme d’expérimentation et de jeu appliqué aux différentes manières d’envisager l’exposition d’une collection », et de voir comment l’équipe de la Collection Lambert et ses invités exploreront « l’idée que de nouvelles relations sensibles et de nouveaux regards peuvent naître de l’arbitraire de règles inhabituelles et parfois absurdes » pour nous offrir « en partage une collection still alive ! »

En savoir plus :
Sur le site de la Collection Lambert
Suivre l’actualité de la Collection Lambert sur Facebook et Instagram

Rika Noguchi, A prime, 1997
Rika Noguchi, A prime, 1997. Donation Yvon Lambert à l’État français / Centre national des arts plastiques / Dépôt à la
Collection Lambert, Avignon © Rika Noguchi – How to Disappear… Œuvres de la Collection Lambert

How to Disappear…
Œuvres de la Collection Lambert

L’invisible s’impose aux hommes avec une force aussi grande, sinon plus grande que celle qui est propre au visible.
Krzysztof Pomian

Dans son texte Plénitudes vides et espaces expérimentaux, écrit pour le catalogue de l’exposition « Son et lumière » (Centre Pompidou, 2004), Douglas Kahn raconte comment le début des années 1950 était « un moment propice pour que rien n’arrive ». De Robert Rauschenberg à Guy Debord, Samuel Beckett, Jean-Paul Sartre ou John Cage, certains des plus grands artistes et penseurs d’après-guerre ont questionné de manière aussi radicale que poétique et politique les notions de disparition, de néant ; le rien.

À travers l’effacement, la discrétion, l’invocation de l’absence, du silence ou de l’évanescence des choses, il s’agissait non seulement de rompre avec le bruit des horreurs de la guerre, la vulgarité et l’agressivité des images et des gestes issus du consumérisme grandissant mais aussi d’imaginer les nouveaux contours de la figure de l’artiste, de penser des formes et des espaces à travers lesquels se redéfinit l’expérience des œuvres, s’inventent nos rapports communs à l’espace et au temps.

Conçue autour d’artistes issus des révolutions esthétiques des années 1960, la Collection Lambert est traversée de part en part de ces gestes novateurs qui s’écartent d’une subjectivité et d’une expressivité jugées suspectes pour leur préférer l’essence de formes minimales et exigeantes, la poésie d’une apparition fugace dans des salles baignées de lumière, la spiritualité de l’empreinte discrète laissée sur la toile par un pinceau imbibé de blanc. Autant de formes d’apparence fragile, comme suspendues dans l’espace et le temps, dont la force vitale s’impose dans la discrétion, permettant à tout ce qui les entoure d’exister aussi.

Au-delà, surgit presque imperceptiblement la question de nos rapports à l’absence, à la disparition, à la mémoire des formes et des êtres à travers leur représentation. Ces présences fantomatiques racontent ce qui reste dans le monde après la disparition annoncée, éprouvée, l’état de quelques formes, quelques images, qui persistent ici et maintenant dans une tension toujours renouvelée à mesure que nos corps et nos esprits visitent les espaces qu’elles habitent.

In a little while
I’ll be gone
The moment’s already passed
Yeah it’s gone

And I’m not here
This isn’t happening
I’m not here
I’m not here…

Radiohead, How to Disappear Completely and Never Be Found

Andres Serrano, The Morgue (Death Unknown), 1992
Andres Serrano, The Morgue (Death Unknown), 1992. Collection privée, Paris / Dépôt à la Collection Lambert, Avignon
© Andres Serrano – How to Disappear… Œuvres de la Collection Lambert

Playground
Programme d’expositions des œuvres de la Collection Lambert

Dans le texte qu’il écrivait pour l’inauguration de la Collection Lambert en 2000, Alfred Pacquement évoquait une collection still alive – en référence aux célèbres télégrammes envoyés par On Kawara aux personnalités du monde l’art. Il racontait une collection toujours vivante, qui questionnent en permanence l’actualité contemporaine et se met à l’épreuve du temps en refusant la part de morbidité inhérente à toute muséification.

En écho à cette réflexion, Playground s’entend comme un programme d’expérimentation et de jeu appliqué aux différentes manières d’envisager l’exposition d’une collection. En référence à certaines pratiques radicales de l’exposition dans les années 1980, nous explorerons l’idée que de nouvelles relations sensibles et de nouveau regards peuvent naître de l’arbitraire de règles inhabituelles et parfois absurdes, et offrirons en partage une collection still alive !

Articles récents

Partagez
Tweetez
Enregistrer